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     Il y a une année environ, j’avais relaté dans un article de mon blog, une jolie petite randonnée à l’Estany del Clot depuis le hameau de Nohèdes. Cet « estany », petit étang de l’Enclos en français, est en réalité une retenue artificielle dont, peu de gens le savent, l’origine remonte au 19eme siècle, période où les premiers ingénieurs hydrauliciens des Ponts et Chaussées étaient à la recherche des lieux les plus propices à l’édification de barrages. A l’époque, ces ingénieurs arpentant ce merveilleux Massif du Madres-Coronat avaient remarqué depuis longtemps qu’il y avait trois petits lacs blottis au pied d’anciens cirques glaciaires de cette belle montagne. Dans ces lacs, si on y captait leurs eaux depuis quelques temps déjà grâce à de rudimentaires canaux d’irrigations, il paraissait évident que la construction d’un barrage eut été largement préférable. Ces lacs, que les nombreuses légendes désignent comme « Les Palais des Démons », sont des réserves d’eau naturelles, qu’ici on appelle « gorgs » ou parfois « gourgs ». Ils ont pour noms, Gorg Estelat, Gorg Blau et Gorg Negre et que l’on traduit naturellement en lac Etoilé, lac Bleu et lac Noir mais plus communément on les appelle lacs de Nohèdes et Bleu pour les deux premiers et lac d’Evol pour le dernier. Après des études topographiques poussées, ces ingénieurs en avaient conclu que si un barrage il devait y avoir, le meilleur emplacement se situerait sur les « jasses » en aval du lac de Nohèdes et bien sûr, ce fut quelques années plus tard la naissance de l’Estany del Clot et celle de la Centrale hydroélectrique de Nohèdes. Pour la petite histoire, la boucle est bouclée mais pour notre randonnée vers tous ces jolis lacs, car c’est bien de ça qu’il s’agit cette fois-ci, tout reste à faire et la virée sera longue et sportive (environ 19 à 20 km pour un dénivelé de 1.020 mètres). Alors, nous allons tenter de la raccourcir un peu et contrairement, à notre première balade où nous avions démarré de Nohèdes, nous allons cette fois-ci, traverser le hameau, poursuivre sur la droite de la route en direction de la centrale hydroélectrique et continuer la piste jusqu’à Montailla. Ce lieu-dit, on ne peut pas le louper car outre quelques séculaires maisons, il y a juste avant d’ y arriver un grand hangar en bardage métallique. On pense souvent à tort que le pastoralisme de nos montagnes a quelque peu disparu mais en réalité, il a simplement évolué et les corrals de pierres, que l’on voit très souvent en ruines, ont laissé la place à des bergeries bien plus modernes. Pour ne rien gâcher, celle-là est tenue au demeurant par un couple de bergers très sympathiques comme nous avons pu nous en rendre compte au retour de notre longue randonnée grâce à une invitation impromptue mais ô combien cordiale. Non, ce jour-là, nous avons constaté de visu que dans ce coin de montagne, le pastoralisme n’était pas mort car outre les nombreux cheptels de bovins et l’agréable visite de la bergerie, nous avons assisté avec un réel ravissement au retour de transhumance de deux troupeaux qui redescendaient des « plas » et des « jasses » de cet admirable massif. Mais revenons à nos moutons ou plutôt quittons-les pour préciser que si vous voulez démarrer cette belle randonnée depuis la bergerie de Montailla, la piste possédant par endroits quelques ornières et de nombreux nids de poules, il sera préférable d’avoir un véhicule un peu haut sans qu’il soit nécessaire pour autant de posséder un 4x4. A partir de là, vous n’aurez aucune difficulté à retrouver le petit sentier balisé en jaune, qui nous avait précédemment mené à l’Estany del Clot, premier des trois lacs que nous allons découvrir aujourd’hui. Il faut le préciser aussi, nous avons choisi de faire l’impasse sur le minuscule Gorg Blau, qui n’est pas inintéressant en soi au regard de son décor et de sa beauté mais qui présente l’inconvénient d’un aller-retour assez fastidieux au milieu de notre boucle déjà bien longue. Le sentier se chemine tout en sous-bois dans la belle hêtraie et retrouve un peu plus haut la piste forestière non loin de la Font de la Pèga. Après quelques raccourcis, on délaisse cette portion du Tour du Coronat qui file au Col du Portus (on revient par là !) et la piste va nous amener sans problème soit sur les rives de l’Estany del Clot, si vous avez choisi cette option, soit en surplomb même de ce petit étang bleuté en direction du Gorg Estelat. Avec des panoramas sublimes sur l’estany, le ténébreux Coronat et le vallon de Nohèdes, cette large piste zigzague sur les pentes plus ou moins pelées du Pic de la Rouquette pour se terminer au Pla del Mig. Même si quelques grands rapaces planent sans cesse au dessus de vos têtes, n’ayez pas trop la tête en l’air, car ici, il est impératif de faire attention au balisage et aux cairns pour emprunter un minuscule sentier qui monte à droite et évite ainsi de se retrouver dans un cul de sac que constitue le Pla del Mig et son refuge de bergers. Après un « bon » dénivelé tout en balcon au dessus des enclos de ce replat, on finit par atteindre un grand plateau où l’on coupe un autre sentier  intitulé « Col du Portus par le Canal de Jujols ». Ici, il faut savoir qu’au début du 19eme siècle, les courageux Jujoliens avaient, pour alimenter leur village en eau, conçu un canal essentiellement construit en lauzes qui reliait le Gorg Estelat au village de Jujols distant de 16 kilomètres. Un sentier suit quasiment ce canal, depuis Jujols jusqu’au lac et peut représenter lui aussi une très belle idée de randonnée. Sur ce Pla del Gorg, à ne pas confondre avec le Pla des Gourgs situé beaucoup plus haut sur les crêtes, on continue à surveiller le balisage jaune, parfois difficile à distinguer, car ici le décor est surtout constitué de prés aux herbes hautes, de pelouses inondées par des tourbières, de petits ruisseaux ramifiés et à l’approche et en bordure du Gorg Estelat, d’une jolie forêt de pins à crochets. Dans son somptueux écrin boisé et rocheux, terrain de jeux de nombreux isards et mouflons, le Gorg Estelat est avec ses rives sableuses, ses eaux limpides aux reflets argentés où cabotent d’énormes truites, un magnifique petit lac de montagne. Ici, un peu de repos et le pique-nique sont toujours les bienvenus après tous les efforts consentis pour réaliser les 870 mètres de dénivelés déjà accomplis. Le lac est superbe en toutes saisons mais il faut néanmoins le découvrir en été quand ses berges sont parsemées de rhododendrons et de genêts en fleurs. Les divers tons de verts de la végétation associés aux touches de roses et de jaunes qui se reflètent dans le bleu des eaux calmes sont un véritable chef d’œuvre coloré qu’on ne se lasse pas de contempler. Avant de repartir, vous vous demanderez sans doute pourquoi on lui a attribué le nom de « lac étoilé » puisqu’il n’en a pas du tout la forme ? Alors parmi deux ou trois interprétations dont certaines tiennent beaucoup plus de la légende, on peut noter celle de l’éminent naturaliste le docteur Louis Companyo qui écrivait en 1861 dans son « Histoire Naturelle du département des Pyrénées-Orientales» qu’il « prend son nom du scintillement des eaux qui semblent animées d'un mouvement vibratoire » ou bien celle du voyageur Victor Dujardin qui écrit en 1891 dans ses « Souvenirs du Midi - Le Roussillon – Voyages aux Pyrénées »« qu’il tire ce nom du reflet de ses eaux, glacées et profondes, qui scintillent au soleil comme des étoiles au firmament ». En arrivant près de l’extrémité est du lac vous aurez inévitablement observé un panonceau indiquant le « Refuge de la Perdiu ». Si comme nous, vous avez décidé de ne pas emprunter la rive sud qui va au Gorg Blau, c’est en direction de ce Refuge de la Perdrix qu’il faut se diriger dans un premier temps. Ce petit abri non gardé du Centre Alpin Français (C.A.F), j’avais eu largement l’occasion de le côtoyer et donc de l’évoquer dans ce blog lors d’une autre belle randonnée au Pic Pelade et à la Coume de Ponteils. De ce panonceau au bord du lac, démarre la partie la plus pentue mais par bonheur très courte de notre balade. On suit toujours le balisage jaune peint sur des rochers et des poteaux, on traverse le bois du Bac del Gorg pour grimper jusqu’aux crêtes de Pinouseil dans un secteur moins boisé qui laisse entrevoir de belles vues sur le lac olivâtre. Quand la crête s’aplanit, on n’hésite pas à se rendre vers son extrémité sud en bordure de falaises afin de profiter des époustouflantes vues aériennes sur le Gorg Negre qui s’offrent aux regards. Dans la démarche de cette belle découverte, on aura, au préalable, observé à la croisée de chemins, deux nouveaux panneaux directionnels, le premier indiquant les Gorgs Estelat et Negre et le second, le Refuge de la Perdiu. On emprunte bien sûr le sentier qui descend vers le Gorg Negre et qui traverse une forêt en partie décimée par on ne sait quelle logique. Tempêtes, pluies acides, sols trop pauvres ou autres phénomènes, je ne saurai vous le dire ? Sur ce flanc-là du Pic de la Creu, tels d’immenses squelettes blanchis par le temps, de nombreux arbres jonchent le sol mais d’autres encore bien debout semblent carrément avoir séchés sur pied. On traverse des pelouses et le balisage jaune pourtant bien présent jusqu’ici finit par se perdre définitivement dans un gros magma rocheux qui jouxte les rives du lac. A cause de ces gros blocs, les berges sont moins accessibles et ce lac est donc pour les randonneurs que nous sommes un peu moins attrayant que le précédent, d’autant qu’il faut le dire la perte du balisage n’incite pas non plus à une flânerie exagérée. Ce lac, toujours selon le Docteur Companyo, si on l’appelle « Etang Noir » c’est à cause de « la couleur sinistre que reflètent ses eaux, couleur due au creux profond, en forme d'entonnoir, dans lequel il est situé,aux roches noirâtres qui l'entourent et aux pins séculaires qui couvrent la montagne ». Malgré les nombreuses légendes que je ne vais pas vous raconter ici car elles sont bien trop nombreuses mais que vous trouverez aisément sur le Net, le Gorg Negre s’insère pourtant dans un cadre magnifiquement constitué d’un vaste cirque dominé par les crêtes planes du Pla des Gourgs. Il faut avouer que pour avoir cheminé ces crêtes, vu du ciel et avec son bleu profond, le lac d’Evol est bien plus beau quand on le domine de ces hauteurs. C’est la troisième fois que j’arpente ce secteur et la troisième fois que j’y perds le balisage jaune et le tracé pourtant bien présent sur la carte IGN, alors j’en conclu qu’il n’y aurait peut-être plus de balisage jaune ou bien un balisage insuffisamment présent et distinct. Alors si vous n’avez pas de tracé enregistré dans un GPS et si j’ai un conseil à vous donner, c’est celui de rejoindre les Tartères del Gorg et d’emprunter le sentier le plus évident, balisé par endroits de quelques points rouges. Ce sentier démarre non loin de la surverse du lac, suit parallèlement le tracé du petit ruisseau, s’en éloigne quelque peu et après une descente pas toujours évidente à trouver à travers bois finit par atteindre la Jasse d’Evol, zone d’estives plantés de genêts purgatifs rabougris où en général quelques bovins paissent près d’une cabane et d’un enclos. Ici, on retrouve une large piste qui file vers le col du Portus avec des vues étonnantes sur le Mont Coronat, le Puig d’Escoutou et le profond ravin du Pla de la Baillette où coule le torrent Evol. Ce torrent c’est celui que nous avons suivi depuis la surverse pour descendre du lac. Au col du Portus, on délaisse la route bitumée et la Cami Ramader qui filent à droite en direction d’Evol et d’Olette et on emprunte la piste qui descend à gauche vers le Pla d’Avall. Si la boucle se referme là, au panonceau « Gorg Estelat - Coll de Portus » déjà aperçu à l’aller, cette longue randonnée n’en est pas pour autant terminée puisqu’il reste encore plus de trois kilomètres pour retrouver la voiture laissée à Montailla. Comme je l’ai dit plus haut, le soir, nous avons eu l’immense privilège d’être invités par la sympathique bergère de Montailla. Outre le plaisir non dissimulé que nous avions à visiter son outil de travail, si nous l’avons suivi comme des moutons de Panurge jusqu’à l’intérieur de sa bergerie, ou plutôt de sa nurserie, c’est surtout parce que pas moins de 200 bébés agneaux venaient de naître. Nous ne pouvions rêver meilleur final et ce fut un grand bonheur de terminer ainsi cette superbe excursion aux « Palais des Démons ». Vous ne l’aurez peut-être pas remarqué et c’est surtout visible avec des vues aériennes mais tous ces lacs voient certaines de leurs grèves envahies par des algues vertes ou parfois brunes et c’est ce que l’on appelle l’eutrophisation, phénomène lié en général à un apport excessif d’éléments nutritifs. C’est particulièrement visible sur les pourtours nord et ouest du Gorg Negre. Très souvent, l’activité humaine et la pollution peuvent être à l’origine d’une accélération de cette dégradation d’un milieu aquatique mais il peut être aussi un long processus naturel (bois mort, feuilles, animaux, etc…) qui va peu à peu transformer les lacs peu profonds en marécages qui eux-mêmes vont devenir des prairies puis des forêts. Il faut savoir que c’est un processus inéluctable auquel sont voués nos trois objectifs du jour. Alors bien sûr, ce n’est pas pour l’an prochain ni pour les années suivantes, mais d’un autre côté, dites-vous que de les voir encore ainsi dans leur cadre majestueux c’est un privilège et une chance que certains de nos descendants ne connaîtront sûrement pas. Alors, n’hésitez pas y aller pendant qu’il est encore temps ! Pour cette longue randonnée, l’équipement du parfait randonneur est fortement conseillé.  Cartes IGN 2348 ET Prades-St-Paul-de-Fenouillet puis 2249 ET Font-Romeu-Capcir Top 25.

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    Initialement, j'avais décidé de consacré l'article de ce mois de novembre de "Mon Journal Mensuel" au reportage sur la gaspillage alimentaire intitulé "Plongée dans nos poubelles" qui est passé le 10 novembre 2011 sur France 2 dans l'émission Envoyé Spécial. J'avoue que ce reportage m'a si terriblement choqué que j'ai eu immédiatement envie d'en dire ce que j'en pensais. Puis, ce matin, la poignante vidéo de Joël CENSIER est arrivée dans ma messagerie et en tant que père de famille, il m'est apparu évident que ce sujet devait avoir la priorité sur tous les autres. Je ne veux pas dire par là que le sujet sur le gaspillage alimentaire n'a plus d'importance à mes yeux mais ce n'est que partie remise. Je ne dis pas qu'il faille graduer sur une échelle des horreurs tout ce qui ne tourne pas rond en France mais j'avoue que le témoignage de ce père de famille blessé dans sa chair m'a heurté et interpellé au plus profond de moi-même. Je ne veux pas m'étendre ici sur les polémiques qui enflent sur le Net et dans la presse sur la prétendue instrumentalisation de cette vidéo au profit de l'Association "Institut pour la Justice"  mais je veux simplement dire que je comprends que cet homme, qui se sentant complétement abandonné par le système judiciaire, n'a pas trouvé meilleure tribune que cette vidéo et cette association pour dénoncer la remise en liberté incohérente des présumés coupables du meurtre de son fils. Dans pareil cas et comme sans doute bon nombre de pères de famille, j'aurais agi de la même manière. Au regard des réformes demandées et même en faisant abstraction du cas Joël Censier, il m'a semblé normal de signer le Pacte 2012 pour la Justice. Je vais arrêter là cet article car ce qui me paraît le plus utile c'est que le plus grand nombre de citoyens français regarde et écoute cette émouvante vidéo :

    http://www.pacte2012.fr/video.html


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    Avec le Serrat de Calvaire (en deux mots Cal Vaire sur certaines cartes et en un seul sur d’autres et Calbaire sur la carte IGN et certains cadastres), c’est encore une jolie petite balade que je vous propose au départ d’Urbanya. Quand on approche du village par la route, le Serrat de Calvaire est cette haute colline très pentue coiffée d’une moumoute de conifères qui se trouve de l’autre côté de la profonde ravine où coule la rivière éponyme. De loin, on pourrait croire cette colline aride, mais quand on la chemine, on constate qu’elle ne l’est pas vraiment car ce maquis, s’il est plutôt rabougri, reste néanmoins très dense avec notamment de nombreux ligneux et surtout des épineux comme les ronciers, les églantiers, les aubépines, les genêts scorpions, les ajoncs, les prunelliers et quelques autres encore, mais qui néanmoins ne forment pas le gros du bataillon de la végétation de ce versant. En effet, si on regarde bien, on remarque que ce flanc-ci de la montagne a une couleur plutôt vert pâle et au printemps et en été, elle est encore un peu plus blanchâtre à cause des fleurs d’un arbrisseau ligneux et pyrophyte qui a envahi ce « serrat »  et qui n’est autre que le ciste à feuilles de lauriers. J’ai un peu cherché pourquoi cette colline s’appelait « Calvaire » mais je n’ai rien trouvé ni sur Internet ni auprès de quelques anciens du village. Alors comme chacun sait et selon la définition des dictionnaires, un calvaire c’est parfois une croix en plein air commémorant la Passion du Christ mais ça peut-être aussi une suite de longues souffrances. Ce que l’on sait moins, c’est que le mot « calvaire » a pour origine le mot « calvaria » qui signifie « crâne » qui lui-même provient de mot araméen « gulgota » ou du grec « golgotha » du nom de la colline où fut crucifié Jésus. Comme quoi, les mots « calvaire » et « colline » c’est une histoire déjà très ancienne. Alors autant vous le dire, sur le parcours en question, qui, il est vrai, n’est pas la partie la plus pentue du Serrat, je n’ai pour l’instant, ni aperçu de croix, ni vécu de longues souffrances, bien au contraire. Comme vous le savez peut-être, un « serrat » signifie au même titre que « serra » ou « sarrat » une chaîne de montagnes ou de collines ou plus modestement une ligne de crêtes. Or, dans le cas présent, de cette colline, on va surtout en faire le tour sans prétention de la découvrir dans sa totalité car or mis deux ou trois sentiers, le reste est quasiment infranchissable, sauf pour les animaux, à cause des cistes et des épineux cités plus hauts. Alors, rien n’interdit de penser qu’il y aurait eu une croix et que celle-ci soit désormais invisible ou inaccessible envahie qu’elle serait par cette flore invasive. En tous cas, lors de mes recherches, j’ai appris que cette colline avait été pendant très longtemps largement exploitée et on y dénombrait un nombre impressionnant de cortals. Il y a une cinquantaine d’années, on y cultivait en terrasses, encore bien visibles par endroits, des champs de céréales et notamment du blé dont la farine servait à confectionner le pain à une époque où le hameau d’Urbanya pouvait vivre en totale autonomie. Alors, sans doute les travaux agricoles sur cette colline très abrupte étaient-ils excessivement pénibles au point que cela finissait par devenir un vrai calvaire pour ceux qui l’arpentait à longueur d’années. Enfin et bien que cette colline ait vaguement la forme d’une  « boîte crânienne »,  j’ai du mal à croire qu’on l’ait appelé « calvaire » à cause de ça ! Le départ s’effectue depuis le parking situé à l’entrée du village. On se dirige comme si on se rendait à la mairie mais après le petit pont, on tourne immédiatement à droite en empruntant la ruelle qui s’intitule « le chemin de Saint-Jacques ». La ruelle file au milieu de quelques vieilles maisons tout en s’élevant en balcon au dessus des jardins potagers et au dessus de la ravine qui commence à s’esquisser un peu plus bas sur la droite. Cette ravine se creuse rapidement au fur et à mesure que l’on grimpe parallèlement à elle. Après la dernière habitation, on continue par le sentier de gauche qui s’élève au dessus d’une remise faite de planches et de tôles. Là aussi, j’ai tenté de comprendre pourquoi cet itinéraire, les anciens l’avaient appelé « chemin de Saint-Jacques » mais il semble que cette toponymie se perde quelque peu dans la nuit des temps. Bien sûr, de prime abord, j’ai immédiatement pensé qu’il s’agissait d’un chemin emprunté par des pèlerins se rendant à Compostelle passant par Urbanya. Mais en regardant tout à fait par hasard ce secteur de la montagne sur une vieille carte Cassini (1756), j’ai du me rendre à l’évidence et constater que ce « chemin de Saint-Jacques » n’avait rien à voir avec son « illustre » homonyme. En effet, sur la carte Cassini, je me suis rendu compte qu’il y avait eu, aux temps anciens et dans cette direction, un lieu-dit Saint-Jacques tout près d’Urbanya et grâce à un symbole stylisé, on y remarque même selon la légende cartographique, un hameau sans église entourée de prés et de cultures. J’ai également trouvé sur une autre vieille carte, et toujours dans cette direction, une parcelle mitoyenne au village qui s’appelait Saint-Jaume (Saint-Jacques en catalan), tiré sans doute du nom des Rois d’Aragon qui régnèrent au 13eme siècle sur cette région du Conflent. Alors c’est sûr, il y a eu une minuscule bourgade et elle a disparu sans doute par manque d’eau ou fut ravagée par la peste au même titre que de nombreux autres petits hameaux du coin, tels ceux de Nabilles et d’Arletes par exemple. Comme les autres villages, Saint-Jacques fut sans doute abandonné par sa maigre population, puis tomba en ruines détruit qu’il fut par les incendies ou les intempéries puis englouti par la végétation. C’est le scénario le plus probable et aujourd’hui, il n’en reste rien ni sur le terrain ni dans l’Histoire à moins bien sûr que ce Saint-Jacques soit ce lieu où subsistent quelques ruines d’un grand mas que l’on va croiser un peu plus haut sur notre itinéraire. En tous cas, j’ai appris d’un ancien que sur ce sentier, il y avait eu un oratoire avec une croix. S’agit-il du « fameux calvaire » et ce calvaire se trouvait-il à Saint-Jacques ? Le mystère reste entier pour l’instant mais je vais continuer à chercher.  Le sentier s’élève doucement. Derrière nous, le village apparaît ravissant, blotti qu’il est dans son écrin de verdure et quand on connaît un peu l’histoire récente, on a beaucoup de peine à imaginer qu’il y a encore quelques décennies, il n’y avait aucune forêt alentours et que ses environs n’étaient composé que de pauvres pacages et de quelques champs de blé. On atteint le sommet d’un premier mamelon où un croisement permet par la droite d’aller cheminer le Serrat de l’Homme et de se rapprocher ainsi du grand ravin d’Urbanya. Nous, on reste sur le chemin principal qui descend vers un vallon que l’on va couper en atteignant un bosquet où l’on entend murmurer l’étroit Correc de Vallurs. On enjambe ce petit ru et le chemin bordé sur la droite d’un gros muret de pierres de schistes remonte plus raide et finit par atteindre une grande bâtisse en ruines envahie par les mûriers sauvages. S’agit-il du lieu-dit Saint-Jacques dont je parlais plus haut ? Je ne saurais vous le dire mais en tous cas, si sur la carte Cassini qui date du 18eme siècle, un « Saint-Jacques » est bien présent dans ce secteur, les cartes les plus récentes ne mentionnent plus rien à cet endroit. D’ici les jolies vues commencent à apparaître sur toutes les montagnes environnantes. Alors qu’un gros bulldozer est entrain de défricher autour du mas en ruines, nous poursuivons le sentier le plus évident qui s’élargit et continue de monter en direction du Roc de Jornac. Après les fracas du bulldozer, le silence se réinstalle. Un lièvre détale devant nous sur le chemin et dans l’instant suivant, jaillissant des cistes, une compagnie de perdreaux s’envole en éventail. Le chemin continue de monter puis s’aplanit un peu, au moment même où dans la ligne de mire, le Canigou pointe le bout de son pic. Sur notre droite, apparaît dans sa somptueuse globalité le Massif du Coronat avec sa merveilleuse et sombre forêt de pins à crochets et ses hautes falaises blanches. A la côte 1098 sur la carte IGN, nous arrivons sur un replat où nous profitons d’un panorama grandiose qui s’entrouvre sur le massif du Canigou tout entier, la vallée de la Têt et la plaine du Roussillon. Ici, on ignore tous les autres sentiers et on poursuit par la gauche le large chemin qui fait une boucle en épingle à cheveux et continue de monter, un peu plus embroussaillé, dans ce maquis montagnard typiquement méditerranéen. D’ici, le sentier déjà parcouru se dessine nettement dans la rase et brune végétation où seules les petites ravines sont garnies de boqueteaux verdoyants. Un kilomètre plus haut, nouvelle boucle à droite qui finit par rejoindre une piste carrossable qui mène vers le col de les Bigues (ou des Vigues). Cette piste fait la démarcation entre la splendide forêt du Domaine de Cobazet et le Serrat de Calvaire que l’on domine désormais sur la gauche. Les autres « crêtes » comme les serrats Gran, Miralles, d’Estardé et quelques autres qui délimitent clairement l’ubac de la vallée de la Castellane et la solana du vallon d’Urbanya sont essentiellement occupés par diverses essences dont de nombreux conifères. On en remarquera quelques beaux échantillons sur notre droite avec bien sûr les pins sylvestres ou à crochets qui sont les plus répandus mais aussi quelques sapins pectinés et surtout de superbes sapins argentés. Cette piste en pente douce, où nous accompagnent sauterelles et papillons, nous amène sans problème au col de les Bigues où il ne reste plus qu’à emprunter le sentier le plus débroussaillé pour redescendre sur Urbanya. Nous, nous avons choisi le chemin qui descend au milieu des Escocells et qui se poursuit parallèle et sur la gauche au petit ravin du Correc du Serrat de les Bigues. Dans la descente, on rencontre parfois d’impressionnants amas de pierres, résultats sans doute de défrichages et d’épierrements successifs des terres autrefois cultivées. Parfois, on distingue les murs ruinés de quelques ancestraux cortals que j’évoquai plus haut. Il faut compter plus d’une heure de descente pour atteindre le village dans une végétation beaucoup plus variée et parfois bien différente de celle rencontrée jusqu’à présent : fougères, chardons, sureaux, genêts à balais, noisetiers et d’autres espèces ont légèrement regagné du terrain sur les différents ligneux et épineux que les éleveurs s’évertuent à défricher. On peut parfois avoir la chance d’y trouver quelques bons champignons. A l’approche du hameau, les vues aériennes sur le vallon sont superbes et on finit par le rejoindre après 4h30 environ de marche effective pour un peu plus de 10 kilomètres parcourus et un dénivelé positif de 500 mètres. Si cette randonnée vous paraît bien trop courte, vous pourrez très facilement la rallonger à votre gré en poursuivant par exemple après le col de les Bigues en direction du col de Tour (del Torn) pour une boucle beaucoup plus longue que j’avais intitulé dans un autre article de ce blog « le Balcon d’Urbanya ».  Aux saisons les plus propices, et à condition d’apprécier les confitures, la cueillette des nombreuses baies comestibles (mûres, sureaux, prunelles, cynorrhodons, cerisiers sauvages, merisiers, etc.…) est une autre manière de rallonger dans le temps et de manière utile cette agréable petite randonnée. Carte IGN 2348 ET Prades-St-Paul-de-Fenouillet Top 25.

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