•  
    LES ROCS DE FRANCE ET ST SAUVEUR...... par jullie68

    Après quelques petits problèmes de santé à répétition, je souhaitais savoir où j’en étais sur le plan physique et si certaines randonnées pédestres un peu difficiles étaient encore à ma portée. A bientôt 65 ans printemps et ingurgitant chaque matin une grosse poignée de « cachetons » pour, selon mon toubib, combattre des ennuis essentiellement dus à la fatalité et à l’âge, j’avais envie de me tester. Bien sûr, si les récentes et longues randonnées sur le Chemin du Facteur à Caudiès, 19 kilomètres,  puis sur le Cami de la Retirada à Prats-de-Mollo, 20 kilomètres, m’avaient plutôt rassuré, il faut admettre qu’elles étaient plutôt faciles et en cette dernière circonstance, il fallait quand même reconnaître que le col d’Ares ce n’était pas l’Everest ! Bien évidemment, c’était un simple test que je voulais faire et pour moi, il était hors de question de considérer la prochaine sortie comme un défi. Un challenge oui, une bravade non ! J’ai donc cherché dans mes topo-guides qu’elle pouvait être cette prochaine randonnée sachant que je ne souhaitais pas affronter, ni les neiges du Capcir, ni celles de Cerdagne ni aucunes neiges d’ailleurs. Après maintes et maintes réflexions et hésitations, mon choix s’est finalement porté sur le Vallespir et sur deux rocs très proches l’un de l’autre et qui plus est, réalisables en une petite boucle lors du retour. Il y avait un petit côté « Jeanne d’Arc » dans  les noms très « cocardiers » de ces deux sommets, car le premier c’était le Roc de France (ou de Frausa) situé à 1.450 mètres d’altitude et le second le Roc de Saint Sauveur (ou de Sant Salvador) culminant lui à 1.235 mètres. Pas des « Everest » certes mais plus de 900 mètres de dénivelé depuis Montalba d’Amélie (543 m), pour des montées cumulées de plus de 2.000 mètres sur une distance d’environ 17 kilomètres. Selon les renseignements trouvés sur le Net, la montée vers le Roc de France s’effectuait essentiellement sur le célèbre G.R 10 quand au Roc de Saint Sauveur, un trail y était parfois organisé mais bien sûr, comme à mon habitude, j’avais plutôt l’intention de flâner que de courir. Courir en montagnes, ça n’a jamais été ma tasse de thé et si je l’avais fait à deux reprises, la première fois du côté du Pech de Fraysse et de la Tour des Géographes, c’était uniquement pour rejoindre ma voiture avant que la nuit ne tombe et la seconde fois pour échapper à un très violent orage d’eau et de gros grêlons qui nous avait surpris du côté du Pic de  la Vache, à plus de 2.700 mètres d’altitude bien au dessus des lacs de la  Carança. Cette dernière course s’était finalement terminée « trempés jusqu’aux os » au fin fond d’un orri où nous avions passé la nuit. Voilà pour les anecdotes des seuls « trails » forcés que j’avais connus, il y a de nombreuses années de cela. Aujourd’hui, je n’avais plus l’âge de courir et sincèrement, j’espérais ne plus avoir à le faire. En tous cas, les informations que j’avais recueillies sur le Net et les chiffres que m’annonçait mon logiciel CartoExploreur sur mon écran d’ordinateur me laissaient à penser que je n’aurais pas besoin d’y recourir. Voilà quel était le challenge que je me proposais de faire dès la prochaine journée de grand beau temps. Celle-ci arriva bien plus vite que je  ne l’avais imaginé et malgré la petite tendinite enregistrée sur le Cami de la Retirada dont quelques douleurs épisodiques se réveillaient parfois, je n’avais pas vraiment le désir de repousser « Ad vitam æternam » cet  agréable « test à l’effort ». Une fois encore, un grand et magnifique ciel bleu était de la partie mais il ne dura que le temps de la matinée, la crête frontière servant de barrière naturelle aux gros nuages noirs et gris qui eux avaient décidé de rester sur le versant espagnol. Mais peu importe, quand le premier nuage blanc fit son apparition du côté du Roc de France, il y avait déjà presque deux heures que j’avais démarré de Montalba d’Amélie cheminant le GR.10. Pour ne pas démarrer trop tard cette balade dont j’ignorais le temps qu’il me faudrait pour l’accomplir, j’étais parti très tôt de la maison, direction Amélie-les-Bains. Là, j’avais emprunté et roulé prudemment tout au long de la petite et sinueuse D.53 qui suit les superbes et profondes gorges de la rivière Montdony. J’avais même pris le temps de m’arrêter plusieurs fois pour profiter du spectacle car la route était magnifiquement garnie de mimosas en fleurs et les panoramas étaient grandioses. Tout au loin, les sommets que je m étais fixé d’atteindre apparaissaient au bout du vaste vallon. Je l’avoue, ces images me laissaient un peu perplexe quand aux difficultés qui m’attendaient mais la beauté des paysages vue d’ici m’incitait davantage à aller voir d’en haut si ça l’était aussi. Il était déjà 10h30 quand j’ai démarré cette balade et même si ces arrêts sur la route m’avaient coûté de nombreuses minutes, je ne le regrettais pas. Après une visite rapide de Montalba d’Amélie, et plutôt que d’allumer mon GPS, j’ai préféré suivre les recommandations d’un panonceau de randonnées indiquant les directions communes du Mouli Serradou, des cols Cerda et du Puits de la neige. Je savais que c’était le bon itinéraire et effectivement peu de temps après avoir pris le petit sentier démarrant à gauche de la fontaine du joli hameau, j’ai aperçu les premières marques blanches et rouges du G.R.10. J’avais la certitude que j’étais sur le bon sentier et il ne me restait plus qu’à marcher, en continuant à prêter attention à ne pas perdre ce balisage. C’est peu après les vestiges et les machines-outils remarquablement conservées du Moulin Serradou (833 mètres) ; El Moli Serrador sur la carte IGN ; que j’ai remarqué un premier nuage blanc peu menaçant puis les autres suivirent moins blancs mais toujours aussi peu inquiétants car plutôt clairsemés. Ici, le dénivelé se fit plus sérieux et il en fut ainsi jusqu’à l’approche de mon premier objectif, le Roc de France. Plus angoissantes avaient été les vues que j’avais eu du Roc de Saint Sauveur. D’abord gros dôme excessivement rocheux quand je le vis pour la première fois peu avant le moulin puis haute pyramide minérale et pentue telle avait été la vision que j’en avais eu peu après le col Cerda (1.058 m). Bien qua ma première réaction fut de me dire que j’aurais tout le temps d’y penser au moment du retour et dès lors que je serais à son pied, l’image de ce sommet pointu et essentiellement rocheux resta longtemps gravé dans ma tête. Je ne sais pas pourquoi mais ce sommet me rappelait quelques images du Mont Cervin ou bien celle que l’on voyait sur le fameux logo des films produits par la non moins célèbre société cinématographique Paramount. Ce roc était-il inaccessible pour le simple randonneur que j’étais ? Il semblait l’être en tous cas ? Tout en grimpant le G.R10 dans la très belle forêt de hêtres, direction le Roc de France, la question me turlupinait. Finalement et alors que je ne m’y attendais pas,  les premières plaques de neige arrivèrent et ces pensées disparurent car plus je montais plus la neige se transformait en glace et désormais toute mon attention était tournée vers mes pieds et sur quelle partie du sol, il fallait les poser. Plus le Roc de France approchait et plus l’itinéraire se faisait rocheux et recouvert d’épaisses couches de neige glacée. A chaque pas, la randonnée se transformait en une patinoire miniature où le but du jeu était de garder mon équilibre. Un groupe de randonneurs déjeunant au milieu même du sentier me rassura quand au fait que je n’étais pas le seul « ahuri » à venir marcher dans ce lieu ô combien hostile aujourd’hui. Après maintes et maintes difficultés, l’arrivée au sommet du Roc de France (1.450 m) fut la bienvenue d’autant qu’il était déjà 14h30 et qu’en tout et pour tout, je n’avais qu’une barre de céréales et quelques gorgées d’eau dans l’estomac. Tout en déjeunant, je pris mon temps pour regarder le spectacle, ou plutôt les spectacles, car assis au plus haut de la crête frontière, il suffisait que je tourne la tête pour que mon regard passe aussitôt de la Catalogne espagnole à la Catalogne française et vice-versa. Le ciel bleu n’était déjà plus au rendez-vous et c’était le seul regret que j’avais car les panoramas étaient en partie voilés par un vaste rideau d’une brume grisâtre. Tout au loin, côté espagnol, le petit lac de barrage de Darnius, d’habitude si bleu,  ressemblait à une simple flaque d’eau stagnante et côté français, question panoramas, ce n’était guère bien mieux. Il faut dire que les gros cumulonimbus n’étaient que très modérément plus hauts que moi et obstruaient en partie les paysages. Après le pique-nique, je pris la direction des pylônes des antennes TV car j’avais l’impression qu’il y avait moins de plaques de glaces mais une fois arrivé à la petite route bitumée qui accède à la station relais, j’ai fait demi-tour car en réalité si elles étaient moins nombreuses c’était seulement sur la partie la plus haute de la crête, là où les arêtes rocheuses sont pleinement ensoleillées. Sur le sentier, la neige et la glace étaient toujours aussi présentes qu’à l’aller. Une belle glissade, heureusement sur de l’herbe gelée et donc sans gravité, m’envoya bourlingué dans un petit genévrier. Quelques mètres plus loin, ce fut quelques fougères fanées qui amortirent une nouvelle chute plus hilarante que périlleuse. Néanmoins, il était indispensable que je redouble de prudence. La vigilance fut donc le leitmotiv du retour jusqu’à ce que les plus petits névés disparaissent complètement. De ce fait, le col Cerda arriva bien moins vite que je ne l’avais espéré  mais quand il fut là, j’étais déjà au pied du mur pour lequel j’avais pas mal gambergé. Ce mur, c’était le Roc de Saint Sauveur, 1.235 mètres seulement mais une impressionnante masse minérale assez vertigineuse vue d’ici. Un trépied sur lequel était cloué un panonceau bleu m’indiqua la direction. Sans trop réfléchir, je me suis mis à suivre de gros points bleus et là, le sentier se transforma bien vite en petites escalades successives et parfois peu évidentes. Si sur les plaques de neige, j’avais eu conscience du risque de me briser un membre, là des dangers bien plus évidents et fatals semblaient se faire jour. Etant seul, la sagesse aurait du me dicter de rebrousser chemin mais je continuais toujours plus haut, redoublant il est vrai d’une grande attention à chaque pas. La bravade dont je ne voulais pas au départ semblait être bien là. Je cheminais sur une arête rocheuse en suivant toujours le marquage bleu dont parfois, j’avais du mal à croire qu’il était le passage le plus aisé. Enfin, quand j’atteins ce qui ressemblait à un collet, une croix bleue barra l’itinéraire. Le sommet du roc était encore droit devant mais encore bien plus haut. Là, devant moi, se dressait un magma pierreux et granitique dont je voyais bien l’infranchissabilité. Je compris qu’il fallait que je descende dans un goulet qui me rappelait étrangement et toutes proportions gardées, la « cheminée du Canigou ». Dans la descente, le marquage du balisage passa du bleu au jaune et le parcours devint bien meilleur. Par la forêt, ce sentier contournait le roc mais continuait néanmoins à s’élever. Les dénivelés et montées successives commençaient à se faire sentir dans mes mollets. Surpris de ma présence, un groupe de chèvres détala mais sans trop s’éloigner. Les caprins aux belles et grandes cornes torsadées, des chèvres du Rove, plus étonnées qu’effrayées allèrent se juchaient avec une facilité déconcertante dans quelques rochers surplombant le sentier. Finalement et à force de monter, un replat herbeux se présenta. Je fis un point avec mon GPS pour constater que j’étais bien sur le tracé du retour que j’y avais enregistré. Sur la droite, un panonceau m’indiquant le Roc de Saint Sauveur, je pris cette direction et un étroit défilé dans les rochers m’entraîna très rapidement en bordure d’une corniche toute aussi réduite. De là, puis en grimpant de quelques mètres sur l’arête rocheuse qui se trouvait sur ma droite, j’embrassais, depuis ce promontoire naturel,  des panoramas à couper le souffle.  Une bonne partie du Vallespir s’entrouvrit devant moi et à mes pieds. Seule, la partie nord-est n’était pas visible car je n’étais pas totalement arrivé au sommet du roc, qui, semble-t-il, se trouvait encore légèrement au dessus. J’avais beau grimper de quelques mètres supplémentaires et chercher une issue pour l’atteindre, je ne voyais que des roches bien trop lisses et surtout bien trop abruptes pour tenter une ascension que je jugeais, cette fois-ci, bien trop hasardeuse sans matériel d’escalade. Le moment était venu d’être raisonnable, mon challenge et mes deux objectifs le Roc de France et le Roc de Saint Sauveur avaient été atteints et il était préférable que je redescende. Le retour vers Montalba d’Amélie s’effectua sans aucun souci et seuls quelques passereaux jouant les « Caruso », une croix pattée plantée dans un rocher et quelques fenêtres m’offrant de nouveaux panoramas m’arrêtèrent dans cette longue descente presque essentiellement en sous-bois. Les vues aériennes étaient superbes et le petit hameau de Can Félix que j’avais eu l’occasion d’apercevoir ce matin apparaissait désormais dans sa totalité. Derrière moi, le Roc de Saint Sauveur m’apparut tel un énorme pachyderme couché faisant le gros dos. J’avais lu sur le Net, et selon l’historien Jean Tosti, que ce sentier que je cheminais fut pendant très longtemps emprunté par des pèlerins vénérant la Vierge et qu’on l’appelait le Cami dels Evangilis, ce qui explique sans doute la croix pattée rencontrée. A moins que cette croix soit en relation avec la tour et le château de Montdony, aujourd’hui amplement ruinés et envahis par les hêtres, les chênes et les châtaigniers. Quand la chapelle et les quelques maisons de Montalba d’Amélie se révélèrent au bout du sentier, le soleil avait déjà décliné derrière le Pilon de Belmatx. Il était 19h30 et j’étais resté 9 heures sur les chemins du Vallespir. Mon « test à l’effort » se terminait de manière plutôt satisfaisante, or mis des jambes un peu lourdes, je n’étais pas trop fatigué et signe très encourageant, ma tendinite au genou m’avait laissé tranquille. Je pouvais envisagé bien d’autres balades. Ami(e)s lecteurs et lectrices, je ne terminerais pas ce récit sans vous recommander quelques conseils s’ils vous prenaient l’envie de refaire ce parcours tel que je l’ai accompli ici : tout d’abord ne le faites pas seul comme j’ai pu le faire, ce ne serait pas prudent ! Si vous n’aimez pas l’escalade ou êtes sujet au vertige, abstenez-vous de grimper au Roc de Saint Sauveur. Ensuite et comme toujours, étudiez bien la météo et si vous le pouvez, essayez de vous tuyauter pour savoir si la crête frontière est encore enneigée ou pas et enfin, ne partez surtout pas sans la panoplie parfaite du randonneur et sur ce terrain en particulier avec de solides chaussures de randonnées à tiges hautes. Bonnes balades. Carte IGN 2449 OT Céret – Amélie-les-Bains - Palalda – Vallée du Tech Top 25. 

    Enregistrer


    votre commentaire
  •  
    LE CAMI DE LA RETIRADA......depuis Prats-de-Mollo par jullie68

    Il y a des chemins de randonnées dont on aimerait bien changer le nom parce qu’ils ne correspondent pas vraiment aux découvertes que l’on fait sur le terrain. Dans ce blog, j’ai déjà eu l’occasion d’en mentionner certains. D’autres parce qu’ils sont trop généralistes, du type « A travers le vignoble » que l’on trouve dans notre beau Roussillon mais aussi un peu partout ailleurs. Puis, il y en a d’autres comme ce « Cami de la Retirada » que je vous présente aujourd’hui dont on est un peu confus de l’emprunter pour son seul plaisir quand on connaît sa lourde histoire. Alors bien sûr, on est le « cul entre deux chaises », car d’un côté, il y a ce chemin qui s’appelle ainsi, qui est chargé d’Histoire et de tristes histoires et on peut toujours se dire que le cheminer c’est une façon de rendre hommage à tous ceux qui y ont souffert en l’empruntant par obligation puis de l’autre, on se dit que l’on aimerait bien lui donner un autre intitulé surtout quand on sait que « la Retirada » c’est « la retraite » dans ses définitions les plus cruelles c'est-à-dire « l’exil », « l’exode », « l’expatriation » voire « la fuite » ou la « débâcle », mots qui ne correspondent plus à rien quand on l’arpente de nos jours comme « passe-temps » ou par pure passion de la randonnée pédestre comme c’est mon cas  . Voilà dans quel état d’esprit je suis au moment d’écrire cet article et j’étais sensiblement dans la même émotion au moment de démarrer cette belle randonnée. Car, autant le dire, même si le dénivelé, depuis Prats-de-Mollo (724 m) jusqu’au Col d’Ares (1.513m), est avec ses 789 mètres plutôt sérieux, je n’aurais pas l’indélicatesse de parler de souffrance. Non je n’ai pas souffert sur ce chemin et or mis une petite tendinite du genou droit qui m’a obligeait à changer mon itinéraire de retour initialement prévu, je n’ai eu que du bonheur car cette balade sur le « Cami de la Retirada » est superbe, surtout par un grand beau temps comme j’ai eu la chance d’avoir. C’était le 6 mars dernier, il est 10 heures tapantes quand je traverse le pont sur le Tech et laisse ma voiture à la sortie de Prats-de-Mollo près du centre d’accueil du village de vacances. Le départ est là au bord de la D.115 et pour les nuls en histoire, un grand panneau rappelle, photo à l’appui,  très brièvement le récit de ce « cami ». Voici ce que l’on peut lire : « En 1939, à la fin de la guerre d’Espagne, sont arrivés par ce chemin des milliers d’hommes et de femmes fuyant la répression franquiste. Les Pratéens les accueilleront avec dévouement ». Tout en haut, au col d’Ares sur un panneau similaire, on lira mais beaucoup plus tard« Ce chemin a été emprunté en 1939 à la fin de la guerre d’Espagne par des milliers d’hommes et de femmes fuyant la répression franquiste et laissant derrière eux leur terre et tout leur passé ». Enfin et toujours au col d’Ares sur la stèle en hommage à ces hommes et femmes, on pourra lire« Aux Républicains Espagnols, civils et militaires, qui franchirent le col d’Ares en janvier - février 1939. La Retirada, épilogue d’un drame humain sans précédent dans l’Histoire ». Voilà bien sûr, un « dérisoire » résumé de ce drame humain mais si l’Histoire de la Retirada vous intéresse, sachez que la bibliographie sur ce thème est très importante. Parmi tous les livres, s’ils n’étaient pas quasiment introuvables, je citerais ceux de l’écrivain local Jean-Claude Pruja : « Premiers camps de l’exil espagnol - Prats-de-Mollo 1939 » ou encore « Retirada, janvier – février 1939 – Prats-de-Mollo témoigne » que j’ai réussi à trouver et à acheter non sans mal sur Internet. Après la lecture de ce premier panneau, j’emprunte sur quelques mètres la D.115 puis un petit chemin qui file à gauche vers El Sandreu et passe devant un très beau calvaire. Jalonné de nombreux panonceaux de randonnées, si aujourd’hui seul le « Cami de la Retirada » retient vraiment mon attention, je ne peux m’empêcher de regarder avec un petit pincement au cœur celui indiquant le P.R.12 qui file vers Notre-Dame du Coral. Dans ma tête, les souvenirs de mon Tour du Vallespir d’août 2009 resurgissent. Lors de l’étape Saint-Guillem - Prats-de-Mollo, j’avais galéré comme jamais dans la forêt du Miracle, en raison du nombre incalculable d’arbres couchés par la tempête Klaus. J’avais gardé des séquelles de cette divagation inattendue, une plaie à un genou et d’horribles brûlures d’orties sur tous les membres dues à une chute. Dès le lendemain, au départ de Prats-de-Mollo, ces blessures m’avaient contraint à faire une entorse à mon Tour du Vallespir lors de l’étape menant à Notre-Dame de Coral. Ce jour-là, éreinté par une mauvaise nuit et meurtri, j’avais préféré ce « petit » P.R.12 bien plus court et donc bien plus facile plutôt que le vrai itinéraire du Tour du Vallespir montant par la tour de Mir et le col d’Ares. En empruntant aujourd’hui ce même démarrage, pour revenir ensuite par le Tour du Vallespir depuis le Col d’Ares, j’avais le sentiment de réparer un peu cette entorse de 2009. Heureusement, une fois le pont sur la rivière Canidell franchit, les deux chemins se sont séparés et les souvenirs de mon Tour du Vallespir sont partis momentanément dans les agréables oubliettes de ma mémoire. Le sentier s’est mis à grimper dans les bois en suivant le minuscule ruisseau de la Coume de Joan puis quelques ludiques panonceaux décrivant la faune du secteur ont occupés quelques instants mon esprit et ont mis un terme définitif à mes vieilles pensées. Peu de temps après, le sentier s’est hissé au milieu du parc aventure « Mont oz’arbres » où d’autres pancartes d’un sentier botanique ont retenu mon attention. Les panonceaux « Cami de la Retirada » étant fort nombreux, j’ai cru bon d’éteindre mon GPS car j’avais acquis la certitude que ce parcours serait parfaitement balisé d’un bout à l’autre. Après avoir retrouvé et traversé le D.115, je suis entré définitivement en forêt pour n’en ressortir qu’une heure et demie plus tard. Il faut dire qu’une fois encore, j’ai flâné plus que de raison car avec mon numérique, je tentais très souvent de surprendre les nombreux petits passereaux qui chantaient à tue-tête et qui avaient abondamment investi autant les feuillus que les résineux de cette magnifique forêt domaniale du Haut-Vallespir. Le sentier suivait le Ravin de Flameijes mais malgré la dense forêt, des fenêtres s’entrouvraient très régulièrement laissant percevoir de très belles vues vers les domaines pittoresques et verdoyants de Cal Touro et de Costerèbe mais aussi vers les crêtes alentours où la « dominante » tour de Mir jouait les « surgés » des panoramas. Sur les plus hauts mamelons, quelques plaques de neige faisaient de la résistance face à ce chaud soleil de mars et tout en montant, le plus souvent à l’ombre, j’étais confronté moi aussi à ces minuscules névés. Minuscules mais bien glacés et qui m’obligeaient à redoubler de vigilance sur ce sentier pas toujours stabilisé car étroit et constamment en balcon au dessus de ravines. Entre les Chalades (*) de Flameijes (**) et le Pla de l’Espinasse, les décors s’élargirent et dans un ciel bleu d’une pureté absolue, les vues enneigées du Massif du Canigou et des Esquerdes de Rotja s’entrouvrirent de manière éclatante. L’itinéraire déboucha une fois encore sur la D.115 mais à ce lieu-dit de l’ « Homme Mort », les panonceaux toujours présents m’indiquèrent de ne pas la traverser mais de la suivre de manière parallèle. Peu après, je perdis toute trace du balisage jaune que j’avais suivi jusqu’à présent et il me sembla préférable de rallumer mon GPS pour en examiner le tracé enregistré. Ce dernier m’indiquait de m’éloigner de la route, de partir sur la droite et effectivement les marques jaunes étaient bien là sur de petits poteaux plantés dans le sol. Sans doute confrontés au même problème que moi, des randonneurs avaient cru bon d’ériger en sus et dans les prés quelques minuscules cairns. Tout en montant, j’avais l’impression que le Vallespir s’ouvrait tout entier à mon regard et en prêtant plus particulièrement attention à certains paysages, je retrouvais assez facilement d’autres lieux où j’avais pris plaisir à randonner : Notre-Dame de Coral, les tours de Cabrens,  le Mont Negre et encore plus loin le Pilon de Belmatx. Sur la gauche du sentier, l’étonnante chapelle romane de Sainte-Marguerite me sortit de ces réflexions. Bien que ruinée, j’avais lu qu’elle datait du 13eme siècle, la première mention écrite datant de 1264 exactement et de ce fait, elle était inscrite aux Monuments Historiques depuis 2009 car le site avec son hospice constituait un des rares témoignages des hospices de montagne médiévaux de la région. Au Moyen-âge, la chapelle et l’hospice dédié à Sainte-Marie venaient en aide à tous les voyageurs franchissant le col d’Ares et plus précisément aux pèlerins se rendant à Saint-Jacques de Compostelle. Après cette belle découverte qui mériterait sans aucun doute une légitime restauration, j’ai quitté la chapelle pour rejoindre le dernier panonceau « Cami de la Retirada » aperçu. Ici, le sentier s’est encore élevé quelques instants puis a filé bien plat au milieu des pelouses, toujours parallèle à la D.115 dont j’apercevais quelques sinuosités en contrebas. Au moment où l’itinéraire coupa le bitume, j’ai estimé que l’heure du pique-nique était arrivée. Alors, je me suis assis dans l’herbe légèrement en contrebas de la route et j’avais à mes pieds un profond ravin, celui du Col d’Ares et devant moi un panorama exceptionnel sur une grande partie du Vallespir bordant toute la crête frontière. De manière très anarchique, les petites collines, les puigs plus importants et les profondes ravines se succédaient jusqu’à un horizon bleuté dont je ne voyais aucune limite. Un couple de rapaces, sans doute des vautours fauves,  se mit à tournoyer quelques instants au dessus de ma tête et disparut dans les conifères couronnant le Mont Falgas. Si le col d’Ares était désormais tout proche, le large chemin qui y menait était suffisamment enneigé voire bourbeux par endroits pour que la marche se transforme en une petite épreuve sportive non prévue au programme. Avec par endroits, une épaisseur de poudreuse de 40 à 60 centimètres amassée en congères, des raquettes auraient été les bienvenues mais les miennes étaient restées à dormir bien sagement au fond de mon grenier. Cette petite mésaventure passée, le col d’Ares et sa stèle en hommage aux Républicains espagnols arrivèrent heureusement très vite et désormais sur l’asphalte, j’avais tout le loisir de visiter et d’apprécier les lieux. Avec le bleu profond du ciel, le blanc des montagnes enneigées et un patchwork de bruns et de verts, ce spectacle coloré était somptueux. Des panoramas époustouflants se dévoilaient à la ronde vers le Vallespir, le Val de Camprodon, le Pic de Costabonne et le Massif du Canigou. Seul inconvénient à ces déboires neigeux que je venais de connaître, une vieille tendinite au genou droit s’était réveillée alors j’hésitais quant à la manière dont j’allais retourner à Prats-de-Mollo et ma voiture. Trois itinéraires principaux étaient possibles : soit refaire le Cami de la Retirada en sens inverse et donc dans le bon sens pris par les Républicains espagnols en 1939, soit prendre l’itinéraire du Tour du Vallespir, direction les Basses de Fabert puis la tour de Mir comme je l’avais prévu initialement et dont le panonceau m’annonçait une distance de 12 km restant à parcourir ou enfin, emprunter le longue piste forestière des Carbonères (***). Enfin la dernière et la plus sage aurait été que je fasse du stop mais ça il en était hors de question. Primo parce que j’estimais que la douleur n’était pas suffisamment violente, secundo, car j’avais encore envie de marcher et tertio car il n’était pas question que je batte en retraite, un comble sur ce « Cami de la Retirada » ! Je me suis donc installé à une table de pique-nique, j’ai déplié ma carte IGN afin d’analyser les différentes possibilités, leurs distances et leurs configurations. Bien qu’il était l’itinéraire le plus court, refaire le « Cami de la Retirada » en sens inverse ne me « bottait » pas trop, car en général je n’aime pas trop les aller-retour en randonnée pédestre. Prendre l’itinéraire du Tour du Vallespir comme initialement prévu avait ma préférence car je réparais définitivement mon « entorse » de 2009 mais seul inconvénient, j’appréhendais la descente très abrupte et caillouteuse après la tour de Mir que je connaissais parfaitement. Pour réparer une « entorse » morale, je risquais, sans genouillère, de m’en faire une vraie d’entorse, bien physique celle-là ! Alors au regard de la petite douleur lancinante que j’avais au genou droit, j’ai pris la décision la plus raisonnable et j’ai finalement opté pour la Route forestière des Carbonères démarrant tout près de la Chapelle Sainte-Marguerite. Depuis le Col d’Ares, j’ai donc repris le chemin en sens inverse jusqu’à proximité de la chapelle. Là, j’ai démarré une longue et fastidieuse descente dont le seul aspect positif était la « planitude » de la piste dont j’espérais qu’elle préserverait suffisamment mon genou jusqu’à Prats. Comme toujours, j’ai comblé ce laborieux retour en photographiant tout et n’importe quoi et notamment des oiseaux. Les pinsons, de très loin les plus nombreux, semblaient avoir pris possession de tous les arbres de la forêt. Leurs chants puissants aux notes variées emplissaient la forêt. Parfois quand ce concert s’arrêtait soudainement, j’en étais presque surpris mais ce silence retrouvé ne durait jamais bien longtemps. Après deux heures quinze de pistes DFCI, j’ai finalement atteint le radier sur la rivière Canidell puis peu de temps plus tard, j’ai abouti à la Maison Forestière de Can Got. Là, une pause casse-croûte a été la bienvenue car je n’étais ni au bout de mes peines ni encore arrivé. En effet, il me fallut encore trois quart d’heures de plus pour rejoindre Prats-de-Mollo d’abord par le P.R, sentier N°7 de la tour de Mir puis pour finir, par la D.115. Malgré, cette nouvelle « entorse » à l’itinéraire initialement prévu, j’étais plutôt satisfait car mon genou avait tenu la distance. Prats-de-Mollo, cité de mes « entorses » morales et physiques à répétition mais où je ne bats jamais en « retirada », telle était une fois encore le dénouement de mes péripéties dans cette partie du Vallespir. En conclusion, cette balade sur le « Cami de la Retirada » se terminait bien et j’étais resté 8 heures sur les chemins du côté du col d’Ares et au dessus de Prats-de-Mollo. Telle qu’effectuée, cette randonnée a été longue d’une vingtaine de kilomètres environ. Pour un aller-retour sur le Cami de la Retirada, il faut compter une quinzaine de kilomètres seulement quand à un retour par le Tour du Vallespir et la tour de Mir, c’est 21 à 22 kilomètres qu’il vous faudra parcourir. Carte IGN 2349 ET Massif du Canigou Top 25. (*) Chalade : dans les Pyrénées-Orientales, le mot « chalade » vient du catalan « eixalada » signifiant « pente abrupte » mais dans d’autres régions (Lorraine, Ardennes, Vosges) il signifie clairement « chemin en lacets dans une pente » (note extraite de « Les noms des lieux en France – Glossaire des termes dialectaux » d’André Pégorier. (**) Flameijes : le mot « flameije » signifie « flammèche », cette parcelle de flamme qui se détache d’une matière en combustion. (***) Les Carbonères : Bien entendu le mot « flameije » a un rapport certain avec les Carbonères c'est-à-dire ces « charbonnières » où les charbonniers d’antan amoncelaient du bois vert sous forme de meules pour fabriquer du charbon de bois. Aux temps jadis, le charbon de bois était le principal moyen de chauffage car ses propriétés « chauffantes » étaient bien supérieures à celle du bois. Son usage s’amplifia avec la révolution industrielle et les guerres. Ainsi, il servait dans les gazogènes, pour les fers à repasser, dans les chaufferettes, aux métallurgistes, aux chaudronniers, aux boulangers, aux forgerons miniers et autres, aux ferblantiers, aux maréchaux-ferrants mais également aux pharmaciens qui l’utilisaient pour ses propriétés filtrantes et chimiques. C’est au début des années 1950 que l’utilisation du charbon de bois comme combustible commença à décliner remplacé par des moyens plus performants et plus propres comme le gaz ou l’électricité.

    Enregistrer


    votre commentaire
  •  
    LE CHEMIN DU FACTEUR .....à Caudiès-de... par jullie68

    C’est au cours d'une randonnée au Château des Maures et déjà, au départ de Caudiès-de-Fenouillèdes que j’ai découvert des panonceaux indiquant un « Chemin du Facteur ». En septembre 2011, j’ai de nouveau aperçu ces panonceaux lors de mon Tour des Fenouillèdes et même si je me doutais qu’il s’agissait sans doute de refaire la tournée d’un vieux facteur, j’en ignorais le détail et je me demandais en quoi consistait ce chemin. Je me suis donc mis en quête de renseignements sur Internet car si le panonceau que j’avais aperçu au départ de Caudiès spécifiait la présence de cette randonnée sur le topo-guide du Haut-Fenouillèdes, je ne disposais pas de cet ouvrage. En définitive, j’ai trouvé le circuit en question. Un circuit VTT certes mais un circuit parfaitement réalisable à pied car je pouvais le réduire et le ramener aux 14 kilomètres indiqués sur le panonceau. Il ne me restait plus qu’à programmer ce « Chemin du Facteur » et à croiser les doigts pour que la journée en question soit magnifiquement ensoleillée. Le 24 février, le jour tant espéré arriva et finalement la météo allait bien au delà de mes espérances. Un soleil estival et un ciel pur et bleu m’accompagnèrent jusqu’à Caudiès et ils étaient encore là sur la Promenade des Basses au moment où je m’apprêtais à démarrer cette belle randonnée. J’étais très heureux à la fois de savoir que j’allais sans doute balader avec cette superbe météo toute la journée mais aussi de savoir que cette marche consistait à mettre mes pas dans ceux d’un facteur rural vieux de presque deux siècles. Un facteur rural pour lequel j’avais acquis beaucoup de respect suite à  la lecture de diverses sources d’informations où leurs conditions de travail déplorables étaient mises en exergue. Après des recherches un peu plus approfondies sur le Web, c’est bien en cela que consistait ce chemin, refaire une tournée d’antan telle qu’elle s’était faite en 1830 quand le service rural avait été mis en place pour la première fois. Cette loi instaurant un service postal rural mise en oeuvre par le Baron Joseph de Villeneuve-Bargemont, nouveau Directeur Général des Postes fut, au même titre que l’instauration du timbre-poste en 1849, une véritable révolution. Jusqu’ici  la distribution à domicile du courrier n’était que le privilège des citadins et ce nouveau service consistait en une desserte obligatoire tous les deux jours pour tous les villages de campagne y compris les hameaux les plus reculés. A  l’époque, 5.000 facteurs furent recrutés sur toute la France et la plupart étaient d’anciens militaires que la marche ne devait pas effrayer. Ce chiffre alla crescendo d’année en année jusqu’à atteindre 23.000 en 1910. Deux ans plus tard, en 1832, la tournée des campagnes devint quotidienne. Selon les statistiques de 1877, la tournée moyenne qu’un facteur rural devait accomplir était de 27 kilomètres, chiffre déjà très conséquent,  pourtant le record était paraît-il égal au double de cette distance avec une tournée de plus de 53 kilomètres effectuée par le facteur de Vicq-Exemplet dans l’Indre. A l’époque, l’Administration des Postes estimait qu’une tournée qui ne dépassait pas les 32 kilomètres ne pouvait pas être considérée comme trop longue. Si les facteurs étaient rémunérés en fonction de la distance réalisée, 4 centimes du kilomètre en 1830 puis 5 en 1845,  les salaires restaient très faibles et étaient surtout améliorés grâce à quelques « carottes salariales » pour services rendus en sus. Les facteurs ruraux que l’on utilisait de manière soutenue puisqu’ils marchaient 7 jours sur 7 étaient  peu estimés à la fois par leur Administration mais également par les usagers qui les considéraient très souvent comme des domestiques à leur service. A titre d’exemple, en 1835 et en gagnant 456 francs annuels, un cantonnier était mieux loti qu’un facteur rural car sur la base d’une tournée moyenne de 25 kilomètres et selon la rémunération à la distance mentionnée ci-dessus, un facteur rural gagnait seulement 365 francs annuels en 1830  et 450 francs en 1845. Il est vrai qu’à cette somme venaient s’ajouter des indemnités pour « frais de chaussures » dont on a aucune peine à imaginer la régulière et obligatoire nécessité. Ce n’est qu’en 1893 que les facteurs ruraux furent finalement autorisés à prendre un jour de congé par mois. Mettaient-ils à profit cette journée de congés pour aller randonner ? Laissez-moi en douter ! Comme quoi les temps ont bien changé depuis. Voilà pour l’Histoire de ce « Chemin du Facteur » dans lequel j’étais prêt à me lancer et qui depuis Caudiès-de-Fenouillèdes allait m’entraîner tour à tour vers de minuscules hameaux oubliés ayant pour noms Pescarou, Campeau, les Bergeries de la Couillade et de Malabrac puis le hameau éponyme lui-même. Si les ruines de ces derniers étaient encore visibles deci delà, ils devaient sans doute y avoir d’autres dessertes dans des lieux encore plus lointains voire encore plus isolés mais aujourd’hui complètement disparus car enfouis sous la végétation. La Promenade des Basses puis la Départementale 20 m’ont entraîné très rapidement en dehors du village. Après le pont sur la Boulzane, l’itinéraire toujours sur le bitume s’est mis à longer un instant la rivière dont le lit est aujourd’hui peu profond mais qui dans des temps plus reculés, était paraît-il navigable. Il y avait même un port à Caudiès comme l’atteste une « impasse du Port ». Si au départ l’itinéraire est commun au Sentier Cathare balisé ici en jaune et bleu, il faut ensuite le quitter, aussi malgré des routes et des chemins partant un peu dans tous les sens, les panonceaux « Chemin du Facteur » et le balisage jaune bien présents sont toujours les bienvenus et rendent judicieusement impossible tout égarement. Il en est ainsi jusqu’au pied de la Soula de la Roque où un unique et étroit sentier plutôt caillouteux met fin à la piste forestière qui elle-même a pris très rapidement le relais de l’asphalte de la D.20 allant vers Prugnanes. Le panonceau « Chemin du Facteur » suivant, je ne l’ai vu que quelques kilomètres plus loin en arrivant à Campeau puis, je n’en ai plus vu jusqu’à Malabrac et ça, on peut le regretter car si personnellement je connais très bien ce secteur autour de Bugarach, j’imagine aisément que tous les randonneurs venant ici ne sont pas dans mon cas. Au pied de la Soula de la Roque, le sentier s’est mis à grimper en suivant puis en dominant en balcon le minuscule Ravin de Missaut. De ce fait,  il laisse entrevoir de superbes vues sur Caudiès et la sombre et dense forêt de Boucheville, ubac de la vallée de la Boulzane qui s’étire dans une verdoyante mosaïque. Tout en montant, j’arrivais  aisément à reconnaître quelques sommets antérieurement cheminés comme le Sarrat Naout, les Pechs de Fraissinet et des Escarabatets ou bien encore le Pic d’Estable et tous me rappelaient d’excellents souvenirs de balades familiales ou solitaires. Puis le sentier s’est rapproché du ravin et les panoramas ont aussitôt disparus dès lors que le parcours est entré dans d’obscurs sous-bois de chênes verts et de buis. Ici en raison de la difficulté du sentier qui était devenu étroit, rocailleux et sombre, j’essayais de me mettre à la place des courageux vététistes qui l’arpentaient sans doute en sens inverse, c'est-à-dire dans le sens de la descente et finalement, j’étais plutôt content de monter. Toutefois, ne voyant plus du tout le soleil ni la moindre parcelle de firmament, j’avais l’impression de marcher non plus dans la forêt domaniale du Moyen-Agly mais au sein d’une véritable jungle amazonienne sombre et inquiétante. Ce ténébreux sous-bois s'étalait un peu trop en longueur à mon goût. Finalement, ce n’est qu’une heure plus tard qu’une première fenêtre s’est entrouverte sur  un coin de ciel bleu puis les arbres s’éclaircirent et je reconnus les collines ondulées et les grandes prairies verdoyantes augurant le hameau de Campeau. Au loin et à la lisière d’un bois, j’ai aperçu un chevreuil aussi surpris que moi mais qui n’accepta qu’une seule photo et qui détala ensuite à la deuxième. Puis en arrivant devant la petite mare de Campeau, ce fut autour d’un limicole d’être immortalisée dans mon numérique. L’oiseau ne demanda pas son reste et s’envola bruyamment. A mon retour à la maison, je fus très étonné de constater qu’il s’agissait sans doute d’un Chevalier culblanc (Tringa ochropus)  sans doute un peu perdu dans sa quête migratoire. J’étais parti dans l’idée de m’arrêter assez longuement dans le hameau ruiné mais un gentil cheval devenant un peu trop pressant à mon goût, semblait en avoir décidé autrement. Il n’arrêtait pas de me suivre alors je lui fis quelques caresses sur le front mais quand il vit que je l’abandonnais, il me poussa dans le dos et finalement, je fus si surpris que j’ai été contraint de « prendre mes jambes à mon cou » pour repartir bien plus vite que je ne l’avais envisagé vers la Bergerie de la Couillade. Heureusement, les arbres et les ruines de Campeau m’avaient très efficacement servi de bouclier. Après cet épisode plutôt cocasse où j’avais ri « jaune » sur la fin, je me suis mis à penser à ce pauvre facteur rural qui, lui, devait être confronter quotidiennement à ce type de désagréments avec les chevaux bien sûr mais surtout avec les chiens de troupeaux car à cette époque de très nombreuses bergeries très actives jalonnaient sa tournée. Finalement, en arrivant à la Bergerie de la Couillade, bien qu’il soit midi passé, je pris la décision de poursuivre jusqu’à ce que le Canigou magnifiquement enneigé soit la toile de fond de mon déjeuner sur l’herbe. Un déjeuner sur l’herbe certes sans muse dénudée car solitaire, mais dont la lumière extraordinaire des paysages n’aurait sans doute pas déplu à un Edouard Manet fin connaisseur en la matière. Après cet agréable pique-nique, j’ai eu un mal fou à lever le camp mais comme je savais que la flânerie serait de mise, je me suis mis en route sans trop gamberger. Contrairement au facteur, moi  je n’avais aucune missive à délivrer à personne, tout le temps pour retrouver Caudiès et ma seule tournée était celle que j’étais entrain d’accomplir autour de l’emblématique Pech de Bugarach qui apparaissait sans cesse au dessus de petites collines débonnaires. L’expérience du cheval de Campeau étant encore toute fraîche dans ma mémoire et l’itinéraire m’entraînant vers un grand groupe de chevaux que je vis de très loin du côté des ruines de la Bergerie de Malabrac, je pris la sage décision de quitter le sentier pour marcher derrière une haie bien à l’abri du regard des équidés. Ce choix eut pour effet d’arrêter net ceux qui avaient déjà pris la décision de venir vers moi. Peu de temps après, le sentier tourna le dos au Bugarach et se mit à descendre sur une large piste parfaitement balisée car commune au Tour des Fenouillèdes et au G.R.36. Juste avant Malabrac, je pris la décision de rester sur ce balisage et donc de quitter la large piste au profit d’un étroit sentier puis, finalement, je me suis ravisé et juste avant d’amorcer l’abrupte descente de la Soula de la Roque que j’avais déjà prise dans ce sens lors de la balade au Château des Maures, je fis demi-tour et partit vers le vieil hameau abandonné. Après tout, le hameau de Malabrac constituait une étape essentielle pour le facteur de Caudiès et je ne me sentais pas le droit de l’oublier dans ma propre balade. Une fois au village, et de fil en aiguille, je pris la décision de poursuivre sur la piste qui filait en dessous du plateau de la Gorbelhe. Je savais que la randonnée ferait quelques kilomètres supplémentaires et non plus 14 kilomètres comme prévue initialement mais ce n’était pas bien grave. Il faisait un temps splendide et j’avais encore beaucoup de temps pour arriver. Si ce tronçon en forêt puis en balcon sur le Ravin dels Adoutx offrant de très belles vues sur Caudiès fut plutôt agréable, les 4 kilomètres du retour sur l’asphalte de la D.9 jusqu’à l’arrivée furent tout de même relativement fastidieux. Comme très souvent, je mis à profit ce languissant épilogue pour photographier tout et n’importe quoi mais aussi quelques oiseaux, histoire de voir si je pouvais garnir mon album ornithologique d’un nouveau volatile. Lors du dernier kilomètre avant l’arrivée à Caudiès, je fis la connaissance d’un vieux papy qui revenait da sa vigne et avec lequel la conversation s’engagea. Enfin c’était surtout lui qui parlait et moi je ne faisais que l’écouter. Il me paraissait très alerte pour les 90 printemps qu’il venait de m’annoncer mais au fil de la teneur de notre entretien, son ardeur s’estompa. Il faut dire que sur les quelques décamètres qu’il nous fallut faire pour atteindre sa maison, il me raconta toute son existence parfois de manière répétitive et assez désordonnée : son enfance et sa jeunesse à Saint-Laurent-de-Cerdans, la rencontre avec son épouse qui était espagnole, son mariage dans les années 40, sa vie professionnelle dans une fabrique de vigatanes, sa retraite à Caudiès, ses enfants qui ne venaient pas suffisamment le voir. Mais dans ce flot de récits, un seul revenait comme une litanie et semblait lui tenir le plus à cœur c’était de me parler de son épouse bien-aimée qui atteinte de la terrible maladie d’Alzheimer avait récemment fini sa vie ballottée entre des services spécialisés, l’hôpital de Quillan pour finalement décédée à celui de Perpignan. Tout en parlant, il sanglotait et n’arrêtait pas de répéter « ils me l’ont laissé mourir de faim à l’hôpital de Perpignan ! » puis inlassablement « elle me manque beaucoup, vous savez ! ». A coup sûr, la récente solitude pesait comme un énorme fardeau sur les épaules de ce brave homme et il paraissait dans une grande détresse. Quand finalement, nous arrivâmes devant le seuil de sa porte, à mon tour j’avais les larmes aux yeux. Il me serra la main puis il mit la sienne sur mon épaule et me dit « merci, allez ça va aller ! » puis il tourna les talons et rentra chez lui. Avec, ce « allez ça va aller », parlait-il de lui ou de moi ? Je ne le saurais jamais. Ce matin, j’étais parti sur ce « Chemin du Facteur » le sourire aux lèvres et voilà que je terminais cette balade la larme à l’œil et bouleversé par l’histoire pathétique de ce nonagénaire caudiésois. Jean qui rit, Jean qui pleure, ainsi va la vie ! Telle qu’expliquée ici, cette randonnée a été longue de 19 kilomètres environ pour un dénivelé de 517 mètres et des montées cumulées égales à 1.122 mètres. Vous pourrez bien sûr réduire tous ces chiffres en empruntant le vrai « Chemin du Facteur » qui revient par le Soula de la Roque plutôt que par la longue D.9 que j’ai empruntée pour finir. Cette balade figure sur le topo-guide Chamina Edition intitulé Corbières Fenouillèdes- Vallée de l’Agly –Pyrénées-Orientales- 36 circuits de petite randonnée. Cartes IGN 2347 OT Quillan-Alet-les-Bains et 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.

    Enregistrer


    votre commentaire

  • A trois reprises déjà, j’ai évoqué l’Institut pour la Justice dans Mon Journal Mensuel :

     

    -La première fois, c’était en novembre 2011 pour soutenir Joël Censier ce père de famille dont le fils sans histoire avait été lâchement assassiné par une bande de voyous. La justice avait cru bon remettre en liberté le principal suspect à cause d’un simple vice de forme dans la procédure. Il faut savoir que trouver un vice de forme dans une procédure pour obtenir la nullité d’un acte est le jeu principal des avocats de la défense pour que leurs clients évitent la détention à titre provisoire. Or la justice française fonctionne si mal et/ou si tardivement que trouver un vice de procédure est devenu d’une simplicité presque enfantine. Tapez « vice de forme dans la justice » dans Google et vous verrez qu’il y a pléthore de cas très médiatiques et ça vous laisse imaginer les milliers de cas parfois très menaçants qui ne le sont pas. Ainsi, des milliers de suspects dangereux que la police a réussi, non parfois sans risques, à interpeller puis à appréhender se retrouvent avec la liberté la plus absolue.

     

    -La deuxième fois, c’était en février 2012 pour évoquer la remise en liberté excessivement anticipée de la principale protagoniste Emma alias Yalda de l'infâme affaire dite du « Gang des Barbares », Cette affaire dont je rappelle qu’elle s’était terminée après torture par l’ignoble assassinat du jeune Ilan Halimi dans des conditions qui font froid dans le dos. Là aussi, la justice a été bien trop laxiste et les policiers qui avaient démantelés ce réseau ont été sans doute très dégoûtés de cet inconcevable dénouement de celle que l’on avait appelé « l’appât ».

     

    -Enfin,  la troisième fois c’était en septembre 2013 pour vous faire part de la lecture d’un excellent bouquin « Quand la justice crée l’insécurité » écrit par Xavier Bébin, juriste, criminologue et secrétaire général de l’Institut pour la Justice qui dénonce le fonctionnement de notre justice actuelle et l’insécurité qu’elle crée. Un livre à lire absolument même si on imagine être loin des problèmes d’insécurité.

     

    Aujourd’hui, je vais faire court et je veux de nouveau soutenir l’action de l’Institut pour la Justice car il est impératif que la réforme pénale que Christiane TAUBIRA envisage de faire voter très prochainement au Parlement ne passe pas. Au travers du site de l’Institut pour la Justice, vous avez d’abord l’opportunité de vous informer puis d’interpeller votre député. Alors n’hésitez pas une seule seconde, informez-vous et écrivez à votre député pour que cette exécrable réforme ne passe pas. Au moment même où la criminalité est en forte hausse, votre sécurité et celle de tous les français dépend de votre action. 

     

    POUR REFUSER LA REFORME PENALE DE MME TAUBIRA CLIQUEZ SUR CETTE LIGNE.


    votre commentaire
  •  
    AUTOUR DU GRAND ROCHER DE CARAMANY par jullie68

    La personne qui vient à Caramany faire cette randonnée « Autour du Grand Rocher » sans connaître l’étymologie de la cité risque de se demander de quel « grand rocher » il s’agit. En effet, si le village est perché à l’humble altitude de 250 mètres entre deux pitons rocheux tout aussi modestes que sont le Mont Redon (394 m) et la Bade (313 m), l’intitulé de cette balade peut donc laisser songeur le randonneur mal informé. C’est en tous cas, la réflexion que j’ai eu quand, il y a quelques années, je suis venu faire cette belle randonnée pédestre pour la première fois. A l’époque, j’ignorais que Caramany tirait son origine de l’élément « kar » signifiant « pierre » et du latin « magnus » signifiant « grand » et que par extension, cette « grande pierre » était appliquée à tout rocher fortifié et par ricochet à un grand château fort. D’ailleurs, on retrouve « ker » dans d’autres langues comme la celte ou la bretonne où ce seul préfixe signifie « colline fortifiée », « forteresse », « château », « citadelle », etc…etc…. Ici, au fil du temps, les « kar magnus » ou « ker magna » ont fini par donner Karamay en 1211, Karamanho en 1242, Caramain en 1261, Caramayn en 1304 et Caramany en 1395. Sur les cartes Cassini, on trouve Caramaing et en occitan, le village devient Caramanh mais c’est la graphie catalane « Caramany » qui est restée la plus usitée. (Source : Wikipédia)  Une fois toutes ces précisions bien arrêtées, on n’est guère plus avancé car en réalité, on ne va n’y faire le tour d’un grand rocher et encore bien moins celui de l’ancien château médiéval, ça serait bien trop facile. Alors que viens-t-on faire au juste ici ? Et bien, il faut admettre que si le village mérite bien le détour et j’en conseille d’ailleurs la visite sans nécessité d’en faire le tour, le principal attrait de cette balade reste le lac de barrage sur l’Agly. Un barrage dont la construction puis la mise en eau s’est faite avec des soubresauts au sens figuré et au sens propre. Au sens figuré quand les archéologues mirent à jour une vingtaine de sites historiques s’étalant du Néolithique au Moyen Âge dans la zone inondable mais au sens propre aussi quand un séisme de 5,3 sur l’échelle de Richter eut lieu le 18 février 1996 au moment même où le remplissage arrivait presque à son terme. Tout ça sans parler du vignoble dont une grande partie a du être sacrifiée voir replantée dans des zones moins humides. Avec la présence du lac, c’est donc une balade plutôt rafraîchissante que l’on va accomplir, dans un cadre qui ne l’est pas toujours et notamment aux heures les plus chaudes de l’été. Pour moi, grâce à mon appareil photo muni d’un bel objectif, ce lac signifie  de voir des oiseaux et à ce titre, je dois dire que je n’ai pas été déçu tant la chance a été avec moi ce jour-là. Le départ s’effectue devant la cave coopérative vinicole où un panneau indiquant la balade est bien présent au même titre que quelques autres comme le « Balcon de la Pêche », le « Balcon du Lac » ou celui des Fenouillèdes. Si ce panneau indique très clairement de partir vers le village, nous, nous sommes partis à l’opposé en direction du lac. Ne voyez aucun malice à cela car si l’on a fait ce choix, c’est simplement que la fois précédente où nous avions réalisé cette randonnée, nous l’avions faite dans le sens préconisé. Alors bien sûr, comme il s’agit d’une boucle, il n’y a pas réellement un « bon sens » pour faire cette balade et que ce soit dans une direction ou dans l’autre, l’essentiel sera de trouver son chemin puis de revenir à la cave et à son véhicule. Pour nous le GPS était dans la poche pour nous y aider. Si vous n’avais pas ce petit appareil bien pratique, il vous faudra suivre le balisage jaune propre à ce P.R. ainsi que les panonceaux signalétiques indiquant « le Grand Rocher ». De toute manière et dans les deux cas, le début et la fin se terminent par de l’asphalte toujours un peu désagréable à cheminer et même un peu fastidieux, il faut bien l’avouer. L’avantage du sens contraire à celui préconisé, c’est que l’on garde la visite de Caramany pour la fin et même comme un agréable dessert si l’on décide de finir la balade à l’excellente Auberge du Grand Rocher, à condition bien sûr qu’elle soit ouverte. Il faut donc se renseigner au préalable. Mais pour l’instant, nous n’en sommes pas là et nous, à une stèle en mémoire au premier coup de pioche de la construction du barrage, on a quitté d’emblée l’itinéraire pour rejoindre le bord du lac où quelques oiseaux m’attendaient sagement pour quelques jolies photos. Bien sûr, rien ne vous obligera à faire de même et il suffira que vous restiez sur la petite route car à la fin du bitume, il suffit  de suivre la piste DFCI N°F67 qui file à gauche et tout droit et qui, peu à peu, s’élève au dessus du lac. Il va en être ainsi sur un peu moins de 2 kilomètres, toujours de manière rectiligne et sur la piste qui est parallèle à la berge méridionale du lac. Avant un virage en épingle où se trouve un point d’eau DFCI et quelques panonceaux indicatifs, on aura rencontré un grand panneau décrivant les différents vestiges archéologiques désormais immergés mais découverts avant la mise en eau du barrage. Au virage, les vues sur le lac se font plus grandioses et je prends plaisir et tout mon temps à photographier quelques oiseaux qui ont élus domicile sur le miroir bleuté ou sur ses berges. Tout en montant car le dénivelé devient plus conséquent, se dévoilent de magnifiques paysages : Vers le bout du lac en direction d’Ansignan et de son aqueduc romain émerge la très reconnaissable Serre de Vergés déjà gravie, encore plus loin le Pech du Bugarach laisse entrevoir son originale bosse pachydermique légèrement blanchie par quelques flocons de neiges tombés ces derniers jours. Toujours à l’horizon mais dans la direction opposée, c’est le Pic Aubeil également gravi au cours d’une jolie boucle autour de Bélesta que l’on aperçoit.  Devant, c’est le débonnaire Roc de Lansac qui étale quelques boqueteaux de chênes verts, la garrigue de ses « camps » oubliés et quelques vignobles descendant jusqu’aux rives du lac. Dans ce superbe décor, quelques ocres parcelles se reflètent sur la surface qu’elles assombrissent de leurs grandes silhouettes.  Ces grandes formes sombres contrastent avec le bleu outremer qui prédomine ici dans ce panorama aérien absolument exceptionnel. Sur les berges opposées, couleur ivoire, quelques oiseaux arpentent les paisibles plagettes. La large piste continue de monter en virages, elle se stabilise puis monte encore et au fil de cette modeste ascension, la végétation change. Les chênes verts laissent la place à quelques pins, cèdres et autres chênes blancs. On poursuit le balisage jaune mais on se fie aussi à la signalétique « Grand Rocher » qu’il faut bien sûr emprunter en sens inverse à celui fléché.  L’heure du pique-nique ayant sonné, on s’installe au pied d’un haut mirador non sans en avoir gravi au préalable les quelques marches afin de profiter des extraordinaires et époustouflantes vues embrassant l’aval du lac et le village de Caramany. Peu après cette pause, la vue sur le lac s’évanouit et au bord du chemin, les décors changent. Au milieu des petits vignobles aux sables ocreux, les cabanes, casots et « feixes » en pierres sèches se succèdent. Sur la droite, le long Serrat du Roc Rouge étire sa haute croupe boisée et bosselée. Le chemin descend parfois dans de minuscules ravines pour mieux les remonter quelques enjambées plus loin. A partir d’ici et en raison du grand nombre de chemins et de pistes partant en tous sens, il faut prêter bien plus attention au balisage ou bien marcher avec la carte IGN à la main ou mieux encore avec un GPS au tracé préenregistré. Ravin de Camarère, Llèbretous, Péménard, voilà les noms des quelques lieux-dits que l’on trouve sur la carte et que l’on va côtoyer à l’approche de Caramany. La fin, plutôt sinueuse, devient plus laborieuse car le village est parfois droit devant dans la ligne de mire puis on s’en éloigne pour mieux y revenir semble-t-il, mais non, on s’en éloigne à nouveau puis on y revient comme à presque le toucher avant de s’en écarter de nouveau et d’en faire un grand tour en laissant sur la droite les vestiges d’un vieux moulin à vent sur les contreforts du Mont Redon. Ici l’intitulé de la balade « Autour du Grand Rocher » prend tout son sens car le village était tout près puis l’éloignement devient de plus en plus significatif et la nouvelle approche par son côté sud-est et sur l’asphalte est tel qu’on aurait presque pu l’appeler « autour du pot » tant on ne voit pas la ligne d’arrivée survenir. Après maints et maints « atermoiements », on atteint finalement la D.21 et les premières maisons. Le village est là à quelques pas et désormais on retrouve le plaisir de la marche et de la découverte en arpentant quelques agréables ruelles. Si le village peut être vite traversé, il faut néanmoins en visiter l’essentiel de son patrimoine architectural avant d’en ressortir en poursuivant encore la D.21 pour rejoindre la cave vinicole et son parking où l’on a laissé la voiture. Selon le tracé enregistré dans mon GPS, la distance accomplie a été longue de 14km900 pour un très modeste dénivelé de 208 mètres mais des montées cumulées de 1.198 mètres, le point culminant étant à 385 mètres d’altitude. Carte IGN 2448 OT Thuir – Ille-sur-Têt Top 25.


    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires