• L’histoire de ce « petit chien » c’est un peu en résumé l’histoire d’une tranche de mon enfance. Il y a 3 ans quand il a fallu que je vende la maison de ma mère pour assumer son placement dans un service spécialisé Alzheimer d’une maison de retraite, je me suis rendu compte de la futilité des choses que l’on pouvait emmagasiner au cours d’une vie. Ma mère avait pratiquement tout gardé depuis toujours : objets sentimentaux comme les photos ou divers documents héréditaires, objets utiles comme la vaisselle ou divers appareils ménagers bien sûr ou éventuellement encore utilisables comme certains vieux vêtements, disques, livres, vases mais aussi très superflus comme de nombreux bibelots, des collections en tous genres du style porte-clés, pin’s, cartes de vœux ou postales, lettres,  etc, etc.….On a partagé certaines choses en famille, j’ai beaucoup donné aux Compagnons d’Emmaüs et le reste, j’ai tout mis en vente sur des sites Internet. Non pas pour faire de l’argent mais simplement parce que je venais de m’apercevoir au cours de ce douloureux déménagement forcé, de la légèreté de la chose matérielle. En réalité, je n’ai jamais été vraiment très matérialiste et exemple : les voitures aussi belles soient telles ne m’intéressent pas et je les considère seulement comme des outils permettant de se déplacer et de se rendre d’un point à un  autre. Mais là, la gravité de la maladie de ma mère, son caractère irréversible et la sensibilité qu’elle a engendrée en moi a sans doute élevé à un grade encore supérieur cette notion de puérilité du matériel par rapport à l’émotionnel. Bien sûr, j’ai conscience que si ma mère avait gardé tous ces objets, c’est parce qu’ils représentaient quelque chose d’important pour elle et peut-être parfois même une tranche de sa vie aussi mince soit-elle. C'est-à-dire qu’elle avait eu de la sensibilité pour un grand nombre de choses matérielles alors que cette même sensibilité, personnellement, je ne l’avais pratiquement jamais eu. Je dis pratiquement car en retrouvant un petit chien de porcelaine parmi tous les bibelots de ma mère, je me suis rendu compte que j’avais forcément tort. Ce minuscule chien en porcelaine, c’est idiot mais j’y tenais presque autant qu’à la prunelle de mes yeux. Aujourd’hui, quand je suis dans mon bureau et si je regarde les étagères de ma bibliothèque où trônent des centaines de livres et quelques dizaines d’objets en me disant  « si tu devais partir sur une île déserte et si tu devais emporter un seul de ces objets, lequel emporterais-tu ? », ce petit chien en porcelaine serait de toute évidence l’objet que je choisirais. Alors bien sûr, vis-à-vis de quelqu’un qui se défend d’être matérialiste, vous êtes en droit de vous demander pourquoi un tel attachement à un objet aussi ridicule ? Idolâtrie ? Fétichisme ? Non, pas vraiment et c’est toute une histoire :

     

    Je devais avoir 10 ans environ et ma mère m’avait donné quelques francs pour que j’aille m’amuser à la fête foraine qui s’arrêtait et s’installait pour quelques semaines sur la placette de mon quartier. Ce quartier, c’était celui de la Vieille-Chapelle à Marseille. En tous cas, c’était la toute première fois qu’elle me laissait partir tout seul à cette fête foraine, fête foraine qui au passage a empreint  mon enfance mais également ma jeunesse et qui en fin de compte a été le point de départ de ma vie d’adulte car c’est là que j’y ai rencontré la femme de ma vie pour la première fois aussi. C’était en 1969 et j’avais 20 ans ! Mais revenons dix années auparavant. Ce jour-là, c’était la première fois aussi où je me retrouvais avec quelques « sous » dans la poche. Il était donc hors de question que je les dépense « à tort et à travers » car j’avais déjà conscience de la difficulté que mes parents éprouvaient à les gagner. Mon père était comptable et ma mère, avec beaucoup de courage, partait faire des ménages chez des gens bien plus riches que nous. Une fois arrivé à la fête foraine, j’ai donc longuement réfléchi et je me suis souvenu que quelques temps auparavant, mes parents nous avaient offert à mon frère et moi, un chien ; en « chair et en os » celui là ». Ce chien noir et blanc avec un pelage épais et magnifique, nous l’avions appelé Bambi. Nous l’avions eu tout petit mais il était très rapidement devenu énorme car autant que je m’en souvienne, c’était, paraît-il, un bâtard issu d’un croisement entre un Saint-Bernard et un griffon. Ce chien, mon frère et moi, nous l’adorions car il était toujours joyeux et joueur. Mais plus Bambi avait grandi et grossi et plus il était, paraît-il, devenu dangereux. C’est en tous cas la raison que ma mère avait invoquée avec des sanglots dans la voix quand un soir, en rentrant de l’école, nous n’avions pas retrouvé Bambi. Il n’était plus là, mes parents l’avaient donné à de gens qui avaient une grande maison et un grand terrain. Ma mère avait bien tenté de nous persuader que c’était mieux ainsi mais je me souviens avoir pleuré toutes les larmes de mon corps pendant plusieurs soirs en rentrant de l’école. A contrecoeur, je reconnaissais que quand Bambi nous sautait dessus pour nous faire des fêtes, avec la puissance et la force qui étaient les siennes, il nous renversait à mon frère et moi avec une facilité déconcertante. Le problème, c’est qu’il sautait sur toutes les personnes qu’il apercevait, les renversant évidemment la plupart du temps. Pour ma sœur qui avait 5 ans de moins que moi, il devait sans doute représenter un danger évident et ce risque, mes parents n’avaient pas voulu le courir. Ajoutons à cet argument, le fait que nous habitions une toute petite maison et je crois que pour mes parents, l’énorme Bambi était inévitablement devenu insupportable. Voilà, sans doute dans quel état d’esprit, j’errais ce jour-là entre les baraques de la fête foraine. J’étais à la fois triste d’avoir perdu « mon Bambi » et heureux de cette liberté et des quelques pièces que je sentais très lourdes au fond de ma poche. Inconsciemment, me suis-je dit « il faut que je m’offre un autre chien » ? C’est fort possible car comment expliquer autrement cette attirance immédiate et foudroyante en apercevant ce petit chien de porcelaine sur les étagères d’un stand de tir à la carabine à bouchons. Je fus véritablement sidéré, ébahi, émerveillé par ce petit chien tacheté comme mon petit Bambi et à partir de ce moment-là, il n’y avait plus qu’une seule chose qui m’obsédait : « le gagner ! ». Comme d’autres enfants plus ou moins grands étaient déjà entrain de tirer, j’avais très peur qu’ils me le chipent avant même que je puisse le gagner. Pas une seconde, il m’est venu à l’esprit que le forain pouvait en avoir des dizaines ou des centaines identiques et je lui ai aussitôt acheté quelques bouchons. Trois, quatre ou cinq bouchons, je ne me souviens plus exactement, mais je peux vous assurer que ce jour-là, je me suis appliqué à tirer vers ce petit chien comme si ma vie en dépendait. Jamais, je ne m’étais autant appliqué de ma vie, pas même quand mes cahiers d’école étaient neufs et que je prenais soin de ne pas les tacher, d’écrire avec les plus belles lettres majuscules et minuscules ou bien de dessiner avec les plus belles frises que je savais magnifiquement colorier. C’était la première fois que je me retrouvais avec une carabine dans les mains et la seule expérience que j’avais des armes, ce n’était que de très loin quand mon grand-père nous amenait avec lui chasser les grives, mon frère et moi. Il était très fort au tir à la carabine mon grand-père et ce jour-là, il est évident que mon but suprême était de l’imiter. Le forain me montra une seule fois comment il fallait épauler en posant la crosse sur mon épaule droite, il m’expliqua gentiment comment regarder la mire et viser en clignant d’un œil  mais problème, il fallait fermer l’œil gauche et je n’y arrivais pas. J’ai donc épaulé à gauche et j’ai fermé mon œil droit et j’ai depuis toujours procédé ainsi car il m’a toujours été impossible de cligner seulement de l’œil gauche.  Ce jour-là, j’ai sans doute du avaler une grande bouffée d’air, j’ai visé, j’ai appuyé sur la gâchette (peut-être en fermant les deux yeux, ça pas de problème j’y arrive même en dormant !), le bouchon est parti et que c’est-il passé après ? Je vous le donne en mille. Oui en plein dans le mille ! Le petit chien n’était plus sur son socle et je n’en croyais pas mes yeux. Le forain partit le chercher au fond du filet et il me l’apporta. J’étais si content et si fier que je mis aussitôt le petit chien au fond de ma poche de peur que quelqu’un me le reprenne. J’étais déjà prêt à quitter le stand de tir avant même d’avoir tirer les autres bouchons qu’il me restait et c’est le forain qui me le fît remarquer. Ne me demandez pas ce que j’ai fait des autres bouchons. J’ai sans doute tout rater mais le petit chien au fond de ma poche suffisait amplement à mon bonheur. J’étais super heureux, je suis rentré à la maison avec la fierté de l’action accomplie pour ne pas dire du devoir. J’avais réussi mon coup, j’avais un nouveau chien même si au fond de mon cœur, je savais d’avance que celui-ci ne remplacerait jamais mon gros Bambi. En plus il me restait encore quelques pièces au fond de ma poche et ça c’était super chouette. Quand ma mère fut devant moi, j’étais si heureux de cette sortie qu’elle m’avait autorisée, que de mes petites mains, j’ai tout extirpé du fond de mes poches et je lui ai tout offert : l’argent qu’il me restait et le petit chien de porcelaine. Elle ne voulait ni l’un ni l’autre et j’avais beaucoup de mal à comprendre. Alors finalement, à force de tenter de la convaincre et à bout d'arguments, elle accepta le petit chien de porcelaine et moi, j’ai gardé les quelques francs que je n’avais pas encore dépensés. J'étais très heureux de ce compromis car pour moi, c'était aussi une manière de lui dire, tu vois, tu m'avais offert un gentil chien et tu me l'a repris mais je ne t'en veux pas et aujourd'hui, c'est moi qui t'en offre un, alors garde le précieusement. Ce chien, ma mère l’a gardé 50 ans et il a fallu qu’elle soit atteinte d’Alzheimer pour que je le récupère. Vous pensez bien que compte tenu de ces tristes circonstances, j’aurais préféré qu’elle le garde encore très longtemps. Elle en avait tant pris soin. Oh, comme chacun d’entre-nous, il a souffert et a eu une vie parfois difficile ce gentil petit chien. Ma mère a gardé beaucoup d’enfants au cours de sa vie et tous l’ont plus ou moins manipulé parfois avec tendresse ou parfois avec rudesse. Il a eu une patte cassée que ma mère a recollée consciencieusement plutôt que de le jeter se souvenant sans doute de notre pacte. Il a le museau, le bout des oreilles, des pattes et de la queue un peu usés ou cassés mais il est toujours là sur l’étagère de ma bibliothèque. Comme je l’avais mis au fond de ma poche de peur que quelqu’un me le reprenne après le tir victorieux, j'ai préféré le prendre chez moi de peur que quelqu’un le chaparde à ma mère à sa maison de retraite. Eh oui, c’est idiot mais j’ai eu un véritable coup de foudre pour ce petit chien de porcelaine et ce coup de foudre, il dure encore plus de 50 années après ! C’est complètement idiot et irréaliste non ?

    Quelques années plus tard, mes parents reprirent un chien ou plutôt une chienne. Elle s’appelait Miss. Elle était bien plus petite que Bambi mais bien moins turbulente aussi et je l’ai adorée elle aussi. Tout se passa pour le mieux et nous la gardâmes jusqu’à sa mort…..


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    LE PECH CARDOU.............. depuis Serres (Aude) par jullie68

    PECHCARDOUIGN

    Dans les Corbières qui sont vieilles de 65 millions d’années environ, si j’en crois les géologues, on peut, à cause de leur proximité, considérer le Pech Cardou comme le petit frère du Pech de Bugarach. Ce pech dont le nom de « Cardou » aurait pour origine soit le mot « chardon » ou bien peut-être le mot « cœur » (les avis semblent partagés !) est moins massif, beaucoup moins haut (795 m pour le Cardou contre 1.230 m pour le Bugarach) mais dispose d’un relief de falaises et d’une minéralogie sensiblement identique au Bugarach composée principalement de calcaires reposant sur des marnes plus tendres.  Toutefois, il y a une différence non négligeable pour les randonneurs qui aiment la solitude, c’est que ce petit frère a toujours gardé un incroyable anonymat par rapport à son grand frangin. Alors que le monde entier accourt pour venir grimper ou plus modestement admirer ou vénérer le mythique et mystique Pech du Bugarach, le Pech Cardou attire seulement quelques fêlés de la varappe et de la randonnée pédestre. Bien sûr, cette région mystérieuse de Rennes-le-Château et de Rennes-les-Bains étant fortement étudiée, psychanalysée en détail et commentée en tous sens par de nombreux spirituels et autres visionnaires, le Pech Cardou n’échappe pas à cette règle générale. A titre d’exemples : certains pensent voir le Cardou dans un tableau de Nicolas Poussin intitulé « Achille parmi les filles de Lycomède », d’autres supposent que le tombeau du Christ serait caché au sommet du pech, j’en passe, etc…etc…..  Alors passons sur cet aspect ésotérique du Pech Cardou et revenons à ma randonnée et à des choses plus terre à terre pour dire que si atteindre son sommet en marchant n’est pas véritablement un exploit sportif, ce n’est pas pour autant une simple partie de plaisir. Il faut dire aussi que son ascension n’est pas une obligation si l’on se réfère aux nombreux panneaux de randonnées qui préconisent surtout d’en faire le tour. En réalité, au départ de petit hameau de Serres, déjà évoqué dans ce blog lors du « Sentier des Terres Rouges », vous aurez de multiples choix : vous pourrez y monter sans en faire le tour (trajet direct), vous pourrez en faire le tour sans y monter (itinéraire conseillé à Serres) et enfin si vous êtes aussi curieux que moi, vous pourrez en faire le tour tout en y grimpant.  Ajoutez à cela qu’histoire de ne pas faire comme tout le monde et de sortir un peu des sentiers battus, j’ai atteint et quitté son sommet en effectuant une minuscule boucle. Croyez-moi, même si le Cardou est bien moins haut que le Bugarach, les panoramas à 360° que l’on y embrasse depuis sa crête sommitale sont absolument admirables. A dire vrai, en cette fin du mois d’avril, ce n’était pas seulement l’aspect sportif qui m’avait attiré là mais également l’espoir de découvrir une végétation dont j’avais entendu dire qu’elle était assez remarquable au printemps.  Je n’ai pas été déçu même si la saison n’était sans doute pas suffisamment avancée pour y observer les espèces floristiques les plus emblématiques des Corbières. A Serres, on peut laisser sa voiture à l’entrée du village, à côté du jeu de boules. Ensuite, par la D.613, il suffit de se diriger vers le superbe pont à dos d’âne qui enjambe la rivière Rialsesse.  Sur la gauche de la route, entouré de cyprès et d’oliviers, le beau château de Serres dresse son imposante stature au sommet d’une butte gazonnée d’un vert tendre.  De l’autre côté de la rivière, le Pech Cardou se dresse sous la forme de l’échine d’un immense chameau dont la particularité serait d’avoir trois bosses. Avant la première pile du pont, un grand panneau esquisse les trois randonnées du coin : « Sentier des Terres Rouges, Tour du Pech Cardou et Circuit de la Méridienne ». De l’autre côté du pont, on prend la direction du panonceau indiquant simplement « Cardou ». Deux cent mètres  plus loin, sous un calvaire, socle et croix en pierres, on va préférer l’itinéraire « Cardou par Montferrand » plutôt que celui indiquant « Cardou direct ». Dans l’immédiat, on délaisse donc la direction des trois pitons rocheux que l’on distingue au dessus de la croix au profit d’un étroit sentier qui longe sur la gauche un haut muret soutenant d’anciennes terrasses. Ce sentier entre très vite dans des sous-bois en alternant de verdoyants bosquets de petits feuillus ou bien une sombre forêt aux pins gigantesques. En bordure du chemin, une jolie flore le plus souvent aux tons bleus ou jaunes se dévoile : orchis, violettes, polygales, globulaires, baguenaudier, genêts, pissenlits, etc.….Quant à la faune, même si j’ai eu l’immense privilège d’observer et de photographier très longuement un superbe petit écureuil roux, elle est essentiellement aérienne grâce aux nombreux papillons et oiseaux qui virevoltent en tous sens. Au moment où il surplombe les minuscules hameaux de la Mourette et de Pachevan, le sentier amorce un virage à 90° avec de jolies vues sur le petit pech de Roque Negre  et sur le verdoyant vallon où s’écoule la Sals. Cette rivière surprenante prend sa source près de Sougraigne dans une Fontaine Salée déjà visitée et contée dans ce blog. Etonnamment, le chemin quasiment rectiligne et plat est parfois composé d’un sable très rouge ou parfois très blanc ce qui tend à prouver que la géologie des Corbières est bien plus complexe qu’on l’imagine parfois. Ici, sur ce versant appelé Bac de la Barrière, au pied des falaises préférées des escaladeurs du Pech Cardou et en surplomb de la rivière salée, se développe une flore variée et exubérante : iris, genêts, euphorbes, pensées sauvages, trèfles, ibéris des rochers, saponaires, orpins, etc.… Au moment où le chemin amorce un virage, de belles vues dominent Rennes-les-Bains. De l’autre côté du vallon, on reconnaît bien sûr quelques paysages vagabondés lors de la balade à la Roche Tremblante et au Fauteuil du Diable. Peu de temps après, on rencontre une pancarte indiquant « Montferrand ». Là, on quitte la large piste au profit d’un étroit sentier qui monte en forêt. Le dénivelé commence réellement ici et il ne va pratiquement plus cesser jusqu’au sommet du Cardou. Tout en s’élevant dans un bois, le sentier offre quelques belles fenêtres sur les nombreuses et verdoyantes forêts domaniales de la haute vallée de l’Aude et au loin sur les hauts pics enneigés des Pyrénées audoises et ariègeoises. Quand j’ai rejoint Montferrand,  je n’y ai rencontré âme qui vive et j’ai eu le sentiment d’entrer dans un village abandonné de tous ses habitants tant le silence prédominait. Pourtant, je suppose que ce n’était qu’une simple coïncidence car cet aspect-là des choses contrastait étonnamment avec la vision que j’en avais et qui laissait l’impression d’un hameau en totale reconstruction. En effet, soit les habitations étaient très jolies car entièrement rénovées soit ce n’était que chantiers, bétonnières, échafaudages, madriers et ici tout laissait supposer qu’un seul mot d’ordre avait été lancé : « restaurer à tout prix ! » Seuls les maçons semblaient manquer à l’appel. J’ai traversé très vite le village endormi par une route bitumée qui redescendait dans la végétation, route que j’ai rapidement abandonnée au profit d’un large chemin qui démarrait entre un puits original et un grand lavoir.  Le dénivelé s’accentuant, j’ai prêté attention à l’itinéraire en suivant le balisage jaune d’autant que d’autres chemins partaient en tous sens vers d’autres points d’intérêts : anciennes mines du col de Bazel, Col d’Al Bouich, Montagne des Cornes et lac de Barrenc. J’ai fini par atteindre un collet où le Pech de Bugarach apparaissait enfin dans son intégralité et sa minéralité. Sur la gauche,  son petit frère le Cardou ressemblait à une très modeste pyramide boisée.  Je suis parti naturellement vers lui par une large piste qui atterrissait quelques minutes plus tard au Col d’Al Pastré sur une vaste esplanade servant à la fois d’aire de pique-nique et de carrefour. De ce fait, les panneaux indicatifs étaient nombreux : Sentier du Cardou, Serres, Montferrand et Borne Méridienne. Par pure curiosité et avant d’attaquer l’ascension du Cardou, je me suis lancé dans cette dernière direction mais je dois l’avouer, dans un sentier mal débroussaillé et ne sachant pas vraiment où se trouvait cette Borne Méridienne, je me suis rapidement lassé et je ne l’ai pas trouvée. Equipé d’un GPS, il m’aurait été facile de la découvrir mais j’ai eu la flemme de me lancer dans un géocaching improvisé d’autant que l’emplacement exact de cette borne ne figurait pas sur ma carte IGN. Après ce revers, il était temps de revenir vers le carrefour et de sortir mon casse-croûte d’autant que tables et bancs m’invitaient gentiment à profiter de leur rudimentaire confort. C’est donc l’estomac bien rempli que j’ai entrepris l’ascension du Cardou non pas en suivant les panonceaux qui me proposaient le chemin le plus logique mais en choisissant un étroit layon, espèce de minuscule sentier forestier le plus à gauche de l’esplanade qui y monte très abruptement mais le plus directement aussi. En raison de la forte inclinaison et du déjeuner non encore digéré, j’ai pas mal peiné dans cette ascension heureusement très courte. En moins de quinze minutes, j’ai atteint le sommet sous un ciel qui malheureusement s’était terriblement assombri depuis mon départ de Serres.  Au moment même où je mettais les pieds au sein d’un grand cromlech qui n’avait rien d’historique ni de mystique puisqu’il est très récent et semble représenter une croix occitane ou templière, un grand rapace vint m’accueillir en effectuant quelques circonvolutions au dessus de ma tête. Sans doute s’agissait-il d’un aigle royal comme ceux magnifiquement aperçus lors de ma balade au Fauteuil du Diable. D’ailleurs, ce rapace semble bien connu dans ce secteur puisqu’un piton rocheux du Pech Cardou a été appelé Roc de l’Aigle. L’aigle disparut dans les nuages aussi vite qu’il était apparu me laissant tout seul à ma contemplation. Malgré un ciel d’orages très menaçant, je pris tout mon temps pour observer l’ensemble des superbes panoramas.  Il faut dire que le sommet du Pech Cardou présente l’avantage indéniable d’être très réduit, offrant ainsi aux visiteurs des vues à 360° que l’on découvre en quelques pas seulement. Bien qu’estimant avoir découvert l’essentiel de ce qu’il y avait à voir, à cause des horizons gris ou bouchés, j’eus la désagréable impression de rester sur ma faim.  Alors au moment de redescendre, cette fois-ci par le sentier balisé effectuant ainsi une petite boucle, je me fis la promesse de revenir pour une autre balade mais un jour où les prévisions météo seront longuement plus clémentes. Avant de redescendre vers Serres, j’ai profité une deuxième fois de l’aire de pique-nique pour finir mon casse-croute et alléger définitivement mon sac à doc. J’ai ensuite amorcé la descente vers Serres en me conformant au panonceau, d’abord par la piste que j’ai abandonnée assez vite au profit d’un étroit sentier descendant au sein d’une très  haute forêt de conifères superbes et variés : pins noirs de Salzmann, pins noir d'Autriche, pins Laricio, pins sylvestres, sapins, cédres, épicéas, etc…. Il est donc conseillé de prêter attention et de suivre le balisage jaune si l’on ne veut pas rallonger inutilement ce circuit. Après une douzaine de kilomètres parcourus avec des montées cumulées de plus d’un kilomètre et un dénivelé de 520 mètres environ, j’ai refermé la boucle en retrouvant l’itinéraire du départ à l’intersection où se trouve le calvaire.  Là, le joli village de Serres, son superbe pont sur le Rialsesse, son château malheureusement privé, son jeu de boules et ma voiture n’étaient plus qu’à quelques foulées. Tous arrêts et flâneries incluses, j’étais resté, à mon plus grand plaisir, cinq heures et vingt minutes sur les chemins et sentiers du Pech Cardou. Carte IGN 2347 OT Quillan-Alet-les-Bains Top 25.


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  • LE SERRAT-GRAN
    SERRATGRANDIGN

    Le Serrat Gran est, contrairement à son nom, un modeste sommet du Haut-Conflent à 1.430 mètres d’altitude dont sa crête sert de délimitation entre les territoires d’Urbanya, Conat et Mosset. Au delà de son altitude elle même, je suppose qu’il doit surtout son nom à sa position géographique car dans des temps plus anciens, il était sans doute le passage à franchir le plus court mais aussi le plus élevé pour les villageois qui voulaient se rendre d’un village à un autre. Je vous parle bien sûr d’une époque où les routes carrossables et les pistes forestières n’existaient pas et à laquelle les seuls moyens de communications étaient certainement des sentiers muletiers. Présent à Urbanya en ce début du mois d’avril, c’est vers ce sommet, dont j’aperçois un bout du versant sud depuis ma maison, que je m’étais tourné ce matin-là pour réaliser ce qui aurait du être une courte randonnée mais qui c’est transformé au fil du parcours en une longue virée.  Ce long périple, vous ne serez pas obligés de l’accomplir, hors mis peut-être si le plaisir de marcher et le désir de découvrir sont aussi ardents que les miens. Je mentionne d’ailleurs sur la carte jointe à cet article, la boucle initialement envisagée vers le Serrat Gran ainsi que le parcours réellement accompli. Vous aurez donc le choix entre les deux options. Cette randonnée au Serrat Gran, j’aurais pu l’intituler « Au dessus des ravins » mais comme peu de gens connaissent ce sommet et qu’il était le point culminant de la balade préalablement prévue, j’ai préféré lui conserver la faveur du titre de mon article. En effet,  sur cet itinéraire, on chevauche le véritable relief du Conflent, c'est-à-dire cette zone intermédiaire très vallonnée que l’on appelle « piémont pyrénéen » se situant entre la bordure méditerranéenne et ses plaines et les premiers hauts sommets des Pyrénées. Ici, les ravins sont si nombreux que le regard est presque systématiquement porté vers eux, c'est-à-dire vers le bas plutôt que vers l’horizon ou les montagnes.  J’en ai dénombré une bonne quinzaine, courts ou longs, profonds ou pas mais heureusement plus souvent aperçus que franchis. Pourtant sur ce parcours où les panoramas sont le plus souvent à 360°, l’horizon et les montagnes environnantes se dévoilent magnifiquement et notamment vers un Canigou enneigé tout simplement extraordinaire à cette époque de l’année. Mais rassurez-vous, il n’y a pas que le Canigou à observer et d’autres montagnes comme les massifs du Coronat ou du Madres sont également bien visibles. Sans compter qu’à cette saison, la flore et la faune se réveillent magnifiquement, offrant des intérêts supplémentaires insoupçonnés aux randonneurs de ce circuit original. Tout démarre une fois encore d’Urbanya, village qui se pare de blanc en cette saison grâce à ces nombreux cerisiers, pommiers et autres arbres fruitiers en fleurs. Le départ est similaire à la randonnée du « Serrat de Calvaire » déjà décrite dans ce blog. Ensuite, il y a bien sûr un itinéraire quelque peu différent que je vous décris ci-après. On laisse son véhicule sur le parking, on franchit le pont puis on emprunte le Chemin de Saint-Jacques qui part à droite de la mairie et monte entre quelques maisons. Après la dernière habitation, devant un garage fait de tôles et de planches, on prend le sentier qui monte à gauche. Là, on va suivre la sente la plus évidente qui va s’élever et redescendre au fil des petites ravines que l’on franchit allégrement. La principale ravine est occupée par un bois où coule l’étroit « Correc » de Vallurs.  Après avoir enjambé ce petit ruisseau, le dénivelé s’accentue et il ne va pratiquement plus cesser jusqu’au sommet du Serrat Gran sauf peut-être en passant près d’une immense ruine qui arrive très vite où il s’aplanit quelque peu. Lors du tour du Serrat de Calvaire, je m’étais déjà posé la question de savoir si cette grande ruine n’était pas le hameau de Saint-Jacques figurant sur les cartes Cassini ? A ce jour et malgré quelques recherches complémentaires, je n’ai toujours pas la réponse à cette question.  Devant ces vestiges, on est donc toujours sur l’itinéraire que j’avais décrit pour faire le tour du Serrat de Calvaire et il va en être ainsi jusqu’à la côte 1098 de la carte IGN, non loin du Roc de Jornac. C’est à ce point précisément qui offre des vues sublimes sur le Massif du Canigou que les deux itinéraires différent. Au lieu de suivre, le large chemin qui part en épingle à cheveux, on va lui préférer le petit « cami » débroussaillé qui longe la clôture à main gauche. Cette clôture, on ne va plus la quitter jusqu’au sommet du Serrat Gran et même un peu plus loin jusqu’au Col de les Bigues, rendant ainsi cette ascension d’une simplicité déconcertante. Je tiens tout de même à préciser que j’ai utilisé sciemment le mot « simplicité » plutôt que « facilité » car la déclivité s’accentuant nettement, la « grimpette » se mérite ! Mais grâce aux multiples panoramas, on oublie facilement les affres de l’effort à accomplir. En effet, en marchant le plus souvent dans une végétation rase composée essentiellement de cistes à feuilles de lauriers et de maigres et rares genêts, on aura en permanence le regard absorbé par le spectacle se dessinant de tous côtés : forêts domaniales des Réserves Naturelles, Canigou, Coronat, Escoutou, Pelade, Madres, Portepas,Torn, Pla de Vallenso (Balençou) et toujours d’immenses ravins vertigineux qui descendent pour rejoindre les vallons où coulent les principales rivières de la contrée, à savoir Urbanya et Callau. Cette dernière rivière finissant par rejoindre le Têt, son affluent majeur à Ria. Si le sentier monte très raide, il  monte en tous cas toujours très droit jusqu’au sommet du Serrat de Miralles (1.377 m). Par temps clair, ce qui n’était pas vraiment le cas, le ciel étant plutôt voilé ce jour-là, vous aurez des vues sur le lac bleuté du barrage de Vinca et bien plus loin encore vers le Roussillon et la Méditerranée. Vers le nord, quelques sommets dominant la Vallée de la Castellane apparaissent et notamment le Pic del Rosselló gravi dernièrement et récemment expliqué dans ce blog. Ici, au sommet du Serrat de Miralles, on est quasiment au centre du Parc Naturel Régional des Pyrénées Catalanes alors malgré un ciel laiteux, le spectacle est tout de même saisissant et splendide. Avec un tel tableau devant les yeux, ajouté à une terrible fringale,  j’en ai profité pour entamer très sérieusement mon casse-croûte gardant mon dessert pour le Serrat Gran bien visible car à seulement quelques foulées. J’ai mangé sous un véritable concert de chants mêlés orchestré par des oiseaux de toutes sortes et en sortant mes jumelles de leur fourreau, j’ai pu reconnaître : mésanges, serins, chardonnerets, pipits, fauvettes, pinsons, rouges-queues, bruants, etc…  Tout ce petit monde virevoltait d’arbres en arbres dans le joli Bois d’Estarder, rendant encore plus agréable cette halte anticipée. Beaucoup plus haut dans le ciel, quelques grands rapaces sont entrés dans la partie et se sont mis à tournoyer sinistrement au dessus de ma tête. Je ne pense pas qu’il s’agissait d’aigles royaux car il y en a paraît-il très peu dans le massif du Madres-Coronat alors en raison de leur grand nombre, plus d’une dizaine et de leurs caractéristiques, j’ai pensé à des Vautours fauves. Une fois rentré à la maison, l’agrandissement d’une photo sembla me confirmer cette idée : ailes larges et plutôt sombres où les plumes extrêmes étaient amplement écartées, poitrails plus clairs chez certains sujets et queues carrées courtes et noires. Alors, devant cet incroyable spectacle ornithologique et toujours à l’affût de quelques belles photos animalières, il a fallu que je me pousse un peu pour quitter ce joli mirador. Tout en continuant à longer la forêt, j’ai pris la direction de l’objectif du jour. A l’orée de grands pins mais planté de jeunes sapinettes, le Serrat Gran est un belvédère moins intéressant car moins ouvert sur de larges panoramas que le Miralles. Aussi après m’être délecté d’un « Flamby » et d’une compote de pommes, j’ai rapidement amorcé la descente vers le col de les Bigues en m’enfonçant pleinement dans la forêt pendant quelques minutes. En arrivant au col, il était seulement midi passé de quelques minutes et malgré un ciel se couvrant de gros cumulus blancs du côté du Madres et du Coronat, je n’avais pas franchement envie de redescendre vers Urbanya pour terminer si tôt cette belle balade. Alors j’ai poussé jusqu’au col del Torn (col de Tour) et j’ai refait à l’envers cette magnifique randonnée que j’avais intitulé le « Balcon d’Urbanya ». Il emprunte un tronçon du Tour du Coronat avant de redescendre sur le village. Comme je l’ai dit en préambule, rien ne vous obligera à faire de même et à ce moment-là, il vous suffira de redescendre du Col de les Bigues vers Urbanya en empruntant un des différents sentiers qui y mène : soit ceux des Escocells selon leur état d’embroussaillement soit celui du Clot del Baro, souvent le plus praticable mais le plus long. Je précise que cette randonnée au Serrat Gran qui longe en grande partie les clôtures qui délimitent les territoires d’Urbanya, Conat et Mosset (tracé fait de petits points sur les cartes IGN) n’est réalisable que si les sentiers qui les côtoient ont été défrichés, ce qui était le cas le jour où je les ai empruntés. Je pense qu’ils sont débroussaillés régulièrement car j’y ai rencontré un agent ONF qui lui-même longeait la clôture entre le Serrat Gran et le Serrat de Miralles pour effectuer des relevés.  En conséquence, je présume que cet agent ONF est habitué à cheminer ces sentiers. Si au Col de les Bigues, on fait le choix de redescendre sur Urbanya, on aura effectué une courte boucle d’une dizaine de kilomètres environ, pour un dénivelé de 580 mètres mais des montées cumulées de 830 mètres. En ce qui concerne la suite de ma balade que j’ai accomplie ce jour-là, j’avoue que j’ai été comblé au delà des mes espérances car quelques animaux très intéressants se sont montrés très indulgents envers moi, acceptant sans trop rechigner d’être photographiés : un superbe et trop rare lézard ocellé et un magnifique renard avec encore son pelage d’hiver notamment. Pour cette seconde partie, je vous précise que la boucle réalisée ce jour-là est longue d’environ 17 kilomètres et pour le reste, je vous renvoie à la carte IGN et à mon diaporama. Carte IGN 2348 ET Prades-St-Paul-de-Fenouillet Top 25. 

     

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