•  
    tourlansacign

     Les deux randonnées étant suffisamment courtes et faciles pour pouvoir être accomplies en une seule journée, cette jolie balade à la Tour et au Roc de Lansac, je l'avais jumelée avec la dernière décrite dans mon blog, celle qui m’avait amené en cet agréable dernier jour de novembre au Pic de Vergès et à Saint-Arnac. Mon idée première avait même été de les accomplir toutes les deux d'une seule traite mais c'était sans compter sur les nombreuses pancartes d'interdiction de la carrière de feldspath de Lansac, carrière qui, en outre, avait dévoré une bonne partie du chemin balisé qui fait le lien entre les deux villages. C'est donc une balade en boucle à part entière à la Tour et au Roc de Lansac que je vous conte ici. Cette jolie balade s'appelle "Au chant du coq" et si les historiens avaient disposés de suffisamment de documents d’époque nécessaires au recoupement des mêmes thèses, l’éternelle querelle entre allégation légendaire et fait historique aurait cessé depuis longtemps. En la circonstance, l’Histoire d’ « Au chant du coq de Lansac » aurait pu peut-être ressembler à celle que je vous relate ci-après dont l’essentiel, je l’affirme, à part quelques références historiques dont je ne sais si elles sont vraies ou fausses, est sorti de ma seule imagination personnelle :  Joan était un gamin  de 13 ans et comme il le faisait souvent, il était parti chasser à l’arc avant même le lever du jour sur une des serrats qui domine son village de Lanciano (Lansac à l’époque médiévale) . Soudain, il aperçut du côté du col de l’Auzine, une importante troupe de soldats se dirigeant droit vers le petit hameau. Pour gagner du temps, il emprunta plusieurs raccourcis puis tout en dévalant le dernier talus, il essaya de se souvenir de ce qu’il avait vu afin d’en faire part aux doyens du village. Joan avait vu de nombreux archers et fantassins mais aussi quelques cavaliers, mais ce qui l’avait effrayé par-dessous tout, c’était cet horrible lion rugissant, gueule grande ouverte avec d’impressionnantes griffes ornant un étendard rouge. Cet effroyable drapeau qu’un chevalier en armure brandissait bien haut, flottait dans le vent et à chacune des rafales, le lion argenté semblait vouloir donner de violents coups de dents et de griffes à un ennemi invisible ayant l’audace de l’affronter. Joan coupa à travers champs et commença à prévenir au passage les premiers villageois rencontrés. C’est donc un petit attroupement qui se forma rapidement au centre du hameau où Joan raconta rapidement son histoire car le temps était compté avant l’arrivée des soldats. Quand Joan rajouta qu’un autre cavalier tenait un étendard blanc orné d’une croix et que plusieurs soldats arboraient fièrement cette même croix sur leur poitrine, les plus érudits du village comprirent immédiatement à qui ils avaient à faire : c’était Simon de Montfort et ses mercenaires, anciens croisés de Jérusalem dont la principale mission était désormais de combattre les hérétiques. Convaincu que le Pays Fenouillèdes était devenu un repère de cathares, Simon de Montfort n’avait de cesse de massacrer avec zèle les villageois languedociens hébergeant des « Albigeois» et des « Parfaits ». Il y a quelques années, un prédicateur était passé à Lanciano mais depuis le hameau vivait paisiblement et personne n’hébergeait de cathares. Mais comme les carnages perpétrés par Simon de Montfort se faisaient souvent sans raison apparente, les plus anciens connaissaient le danger qu’il y avait à s’exposer à cette troupe et ils prirent immédiatement la résolution de quitter le village pour se rendre à la vieille tour carolingienne toute proche. Pendant que les habitants partaient se cacher dans la forêt et la tour, Joan décida de poursuivre jusqu’à sa chaumière située en dehors du village pour prévenir ses parents. Après avoir visité de fond en comble la petite masure, il dut se rendre à l’évidence, ses parents avaient été avertis et n’étaient déjà plus là. Au moment même où Joan était sur le point de sortir de la maison, il entendit le bruit des galops d’un cheval. Alors, pris de panique, il descendit se réfugier dans la cave où il trouva comme seule cachette un petit tonnelet de vin à moitié plein. Il s’introduisit dans le tonneau et se mit aussitôt à frissonner car le vin était très froid mais ses tremblements redoublèrent quant il entendit clairement le bruit très lourd des solerets de mailles retentir sur le plancher puis sur les marches de l’escalier de bois menant à la cave. Au moment même où il tentait de maîtriser sa peur, quelqu’un souleva la petite barrique et Joan comprit parfaitement qu’il montait, lui aussi, avec elle dans les airs. A cet instant, Joan entendit distinctement un coq se mettre à chanter à tue-tête dans le lointain puis ce fut les exhortations d’un homme qui criait : « Enric laisse tomber le vin ! Enric pose ce tonnelet et vient avec moi, Simon nous réclame auprès de lui ! ». Le tonnelet se mit à rouler et Joan s’immobilisa avec lui. A la fois étourdi par les vapeurs du vin et les culbutes qu’il venait d’effectuer, Joan attendit qu’un silence absolu se réinstalle avant de risquer un œil à l’extérieur. Quand le bruit des sabots des chevaux cessa et que seuls les cocoricos continuaient à retentir dans le lointain, Joan poussa le couvercle et sortit de la barrique. Il n’y avait plus personne dans la cour de la ferme et seules quelques poules picoraient comme à leur habitude. Tout à coup, le chant incessant du coq fut couvert par des clameurs qui venaient de la tour et de la forêt. Il s’agissait clairement de bruits de combats mais surtout d’hurlements de souffrance, de braillements et de plaintes d’hommes et de femmes que l’ont martyrisé. Apeuré et pris de spasmes incontrôlables, Joan quitta sa maison et partit se cacher dans un fossé à l’abri d’une haute haie où il se mit à grelotter d’effroi. Il resta ainsi plusieurs heures à écouter le vacarme de la bataille qui se déroulait non loin de lui. Puis quand le silence s’installa, Joan comprit, que le pire qu’il avait tant voulu éviter,  était malheureusement arrivé. Se croyant désormais seul au monde, il se mit à gémir et à pleurnicher mais quand il vit les cavaliers suivis des soldats passer sur le chemin, il comprit immédiatement que son salut passait par la discrétion et il s’arrêta immédiatement de pleurer. Le lendemain, il se décida à sortir de sa retraite où il avait passé toute la nuit. Il retrouva avec joie et soulagement son père Matèu assis sur le perron de la maison mais ce dernier, la tête enfouie dans les mains était entrain de pleurer lui aussi. Matèu savait déjà qu’il était un des rares à avoir survécu au massacre perpétré par Simon de Montfort mais quand il constata que Joan était vivant lui aussi, il le serra très fort et longuement dans ses bras en remerciant le ciel. Mais Matèu continuait à se lamenter en disant : « Jamais, je n’aurais du accepter que ce maudit coq nous suive quand nous nous sommes enfuis avec ta mère », puis il rajoutait : « si ce satané coq ne s’était pas mis à chanter, les soldats auraient passé leur chemin et tout ça ne serait pas arrivé ! » puis culpabilisant, il ne cessait de répéter « c’est ma faute et celle de ce damné coq si ta mère est morte et avec elle tous les gens du village » puis serrés dans les bras l’un de l’autre, ils pleurèrent longtemps la perte de l’être cher.  De temps à autre, Matèu se mettait à vociférer : « il faut que je le retrouve ce coq et je vais lui faire la peau ». A intervalles réguliers, le coq chantait encore sur les hauteurs de Lanciano et Joan dit alors à son père : «  Non, papa, je vais aller le chercher et je vais le ramener vivant, car à moi, il m’a sauvé la vie ce coq ! ». Joan raconta l’histoire du tonnelet à son père qui comprit que le coq n’était pour rien et que seule la fatalité était imputable à cette tuerie perpétrée par Simon de Montfort et ses hommes. Le coq par fidélité avait suivi son maître comme il avait pris l’habitude de le faire depuis que Matèu l’avait élevé alors qu’il n’était encore qu’un minuscule poussin. Ce matin-là, le coq  avait suivi Matèu dans la forêt jusqu’au fortin mais les autres jours, c’était dans les champs de céréales ou bien dans les collines arides qu’ils avaient pris la marotte d’arpenter ensemble.  