• LES-BALCONS-DE-TAURINYA

     

    Si le dictionnaire Larousse définit le mot « balcon » comme une  « plate-forme en saillie sur une façade desservie par une ou par plusieurs portes-fenêtres », j’avoue que dans cette randonnée intitulée « les Balcons de Taurinya », je me suis demandé pendant très longtemps si l’interprétation de ce mot resterait valable une fois transposée à cette jolie boucle pédestre. En effet, après avoir laissé notre voiture à Taurinya sur le parking du superbe et très moderne bistrot de pays El Taller, il nous a fallu exactement 1h30 de marche avant qu’une première fenêtre s’entrouvre sur ce beau village du Conflent. Comme quoi, même en randonnée, il faut parfois être patient. Mais attention, si le mot « balcon de Taurinya » a pris toute sa signification passé ce laps de temps, ça ne veut pas dire pour autant que ces 90 minutes à marcher ont été désagréables. Non, bien au contraire car les découvertes sont même plutôt nombreuses dès le début de cette longue boucle où le balisage est très présent mais demande parfois de l’attention. Il y a d’abord le village lui-même qui ne manque pas d’intérêts avec notamment quelques vieilles et jolies ruelles mais surtout son église romane dédiée à Saint-Fructueux et dont le beau clocher-tour daterait du 12eme siècle. Puis après s’être dirigé vers le haut du village jusqu’au Cami de las Tarteres, on ira dès le début de cette balade, à la rencontre de l’ancien hameau du Salver essentiellement destiné à l’exploitation du fer. Salver conserve une quantité incroyable de vestiges de ce patrimoine minier que de vaillantes associations cherchent à faire renaître de leurs cendres en réhabilitant certains bâtiments et en incitant les visiteurs à venir faire une petite balade sur un circuit crée en cette occasion et qui s’intitule le « Sentier des Mines ». Puis, après Salver et la belle châtaigneraie, les balcons se font jour du côté des Costes d’Anglade, point culminant de la journée avec ses 843 mètres d’altitude. D’ici, des fenêtres plongeantes s’entrouvrent sur Taurinya, Saint-Michel de Cuxa et sur le vallon de la rivière Llitera mais pas seulement car dans l’agréable et rafraîchissante descente vers les Colomines, de nombreuses vues apparaissent absolument de tous côtés et vers tous les horizons plus ou moins proches : Canigou et hauts sommets enneigés du Haut-Conflent, de Cerdagne et du Capcir, Massifs du Coronat et du Madres, Vallée de la Têt et Plaine du Roussillon et des panoramas se dévoilent même jusqu’à la Méditerranée. Un peu plus bas en altitude, on découvrira l’ancestrale Tour de Corts. Il s’agit en réalité d’une ancienne église romane, elle aussi, du 12eme siècle dont l’abside a été surélevée et fortifiée pour prévenir d’éventuels assaillants. Là aussi, à travers un texte de 1280, l’historien Jean Tosti nous apprend qu’il y avait un hameau à Corts et des mines consacrées à l’exploitation du fer : « Menerio in terminis de Cortz ». Un peu plus bas encore et à l’approche de Saint-Michel de Cuxa, c’est un petit bout du long Canal de Bohère que l’on va côtoyer sur un tronçon malheureusement asséché puis après avoir enjambé la Llitera (439 m), le clou de cette belle et longue randonnée sera bien sûr la visite de cette incontournable abbaye, un des plus beaux édifices religieux de notre département. Si vous ne connaissez pas Saint-Michel de Cuxa et si vous êtes un amoureux des vieilles pierres, je vous conseille vivement cette visite dont vous ne pourrez pas sortir déçu tant il y a de merveilles architecturales à contempler. Bien qu’à ce stade, la randonnée soit loin d’être terminée car il reste encore quelques kilomètres, un bon dénivelé jusqu’au col de Clara et entre les deux, bien d’autres balcons à arpenter et à découvrir, cette découverte de l’abbaye dans ce cadre où transpire la sérénité ne pourra être que bénéfique à un peu de récupération. Comme si vous étiez passé dans un sas de décompression, vous repartirez de l’abbaye plus calme et plus reposé que jamais, au moins dans votre tête. Si les jambes ne suivent plus comme ce fut le cas pour Dany, vous aurez toujours la possibilité d’emprunter la D.27 bien plus courte pour rejoindre Taurinya. Dans le cas contraire, il vous faudra continuer le parcours en passant devant les restes de l’ermitage Saint-Pierre d’Orséolo où a été élevée une stèle en hommage à cet homme qui fut d’abord doge de Venise en 976. Pietro Orséolo fut un remarquable administrateur et reconstructeur de la cité vénitienne après le soulèvement du peuple en 976 qui avait vu la détérioration et la destruction de nombreux bâtiments et palais dont celui des Doges et la basilique Saint-Marc par exemple. Il instaura la paix civique puis deux ans plus tard, il disparut sans laisser de traces et on apprit que bien plus tard qu'il était entré sous un faux nom chez les moines de Saint Michel de Cuxa accompagné de deux ermites Romuald et Marin. Il y passa le reste de sa vie dans l'expiation, la pénitence et la prière.Après la découverte de cette stèle, il vous faudra monter vers les hauteurs de la Serre de Faixans d’abord par un chemin creux bordé de petits murets de pierres sèches puis par une piste terreuse qui vous amènera après quelques zigzags jusqu’au col de Clara. Là, sur cette piste, vous serez à nouveau aux premières loges de somptueux balcons et d’autres panoramas se dévoileront sur Taurinya, ses très proches alentours ou ses très lointains horizons magnifiquement enneigés en cette saison. Au col de Clara, la vue embrasse d’autres paysages et on remarquera notamment une bien jolie vue vers l’ermitage Saint-Etienne de Pomers, découvert et décrit dans ce blog il y a peu de temps. Ici au col, il suffira de suivre le panonceau  « Balcons de Taurinya » pour rejoindre le village et refermer cette magnifique boucle d’environ 16 kilomètres. Si le dénivelé est, avec ses 300 mètres, plutôt modeste, les montées cumulées dépassant les 1.110 mètres en font une balade plutôt difficile. Comptez au bas mot 5 « bonnes » heures de marche arrêts non inclus et consacrez-y la journée si vous envisagez de visiter Saint-Michel de Cuxa. Carte IGN 2349 ET Massif du Canigou – Top 25.

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  • LES-MONTS-D'ESTAGEL

    Après un grand détour par l’île de Madère et la fabuleuse mais difficile traversée de ses plus hautes cimes que sont le Pico do Arieiro (1.818 m) et le Pico Ruivo (1.862 m), redescendons un peu sur terre pour une toute petite randonnée que je qualifierais presque d’entraînement. Redescendre sur terre si j’ose m’exprimer ainsi, au sens propre avec cette nouvelle balade qui va culminer à 185 mètres d’altitude et au sens figuré car les plaisirs du voyage et de l’aventure seront sans commune mesure avec ceux que nous avons connu sur la Perle de l’Atlantique. Eh bien oui que voulez-vous, on ne peut pas toujours être en voyage aux Tropiques et partir randonner sous d’autres cieux très lointains. Eh bien oui que voulez-vous, il faut d’abord s’entretenir un peu si l’on veut ensuite avoir une forme suffisante pour gravir de plus hauts sommets. L’hiver est souvent la période la plus propice à ces courtes randonnées de remises en forme où l’on va pouvoir balader tout en faisant fonctionner son souffle et donc son cœur de manière optimale. Je suis toujours à la recherche de ces petits circuits de randonnées pas trop loin de chez moi de préférence et qu’on les effectue en les appelant « marche cardio » ou « cardio training », le printemps venu, il en restera toujours quelque chose si on répète ces séances bien régulièrement. Une condition tout de même, j’aime bien ces petites balades à condition d’être toujours dans la découverte, c'est-à-dire que j’aime bien en changer pour éviter la lassitude. Cette fois-ci, nous avions jeté notre dévolu sur un petit panonceau jaune que nous avions aperçu invariablement et depuis quelques temps déjà à la sortie d’Estagel. Ce panneau de randonnée était juste après le pont sur l’Agly, direction Maury mais si on le voyait déjà depuis quelques temps, nous ignorions ce qu’il pouvait bien indiquer. Il faut dire qu’à l’endroit où ce panonceau est placé, en plein virage, il est très difficile de s’arrêter sans prendre le risque de créer un accident car en général, les voitures reprennent de la vitesse dès la sortie du village.

    Ce jour-là, avant de partir vers Estagel, j’ai jeté un coup d’œil rapide à la carte IGN sur Géoportail et je n’ai noté aucun tracé de randonnée dans ce secteur. C’est donc en aveugles que nous sommes partis, que nous avons laissé notre voiture devant la gare du village et que nous avons fait les quelques mètres qui nous séparaient de l’énigmatique panonceau. Une fois devant celui-ci, le mystère est resté presque entier car il était écrit : « Les Monts d’Estagel – 8 km » et même en dépliant ma carte IGN, je n’étais guère plus avancé. Il y avait bien un Mont d’Estagel et quelques chemins qui semblaient tourner autour mais rien de concret quant à une éventuel tracé du style P.R. (Petite randonnée). Nous étions sur le point de démarrer la balade quand Dany me fit remarquer que sur le panonceau était dessiné un minuscule vélo ainsi que le fameux balisage propre aux circuits locaux de VTT avec un triangle et deux cercles de couleur jaune. Alors fallait-il pour autant ne pas faire cette balade ? Non, c’était une boucle de 8 kilomètres comme une autre, enfin nous l’espérions, et je ne voyais rien qui s’opposait à la transformer en une randonnée pédestre. Bien sûr, nous comptions respecter le balisage que nous espérions suffisamment clair et présent pour ne pas s’égarer en cours de route. C’est ainsi que dès le départ, nous avons traversé la voie ferrée à un passage à niveau avec signal automatique et devant ce qui semblait être la maison d’un artiste mais sans doute plus sûrement celle du gardien de ce même passage à niveau. En effet, quelques jolies sculptures en bois ou en pierres étaient là, posées à même le sol et laissaient présager que le cheminot était également un excellent sculpteur à ses heures perdues. Au moment où nous avons franchi la voie avec la prudence recommandée et comme si un signal était nécessaire à matérialiser notre départ, un magnifique coq se mit soudain à chanter. Un large chemin tourna à gauche et s’éleva en suivant la voie ferrée, voie qui elle-même était parallèle à la D.117 que l’on apercevait légèrement en contrebas. Il en a été ainsi sur 2 kilomètres environ avant de retrouver le bitume de la D.611 qui, elle, filait vers Tautavel près d’un autre passage à niveau. Tout en parcourant ce tronçon, nous avons eu l’occasion d’entrevoir de très jolies vues sur les premières collines des Fenouillèdes, sur le Massif du Canigou et sur les Corbières. Sur la droite, les flancs du Mont d’Estagel où l’on pouvait remarquer d’innombrables terrasses ainsi qu’un grand nombre de vieux et colossaux murets de pierres sèches et également quelques orris, témoignages d’anciennes cultures et d’un pastoralisme aujourd’hui disparu. Dans cette colline hostile où la garrigue et de nombreux pins ont désormais entièrement repris leurs droits, on imagine avec peine qu’agriculture et élevage aient pu exister au siècle précédent. Nous avons poursuivi la D.611 et juste après le virage et une pancarte « Domaine Mas Camps », nous avons emprunté un large chemin qui montait à gauche et arrivait au sommet d’une butte près d’un mas. Cette portion du chemin semblant être privée car on y croise un nombre incalculable de voitures, nous avons bien sûr respecté les lieux en ne s’y attardant pas et en marchant en silence. Le chemin est redescendu un peu, a rejoint un tunnel au dessus duquel passe la voie ferrée et nous avons retrouvé le balisage qui avait quelque peu disparu. Dorénavant, la voie ferrée n’était plus en dessous mais légèrement au dessus. Tout en longeant la voie ferrée, le large chemin a fini pas se rétrécir en atteignant une vigne. Nous l’avons traversé en restant sur la gauche pour aboutir sur l’asphalte d’une petite route vicinale qui montait vers la droite. Malgré la déclivité, ici a commencé la portion la plus « roulante » de cette boucle et c’était l’occasion rêvée de faire un peu du « cardio training » en accélérant le pas. Nous avons poursuivi cette route qui filait plein nord en prêtant attention au balisage jaune toujours présent mais parfois peu évident à voir. Au bout de quelques centaines de mètres, après un bref raidillon, l’asphalte a laissé la place à une piste terreuse. Sans trop s’en rendre compte, nous nous sommes élevés et les vues se sont un peu plus entrouvertes sur des panoramas plus lointains où l’on pouvait distinguer les collines de Força Réal mais où le Canigou remplissait le paysage et restait le seigneur de l’horizon. Désormais, la large piste se faufilait entre vignes, casots, pinèdes et terrains en friches. Après une « bonne » montée, l’itinéraire s’est stabilisé et a même fini par s’aplanir complètement au milieu du vignoble. Ici, nos regards se sont tournés vers les petits pechs des Corbières, vers le château de Quéribus et la longue Serre de la Quille. Après quelques zigzags aux milieux des vignes, le chemin bordé de quelques amandiers fleuris est reparti vers le sud puis il est redescendu pour retrouver la D.611 allant vers Tautavel. Là, nous avons tourné à droite tout en traversant la départementale pour rester sur la partie gauche de la route et on a continué à descendre sur 300 à 400 mètres environ jusqu’à rencontrer une combe excessivement caillouteuse qui montait à gauche dans la colline. L’itinéraire était bien là et ce goulet « tord-chevilles », il faut reconnaître qu’il n’est pas très commode à grimper sans de bonnes chaussures de marche. J’étais sur le point d’écrire « tord-chevilles » et « crève-pneus » mais j’ai rapidement réalisé que les vététistes devaient ici, par la force des choses, faire un inévitable portage sur l’épaule tant le sentier est pierreux et donc impraticable à vélo. Au sommet de ce rude raidillon, heureusement très court, l’itinéraire est parti à gauche en suivant un grand muret de pierres sèches puis il est entré dans un bois de chênes verts et de pins et a filé sur la piste la plus évidente dans une végétation de type maquis. Sur ce secteur du chemin, de temps à autres, quelques fenêtres s’ouvraient, sur le Pech de Bugarach étonnamment bien enneigé au regard de sa modeste altitude, sur les carrières de Tautavel et le mamelon de la Tour del Far. A l’approche d’Estagel, la piste terreuse s’est transformée en une route carrossable bitumée et a surplombé sur sa gauche cette partie du Ravin du Verdouble qu’on appelle le Cimetière des Maures. Soudain, au détour d’un virage, Estagel a commencé à apparaître et le joli village n’a plus cessé de se déployer au fur et à mesure que nous descendions vers lui. On a retrouvé encore plus magnifiquement qu’au départ les panoramas déjà aperçus :, les petits « serrats » qui encadrent l’Agly, la colline de Força Réal et le Massif du Canigou notamment. L’itinéraire a fini par arriver en surplomb de la gare et si la boucle a tiré à sa fin, il fallait encore rejoindre la voiture. Il a fallu pour cela traverser la voie ferrée devant la maison de l’artiste et rejoindre la gare par l’itinéraire pris à l’aller. Telle que décrite, cette boucle est longue de 9 kilomètres environ et nécessite quand même de bonnes chaussures de randonnée avec de préférence une tige haute pour le passage très caillouteux au sein de la combe qui monte vers le Mont d’Estagel. Le dénivelé de 110  mètres environ est très modeste et permet de garder un effort quasi constant si on veut faire du cardio. En été, il faudra penser à prendre de l’eau car le gros du parcours se fait essentiellement sur des pistes jamais ombragées. Enfin, sachez que ce circuit est disponible dans la collection « Les Petits Guides Rando Pyrénées-Roussillon » sur un fascicule quasi introuvable aujourd’hui qui s’intitule « 20 randonnées VTT en Fenouillèdes » édité par le Conseil Général des Pyrénées-Orientales. Carte IGN 2448 OT Thuir – Ille-surTêt – Top 25.

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  • PICO-RUIVO
    CARTE-PICO-ARIEIRO-RUIVO
    CARTE-MADERE

    Une fois n’est pas coutume, je vais faire un bond en arrière de plusieurs mois et de quelques centaines de kilomètres pour vous amener vers ce qui a été et restera sans doute comme une des plus belles et des plus marquantes randonnées qui nous ait été donnée d’accomplir. En tous cas, si ce n’est pas la plus belle, elle a été une des plus surprenantes et des plus sensationnelles.  Ça s’est passé en juin 2012 à l’Île de Madère et cette randonnée, c’est une traversée entre le troisième plus sommet de l’île et le premier. Une classique là-bas ! J’ai hésité longuement avant de la mettre dans mon blog car je me disais qu’elle n’intéresserait pas grand monde puis une petite vidéo de notre voyage que j’avais mise sur Dailymotion presque essentiellement pour la famille et quelques amis a eu pas mal de succès et plus de 250 visites en quelques mois, alors j’ai changé d’avis.

    Nous étions à Madère depuis 6 jours pour fêter nos quarante ans de mariage et les 60 ans de Dany et ce jour-là, c’était notre dernier jour car le lendemain nous reprenions l’avion. Nous avions déjà fait quelques petites randonnées mais il était hors de question de quitter Madère sans avoir fait la « Cruzamento », ce qui signifie la « traversée » ou « carrefour ». Là-bas, on l’appelle très souvent ainsi mais en réalité, il s’agit plus simplement de rejoindre deux sommets centraux de l’île que sont le Pico do Arieiro (1.818 m) et le Pico Ruivo (1.862 m) espacés de quelques kilomètres seulement. Je précise que la véritable traversée de l’île de Madère est réalisable elle aussi, mais en une dizaine de jours.  Pour rien au monde, nous ne voulions louper cette « Traversée » entre le Pico do Arieiro et le Pico Ruivo car nombreux étaient les  gens qui nous en avaient parlé avec des étoiles dans les yeux et tout le monde nous avait garanti des beautés incroyablement sauvages, des panoramas à couper le souffle et même quelques frissons.

    Comme nous avions choisi l’option « autotour » avec une voiture de location, ce matin-là, nous étions au village de Sao Jorge à l’hôtel les Cabanas, au nord de le l’île et pas très loin des deux pics tant convoités. Pas très loin à vol d’oiseau bien sûr car là-bas, les routes sont souvent très sinueuses, pour ne pas dire tourmentées et atteindre le Pico do Arieiro situé en plein centre de l’île était loin d’être évident. Nous sommes donc partis des Cabanas assez tôt et plutôt inquiets car une brume venant de la mer commençait à envelopper les paysages alentours. Ici, c’est très souvent le cas et parmi les nombreuses personnes qui nous avaient parlé de cette randonnée, la plupart nous avait précisé qu’elle serait d’autant plus extraordinaire que le beau temps serait de la partie. Vers 8h30, nous avons donc quitté Sao Jorge un peu angoissés et à juste raison, car au fur et à mesure que nous roulions et nous élevions en altitude, les nuages s’amoncelaient et formaient un épais matelas gris. Par bonheur, et après avoir roulé quelques kilomètres dans le brouillard le plus complet, peu après Santana, nous crevâmes presque définitivement cette ouate nuageuse. La brume se faisait plus éparse et finit même par disparaître dans l’ascension du Pico do Arieiro que nous apercevions au loin grâce au globe blanc de sa station radar de l’Otan. 10h15, nous garons la voiture sur l’immense parking. Côté Funchal, et en dessous de nous, la couche nuageuse est toujours là, épaisse et compacte mais au dessus de nos têtes, le ciel est incroyablement bleu. Nous avions rêvé d’une telle météo et notre rêve est entrain de se réaliser. Nous voilà donc partis en grimpant les quelques mètres qui nous séparent de Centre d’accueil et du belvédère du Pico do Arieiro. Là, un incroyable spectacle s’entrouvre. Une succession de montagnes rougeâtres et pelées complètement morcelées mais sur les flancs de certaines d’entre-elles, on imagine un peu de végétation avec quelques taches  bien verdoyantes. Sous certains aspects, ça me rappelle étrangement La Réunion mais un peu comme si le Cirque de Cilaos, le Piton des Neiges et le Piton de la Fournaise s’étaient soudain réunis pour ne former qu’un seul décor. Alors que nous sommes carrément scotchés devant ces ahurissants panoramas, les seules questions et interrogations qui viennent à l’esprit c’est : « On y marche là-dedans ? » « Il y a un chemin ? » « Non, il ne peut pas y avoir de randonnées ici ! ». Pourtant, il suffit de regarder au pied de ce mirador pour constater que quelques personnes filent droit devant sur un étroit sentier dallé. Oh, bien sûr, de cette foule déjà compacte qui se presse devant les balustrades du belvédère, ils ne sont qu’une poignée de gens à emprunter ce sentier mais nous décidons tout de même de leur emboîter le pas. Un panonceau de randonnée est bien là au pied des rambardes : « PR1- Pico Ruivo (E) 7 km – Pico Ruivo (O) 5,6 km. ». Nous voilà donc partis sans eau et sans casse-croûtes car pour nous, habitués aux longues randonnées pyrénéennes, 5 ou 7 kilomètres, il faut avouer que ça ne représente pas grand-chose. Bien sûr, on s’est grandement trompés car arrêts inclus, nous allons rester 6h30 sur ces sentiers et si je ne vous raconte pas la suite en détail, ce n’est pas parce que nous n’avons pas réussi à la terminer ou qu’elle est inintéressante bien au contraire. Non, nous l’avons bien terminée, fatigués certes malgré les privations d’eau. Non, j’ai espoir que vous préférerez regarder mon diaporama car la randonnée, elle,  est d’une grande simplicité. Simple mais attention pas facile du tout, et j’en veux pour preuve le temps que nous avons mis pour faire cet aller-retour de moins de 13 kms. Il n’y a que deux chemins parfaitement balisés pour atteindre le Pico Ruivo comme indiqué sur le panonceau au départ. Nous avons choisi le plus court à l’aller et le plus long au retour. Le plus court chemin que nous avons pris à l’aller est très sécurisé avec de nombreux garde-fous dans les passages les plus périlleux exposés au vide. Il faut savoir que ce sentier est très souvent en balcon à flanc même de la montagne. Un travail colossal de dallage a été accompli et je crois que l’on peut globalement rendre hommage à ces maçons de l’impossible qui ont façonné ce sentier comportant notamment un nombre incalculable d’escaliers taillés à même la roche sans parler des nombreux tunnels qu’ils ont perforé à travers les montagnes. En effet, le sentier emprunte de nombreux escaliers assez fatigants, notamment au retour et de nombreux petits tunnels dont celui du Pico da Gato où peu après se trouve la bifurcation des deux itinéraires. Le plus court chemin est celui dit « des tunnels ». Il passe sous le Pico das Torres en empruntant un long tunnel avant d’arriver au refuge du Pico Ruivo. Le sommet tant désiré n’est plus qu’à quelques encablures mais tout en élévation. Le sentier du retour est un peu plus long pour la simple et bonne raison qu’au lieu de prendre le tunnel du Pico das Torres, il contourne cette montagne. Il est plus sauvage aussi avec de nombreux passages taillés à même la terre du sentier ou la roche mais les endroits les plus risqués restent néanmoins sécurisés. On retrouve bien sûr le sentier unique à la bifurcation déjà citée plus haut. De toute manière, les deux itinéraires restent néanmoins très spectaculaires.  Bien que très sécurisée, cette randonnée peut être très compliquée pour les personnes sujettes au vertige car il y a de nombreux passages très étroits avec le vide immédiat même si les garde-fous sont là la plupart du temps. Nous avons néanmoins été confrontés à deux garde-fous qui avaient foutu le camp suite à des éboulements. Enfin, il est conseillé de faire ce parcours par beau temps et par temps sec de préférence. En effet, par temps de pluie, le sentier même très souvent dallé peut s’avérer très glissant et donc dangereux, quant à la neige, je n’en parle même pas ! Enfin, il ne faut pas se fier aux altitudes très proches de ces deux pics (1.818 et 1.862 mètres), car même si je ne dispose pas de moyens me permettant de calculer le dénivelé cumulé de cette randonnée, je l’estime sans doute à environ 1.000 mètres lors de l’aller-retour tel que nous l’avons accompli. En effet, le sentier descend d’abord pas mal, se stabilise puis remonte également pas mal à l’approche du Pico Ruivo. Il est donc conseillé de bien connaître les forces dont on dispose, de savoir les gérer de telle manière à en garder pour le retour car la fin de la balade se termine par l’ascension très pénible des nombreux escaliers descendus à l’aller. Sachez enfin que contrairement à ce que l’on peut penser au départ depuis le belvédère, ces montagnes sont loin d’être arides. Il y a une flore véritablement extraordinaire qui a comblé, au delà de mes espérances, le passionné de fleurs que je suis. Quand à la faune, même si je n’ai pu photographier que quelques lézards et des oiseaux, je suppose que selon les saisons, elle doit être aussi très riche avec de nombreux papillons et insectes et sans doute aussi quelques petits mammifères de type rongeurs ou porcins. Les flancs de ces montagnes sont les repaires des Pétrels endémiques de Madère qui viennent y nicher. Derniers conseils : Bien qu’il existe un refuge au Pico Ruivo où l’on peut boire et se restaurer, n’oubliez pas d’emporter de l’eau et un éventuel en-cas. Enfin, n’oubliez pas d’emporter une lampe de poche pour les nombreux passages en tunnels. Ici comme dans presque toutes les randonnées de l’île c’est un ustensile incontournable…..Mon crâne se souvient encore des coups de tête donnés dans la roche volcanique….et là-bas la roche, elle est presque aussi dure que ma tête ! C’est dire si elle est dure ! Enfin pour en terminer et pour ceux qui comme moi ne parles pas le portugais mais que la toponymie intéresse, je précise que le « Pico Ruivo » se traduit assez simplement en « Pic Rouge » ou pour être tout à fait exact en « Pic Roux » eu égard bien sûr à la couleur de ses roches volcaniques. En effet, l’île toute entière ne doit son existence qu’à des séries d’éruptions successives dont les plus vieilles ont 35 millions d’années, éruptions qui finalement ont abouti à son immersion, il y a environ 8 millions d’années seulement. C’est donc sur le plan géologique, une île plutôt jeune et tous ses hauts sommets que l’on chevauche sont la coalescence d’un certain nombre de ces éruptions. Enfin, il semble que même au Portugal la signification du mot « Arieiro » que l’on écrit également « Areeiro » pour définir ce pic soit plus problématique et pourtant d’autres lieux portent ce nom-là même à Lisbonne. Alors, en cherchant, j’ai trouvé deux traductions possibles pouvant offrir un début d’explication, la première est une traduction du mot « Areeiro » que le dictionnaire Systran définit comme étant une « sablière » ou  des « bacs à sable » quand le mot est mis au pluriel et on reste là très logiquement dans la minéralogie de l’île. Enfin une traduction latine et scientifique de ce mot « Areeiro » est « Lepidorhombus whiffiagonis »qui en anglais se traduit en « Megrim » qui n’est ni plus ni moins qu’un poisson plat très proche du turbot et que l’on appelle en français la « Cardine franche ». Alors les anciens, ont-ils appelé ce sommet le « Pic de la Sablière » au regard des minuscules pouzzolanes volcaniques parfois très granuleuses ressemblant à du sable ou le « Pic de la Cardine » à cause du sommet un peu plat pouvant rappeler ce poisson ? La question reste posée et le mystère restera entier comme enfoui dans un bois….Pourquoi un bois me direz-vous ? Et bien tout simplement parce qu’en portugais le mot « bois » se traduit en « madeira » comme le nom de l’île que les premiers navigateurs avaient trouvé si boisée et donc si belle….Nous aussi, nous l’avons trouvé très belle même si aujourd’hui, il paraît qu’elle est un peu moins boisée qu’en 1420 quand un certain João Gonçalves Zarco avait posé son pied pour la première fois. Carte de Madère (source www.quid.fr ) et carte randonnée (source www.rother.de).

    Pour avoir une meilleure idée de notre voyage dans sa globalité, voilà ci-dessous un diaporama de ce dernier :


    VOYAGE A MADERE par jullie68


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  • Ce mois-ci, l’actualité m’a encore une fois rattrapé et si en ce mois d’avril presque aussi maussade que notre pouvoir d’achat je n’avais pas spécialement envie de parler de la politique ou plutôt des hommes politiques, j’avoue que le cas de Gérard Filoche réagissant avec des trémolos dans la voix à l’affaire Cahuzac a été si exemplaire que je m’y suis senti presque obligé. Interrogé par le journaliste Michel Field sur LCI, voilà un homme qui m’a ému et il m’a paru normal de graver dans le marbre de mon blog cette prestation télévisée si rare venant de la part d’un homme politique.

    Ce ne sont pas les tromperies et l’hypocrisie de Jérôme Cahuzac qui me font réagir car les mensonges, les promesses non tenues, il faut reconnaître que depuis le temps, j’y suis plutôt habitué de la part du monde politique et je n’en ai plus rien à faire. Non je le répète seule cette prestation du socialiste Gérard Filoche m’a estomaqué et bluffé. Je dirais même plus, elle m’a donné du baume au cœur et des raisons d’espérer.

    Pourtant, je dois l’avouer, il y a belle lurette que les hommes politiques de tous bords ne m’émeuvent plus et d’ailleurs, dans ma tête, je ne suis plus très loin du « tous pourris ». Je le regrette bien entendu mais c’est ainsi, j’ai un mal fou à avoir confiance et pourtant je continue à aller voter. Je sais, ma position n’a rien de très originale ni d’exceptionnelle et bien évidemment, je sais aussi que je ne suis pas le seul dans mon cas. Mais là, je trouve que trop c’est trop et j’en suis à me demander si d’aller voter ça sert encore à quelque chose. Des affaires où sont impliqués des hommes ou des femmes politiques, il en sort une presque chaque mois voire chaque semaine quand ce n’est pas plusieurs. Certains me diront que ce n’est pas nouveau et c’est tout à fait vrai, mais il faut reconnaître que la crise économique aidant, la donne a quelque peu changé. Alors que ces mêmes hommes politiques nous bassinent à longueur de temps avec la crise économique, ils sont incapables de montrer l’exemple. Alors que l’on nous demande de faire des efforts très importants, on constate un grand nombre de malversations politico-financières alors même que les partis reçoivent des aides et des subventions publiques et que les campagnes électorales sont désormais presque essentiellement financées par l’Etat. J’ai donc du mal à comprendre. Si l’on voulait dresser une liste exhaustive de toutes ces affaires, on y passerait un temps infini car on en trouve à tous les échelons de l’organigramme de l’Etat ou du pays : gouvernement, partis, syndicats, conseils régionaux et généraux, mairies, etc….et j’en oublie sans doute…..sans parler des enrichissements à titre personnel. Quelques exemples d’affaires même si la plupart ne sont pas closes : affaires Woerth (Hippodrome de Compiègne et Bettencourt), affaire Sarkosy/Bettencourt, affaire Guérini, affaire Karachi, affaire Sylvie Andrieux, affaire Kucheida au P.S Nord-Pas-de-Calais et désormais Affaire Cahuzac et plus près de nous, affaires Christian Bourquin, affaire Bouille à Saint-Cyprien, affaires du couple Ferrand à Barcarès, affaire de Théâtre de l’Etang à Saint-Estève, affaire Robert Navarro à Montpellier….et je n’évoque là que les plus récentes. Peut-il y avoir autant de fumée sans feu ?

    Deux points positifs à tout ça : la liberté de la presse n’est pas un vain mot car la plupart de ces affaires sont révélées par des journalistes et la justice paraît encore fonctionner même si on regrette trop souvent une incroyable lenteur qui semble préjudiciable aux verdicts. Certains piliers de la démocratie vacillent mais pas tous heureusement !

    A ces affaires politico-financières viennent s’ajouter les luttes intestines sans merci pour l’obtention du pouvoir suprême comme celle qui vient d’opposer à l’U.M.P, François Fillon et Jean-François Copé ou bien celle qui avait opposé Martine Aubry à François Hollande lors des primaires socialistes. Je ne parle même pas du cas DSK car c’est un sujet encore à part peu reluisant pour la classe politique toute entière qui savait depuis très longtemps.

    Eh oui, si ce n’était pas si grave je pourrais presque en rire en disant que tout s’effiloche en politique. Tout c’est Filoche !

    Dernière minute : Des hommes politiques honnêtes, il y en a encore et tout les espoirs en l'avenir sont donc permis. Exemple : Cette semaine, c'est le socialiste Frédéric Gonano, Conseiller Municipal à la Mairie de Perpignan qui vient de démissionner du Parti Socialiste. A juste raison, cette information a été reprise par un grand nombre de médias nationaux dont Libération que vous pourrez lire en cliquant ici.


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  • LE-PILON-DE-BELMAIG
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    En août 2009, quand je m’étais lancé dans mon « Tour du Vallespir » en 6 jours, Dany n’avait pas pu m’accompagner. En effet, quelques mois plus tôt, ses douleurs articulaires consécutives à sa polyarthrite chronique s’étaient vivement réveillées, elle en souffrait beaucoup et l’emmener pour un périple aussi difficile que celui-ci n’aurait pas été raisonnable. Aussi, avant même mon départ, je lui avais promis, autant que faire ce peut, de lui faire découvrir ce Tour du Vallespir sous la forme de balades sur une journée voire deux, si un jour sa santé le lui permettrait à nouveau. A mon retour, j’avais vraiment été emballé par ce Vallespir que j’avais découvert depuis ses hauteurs, ne redescendant vers la Vallée du Tech qu’en deux seules occasions : lors d’une étape à Prats-de-Mollo puis lors de l’arrivée à Amélie-les-Bains. J’avais tant aimé ce Vallespir avec ses paysages façonnés par la nature et les hommes que j’avais cru bon d’en raconter le récit que j’avais naturellement intitulé « Sur les hauteurs d’une vallée âpre ». Cette « Vallée Âpre », c’était bien sûr la « Vallis Asperi »  des Romains, avec une grande diversité de décors, avec ses superbes forêts, ses grands éboulis rocheux, ses petits torrents sauvages, ses cols reposants aux pelouses rases et ces hautes montagnes caillouteuses et arides. Ce Vallespir, je l’avais tant aimé que j’avais immédiatement renouvelé ma promesse auprès de Dany. C’est ainsi que depuis, j’ai eu l’occasion de l’emmener vers le hameau de Formentera à partir de Montbolo, à la Baraque d’en Faig à partir de Leca, du côté de la tour de Batère ou de la chapelle Saint-Guillem de Combret, puis du côté du Mont Nègre et du Pla de la Muga, etc….et j’en oublie sans doute. En ce jour de fin janvier que la météo annonçait si superbe, j’avais décidé cette fois-ci de lui faire découvrir cette longue et magnifique crête qu’est la Serre de Montner que personnellement, j’avais chevauché lors de ma dernière étape entre Saint-Laurent-de-Cerdans et Amélie-les-Bains. De cette étape, j’en gardais des souvenirs assez partagés car je me souvenais l’avoir trouvée très longue et même douloureuse mais aussi infiniment belle. Sans trop savoir pourquoi, j’y avais connu de sombres réflexions pensant à ma mère malade et me souvenant d’êtres chers qui avaient disparus. Il faut dire que c’était la dernière étape et sans doute étais-je un peu fatigué surtout après la galère que j’avais connu dans la Forêt du Miracle au dessus de Prats-de-Mollo. En outre, ce jour-là, j’avais « grillé » en quelques heures mes quatre litres d’eau et j’avais beaucoup souffert de la canicule et d’un manque évident de liquide que j’avais tenté d’économiser au maximum. Mais au-delà de ces mauvaises pensées, je me souvenais aussi d’avoir flâner sur ces merveilleuses crêtes me balançant très souvent d’un côté à l’autre des deux versants de cette montagne laissant entrevoir d’incroyables panoramas à 360 degrés. Je me souvenais notamment de ce Pilo de Belmaig que je trouvais très poétique une fois traduit en français, le « Pilon du beau mois de mai » mais que l’on voit souvent écrit Pilon de Belmatx sur les panonceaux de randonnées. En ce jour de janvier, j’avais donc imaginé une boucle de telle manière à réduire les difficultés que j’avais personnellement connu lors de mon Tour du Vallespir. C’est ainsi que j’avais fixé le départ à proximité du Mas Boadelle accessible depuis Saint-Laurent-de-Cerdans par une route bitumée puis par des pistes carrossables très praticables pour tous types de véhicules. Ce lieu présente un autre avantage non négligeable, celui d’être immédiatement sur le tracé du GRP Tour du Vallespir, avec un panonceau on ne peut plus clair indiquant immédiatement la marche à suivre. Autre avantage certain, celui de n’avoir à effectuer que 340 mètres de dénivelé pour atteindre le Puig de la Senyoral (1.315 m) et le Pilon de Belmatx (1.280 m) au lieu des mille et quelques mètres qu’il faut gravir depuis Arles-sur-Tech. Bien sûr, ceux qui depuis Arles accomplissent les doigts dans le nez ce kilomètre vertical vers le Pilon de Belmatx y trouveront sans doute à redire. Je pense aux « SkyRunners » bien sûr mais aussi aux puristes de la marche dont la performance reste souvent la motivation principale. Cette idée de l’exploit sportif, je la respecte et j’en suis d’ailleurs un fervent admirateur mais ce n’est pas mon idée de la randonnée pédestre où je privilégie plutôt la flânerie et les découvertes et ce concept est encore plus vrai quand Dany décide de venir marcher avec moi.  Un inconvénient à mon circuit peut-être, celui d’être contraint d’avoir à le boucler en empruntant essentiellement des pistes forestières sur une distance de 8.500 mètres environ entre le gîte de la Palette, étape bien connue du GR.10 (Moli de la Paleta), et le retour vers Boadelle . Ce n’est pas un inconvénient pour moi car j’aime marcher et j’arrive toujours à me distraire mais je peux comprendre que ça le soit pour d’autres personnes qui vont trouver ces pistes un peu rébarbatives. 

    Il est 10 heures tapantes et nous voilà à proximité du Mas Boadelle où nous garons notre voiture en bordure même de la piste tout en essayant de ne pas gêner le circulation. Il n’y a pas grand monde qui passe ici, mais sait-on jamais car nous en avons quand même pour la journée ! Nous nous préparons puis harnachons nos sacs à dos. Le panonceau GRP Tour du Vallespir est bien  là et nous indique un large chemin raviné qui monte à gauche. Nous démarrons et montons en direction d’une modeste colline au milieu de petits genêts à balais et de quelques ronciers. Le chemin monte sans cesse dans cette végétation très rase laissant immédiatement entrevoir de bien jolies vues sur le plateau verdoyant de la Boadelle et sur les monts environnants comme le Mont Capell ou le Roc de France. Plus on monte et plus la pente s’accentue. Le regard embrasse d’incroyables panoramas sur l’Espagne toute proche où l’on devine la Cap Creus et la Costa Brava. Le balisage jaune et rouge est bien présent. Le large chemin laisse la place à un sentier plus étroit et caillouteux qui file en balcon contre le flanc de la colline et finit par déboucher au Col de la Senyoral. Ici, nous retrouvons une large piste herbeuse longeant une superbe forêt de conifères. Entre ces arbres, le Massif du Canigou apparaît magnifiquement enneigé. Bizarrement, je ne reconnais pas l’endroit où en 2009, j’avais atterri après une très rude montée. L’itinéraire du Tour du Vallespir a-t-il changé depuis ? A l’époque, m’étais-je trompé ? Peut-être, en tous cas en analysant les lieux, je comprends que nous sommes beaucoup plus loin que l’endroit où j’avais déjeuné en 2009 avec des vues magnifiques sur Saint-Laurent-de-Cerdans et le Vallespir. Je propose donc à Dany d’y aller car j’ai la certitude que nous ne sommes pas très loin. Nous grimpons la piste vers la gauche pour une courte déclivité et effectivement, nous y voilà déjà ! Je reconnais parfaitement l’endroit où je m’étais affalé en pleurant, pensant à mon frère disparu bien trop jeune et à ma mère malade. Nous sommes au sommet de la Serre de la Garsa avec des vues somptueuses sur une immense partie du Vallespir. Côté droit, une longue chaîne de pics enneigés, du Canigou au Costabonne et bien plus loin encore et de l’autre côté, les sombres hêtraies de la crête frontière avec l’Espagne. Les deux versants semblent se rejoindre droit devant au pied de la belle pyramide du Costabonne. A nos pieds, Saint-Laurent-de-Cerdans et sa belle « vallée verte » comme on aime à la baptiser par ici. Plus loin, les trois tours de Cabrens remplies de jolis souvenirs me donnent très envie d’y retourner.  Nous reprenons la piste en longeant la lisière de la belle forêt de sapins. La piste redescend puis remonte en direction du Puig de la Senyoral que coiffe une obscure hêtraie. De toute manière et autant que je me souvienne, la Serre de Montner n’est qu’une succession de petites montagnes russes jusqu’au Pilon de Belmatx. Malgré ces difficultés successives, Dany se régale et elle est surtout émerveillée par toutes ces belles vues qui se dessinent au fil du parcours. Je sais par expérience qu’elle adore ces amples panoramas et ces vues aériennes et là, il faut reconnaître qu’elle est vraiment gâtée. De mon côté, les souvenirs de 2009 reviennent, une photo prise là, une autre ici, une pause fruits sec ici, une barre de céréales mangée là et le niveau de mes gourdes d’eau qui fondait comme neige au soleil et qui m’avait laissé exsangue bien avant d’arriver à Amélie. Parmi tous ces souvenirs, je me remémorais avec un certain délice avoir plongé ma tête sous la bien nommée Fontaine de la Madone. Après le Puig de la Senyoral et une descente difficile car caillouteuse, le sentier devient plus compliqué car plus rocheux. Par contre, les panoramas s’entrouvrent plus magnifiquement que jamais. Ça tombe d’autant bien que l’heure du déjeuner est arrivée. Après ce frugal entracte, je propose à Dany de poursuivre jusqu'au Pilon de Belmatx où nous aurons tout loisir de nous arrêter plus longtemps. C’est chose faite 20 minutes plus tard.  Ici, au Pilon de Belmatx, les vues à 360 degrés y sont exceptionnelles et en donner un descriptif ou quelques noms équivaudrait presque à citer le Catalogne nord toute entière. Après ce repos appréciable et cette délectation de paysages dans un silence de cathédrale que seuls quelques petits passereaux viennent entrecouper de leurs agréables gazouillis, il est temps d’amorcer la descente vers le Col de Paracolls (902 m). Alors bien évidemment après ce joli chevauchement de crêtes et le spectacle que nous venons de vivre au sommet du Pilon, il faut bien reconnaître que cette abrupte descente n’est pas la partie la plus plaisante du parcours. On est donc assez content d’atteindre ce col et là se termine pour moi, les souvenirs de mon Tour du Vallespir. En effet, à l’époque et pour ne pas rallonger inutilement cette étape déjà bien trop longue, j’avais fait le choix pour rejoindre Amélie, d’emprunter le sentier de Santa Engracia plutôt que le véritable tracé qui lui passait par Montalba. Cette fois-ci, j’ai donc connu jusqu’au gîte de la Palette, une partie de ce tracé que j’avais évité en 2009 et il faut bien admettre que cette portion commune au GR.10 et au Tour du Vallespir n’est pas la plus désagréable. On y marche souvent en sous-bois mais pas seulement, on y croise quelques ruines et la longue arrivée dominant Can Soler avec de jolies vues sur les Rocs de Saint Salvador et de France est plutôt charmante. Un petit problème tout de même, en cette saison, la traversée de la Rivière del Terme grâce à une simple corde est peu évidente pour rejoindre le gîte de la Palette et nous avons préféré la traverser ailleurs, là où quelques pierres émergeaient plus nettement du petit torrent. Comme déjà indiqué, le retour vers Boadelle peut paraître fastidieux alors n’hésitez comme je le fais moi-même à vous distraire autant que vous le pourrez. On peut écouter de la musique avec un baladeur MP3, on peut composer un herbier, on peut faire des bouquets de fleurs, on peut prendre des photos, etc…..Moi, c’est ce que je fais, je photographie un peu de tout, des paysages notamment car c’est aussi une autre façon de les appréhender mais cette fois-ci, je dois le dire, j’ai surtout été attiré par une ribambelle d’oiseaux. Il y en avait des quantités et notamment des mésanges, des pouillots, des merles, des roitelets, des bruants, des fauvettes et quelques autres encore mais comme ce n’est jamais facile de les photographier, encore moins quand on marche, je n’ai pas vraiment été en réussite mais peu importait l’essentiel était de parcourir ces 8,5 km sans trop s’ennuyer….et c’est ce que j’ai fait tout au long de cette piste et notamment sur la fin…quand Dany a commencé à souffrir de ces articulations….alors là, je me suis mis à speeder pour aller chercher la voiture afin qu’elle est moins de distances à parcourir. J’étais plutôt content d’avoir réussi à lui faire découvrir une belle portion du Tour du Vallespir mais beaucoup moins de l’avoir fait en la faisant souffrir. J’avais raccourci le parcours mais pas suffisamment car avec ses 20,5 km et ses 1.882 mètres de montées cumulées, cette balade a sans doute été encore bien trop longue et bien trop difficile pour elle. Bonnes chaussures de marche sont vivement conseillées sur ce parcours. En été, n’hésitez pas à emporter de l’eau en quantité suffisante voire plus. Carte IGN 2449 OT Céret – Amélie-les-Bains- Palalda – Vallée du Tech – Top 25.

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