Et puis, n’était-il pas naturel pour un coq de s’époumoner au lever du jour ? Joan partit chercher le coq du côté de la tour à signaux que les soldats avaient complètement disloquée et ruinée. Les portes étaient béantes et les murs étaient désormais écroulés. Tout autour, le sol était jonché, de toute part, d’une trentaine de corps transpercés de flèches ou mutilés par les fléaux et les lances. Le gallinacé sans doute un peu perdu dans ce décor qu’il ne connaissait pas, chantait toujours dans les parages de la tour. Joan quitta volontiers le macabre fortin bien décidé à mettre le grappin sur le coq. Il le coursa ainsi une bonne partie de la journée puis il finit par l’attraper le soir au sommet du roc dominant Lanciano. Joan, Matèu et quelques survivants n’oublièrent jamais ce jour-là où l’aube avait été si funeste mais ils se remirent à travailler leurs lopins de terre comme ils l’avaient toujours fait auparavant. L’existence ne fut plus jamais la même mais le hameau retrouva peu à peu un semblant de vie antérieure... égayait aux aurores, comme depuis toujours, par les chants harmonieux d’un coq. Voilà, à de nombreux détails près, ce qu’aurait pu être la « chronique historique » de la Tour ruinée et de ce « Chantecler » de Lansac dont les chants matinaux auraient été la perte des habitants du hameau, exterminés par Simon de Montfort et ses soldats. Quand vous partirez faire cette agréable balade, vous emprunterez la rue des Vignes qui vous fera sortir du village avec le Roc face à vous et la Tour déjà visible sur votre droite. Arrivés près d’une citerne à demi enfouie, vous tournerez à droite en direction du cimetière et vous remarquerez peut-être les premières traces jaunes du balisage. Face à l’entrée du cimetière, ce balisage devenant plus précis grâce à un panonceau « Au chant du coq » orné notamment du dessin d’une tour, sans doute commencerez-vous à marcher moins idiots que j’ai pu le faire moi-même, ignorant tout de cette histoire, le jour de ma propre balade. Si vous avez lu ma « nouvelle », vous randonnerez certainement avec le souvenir de Joan et des habitants de Lansac fuyant le hameau devant la horde sanguinaire de Simon de Montfort. Inutile de presser le pas comme l’avait fait les villageois car la route bitumée qui domine Lansac laisse rapidement la place à une piste terreuse qui entre dans la forêt incitant à la flânerie et à la cueillette des innombrables champignons. La tour à signaux reste quelques minutes dans la ligne de mire, puis quand l’itinéraire se faufile en sous-bois, elle disparaît pour quelques temps. Même en arrivant au collet de la cote 364 où pas moins de trois panneaux indicatifs ont été érigés sur des poteaux, on aura l’impression que la tour de Lansac, elle, s’est définitivement volatilisée. Cette intersection à la cote 364, c’est bien celle que j’aurai du rallier en venant du Roc de Vergès par la carrière de feldspath. Le chemin zigzague mais la tour, elle, joue « l’Arlésienne » un bon moment encore et quand elle finit par réapparaître, on a l’impression qu’on va l’atteindre sans tarder mais on se trompe et quelques virages en pente douce s’élèvent encore avant de la rejoindre. Un panonceau est enfin là : «  Tour de Lansac » et « Roc de Lansac - 1h A/R ». Les vues depuis la tour sont superbes sur le village, ses alentours et tous les paysages faisant face au versant nord de la colline. La tour, bien que grandement ruinée, présente encore quelques jolis pans de murs encore debout. L’Histoire raconte qu’elle aurait été construite au temps de Charlemagne qui voulait sécuriser la région qu’il venait de conquérir. D’autres historiens prétendent qu’elle daterait du XIeme siècle seulement, elle aurait donc été bâtie du temps où les comtés et vicomtés se partageaient sans cesse et sans vergogne le pays Fenouillèdes. Bâtie sur un plan rectangulaire et sans doute bien plus haute qu’on peut l’imaginer aujourd’hui, elle aurait été construite sur plusieurs niveaux, sans doute trois ou plus en comptant bien sûr le rez de chaussée. Il suffit pour s’en convaincre d’observer les différents emplacements aujourd’hui vides des poutres qui soutenaient les planchers dont certains sont encore hauts mais d’autres sont désormais situés au niveau du sol. Les pierres constituant le sommet et la couverture sont donc tombées au centre de la tour et ont comblées celle-ci. En raison de son élévation et au regard de sa situation géographique situé au sommet de ce minuscule inselberg de granite, ce petit donjon a servi sans doute pendant plusieurs siècles de « farahon », ces tours à signaux qui reliées à d’autres tours ou forteresses féodales de la région permettaient, grâce aux feux et aux fumées, de communiquer mais surtout de signaler l’arrivée d’un éventuel agresseur. Ici, on peut aisément supposer que cette Tour de Lansac aurait pu être utilisée comme un relais entre d’autres tours, de petits « castellas » ou des châteaux plus importants, tous ces édifices médiévaux étant légion dans le secteur : Prats, Fenouillet, Rasiguères, Quéribus, Peyrepertuse, Trémoine, Triniach, la Torre del Far, Força Réal, etc.….Après cette jolie découverte historique chargée d’Histoire, on poursuit vers le roc mais là, le parcours change du tout au tout et devient un peu plus accidenté. C’est d’abord, un grillage que l’on longe sur quelques mètres et qui est là, pour éviter aux randonneurs de chevaucher de bien trop près la crête de cette falaise, sans doute, trop fragilisée par les tirs de mines successifs. Puis, toujours bien balisé, à la fois de coups de peinture jaune et de multiples cairns, le sentier se fraye un chemin au milieu des rochers et des racines des différents arbrisseaux qui composent la végétation : chênes verts, buis, chênes kermès, et genévriers essentiellement. Le Roc est un peu comme la Tour, on pense l’avoir atteint avant de s’apercevoir qu’il est toujours plus loin. Heureusement, sur ce versant de la colline, les panoramas sur le lac de Caramany et le Massif du Canigou enneigé sont tels qu’on finit par oublier que l’on doit y monter. Enfin, un nouveau panonceau boulonné à même la paroi rocheuse nous signale néanmoins sa proximité imminente et à partir de là, le sommet est vite escaladé. De là, c’est une vision circulaire qui s’entrouvre et dont on a du mal à se détacher tant les panoramas sont infiniment merveilleux. Il faut néanmoins repartir par le même chemin jusqu’au panonceau boulonné dans la paroi. Ici, deux choix s’imposent aux randonneurs : soit ils effectuent en sens inverse, l’itinéraire déjà emprunté indiqué comme le plus facile soit ils choisissent Lansac par la boucle. C’est pour ce dernier sentier que j’ai finalement opté et j’avoue ne pas l’avoir regretté tant il est guère plus difficile que l’autre et permet d’avoir d’autres regards sur le parcours effectué et notamment sur la barrage de Caramany. On notera au passage et à même le sentier, de très jolies roches sédimentaires rouges et roses de type poudingues, incrustées de pierres de différentes couleurs. On pourra même, si on le souhaite, rallonger un peu la balade, en poussant jusqu’au pied de la Serre d’Augé et en empruntant la piste de la Tartarouse pour rentrer. Dans les deux cas, on rejoint très rapidement Lansac soit en retrouvant la petite route du cimetière puis la rue des Vignes soit la D.79 à hauteur d’une aire de pique-nique. En raison du terrain caillouteux et des nombreux éboulis jalonnant le parcours, de bonnes chaussures de marche sont fortement recommandées. En été, et même si le parcours est plutôt court, il sera nécessaire d’emporter suffisamment d’eau. IGN 2448 OT Thuir – Ille-sur-Têt Top 25.

    Enregistrer


    votre commentaire

  •  

    Si je vous dis qu’il s’agit d’un pic à 584 mètres d’altitude et que pour y accéder, vous n’aurez guère plus de 250 mètres de dénivelé à accomplir et si, j’ajoute que de son sommet, on a en supplément des panoramas incroyablement époustouflants sur notre beau département et bien plus loin encore avec notamment des vues superbes sur un magnifique lac bleuté, vous allez me dire : « Non, ce n’est pas possible, il s’agit d’une arnaque ! ». Eh bien oui, ce pic existe bel et bien et ici la seule arnaque, c’est le nom du village, point de départ de cette jolie petite randonnée au Pic de Vergès que je vais vous décrire. Ce village s’appelle Saint-Arnac et si je reconnais que le mot « arnaque » peut paraître ici un peu excessif, il faut tout de même savoir qu’il y a néanmoins une « belle » supercherie quant on sait qu’aucun saint du nom d’Arnac n’a jamais existé. En effet, le village doit essentiellement ce nom-là à la transformation très arbitraire et purement phonétique du nom originel qui en occitan se prononce « çantarnac ». En réalité, si j’en crois les historiens, le village s’appela d’abord Villare Centernaco (an 899) tiré sans doute du nom de la première famille ayant occupée les lieux puis au fil des différentes invasions et occupations, cette appellation se modifia quelque peu (villa Sent Ernach en 1137, puis Sanctum Arnachum en 1214, Sent Arnach en 1395) jusqu’à devenir Centernach ou Centernac en catalan. Au 13eme siècle, période où le hameau fut sous le contrôle de l’Ordre des Templiers du Mas Deu, le nom de Centernach, on le retrouve associé à un prénommé Pierre, précepteur chargé de percevoir les redevances pour le compte de la communauté templière. Mais comme à l’époque, il était coutumier d’accoler le nom du village au prénom du frère qui était chargé de la gestion de la maison templière rien n’explique cette francisation du nom de Centernach en Saint-Arnac intervenue, elle, plusieurs siècles plus tard, au 17eme exactement. Voilà pour « l’arnaque » mais c’est la seule car la balade au Pic de Vergès, elle, mérite vraiment le détour. Moi, c’est tout à fait par hasard, que j’ai découvert les panonceaux relatifs à cette jolie balade ; tout autant qu’on puisse appeler « hasard », le Tour des Fenouillèdes pédestre, que j’ai réalisé en septembre dernier avec mon fils. Cinq jours de marche au cours desquels, nous avons amplement pris plaisir à découvrir cette belle région trop méconnue sans doute et que j’aurais l’occasion de vous décrire d’ici quelques temps sur mon site perso Internet. La balade au Pic de Vergès étant plutôt courte, plutôt que de démarrer de Saint-Arnac, j’avais décidé de partir du Col de Lacroux, juste au dessus du village, là même où passe le GRP Tour des Fenouillèdes et où j’avais découvert les panneaux indiquant le Pic de Vergès quelques mois auparavant. Mon idée première était de monter au pic le matin et de me rendre ensuite d’une seule traite mais l’après-midi, à la Tour et au Roc de Lansac, tout proches. La « chose » me semblait parfaitement concevable et réalisable à l’analyse que j’avais faite de la carte IGN,  mais, c’était sans compter sur l’impressionnante carrière de feldspath dont les exploitants ne semblent avoir cure des différents sentiers de randonnées. En effet, sans parler des multiples interdictions, cet itinéraire de randonnées pourtant parfaitement surligné sur les cartes et balisé sur le terrain a été en partie détruit par les bulldozers puis ensevelis sous les tonnes de gravas et les énormes magmas rocheux déversés par d’énormes camions style « Monsters Trucks » mais en bien plus gros. Alors, il est vrai que mon GPS aidant et si j’avais fait preuve à la fois de bravade et de ténacité, j’aurais pu réaliser le parcours initialement prévu mais le côté « galère » de cette « marche forcée »  allié aux mesures de prudence répétées de la mine à ciel ouvert m’en ont dissuadé. Je n’ai pas eu à le regretter puisque ce contretemps m’a permis d’effectuer une petite boucle et d’aller ainsi découvrir le charmant village de Saint-Arnac que je ne connaissais pas et pour cause, puisque le Tour des Fenouillèdes évite le hameau en passant juste au dessus. Il faut le dire, la visite fut plutôt expéditive car le vieux village est minuscule et on en a vite fait le tour : quelques agréables petites ruelles, l’église du XIIeme siècle dédiée à Saint-Pierre avec une horloge assez insolite, la place principale « Pierre de Centernach » avec une jolie fontaine de 1881 et l’originale devanture de la cave vinicole dont le nom de « Préceptorie de Centernach » est un hommage certain rendu à l’Histoire du village en général et aux Templiers en particulier. C’est à peu près tout. Je ne vais pas vous décrire en détail le parcours que j’ai réalisé car il s’agit simplement d’une courte portion du GRP Tour du Fenouillèdes balisé en jaune et rouge qui part du Col de Lacroux, retrouve un peu plus loin le petit PR qui lui arrive du village et monte directement au Pic de Vergès. Si je ne vous le décris pas c’est parce qu’il ne s’agit pas de l’itinéraire le plus logique qui lui part du village près d’un bel oratoire. Comme d’habitude, je joins à cet article, les tracés sur la carte IGN et un diaporama photos qui peuvent être des assistants précieux au parcours que vous souhaiterez accomplir. Toutefois, sachez que quelque soit le tracé que vous effectuerez, celui partant du village ou bien le mien, ici tout est parfaitement balisé, signalé, indiqué et pour atteindre le sommet de cette « serre » de granite, il vous suffira de suivre les nombreux panonceaux puis les innombrables marques jaunes peintes sur les pierres ou les arbres, tout au long du chemin. La piste que j’ai prise est intéressante car elle domine en permanence le village avec de très jolies vues presque de tous côtés, avant même d’arriver au sommet. L’approche du pic de Vergès est courte mais pas toujours évidente à cause des éboulis caillouteux et de la déclivité très pentue du sentier où pour cette raison des escaliers de rondins ont été parfois disposés pour en faciliter l’ascension. Sur la fin, il faut s’aider autant des mains que des pieds pour parvenir au sommet. Mais avant de l’atteindre et par mesure de sécurité, des câbles ont été disposés aux endroits les plus risqués mais finalement peu dangereux pour peu que l’on prête un minimum d’attention et qu’on ne soit pas considérablement sujet aux vertiges. On continue de grimper quelques roches et un sentier encore caillouteux pour atteindre, tout près du sommet, de vieilles ruines, sans doute « pastorales », du temps où les bergers venaient faire paître leurs troupeaux sur cet étonnant belvédère. Puis au sommet, on y remarque aussi une petite plate-forme faite de quatre carrelages dont l’emplacement m’a laisser penser qu’elle avait pu servir à installer des appareils d’optique ou de mesures puis, juste à côté, une rudimentaire table d’orientation où les noms des lieux ont été grossièrement gravés à même la petite dalle cimentée. Plus loin, une petite borne géodésique ainsi qu’une plaque de l’Institut Géographique National. Difficile de vous décrire la beauté des panoramas que l’on a depuis le pinacle du Pic de Vergès, chacun appréciant les paysages de sa propre façon et parfois, selon son humeur du moment. Moi, dans le silence ambiant que seul le vol d’une compagnie de perdreaux est venu troubler un court instant, je me suis assis et me suis mis à casser la croûte.  Puis, tout en dévorant mes sandwichs, j’ai tenté, dans un premier temps, de retracer le parcours que j’avais effectué avec mon fils, il y a quelques mois, en réalisant cet inoubliable Tour des Fenouillèdes. D’ici, le petit hameau de Trilla, départ de notre première étape, semblait complètement perdu au cœur d’un vaste plateau verdâtre, puis le sentier escaladé se terminait au sommet de la Sarrat de l’Albèze et du regard, je ne pouvais pas poursuivre plus loin l’itinéraire emprunté. Alors, j’ai légèrement tourné la tête sur la droite et j’ai aperçu très loin, presque à l’horizon, les collines dénudées que nous avions arpentées entre Eus et Sournia et qui servent de frontière entre pays Conflent et Fenouillèdes. Un peu devant, j’en étais déjà au début de la troisième étape qui nous avait emmené au dessus de Prats-de-Sournia dans cette merveilleuse et grandiose forêt de Boucheville dont nous avions mis une journée toute entière à traverser pour déboucher finalement au col de Tulla, au pied du Pech de Fraissinet. D’ici, cet énorme mamelon à la fois aride et boisé semblait fermer l’extrémité de l’étonnant synclinal de Saint-Paul, mais là, je n’ai plus pu tourner la tête à droite sans me déplacer. Alors, assis sur la borne géodésique qui marque le sommet du Pic de Vergès, j’ai tourné mes fesses vers le nord-ouest en direction des Corbières mais surtout du Pech du Bugarach dont nous avions tant apprécié les alentours verdoyants lors de la quatrième étape. Puis, toujours du regard, je me suis mis en grimper à nouveau les flancs débonnaires du Roc Paradet et là, de nouveau, j’ai perdu le fil d’Ariane de mon itinéraire imaginaire car les collines calcaires dominant Lesquerde obstruaient ma mémoire. Je brûlais les kilomètres et j’étais déjà là, au pied du Pic de Vergès sur cet piste bitumée qui surplombe d’un côté, les toitures rougeâtres de Saint-Arnac et de l’autre, les carrières blanchâtres de Lansac. Là, je fis quelques pas en arrière pour me remémorer les difficultés que nous avions rencontrées pour gravir les éboulis de la petite Serre de Cors avec nos sacs à dos bien trop lourds. Puis, après un nouveau demi-tour fessier, j’ai repris ma marche en avant vers le sud, pour finalement observer les reflets argentés du superbe et longiligne lac de Caramany pour finir en longeant le merveilleux aqueduc romain d’Ansignan où nous avions, avec délectation, baigné nos pieds endoloris et surchauffés dans les eaux fraîches du canal. Ansignan, les Albas, le petit Roc de Terre Blanco où nous avions, à la fois, tant soufferts des kilomètres déjà accomplis, de la forte chaleur et du manque d’eau dans l’ascension finale. A Trilla, la boucle de mes souvenirs se referma comme elle avait commencée. Il ne me resta qu’à lever les yeux au ciel et vers les cimes enneigées du Canigou pour finir en beauté ce périple. Voilà tous les paysages que moi j’ai vu des hauteurs du Roc de Vergès mais si vous y allez, vous y verrez sans doute bien d’autres décors tant la vision porte bien plus loin que les limites d’un « simple » Tour des Fenouillèdes. Mais que voulez-vous, ce Tour des Fenouillèdes accompli avec mon fils ce fut pour moi, un vrai bonheur ! Alors….monter au Pic Vergès et me remémorer tout ça le fut encore ! Carte IGN 2448 OT Thuir – Ille-sur-Têt Top 25.

    Enregistrer


    votre commentaire
  •  


    Il y a quelques semaines, le 10 novembre exactement, j’ai regardé à la télévision, un reportage à Envoyé Spécial qui s’intitulait « Le gaspillage-Plongée dans nos poubelles ». Ce reportage concernait bien sûr le gaspillage alimentaire. Je l’avoue, pour diverses raisons qui tiennent sans doute à l’éducation que j’ai reçue, j’ai été terriblement choqué par ce reportage. En effet, étant enfant, mes parents m’ont toujours habitué à ne rien laisser au fond de mon assiette, quand à un « simple » quignon de pain, à la maison, il était hors de question qu’il finisse au fond de la poubelle. J’ai toujours mangé à ma faim et malgré ça, il ne restait pas souvent du pain sur la table et de la nourriture en général mais quand bien même il en restait, le pain finissait en « pain perdu » ou les restes finissaient la plupart du temps dans la gamelle du chien quand ce n’était pas dans le poulailler ou bien dans les clapiers des lapins quand il s’agissait de légumes. Pourtant, nous n'étions pas des paysans mais de simples citadins possédant un petit bout de jardin. Mais c'est ainsi que nous vivions, très modestement, et il était hors de question de jeter la moindre nourriture et nous recyclions, bien avant, la mode du "tout écologique", tout ce qui pouvait l'être. Eh oui, les temps ont bien changé....mais c'est la crise...donc ce n'est pas en bien !

    Mais revenons à notre reportage. Le film, lui, commence par une charmante jeune dame qui vient de faire ses courses, dont on apprend qu’elle serait institutrice. Elle ouvre son frigo puis son congélateur et avant même d’y ranger ses nouveaux articles, on la voit, après vérification des dates de péremption, jeter dans un grand sac poubelle, un nombre impressionnant de produits alimentaires dont certains, et notamment des barquettes de viandes, sont encore dans leurs emballages d’origine. Quand le journaliste lui demande comment elle peut en arriver là, à agir de la sorte et à jeter de la nourriture dont la date vient parfois à peine d'être dépassée, elle lui répond comme si tout ça était parfaitement naturel : « c’est sans doute la peur de manquer ! ». J’avoue que sur l'instant, si j'avais cette jeune femme devant moi, je lui dirais sans doute très vigoureusement le fond de ma pensée mais d’emblée, c'est plutôt la surprise qui prédomine et j’ai un mal fou à croire à ce scénario car pour une institutrice, qui plus est, mère de trois enfants, je me dis « quelle éducation a-t-elle reçue ? », et si c’est vrai, « quelle éducation va-t-elle inculquer à ses trois enfants ? ». Et bien oui, même si cette jeune femme jette sans compter et sur l'instant plusieurs kilos de nourriture, la suite du reportage semble tristement confirmer que le film n'a pas été monté de toutes pièces car le journaliste rajoute que chaque français jetterait pas moins de 20 kilos de nourriture par an ! C'est tout simplement incroyablement ahurissant mais le pire reste à venir car dans la foulée, le journaliste vient nous expliquer que cette « banalisation » du gaspillage ne serait pas uniquement la faute du seul consommateur mais qu’il s’agirait d’une habitude inscrite dans notre mode de vie actuel. Alors c'est ainsi qu'en France, un quart de la nourriture produite serait jetée, nourriture le plus souvent encore parfaitement comestible. Je ne vais pas vous décrire le reportage dans tout son détail car si vous ne l’avez pas vu, vous pourrez le regarder en cliquant ici, mais quelques points m’ont interpellé particulièrement. C’est ainsi, qu’on apprend que les cantines scolaires au même titre que les grands distributeurs (hypermarchés, supermarchés) et même les producteurs eux-mêmes seraient les plus grands « contributeurs » de ce gaspillage alimentaire. On y apprend ensuite que toutes les grandes chaînes de distribution jettent la plupart de leurs produits frais, leurs poissons et leurs viandes invendues avant même l’arrivée « fatale » de la date de fin de consommation et cela, de peur que les consommateurs ne les trouvent pas suffisamment frais et aillent voir ailleurs. Toujours aussi ahurissant, vous ne trouvez pas ? Chez les producteurs maraichers, même sons de cloches. On jette, on jette encore, on jette toujours, tous ce qui n’est pas « commercialisable » dans le circuit économique habituel : fruits trop petits ou pas suffisamment beaux, fruits ou légumes trop mûrs ou pas assez,  articles qui ne correspondraient pas au calibre souhaité par les consommateurs, etc...De ces produits parfaitement consommables , on en remplit des bennes entières pour les mettre en décharge après les avoir récoltés.  Vous avez dit ahurissant ? Puis, la jeune institutrice revient sur le devant de la scène et on la montre entrain de faire ses courses dans un supermarché, attentive aux produits les plus frais, aux fruits et légumes les plus beaux et aux dates de péremption les plus lointaines. Après l’avoir vu jeter un nombre incalculable d’articles sortis plein de fraîcheur de son réfrigérateur et de son congélateur, on est en droit de se demander pourquoi, elle est soudain si attentive à tout ça. Pas très logique ! Enfin, c’est sans doute en partie cela, les mauvaises habitudes inscrites dans le mode de vie des français ! Puis enfin, alors qu'un système de banques alimentaires fonctionne à merveilles et vient en aide à 13 millions de personnes démunies dans toute l'Union Européenne, comble de la « bêtise » et de la « rapacité » humaine, on y apprend que certains grands distributeurs versent de l’Eau de Javel pour dénaturer les produits afin que personne ne puisse les récupérer dans leurs poubelles. Car bien évidemment, le film se termine, avec la contrepartie de cette incroyable dilapidation alimentaire à savoir la nécessité « vitale » que certaines personnes (associations ou particuliers) ont à trouver à manger, quitte à faire les poubelles. En priorité, ces poubelles, ce sont celles des hypermarchés mais dans les villes, mais ce sont aussi celles des restaurants, des hôtels, des fast-food, des cantines, des hopitaux, des réfectoires divers et variés, des marchés, des petits commerçants mais c'est aussi la vôtre....En tous cas, pas la mienne car les "Dumpster diving", les plongeurs de poubelles, comme on les appelle, n'y trouveront rien à consommer !

    Et oui, tout ça m’a énormément choqué, à l’heure actuelle où à chaque journal télévisé, on ne cesse de nous  « bassiner » avec la crise économique, à l’heure actuelle où on n'arrête pas de nous montrer la misère humaine et les famines qui règnent dans un grand nombre de pays, à l’heure actuelle où les produits alimentaires ne cessent d’augmenter et le pouvoir d’achat, lui, de diminuer sans arrêt, à l’heure actuelle où les associations caritatives et humanitaires, style Restos du Cœur, ont une incroyable recrudescence (+25% sur les 3 derrières années) du nombre de repas gratuits à offrir, à l’heure actuelle où la pérennité du PEAD (Programme européen d’aide aux plus démunis), cher à Jacques Delors et à Coluche, semble ne plus pouvoir être assuré pour les prochaines années, tout ça est complètement incompréhensible et absurde.

    Oui, pour toutes ces raisons et sans doute bien d’autres comme celle de savoir que dans le monde entier, c’est la moitié de l’alimentation produite qui n’est pas consommée, le tiers partant directement dans les poubelles, celle de savoir qu’on « assassine » pour rien des millions d’animaux d’élevage dont la vie même a très souvent été terriblement bafouée avant même d'arriver sur les étals, celle de cette période incroyablement égoïste que nous vivons où les riches n’ont jamais été aussi riches et les pauvres, jamais aussi pauvres, ce « monstrueux » gaspillage alimentaire a un côté « écœurant » voire « répugnant ».

    En tous cas, à quelques mois des élections présidentielles et dans cette période de crise économique et financière que nos politiques décrivent comme la pire jamais survenue, trouver des solutions pour commencer à tenter d’inverser cette spirale infernale du gaspillage alimentaire, voilà un très beau challenge que bon nombre de nos candidats serait inspiré de mettre en tête de leur programme….

    Alors si dans les années 70, en matière d’énergie, le slogan à la mode « chasse au gaspi » était devenu incontournable, aujourd’hui, il serait bon de le remettre au goût du jour pour l’alimentaire, quitte à ce qu’il devienne une espèce d’outil de « propagande ». Quelques bonnes idées comme par exemple la suppression des dates limites de consommation pour les produits les moins sensibles, plus un bourrage de crânes permanent, voilà ce qu’il faudrait sans doute mettre en œuvre pendant quelques années, pour changer les mauvaises habitudes de tous ou en tous cas du plus grand nombre…Mais il y aura toujours les lobbyings des plus puissants et là,.....c'est une toute autre histoire....que je vous raconterai peut-être un jour ou l'autre....


    votre commentaire

  • metairie-de-cobazet

    metairie-cobazetign

    Une fois encore, c’est à partir de mon village fétiche d’Urbanya que je vous propose cette belle et longue balade à la Métairie de Cobazet (*). Cobazet est un lieu magnifique avec son pasquier entouré de superbes forêts, mais le corps de ferme, lui, est un bâtiment privé qui ne se visite pas. Alors, on y va uniquement pour le plaisir des yeux et celui de se retrouver pour pique-niquer dans un cadre enchanteur et verdoyant. Sur les pancartes qui délimitent le domaine forestier privé, appartenant désormais à la société Groupama, il est écrit « Cobazet » mais  sur certains documents, vous trouverez parfois les noms de « Coubazet », « Coubezet » ou « Covazet ». Sur de vieilles cartes IGN la désignation de « Covaset » est parfois présente et sa toponymie ne fait aucun doute, si je la traduis par le patronyme des « Sept cavernes » ou des « Sept grottes ». En effet, en catalan, une « cova » est une caverne ou plus simplement une grotte et « set » c’est tout simplement le chiffre « sept ». Alors, si je crois savoir qu’à proximité de la Métairie, plusieurs avens ont été découverts, j’ai également appris qu’ils auraient été obstrués depuis, sans doute par mesure de sécurité. Mais je l’avoue, je n’en sais guère plus car je ne suis ni géologue et encore moins spéléologue. Alors, en ce magnifique samedi d’automne, mais où la chasse était malheureusement ouverte, plutôt que de prendre le risque de partir en forêt à la recherche d’hypothétiques cavités, j’ai préféré ce jour-là, marcher gentiment sur des pistes forestières, sous un ciel cristallin et en écoutant fébrilement les détonations des fusils et les aboiements des chiens. Cela a largement suffit à mon bonheur. Le départ d’Urbanya est identique à celui que j’avais décrit dans un article précèdent consacré au Pic de Portepas, mais avec une différence importante, c’est que nous allons cette fois-ci poursuivre le Tour du Coronat jusqu’au col de Tour ou del Torn (1.536 m). Ce col, qui est à la croisée de multiples chemins, nous allons tout simplement le traverser en ignorant toutes les autres pistes ou sentiers qui partent à droite ou à gauche. D’ailleurs, et même si aucun balisage ne le laisse supposer, ni sur le terrain ni sur les cartes, cet itinéraire, c’est toujours celui du Tour du Coronat qui se poursuit jusqu’à Llugols, Conat, Jujols, Nohèdes et finit par faire le tour de ce joli massif. Lors d’une autre randonnée à la Gare d'Estardé, j’ai déjà évoqué l’exploitation du talc et bien il faut savoir que ce trajet n’est autre que celui qu’empruntait au temps jadis, la petite locomotive « Decauville » tractant quelques wagonnets remplis de minerais en provenance de la carrière de stéatites de Caillau. La Stéatite, c’est le nom d’une la roche très tendre essentiellement composée de talc mais ce fut aussi le nom que l’entreprise « Decauville » donna à la petite locomotive. Pour ne pas marcher idiot, avant même cette randonnée, je me suis intéressé à l’Histoire de ces lieux et c’est ainsi que j’ai appris que cette carrière de talc appartenait, tout comme la Métairie de Cobazet et 1851 hectares de la montagne de Mosset, au Baron Fernand de Chefdebien. En juin 1884, il venait d’en faire l’acquisition aux enchères effaçant ainsi le passif de 367.400 francs d’un certain Rémy Jacomy. Ce Rémy Jacomy était bien connu dans notre beau département puisqu’il était le principal maître de forges des Pyrénées-Orientales et le fondateur de plusieurs sociétés métallurgiques et minières. Il détenait lui-même tous ces biens pour les avoir achetés en 1860 au précédent propriétaire, un certain Monsieur Jean Aymar Delacroix, Marquis d’Aguilar, descendant des derniers seigneurs de Mosset. Mais pour en revenir à notre randonnée, si vous prêtez attention et sans parler des vestiges de quelques infrastructures de l’exploitation du talc dont les murs encore debout sont parfaitement visibles à Cobazet, vous remarquerez par endroits et sur la gauche du chemin, le terre-plein qui supportait la voie dont les rails de 60 cm de largeur en faisait à l’époque un des chemins de fer parmi les plus étroits de monde. Certaines ruines et vestiges sont enfouies sous la végétation, mais en cherchant bien, il est possible de  retrouver quelques vieux souvenirs, wagonnets, bouts de câbles ou de tôles, machines rouillées par le temps, clous ou bouts de ferrailles divers de cette aventure industrielle. J’ai appris que les premiers rails furent posés en 1886 entre la carrière de Caillau et la gare d’Estardé sur une longueur de 13 kilomètres environ. L’activité s’arrêta lors de la guerre de 1914 et les installations furent démontées pour les besoins de l’armée. Après la guerre, l’activité redémarra de plus belle, toujours équipée de la petite locomotive. Dans les années 30, l’activité atteint son apogée. Il faut dire que tous les moyens étaient bons pour faire du rendement, réduire les distances et par là même les délais. C’est ainsi qu’à Cobazet, on éleva un pylône de plus de 36 mètres de hauteur pour la mise en œuvre d’un téléphérique dont les wagonnets descendaient directement vers une forge de la Vallée de la Castellane, distante de 2 kilomètres seulement. C’’était toujours ça de gagné par rapport à l’éloignement que constituait un passage par le col de Jau ou la gare d’Estardé ! Au fil du temps, les vieilles charrettes tirées par des « percherons » amenant le talc à l’Usine Chefdebien de Prades furent remplacées par des camions. Plus tard, la vieille « Steatite » fut remplacée par un locotracteur électrique car les équipements, train et téléphérique, servaient bien sûr pour le talc mais également aux autres activités de Cobazet en particulier (balles de foin, produits agricoles, etc.…) et de la montagne en général (grumes de bois, matériels de scieries, etc.…). En 1943, plusieurs groupes de maquisards vont investir ce secteur de la montagne. Bien qu’étant indépendants les uns des autres et sous la direction de différents chefs, l’Histoire retient tous ces groupes sous la dénomination commune de « Maquis du Col de Jau ». Certains de ces groupes vont se former autour des sites miniers et agricoles de Caillau et Cobazet et avec la bienveillance du directeur et du contremaître de l’entreprise Chefdebien, de nombreux résistants, S.T.O et guérilléros espagnols vont être planqués au sein même des différents bâtiments. Vers 1950, avec des moyens plus modernes et plus rapides pour transporter directement le talc depuis la carrière jusqu’à l’usine de Prades, le petit train, devenu obsolète, s’arrêta définitivement et l’ensemble du matériel ferroviaire fut voué au ferraillage. L’activité industrielle qui, à partir du talc, consistait à fabriquer de la « Poudre Chefdebien », espèce de « bouillie bordelaise à la sauce catalane » censée combattre le mildiou et les autres maladies de la vigne, se poursuivit jusqu'au début des années 70. L’activité s’arrêta définitivement sans doute par manque de profitabilité, car il faut savoir que la carrière de Caillau étant située à 1.600 mètres d’altitude, les ouvriers ne pouvaient pas raisonnablement travailler les mois d’hiver dans la montagne enneigée. La bâtisse de Caillau qui avait servi de baraquement pour les ouvriers de la carrière fut transformée en 1984 en refuge pour randonneurs. Voilà pour l’histoire tumultueuse de ce joli coin de montagne désormais redevenu paisible et silencieux or mis quand les chasseurs sont de sortie. Quand on arrive à Cobazet depuis le col de Tour, les vues se dévoilent magnifiquement vers le Col de Jau, sur la Vallée de la Castellane, sur l’ensemble des montagnes environnantes (Madres, Bernard Sauvage, Dourmidou, Serra d’Escales, Roussello, etc.…) et sur l’immensité des superbes forêts où en automne les teintes des feuillages des différentes essences s’entremêlent et créent un véritable océan végétal aux couleurs chatoyantes. Mais l’image la plus belle est sans doute cette vue dominante depuis le chemin et par-dessus les sapins, de la métairie elle-même. Avec ses grands murs blancs, la grande bâtisse contraste étonnamment avec son pré verdoyant, ses grands cèdres sombres et ses pins noirs qui l’entourent et ce lavis de montagnes roussâtres qui ferme l’horizon. Même si en automne, on ne peut pas resté insensible aux couleurs de la forêt, c’est à mon goût au printemps et en été, quand la luminosité atteint son zénith, que les prés et les chemins se parent de mille fleurs, que Cobazet incarne un des plus beaux décors naturels qu’il m’a été donné d’observer lors d’une randonnée. Sur le coup de midi quand le vacarme des armes et des chiens a cessé et que le calme est revenu, j’ai aperçu une biche. Immobile, elle semblait m’observer avec ses grands yeux et au fond de moi, je me suis dit qu’elle avait beaucoup de chance que je ne sois qu’un « chasseur d’images » ! Après cette jolie vision, j’en ai profité pour casser la croûte avec devant les yeux ce panorama prodigieux sur le pasquier de Cobazet. Puis pour trouver un peu de repos, je suis parti m’allonger sur une pelouse non loin de la métairie. Un daguet est passé à toute vitesse sans me voir brisant furtivement le silence de cathédrale dans lequel j’avais sombré. Il a sauté les clôtures du pré où paissaient d’énormes taureaux puis a disparu dans la forêt. C’est marrant car en regardant ces puissants taureaux, je me souvenais avoir lu dans l’Histoire de Mosset sur Internet, qu’au 19eme siècle, les taureaux de Cobazet participaient déjà à des concours de beauté. Du coup, ils étaient très appréciés de tous les éleveurs du coin qui n’hésitaient pas à envoyer leurs plus belles vaches et génisses pour la reproduction. En observant ces puissantes bêtes, j’ai immédiatement pensé que si l’industrie minière du talc et du fer avait périclité, cette tradition pastorale, au moins, avait l’air de s’être perpétuée dans le temps. En début d’après-midi, la nature ayant complètement repris sa quiétude et ses droits, je me suis remis en route, moins anxieusement que le matin, et j’ai eu la chance d’observer deux chevreuils qui, il est vrai, paraissaient un peu désorientés et méfiants par les battues du matin. Cette méfiance ne m’a pas permis de les photographier comme je l’aurais voulu mais pour moi, c’était déjà un grand bonheur en soi d’avoir pu les observer encore debout sur leurs quatre pattes. Après la Métairie de Cobazet, le chemin à prendre est celui qui descend à gauche du grand pré. Il passe au milieu des clôtures, tourne à droite en continuant de longer le pacage et entre dans la forêt en direction de la Coma d’en Beget. Au premier carrefour suivant, on poursuit tout droit la piste DFCI N°C052. Cette piste monte légèrement et permet d’apprécier de splendides vues lointaines sur une belle partie du Conflent, ses crêtes frontières avec le pays Fenouillèdes et toute la Plaine du Roussillon. A nos pieds, s’étale l’éblouissante forêt du domaine. Si le temps est clair, c’est la Méditerranée qui par endroits se dessine à l’horizon. Puis à l’approche du Col de les Bigues (des Vigues), le Canigou apparaît majestueux derrière la modeste Serrat Grand et le clairsemé Bois d’Estardé. Au col, si tous les sentiers et chemins qui descendent vers Urbanya sont débroussaillés (ça arrive !), vous aurez l’embarras du choix. Moi, j’ai voulu changer un peu et j’ai, cette fois-ci, emprunté un large chemin qui file à droite, en dessous et parallèlement à celui qui retourne vers le col de Tour. Bordé de clôtures, il faut l’emprunter sur 750 mètres environ en regardant en permanence le côté gauche afin de remarquer un petit sentier caillouteux qui descend perpendiculairement au premier en suivant lui aussi une autre clôture. Le retour vers Urbanya est d’une simplicité enfantine puisqu’il suffit pour rejoindre le village de longer cette longue clôture. Avec plus de 2 kilomètres, cette descente va vous paraître sans doute bien fastidieuse mais sachez que ce petit sentier qui longe par la gauche le Ravin du Correc del Menter (Manté),est, lorsqu’il est bien débroussaillé, le plus court et le plus rapide itinéraire pour retrouver sa voiture. Depuis le parking d’Urbanya situé à 856 mètres d’altitude, il faut estimer cette boucle à une vingtaine de kilomètres environ. Le point culminant de cette randonnée étant le col de Tour à 1.536 m c’est un dénivelé de 680 mètres que l’on accomplit en réalisant ce magnifique et très facile circuit. Bien que la plupart des randonneurs soient attentifs à l’égard de la nature, dans le cas de Cobazet, il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’ici on traverse une propriété privée et qu’il faut être respectueux des lieux mais aussi des consignes et interdictions mentionnées à l’entrée du domaine. Lors des périodes de chasse, il est fortement recommandé de revêtir un gilet de sécurité fluo comme en portent eux-mêmes les chasseurs. Cartes IGN 2348 ET Prades-St-Paul-de-Fenouillet puis 2249 ET Font-Romeu-Capcir Top 25.
     
    (*) Si l'histoire de Cobazet vous intéresse, cliquez ici.

    Enregistrer


    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires