• LE PIC LAZEROU ET LES DOLMENS DE FELLUNS ET... par jullie68

     

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    La région trop méconnue des Fenouillèdes recèle des petits trésors qu’on ne peut réellement découvrir qu’en sortant des sentiers battus. Ces petits trésors sont multiples et variés et bien souvent, ils présentent l’avantage d’être dans un rayon si réduit qu’une petite balade pédestre de quelques kilomètres permet de tous les découvrir en quelques heures. Parmi ces trésors, il y a par exemple, le village d’Ansignan avec son prodigieux pont-aqueduc romain du IIIeme siècle ou bien le hameau de Felluns, qui construit sur les hauteurs du ravin de la Matassa vaut à lui tout seul le détour, c’est l’anonyme Pic Lazerou qui du haut de ces 574 mètres laisse entrevoir au promeneur curieux de superbes panoramas à 360° auxquels il pourra aisément donner des noms puisque une judicieuse table d’orientation y a été élevée. Mais des trésors, il y en a bien d’autres, bien plus anciens, construits par l’homme préhistorique et qui conservent leur part de mystères comme ce dolmen de Felluns, superbe mégalithe au nom étrange de « Caune del Moro » que l’on traduit de l’occitan en dolmen de « la grotte du Maure » mais ne me demandez pas pourquoi. Il y a aussi le dolmen d’Ansignan que l’on appelle ici le « dolmen de La Rouyre ». Mais si vous vous intéressez aux mégalithes et roches gravées, alors cet endroit est fait pour vous et il vous suffira simplement de pousser la balade un peu plus loin et d’élargir votre champ de recherche, car ici, il y a bien d’autres dolmens comme celui que l’on trouve aussi sur la commune de Felluns au joli nom de « Roca de l’Arca » ou bien le dolmen de « Camp del Prat » non loin d’Ansignan mais situé, lui, sur la commune de Trilla. Là, il s’agit des principaux monuments recensés mais des roches gravées, avec cupules, gravures et autres inscriptions rupestres,  il y en a paraît-il des quantités dans ce secteur et il vous appartiendra de jouer les Indiana Jones pour les découvrir. La balade que je propose, elle, part d’Ansignan où on peut laisser sa voiture près de la cave coopérative. Derrière la cave, on prend la direction de Felluns sur le chemin balisé en jaune et rouge. On ignore l’indication dolmen pour l’instant et on poursuit le Tour du Fenouillèdes. Au départ, on suit ce balisage jaune et rouge et on reste sur ce chemin même quand celui-ci emprunte du bitume. Ici, le goudron ne va durer même si cette boucle que je propose emprunte de nombreuses portions asphaltées. Comme je vous l’ai dit au début, ici on sort des sentiers battus habituels mais l’on emprunte de nombreux chemins forestiers et pistes DFCI qui, pour les authentiques randonneurs pédestres, dont je suis, ont été  malheureusement trop souvent bitumées. Mais si je suis le premier à le regretter, croyez-moi, ce goudron, on va vite l’oublier et il ne va rien enlever aux nombreux charmes de cette jolie balade. Très rapidement, le sentier s’élève et on domine Ansignan.  De superbes vues s’ouvrent sur  les collines verdâtres des Fenouillèdes et sur les vallons de l’Agly et de la Désix. On longe quelques vignes ocres puis quand on arrive près d’un mas, on retrouve l’asphalte de la route qui relie Ansignan à Felluns. On délaisse le Tour du Fenouillèdes qui part à gauche et on poursuit la route bitumée sur environ 700 mètres. De toute manière, il faut désormais suivre un P.R. au balisage jaune, aussi jaune que les mimosas qui, en ce début de printemps, nous font une jolie et parfumée haie d’honneur. Cette piste va, sans réelle difficulté, nous amener d’abord au dolmen du « Caune del Moro » puis à Felluns dans une féerie de paysages printaniers. Ici les mimosas, les amandiers et quelques cerisiers sauvages se sont passés le message pour fleurir en même temps pour le bonheur de nos yeux écarquillés. Vers l’est, on aperçoit la jolie flaque bleutée du barrage sur l’Agly, vers le sud, c’est un Canigou argenté qui fait une première et superbe apparition. Au carrefour de notre chemin et de la route, le premier dolmen est déjà là et devant cet surprenant édifice, on ne peut que se poser une série de questions du style : qui, comment, pourquoi et pour qui ! On délaisse le bitume pour un large chemin qui file vers Felluns. Là, sidéré par un prodigieux moutonnement de collines et de ravins verdoyants s’étalant de nos pieds jusqu’au blanc Canigou, on vide très vite notre tête encore pleine des interrogations du dolmen, pour se consacrer à la contemplation. Pour arriver à Felluns par le bas du village, nous avons poursuivi la route asphaltée balisée en jaune mais il existe sur la carte IGN, un autre chemin qui, à priori, ne serait pas goudronné (voir tracé bleu sur la carte) mais j’avoue ne pas le connaître. Après l’agréable découverte de Felluns, on passe devant la cave vinicole. On remarque au passage une magnifique allégorie de Bacchus peinte sur sa façade et tout en montant, on poursuit la route que l’on quitte au bout de 1.500 mètres pour prendre la piste DFCI F.50. Cette agréable piste toujours à découvert laisse entrevoir de superbes vues sur un Massif du Canigou plus blanc que blanc, sur une immense partie du Fenouillèdes plus verte que verte et à nos pieds, sur Felluns et sa vallée de la Matassa. La piste nous mène d’abord au Roc de Las Corts, imposant magma de roches, dont j’ai lu, qu’une serait gravée d’une cupule que je n’ai pas observée, je l’avoue. Le  Pic Lazerou dont aperçoit le dôme débonnaire n’est plus très loin maintenant. On côtoie quelques « casots », on grimpe un dernier raidillon et nous voilà au sommet avec des vues époustouflantes de tous côtés. Il serait trop long de dresser toute la liste des sites entrevus mais dans cette ronde à 360°, on aperçoit entre autres : les Corbières et le Pech de Bugarach, Saint-Arnac, Ansignan et le Fenouillèdes dans sa quasi-totalité, Força Réal, un morceau des Albères, Trilla, le Massif du Canigou et quelques autres montagnes et sommets du Haut-Conflent, Prats-de-Sournia, Vira et la Forêt de Boucheville toute proche avec à nos pieds, toujours cette immense toison olivâtre où une tache azur apparaît, celle du miroir bleuté du lac de l’Agly. Après ce merveilleux spectacle, on rebrousse chemin et on emprunte la piste qui descend et longe par la gauche une minuscule ravine. On retrouve le dolmen du Caune del Moro et on poursuit le chemin pris à l’aller jusqu’à l’intersection suivante où là, on emprunte la piste DFCI F.51. On ignore la même piste « bis » et on descend au milieu des mimosas en fleurs en direction de deux « beaux » châtaigniers » dont on est surpris de les trouver là, en plein maquis. Au milieu des lumineux et impeccables vignobles, on poursuit l’évidente piste qui mène sans problème au dolmen de la Rouyre, mégalithe plus petit que le précédent mais qui présente l’avantage d’être situé sur un plateau qui domine magnifiquement Ansignan et le lac du barrage sur l’Agly. A partir de cette route qui rejoint Felluns, il existe trois solutions pour rejoindre Ansignan : soit on reprend par la droite, la portion du Tour du Fenouillèdes prise à l’aller, soit on emprunte la totalité de la route asphaltée qui y mène, si par exemple, on ne connaît pas l’aqueduc romain dont on a d’ici, une jolie vue aérienne, soit, juste avant le virage qui domine le village, on cherche sur la droite de la route, un minuscule raccourci qui descend direct. Ce sentier est bien présent sur la carte IGN et même si par endroit il est un peu embroussaillé, il reste néanmoins très praticable. Avec un kilomètre de route bitumée à parcourir en moins, le gain n’est pas négligeable et sur la fin, ce petit sentier peut parfois mériter qu’on le cherche un peu. Telle que décrite, cette boucle a une longueur d’environ 11 kilomètres pour un dénivelé modeste d’environ 330 mètres. Je conseille de l’effectuer sous un soleil radieux et au printemps de préférence pour ses vues sur le Canigou enneigé et pour ses superbes paysages fleuris. Carte IGN 2348 ET Prades-Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.

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  • LE SIGNAL D'ALARIC par jullie68

     


    A Moux, charmant petit village de l’Aude et de surcroît, berceau de plusieurs poètes reconnus, on ne peut pas dire que la municipalité mette en valeur son patrimoine pour les touristes et notamment les randonneurs qui comme moi ne sont que de passage. En effet, il y a dans le village, une curiosité principale à découvrir, à savoir le tombeau du célèbre poète et dramaturge Henri Bataille (1872-1922) et malheureusement la grille pour y accéder est enchaînée à double tour et fermement cadenassée. Il est donc impossible de s’en approcher et c’est bien dommage car outre l’impressionnant tombeau de la famille Bataille, ce dernier est précédé d’une macabre mais très belle statue d’un squelettique écorché vif tenant en l’air et à bout de bras son propre cœur. Après des recherches sur le Net, j’ai appris qu’il s’agit en réalité d’une reproduction d’une œuvre originale qui s’intitule le « Transi de René de Châlon (* ) exécuté par le sculpteur Ligier Richier (1500-1567) et que l’on peut découvrir à l’église Saint-Etienne de Bar-le-Duc dans le département de la Meuse. Cette reproduction du sculpteur Edouard Ponsinet surnommé Pompon n’est là que pour respecter les dernières volontés qu’Henri Bataille avait formulées dans un poème de 1921 intitulé « L’enfance éternelle ». A cette impossibilité de visiter le tombeau, s’ajoute l’impossibilité de lire les deux stèles gravées qui l’entourent, les écritures étant bien trop tachées, ternies et usées par le temps. Je vous ai dit une curiosité, mais en réalité, il y en a une deuxième qui elle-même en englobe quelques autres, il s’agit de la légendaire et mystérieuse montagne d’Alaric ou d’Aric. Pour la découvrir, il faut que vous ayez le désir d’en faire l’ascension car elle domine le village de son principal sommet qu’on appelle le Signal. Le Signal d’Alaric culmine à 600 mètres d’altitude, ce qui représente un dénivelé de 510 mètres depuis le village de Moux. Bon, il faut le dire, moi j’étais essentiellement venu pour ça, car il parait qu’outre de merveilleux panoramas, cette belle montagne est de par son climat, entre influence méditerranéenne et océanique, un site exceptionnel fréquenté par les plus éminents botanistes. Elle possède parait-il et de surcroît des richesses archéologiques et géologiques très intéressantes. Mais si la montagne ça se gagne, ici à Moux, pour diverses raisons que je vais énumérer au fil de cet article, il faut redoubler d’effort. Il y a déjà le panneau décrivant l’histoire de la montagne et du village qui pose problème et mériterait une « sérieuse » remise en état lui aussi tant il a souffert du soleil et des intempéries. Il se trouve dans la rue Prosper Mestre-Huc (1810-1854), du nom d’un poète du coin, grand-père d’Henri Bataille. La pancarte a quelque peu noirci et certains textes deviennent illisibles car les lettres se décollent et tombent en cascade. Quant au panonceau descriptif d’une randonnée qui se trouve juste à côté et qui s’intitule « Sur les Pas de Roland », là aussi, j’ai noté une erreur qui n’est pas négligeable puisque la direction du circuit dessiné est fléché dans un sens et les explications dans le sens inverse. Evidemment, j’ai fait l’erreur de suivre le circuit dessiné et j’ai eu quelques difficultés pour réaliser cette boucle et atteindre le Signal d’Alaric, but que je m’étais fixé en supplément. Heureusement, comme toujours, j’avais pris la précaution d’enregistrer dans mon GPS, l’ensemble de la boucle et bien m’en a pris car j’ai pu ainsi suivre approximativement la partie la plus incertaine du sentier dont il n’existe pas de tracé franc sur les cartes IGN.  Alors, bien sûr, si vous voulez effectuer cette jolie balade et marcher sans souci « Sur les Pas de Roland », je vous invite à suivre les explications « écrites » et le GR.77 et vous verrez, ce circuit est très simple à réaliser et mérite le détour tant il y a une multitude de choses à découvrir. Personnellement, je suis parti du centre de Moux où j’ai trouvé de la place pour garer ma voiture rue Henri Martin, (1922-1944). Ce n’est pas la célèbre avenue du Monopoly, mais ici à Moux, cet homonyme, c’est celui d’un jeune héros et martyr de la guerre 39/44 qui naquit dans le village, J’ai ensuite pris sur quelques mètres et à gauche l’avenue Henri Bataille ou D.2113, ancienne Voie Royale puis toujours à gauche la rue Prosper Mestre-Huc, citée plus haut où se trouvent les panonceaux déjà décrits et le fameux tombeau. Après le tombeau, j’ai continué à marcher sur le bitume jusqu’à un tunnel qui passe sous l’autoroute A61 des Deux-Mers. Ensuite, au lieu de poursuivre le GR.77,  j’ai pris immédiatement à droite un petit sentier aux nombreuses ornières qui grimpe rapidement sous quelques pins et cyprès et longe à main gauche une profonde carrière. Au départ de cette sente, j’ai été surpris par un panonceau jaune qui m’indiquait dans le sens opposé un retour vers Moux et un circuit s’intitulant « Autour du Roc Gris ». J’en ai logiquement déduit qu’il s’agissait d’une boucle différente de celle intitulée « Sur les Pas de Roland » puisqu’elle ne portait pas le même nom. Cet étroit sentier, je l’ai poursuivi de manière quasi rectiligne en direction du lieu-dit Bouscarrou sur la carte. Le sentier se faufile au milieu d’une agréable végétation faite surtout de petits pins et de jolis buis aux feuilles luisantes. Il monte et descend, puis remonte et redescend et ainsi de suite au gré de plusieurs minuscules ravines qui dévalent du Roc Gris. Puis au moment où les vues s’entrouvrent vers l’est et l’ensemble de la Montagne d’Alaric, le sentier bifurque plein sud et se met à grimper dans la colline aride et caillouteuse au milieu d’une végétation rase et typiquement méditerranéenne. En restant sur le sentier principal parsemé de quelques cairns, on rejoint plus haut une piste terreuse qui mène au Signal d’Alaric. Là au bord de cette piste, un autre panonceau jaune m’indique à nouveau la balade  « Autour du Roc Gris » et un retour vers Moux. Ce panneau me conforte dans l’idée que je suis sur le bon chemin mais dans le sens inverse à celui que j’aurais du prendre mais il me laisse aussi à penser que les circuits « Sur les Pas de Roland » et « Autour du Roc Gris » sont sans doute une seule et unique balade.  Le Roc Gris, vaste plan incliné calcaire et broussailleux  lui, n’est qu’à quelques encablures de cette piste. D’ici, une immensité de paysages se dévoile déjà vers le nord et l’est et l’on surplombe les ruines de l’ancien prieuré de Saint-Pierre d’Alaric que je dois en principe découvrir au retour. Sur la carte, la piste qui part à droite et qui monte au Signal me semblant bien plus longue et fastidieuse, je fais le choix de redescendre vers la gauche pour rejoindre le GR.77. Au bout de quelques mètres et passé un virage, la flore change du tout au tout et la végétation rase faite de petits buis, de genévriers cades, de filaires, de chênes kermès et de buplèvres ligneux laisse la place à d’immenses pins d’Alep et de Salzmann. On a le sentiment de ne plus marcher dans la même région et quand la piste rejoint le GR.77, le sentier qui monte vers le Signal entre dans une belle et sombre forêt pour en ressortir presque aussitôt et de manière déconcertante d’abord dans une verdoyante clairière puis de nouveau dans un maquis très méridional. Malgré, les 200 mètres de dénivelé restant à accomplir, le Signal d’Alaric dans un décor sauvage et dénudé est vite atteint. Avec l’espoir d’un ciel et d’horizons très dégagés, j’avais fait le choix d’un jour de forte tramontane. Ici on l’appelle le cers et même si c’est le même vent,  je n’ai pas eu de chance car malgré des rafales violentes et très puissantes qui balayaient le sommet, ce vent avait du mal à chasser une longue écharpe de nuages gris qui venait du nord et barrait l’horizon. Ballotté par le cers, muni de mon numérique, j’ai donc fait le tour des quelques appentis présents au sommet à savoir une antenne et sans doute une tour de guet faisant accessoirement office de station météo puis j’ai trouvé refuge dans une «capitelle », espèce d’énorme cairn cimenté bien trop exigu pour que j’y prenne mon pique-nique et le plaisir d’y séjourner bien longtemps. Ici à la jonction du GR.77 et du GR.36, je n’ai donc pris qu’un « bon » mais farouche bol d’air car malheureusement je n’avais pas la visibilité que j’avais espérée avec parait-il de magnifiques vues de tous côtés qui embrassent le Montagne Noire, les premiers contreforts du Massif Central, les plaines du Minervois, les Corbières, les Pyrénées et une grande partie de l’Aude jusqu’à la Méditerranée. Tout ce beau spectacle à 360° était en partie caché par les cumulus et c’est donc un peu désabusé que je suis redescendu par le même sentier vers Moux où cette fois j’ai emprunté le GR.77. J’ai quitté la piste forestière pour un raccourci qui descend en sous-bois dans un petit vallon et qui retrouve une autre piste un peu plus bas. L’itinéraire tourne à gauche en direction des ruines de la Métairie de Vidal où se trouve la Fontaine des Joncs. J’ai poursuivi ce large chemin qui descend directement vers Moux juste en dessous du Roc Gris que l’on appelle aussi Roc de Roland à cause d’une légende qui court depuis des siècles : Elle raconte que Roland (**), de cet éperon rocheux et pour échapper à ses ennemis, fit sauter son cheval jusqu’à la Montagne Noire (distante de plus de 60 kilomètres de l’autre coté de la Vallée de l’Aude). L’élan du destrier fut si puissant que l’empreinte d’un de ses sabots resta gravée à jamais dans la pierre de ce rocher.  J’ai longé sur la droite, le petit ravin où coule le ruisseau de Saint-Pierre qui, peu à peu, s’élargit jusqu’à devenir très abrupt. Au passage, j’ai croisé ce qui reste de l’ancien château et prieuré (***). Il ne reste pas grand-chose, les murailles affaissées d’une enceinte et juste quelques pans de murs ruinés et disloqués en surplomb du profond ravin. Avant d’atteindre le village, j’ai pris plaisir à marcher sur un chemin ocre dans un florilège d’amandiers en fleurs donnant sur les vignobles mais j’ai négligé, parait-il, les vestiges d’anciens fours à chaux. J’avoue ne pas les avoir remarqués ni avoir eu l’envie de les chercher. Il faut dire que sur la fin, la fatigue c’est fait sentir et j’ai eu un « coup de mou ». Mais ici à Moux quoi de plus normal me direz-vous ? J’ai néanmoins terminé par une rapide visite du village, de ses vieilles ruelles, de sa place Saint Régis et de son église bâtie sur les fondations d’un ancien fort et dédiée à Saint André. Carte IGN 2446 O Capendu Top 25.

    (*) René de Chalon, était prince d’Orange, lieutenant de Charles Quint  et époux d’Anne de Lorraine. Né en 1519, il fut tué en 1544 à l’âge de 25 ans lors du siège de Saint-Dizier dans une bataille qui l’opposait aux troupes dans de François 1er dans ce que les historiens appellent la neuvième guerre d’Italie.Trois ans après son décès et selon ses vœux, son épouse Anne de Lorraine passa commande de cette œuvre au sculpteur Ligier Richier.

    (**) Il s’agit sans doute du même Roland, chevalier de Charlemagne et qui a été rendu célèbre par la chanson de geste racontant la bataille de Roncevaux (15/08/778) et sur lequel de nombreuses légendes mythologiques notamment dans la Pyrénées ont courues bien des siècles après sa mort.

    (***) Château de Saint-Pierre : Je ne vais pas ici vous raconter l’Histoire et les contes de ce lieu et du trésor légendaire d’Alaric, d’autres l’on fait beaucoup mieux que moi et bien plus en détail  et vous pourrez en prendre connaissance sur le remarquable site suivant : http://www.mouxalaric.fr/ .


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  • LE MASSIF DE MARSEILLEVEYRE-BALCON SUR LE GRAND... par jullie68

     


    Marseille, c'est toute ma jeunesse et en habitant les hauteurs du quartier de la Vieille-Chapelle, j'ai toujours eu devant les yeux, sa splendide baie mais j’avais aussi, depuis ma terrasse, devant moi et légèrement sur ma gauche, les jolies collines blanchâtres et calcaires du Massif de Marseilleveyre. Mais je l'avoue, il a fallu que je sois adulte pour prendre conscience de toutes les beautés que recelait ce massif. Pourtant, dieu sait si j’ai fréquenté Marseilleveyre et le Roy d’Espagne bien avant qu’on y construise toutes ces barres d’immeubles qui ont défiguré les paysages de mes souvenirs d'enfance. Pour moi, comme pour tous les minots des quartiers sud, ces coins-là étaient nos terrains de jeux préférés. Dans les pinèdes de ce massif, nous construisions des cabanes de branchages et jouions aux cow-boys et aux indiens ou bien à cache-cache, nous dévalions et faisons des roulés-boulés sur les pentes de la Sablière, dans le canal d’irrigation, nous faisions des courses de bateaux à l’aide de petits canots taillés dans les écorces des pins, dans ses collines, nous partions sur les chemins pour d’infernales courses de vélos, prémices du VTT et du vélocross, qu’à notre manière, nous commencions à inventer, nous allions jouer au foot dans les prés de verdure de la campagne Pastré, j’en passe et des meilleurs…. Cet espace déjà si vaste pour nos petites jambes suffisait à notre bonheur et nous n’allions guère plus loin. Pourtant ce plus loin existait déjà à travers tous ces nombreux sentiers qui jalonnent ce beau massif. Ces sentiers qu'un pastoralisme toujours très présent avait su créer depuis la nuit des temps. Aujourd’hui, je vous propose d'aller marcher sur un de ces sentiers, pour une randonnée que j’ai intitulée « Balcon sur le Grand Malvallon et le vallon de la Mounine » mais que j’aurais pu appeler « Balcon sur l’Archipel de Riou » tant notre regard est en permanence attiré par cette mer ô combien si bleue. Car ici à Marseille, comme le chante si bien le Massilia Sound System « quelle est bleue ! » notre chère Méditerranée dont je connais personnellement, presque aussi bien ses fonds marins que sa surface !  D’ailleurs sur cette randonnée qui démarre tout au bout de la rue Parangon, trois couleurs prédomineront tout au long du parcours car outre le bleu de la mer et du ciel, on ne voit que le blanc de la ville et du massif calcaire et le vert de la végétation. Le ciel étant très gris ce jour-là, ce n’est pas dans cette trilogie de couleurs que nous avons démarré cette balade sur le chemin bitumé qui s’élève derrière la dernière barre d’immeubles, juste au dessus de la Campagne Pastré. Heureusement, le mistral est bien présent et pousse vers le midi les « désagréables » gros nuages chargés de pluie. Quand le bitume s’arrête, on prend à droite un petit sentier balisé en jaune qui s’élève au milieu des pins, des chênes kermès, des bruyères et des romarins en fleurs en direction d’une ancienne tour de guet que l’on va laisser sur la droite au franchissement d’un vieux muret fracturé. Ce balisage jaune, et malgré un premier carrefour de chemins (chiffre 5, couleurs rouge, noir, vert et jaune), juste après une petite pinède que l’on traverse, on va le suivre jusqu’au Col de la Selle. Depuis très longtemps déjà, de magnifiques panoramas se sont dévoilés à nos regards : sur Marseille, sa Vierge de la Garde, ses massifs de collines qui l’entourent, sa anse, ses îles de l’archipel du Frioul, ses plages, etc.… Devant nous, le sommet de Marseilleveyre dresse son impressionnante silhouette minérale et pyramidale et à nos pieds, on aperçoit le Mont Rose, le port de plaisance de la Pointe Rouge et le joli domaine Pastré avec son épaisse forêt et son splendide château aux façades de briques roses. Au Pas de la Selle (275 m), la vue bascule vers le sud, sur les îles de l’Archipel de Riou et sur l'infini de la mer. Après cette modeste montée quasi ininterrompue, le sentier redescend dans un sentier de graviers et d’éboulis puis il reste suspendu en balcon dans un décor rocailleux à souhait. Ici, devant ce cirque des Trois Arches que domine le plateau de l’Homme Mort et au dessus de ce ravin crevassé du Grand Malvallon, on prend conscience de ce que la nature a été capable de créer au fil des millénaires. Les cataclysmes successifs,  l’érosion, les eaux des rivières et de la mer ont façonné des paysages karstiques déchiquetés à nul autre pareil. C’est dans ce cadre grandiose et dominé sans cesse par les hautes falaises blanches du massif que l’on déambule en direction de Callelongue, point terminal de cette randonnée. De temps à autre, et notamment aux petites intersections, il faut prêter attention au balisage et mentions peintes à même les roches. Nous, on continue à suivre le balisage jaune bien présent. Toutes les îles de l’archipel apparaissent dont la plus grande Riou, telle un immense bâtiment de guerre escorté de ses petits navires  de protection que sont les îles de Plane, Jarre, Jarron et les minuscules îlots des Congloué et des Empereurs. Au col de la Galinette (149 m), on délaisse le balcon du Grand Malvallon pour celui du vallon de la Mounine. On descend dans un petit vallon d’éboulis, on passe devant une grotte puis le chemin domine la calanque dite de la Mounine. La petite anse a été vulgairement dénommée ainsi car, par sa forme et son étroitesse, elle a sans doute du rappeler le sexe féminin à ceux qui lui on donnait ce nom provençal tiré du mot « moùno » signifiant « chatte ». Mais de notre balcon et même si on se rapproche un peu plus du rivage, cette ressemblance n’est pas très évidente même avec beaucoup d’imagination. A l’approche de Callelongue, le sentier bifurque légèrement vers l’ouest où l’on aperçoit le sémaphore que l’on va avoir en ligne de mire jusqu’à l’arrivée. Le sémaphore aurait été construit en 1863 mais les historiens disent qu’à l’Antiquité et à cet emplacement, les Phocéens avaient déjà érigé un phare (mot provenant du grec pharos, nom de l’île égyptienne où avait construit le phare d’Alexandrie)  pour prévenir les navires qui entraient dans la baie de Massalia des périls que représentaient tous ces récifs. Aujourd’hui, les murs du sémaphore sont couverts d’innombrables tags dont certains, il faut le dire, sont de jolies œuvres artistiques colorées. Depuis le sémaphore, la descente sur la jolie calanque de Callelongue est courte et on arrive très rapidement devant les bistrots et les restos bondés où pour nous, la balade se termine puisque nous sommes revenus à notre point de départ en prenant deux autobus de la ville. D’abord, une petite navette qui va jusqu’au Goudes puis un bus qui nous a ramené jusqu’à la Campagne Pastré où,  de là, nous avons rejoint la cité de Marseilleveyre. Les plus courageux pourront poursuivre en boucle tout autour du massif, d’abord en rejoignant les Goudes puis, en empruntant le GR.51 pour revenir au point de départ. Telle que nous l’avons accomplie, cette randonnée est, avec ses 7 kilomètres, plutôt courte et facile malgré quelques passages où les mains sont aussi utiles que les pieds. Le dénivelé est modeste et nous l’avons réalisé en 4 heures, arrêts pique-nique inclus. Mais croyez moi, le Massif de Marseilleveyre mérite le détour et les panoramas sur Marseille sont superbes mais c’est normal me direz-vous car après tout le nom de Marseilleveyre ne veut-il pas dire tout simplement « voir Marseille » ? « Veyre » ou « veire » signifiant « voir » en occitan. Carte IGN 3145 ET Marseille-Les Calanques Top 25.


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  • SONG FROM A SECRET GARDEN

    (Musique en hommage à mon ami Gilou)


     
    LE CHATEAU DE MONTFERRER par jullie68

     

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    Venir flâner à Montferrer et y monter à son château, il y a très longtemps que j’envisageais de le faire et cette jolie balade était inscrite dans mes tablettes depuis quelques temps déjà. Mais j’avoue que j’aurais préféré une autre circonstance que celle qui m’y amena en ce triste début du mois de février. En effet, j’y étais venu pour m’incliner sur la tombe d’un très bon ami partit fin janvier et dont je venais d’apprendre brutalement le décès dans la Semaine du Roussillon. Parti injustement et bien trop jeune, à l’âge de 50 ans, il s’appelait Gilbert mais ses proches et ses amis l’appelaient affectueusement Gilou. C’était un grand gaillard, amoureux fou de la nature sauvage et homme des montagnes, comme il aimait à se définir en se moquant de lui-même. Sur sa pierre tombale, il y avait deux photos et en revoyant Gilou, le sourire en banane, comme aux plus beaux jours de notre amitié, c’est les larmes aux yeux que j’ai ressenti le besoin d’aller m’évader sur les hauteurs de son village. Quand nous nous étions connus à la fin des années 80, début des années 90, Gilou m’avait fait connaître Montferrer et il m’avait amené pêcher la truite dans « ses » torrents de montagne mais jamais je n’étais monté jusqu’au château qui domine son village. Plusieurs fois, j’avais évoqué avec lui, mon envie d’y monter mais Gilou, n’aimait pas trop « marcher pour rien » comme il disait, et ravis d’aller pêcher la truite, nous avions toujours remis à plus tard cette jolie excursion. Pour moi, faire ce circuit au château, c’était donc aussi une façon de lui rendre hommage et je dois le dire, toute la journée, Gilou a trottiné dans ma tête. Ces deux photos de lui m’avaient si bouleversé que c’est en quelque sorte avec lui que je suis monté vers ce château médiéval, terrain de jeux de son enfance. Mes souvenirs de notre amitié étaient si présents qu’il marcha sans cesse à mes côtés, dans ces forêts et sur ces sentiers que lui connaissait comme sa poche mais que personnellement je ne connaissais pas. Pour monter au château, il m’a fallu donc suivre le balisage jaune qui sort du village, direction Arles-sur-Tech. Là, après le virage et juste avant le croisement de la route de Corsavy, j’ai suivi les indications de la pancarte qui signalait : « Château de Montferrer - Lo Castell-1h-P.R.10 ». Je me suis donc fié au balisage jaune qui , sans difficulté, m’a amené aux ruines du castell carolingien ou plutôt à celles de l’ancestral hameau car c’est bien un bourg tout entier que j’ai découvert, juché sur ce promontoire rocheux à 1.035 mètres d’altitude qu’ici, on appelle « Lo Cingle ».  A mon retour à la maison, à l’aide de plusieurs sites Internet, j’ai tenté de dénouer l’Histoire de ce hameau et de ses occupants et si j’en crois les historiens, ce château de Montferrer et ce hameau de Mollet existaient déjà en 1070 et appartenaient à la Seigneurie de Castelnou. Puis au fil des siècles, le domaine fut possédé par différents seigneurs et richissimes propriétaires dont la famille des « de Banyuls » qui le conserva le plus longtemps. Après le Traité des Pyrénées de 1659, quand le roi de France Louis XIV réinstaura la gabelle et réaménagea la frontière, Charles 1er de Banyuls, soutint les Angelets et pris la tête de la conspiration contre l’occupant français en 1674. Vauban pour se venger et éviter que le château puisse abriter des opposants au royaume, détruisit une grande partie de ses remparts. L’année suivante en 1675, par le jeu de certaines alliances, les autres « de Banyuls », qui eux, étaient restés fidèles au roi de France, récupèrent leur bien. Par la grâce du roi qui érigeât le domaine féodal de Montferrer en marquisat, cette même année, les « de Banyuls » devinrent « marquis de Montferré (sans r) ». Charles 1er de Banyuls, exilé, resta fidèle à l’Espagne où il mourut en 1687 à Barcelone, sans héritiers et sans jamais avoir remis les pieds sur ses terres natales. Ce n’est qu’après la Révolution Française de 1789, alors que les « de Banyuls de Montferré » avaient fui vers l’Espagne, que le château fut confisqué comme les autres biens appartenant à la famille. Le château tomba définitivement dans l’escarcelle de la collectivité et fut vendu comme Bien National. Malgré, plusieurs tentatives effectuées par les héritiers, les « de Banyuls , marquis de Montferré », que la Révolution Française avait dispersés et déracinés de Catalogne, ne récupèrent plus jamais leur patrimoine roussillonnais. Voilà un bref résumé de l’Histoire de ce lieu.  Est-ce le chagrin et un peu de lassitude mais je mis presque une heure de plus que celle indiquée pour atteindre la muraille en ruines la plus haute, mais de là-haut, j’avais une vue splendide sur Montferrer et à 360° sur une immense partie du Vallespir. Malgré une légère  brume, j’arrivais sans trop de problèmes à reconnaitre, avec plaisir et nostalgie, bons nombres de sites cheminés ou aperçus lors de mon Tour du Vallespir à l’été 2009 : Tour de Cabrens, Mont Nègre, Mont-Capell, Puig de la Senyoral,  Pilon de Belmatx, Formentere, Batère, La Souque, etc.…Tout en visitant les ruines du château, celles des vieilles masures et de l’ancestrale tour cassée, mes souvenirs se mélangeaient car il y avait les bons moments de mon Tour du Vallespir  mais aussi ceux passés avec Gilou à courir « sa » montagne pour aller pêcher les truites ou bien encore ceux, quand de mon côté, je l’amenais pêcher le loup, le sar et le congre du côté du Cap Béar. Quand je me remis en route après avoir retrouvé le sentier balisé en jaune au nord du château, c’est à tout ça que je pensais et Gilou fut en permanence là, vagabondant avec moi. Nous redescendîmes ensemble la piste terreuse au milieu des prairies d’estives où paissent les vaches et les chevaux.  Puis nous retrouvâmes l’asphalte désagréable de la route et nous arrivâmes enfin au village non sans nous être arrêtés au belvédère et à la table d’orientation de la Creu. Je pensais la boucle bouclée, mais, une fois sur la place de l’église Sainte Marie de Mollet, là, non loin de sa maison et devant l’entrée du cimetière, il me fallut me rendre à l’évidence : Gilou n’avait jamais été à mes côtés. Même, si j’avais toutes les peines du monde à l’imaginer autrement que plein de vie et d’énergie,  Gilou était ailleurs. Oui, le malheur et la fatalité l’avait emporté et il était au cimetière, dans ce casier de marbre gris et froid. Au regard de ce triste constat, je ne pus m’empêcher de retourner me recueillir et d’aller revoir les deux photos qui m’avaient fait si mal ce matin. J’étais partagé entre cette pénible vision et le désir de garder de Gilou un souvenir visuel que je ne possédais pas. Mais cette fois-ci, et malgré mon chagrin, les souvenirs des bons moments furent les plus forts, alors tel un voleur de cimetière, j’ai pris en photos ces deux images sur lesquelles rayonnait son visage. Ce visage souriant, c’était celui dont je me souvenais le mieux et que j’avais eu devant moi pendant les quelques années où nous avions travaillé ensemble, l’un en face de l’autre. Ce visage souriant plein d’espièglerie, c’était celui que j’avais toujours connu, pendant nos belles années d’amitié. Cette amitié que le tourbillon de la vie avait emportée au loin sans que l’on sache ni lui ni moi, réellement pourquoi, il n’avait jamais réussi à nous réunir de nouveau. Oui un jour, je reviendrai peut-être marcher à Montferrer et me recueillir à nouveau sur la tombe de Gilou mais je vais déjà garder précieusement ces deux photos comme j’ai conservé depuis toujours deux tableaux qu’il avait peints avec tant de talent. Mais le meilleur de lui, ce sont mes bons souvenirs que je vais préserver au fond de mon coeur et de ma mémoire, ces instants d’amitié exceptionnels quand nous partions vers cette nature sauvage dont nous avions cet attrait en commun, ces crises de fous rires qui nous prenaient souvent quand nous bossions ensemble… Dieu sait s’il y en a eu des bons moments comme ça !  Gilou, demain, c’est à tout ça que je vais me remémorer en pensant à toi et même si je ne ris plus car c’est vraiment trop me demander, sache qu’aujourd’hui, j’ai pris un plaisir immense à marcher une dernière fois à tes côtés sur les chemins de Montferrer et de nos souvenirs. Parcours effectué environ 8 km pour 330 mètres de dénivelé. Cartes IGN 2349 ET Massif du Canigou et 2449 OT Céret-Amélie-les-Bains-Palalda-Vallée du TechTop 25.

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  • Plus le temps passe et plus je vieillis et plus je vieillis et plus Dieu, s’il existe, me conforte dans l’idée qu’il n’est pas utile que je crois en lui. Je suis donc athée par obligation ou bien Dieu n’est pas le créateur idéal dans lequel j’ai envie de croire. Ce qui pour moi et en finalité revient quasiment au même. Les philosophes, eux, font la différence entre l’athéisme et l’agnosticisme. Dans le premier cas, on ne croit pas en l’existence d’un dieu et dans le deuxième cas, la question d’un quelconque dieu ne se pose même pas car elle n’est pas démontrée. Moi, dans mon cas, je ne sais pas (ou plus) où je me situe mais comme je me pose des questions, j’aurai plutôt tendance à penser que je suis athée. Enfin tout ça n’a pas vraiment d’importance !

    Alors pourquoi toutes ces questions métaphysiques me direz-vous ?

    Plus le temps passe et plus je vieillis et plus je constate autour de moi que nombreux sont ceux qui ne peuvent plus en dire autant. Alors si Dieu existe, pourquoi les a-t-il emportés si jeunes ? Pourquoi les a-t-il fait souffrir ? Qu’avaient-ils fait ces hommes et ces femmes pour mériter un sort si funeste et si injuste ? Pourquoi certains partent-ils si jeunes et d’autres que la maladie tue à petit feu ont-ils du rabiot ? Pourquoi certains deviennent-ils centenaires et d'autres n'ont-ils même pas droit à la moitié ? Pour n’évoquer que des proches ou des amis qui m’étaient chers, mais malheureusement, je pourrais en citer bien d’autres, mon frère Daniel par exemple est mort soudainement d’une crise cardiaque à l’âge de 46 ans et pourtant il ne demandait qu’à vivre ! Puis en quelques années, j’ai vu partir, dans la souffrance de la maladie, deux collègues de travail : Bernard avait 48 ans et venait juste d’avoir son premier enfant puis, l’an dernier ce fut au tour de la gentille Monique qui n’avait que 53 ans et qui, jolie comme une fleur, ne demandait qu’une chose : Vivre !

    Aujourd’hui, c’est Gilbert Magenti, encore un ancien très bon ami qui a quitté ce monde à l’âge de 50 ans et je m’interroge sur ce nouveau départ. Tout le monde l’appelait affectueusement Gilou et même si ça faisait quelques années qu’on ne s’était plus revu, je sais,  pour l’avoir très bien connu, qu’il ne méritait pas de partir si jeune et qui plus est dans le supplice d’une terrible maladie. Non, ce grand gaillard, homme des montagnes comme il aimait à se définir en se moquant de lui-même, ne méritait pas de mourir ainsi dans la souffrance.

    Si j’ai un doute quant à l’existence d’un dieu,  Gilou avait lui  le goût de vivre, de ça au moins j’en suis certain !

    J’ai connu Gilbert Magenti en juin 1988 en intégrant la société Défi à Perpignan, période compliquée de ma vie où je sortais enfin d’une difficile et trop longue épreuve de chômage que j’avais vécu avec amertume m’étant toujours énormément impliqué dans tous mes jobs. En outre, je venais de rompre de ma propre initiative la période d’essai que j’avais commencé dans un entreprise de Narbonne et il était important pour moi de rebondir le plus vite possible.  Je n’avais pas choisi cette société Défi dont l’activité était très particulière puisque elle ne vendait que de l’érotisme et de la pornographie. Mais dans la situation qui était la mienne et avec une femme et deux enfants à la maison, je n’étais pas en mesure de faire le difficile. Cette entreprise m’avait engagé comme chef comptable pour remplacer l’unique comptable partie en congé de maternité et  je ne pouvais que l’en remercier. J’y étais donc entré pour quelques mois mais j’y suis resté en réalité jusqu’en janvier 1990 et encore j’en suis parti sur un coup de tête et pour cause d’incompatibilité d’humeur avec le patron. A vrai dire, à part ce regrettable incident, je m’y suis plutôt épanoui dans un travail très intéressant car diversifié où j’ai appris beaucoup et de surcroît auprès de collègues de travail plutôt attachants. Et je dois le dire, parmi ces camarades de boulot, Gilou a été sans conteste celui que j’ai apprécié le plus et le plus vite. Il faut dire qu’il a été le premier à m’accueillir avec sympathie, sans hésitation et sans arrière-pensée. Il avait toujours le sourire aux lèvres, aimait plaisanter et m’a mis tout de suite à l’aise dans cette entreprise à l’activité que certains décrivaient comme « délicate ». Moi, au début, je me disais : « être comptable ici ou bien ailleurs et compter ça ou des cacahuètes, c’est du pareil au même » mais la suite me prouva le contraire tant nous étions en permanence contrôlés par toutes les administrations possibles (fisc, Urssaf, police, gendarmerie, douanes, inspection du travail, etc.…). Avec la chaleur humaine qui le caractérisait et son sourire qui illuminait toujours son visage, Gilou m’a donné cette confiance dont j’avais bien besoin en réintégrant ce milieu professionnel très nouveau pour moi. Bien que Gilou était très loin de mes tracas de comptable puisqu’il était infographiste où ses talents de peintre dessinateur faisaient merveilles, nous travaillions dans le même local, l’un en face de l’autre et nous déconnions très souvent. Il faut dire qu’avec la désinvolture de notre jeunesse et cette activité insolite, les occasions de se tordre de rires ne manquaient pas et Gilou et moi, nous n’étions jamais les derniers. Gilou avait ce don de détendre l’atmosphère dans des situations qui pour moi auraient pu être stressantes. Mais malgré nos jobs bien différents, nous avons sympathisé et nous sommes liés d’amitié dés les premiers jours. Il faut dire qu’avec la peinture et le dessin que j’aimais également beaucoup mais dans lesquels il était bien plus doué que moi, nous avions en commun de multiples autres atomes crochus : la pêche que lui pratiquait en torrent et moi en mer, la montagne dont il était un enfant et dont je commençais à prendre goût à travers mes toutes premières randonnées pédestres. Mais dans cette amitié naissante, le lien qui nous unissait, c’était cet amour en commun que nous avions pour cette idée de liberté absolue dans nos activités auprès de la nature sauvage en général. Moi, c’était au bord de la mer que je l’exprimais dans mes chasses sous-marines et lui, c’était dans ses chères montagnes du Vallespir qu’il parcourait inlassablement à longueur d’années pour chasser, pêcher la truite, ramasser les champignons ou chercher des truffes.  Nous parlions presque essentiellement de ça, de nos expériences, de la faune et de la flore que nous observions chacun de notre côté. Pendant les années de travail dans la même entreprise, nous avons été très amis même si nous n’étions pas ce qu’on appelle « cul et chemise » ou constamment l’un avec l’autre. Je respectais son goût d'indépendance et dieu sait s’il tenait à ça et lui respectait ma manière de vivre. Il faut dire que notre éloignement géographique et nos vies différentes contribuaient facilement à ça : il était célibataire, même s’il avait une copine, résidait à Perpignan en semaine et rentrait sur Montferrer le week-end et moi, marié avec 2 enfants, j’habitais à Saint-Estève. Mais quand nous étions ensemble à la pêche par exemple, nous étions de vrais complices.  Je l’amenais par exemple pêcher les loups, les congres, les sars ou les mustelles de nuit au Cap Béar et de son côté, il m’entraînait dans d’interminables excursions pour pêcher les truites dans ses torrents du Vallespir dont il semblait être le seul à connaître ses «  bons coins ». Nous prenions un plaisir immense dans ces activités nouvelles pour nous deux et ça nous rapprochait. En dehors de ça, il tentait parfois de m’expliquer comment reconnaître tels ou tels champignons et comment à l’aide d’une mouche, il trouvait des truffes, perles noires de ses montagnes. Mais comme il savait à l’avance que je n’en trouverais jamais, il prenait soin de m’en offrir quelques unes quand je montais chez lui dans son village natal de Montferrer. A sa manière et inconsciemment Gilou participa sans doute aux travers de ces quelques sorties dans son cher Vallespir à me donner le virus de la montagne dont je ne peux plus me débarrasser aujourd’hui. Très souvent, il s’esclaffait de rire à me voir m’énerver quand ma ligne se prenait dans les branches  des arbres et comme cela m’arrivait assez souvent, nous passions des journées  plus à faire peur aux truites et à nous marrer qu’à pêcher vraiment. A l’époque Gilou avait 28 ans et sous ses faux airs de jeune homme un peu rustaud des montagnes, il était d’une grande gentillesse. Avec ses grands yeux bleu ciel et sa tignasse brune, il ressemblait à s’y méprendre à Yves Duteil et il avait dans le cœur, la même sensibilité que celle qui transpire des chansons de ce dernier.  Et comme, j’étais son aîné de 11 ans, au nom de notre amitié, il me faisait confiance, me parlait de ses tourments de cœur, de ses craintes et de ses doutes à vouloir s’engager auprès d’une femme un peu plus âgée que lui. Pourtant, il me disait l’aimer tendrement mais elle avait déjà un enfant que lui ne se sentait pas d’assumer. Il se savait insouciant et surtout il ne voulait pas perdre cette indépendance de montagnard qu’il avait toujours connue. Certains auraient pu penser qu’il s’agissait d’une forme d’égoïsme mais sincèrement je ne le crois pas et je situais ce trait de caractère entre le machiste qu’il était parfois et la crainte de perdre une liberté essentielle à sa vie. Et je l’avoue, c’est bien la première et dernière fois de ma vie où un homme c’est ainsi confié à moi. Gilbert avait bon cœur et parfois il me donnait quelques truffes, des truites, des cèpes séchés et il est même allé jusqu’à m’offrir une très belle aquarelle que j’ai toujours gardée sous verre précieusement, exposée dans mon salon.  Parfois, je tentais de rivaliser en lui offrant quelques bons poissons de mer. Puis en changeant de boulot, notre amitié se rompit une première fois et nous restâmes quelques semaines sans nous revoir mais quand au téléphone je lui appris que je travaillais au Boulou, le vendredi soir en rentrant sur Montferrer, il se mit à passer régulièrement me voir. Tout en prenant le verre de l’amitié, il me parlait de son boulot qu’il ne gardait que par nécessité préférant « sa montagne » et moi je lui parlais du mien et de mes difficultés à être à la hauteur dans un bureau où trois femmes s’étaient liguées contre moi dès le premier jour, sans vraie raison sinon par simple méchanceté gratuite ou jalousie. Lui, me racontait ses déboires féminins et ses peines de cœur dont il semblait se faire une montagne aussi grande que son cher Canigou. Nous eûmes quelques petites altercations au sujet de la manière plus que machiste dont il avait de parler des femmes en général. C’était là le seul défaut que je lui trouvais et le seul chapitre où nous étions souvent en désaccord.  J’essayais d’éviter le sujet mais d’un autre côté, il m’était impossible de ne pas l’écouter quand Gilbert se confiait à moi. Quand il reprochait aux femmes d’avoir tous les défauts de la terre, il se transformait alors en un jeune homme incommodant et comme à ces moments-là, je ne le reconnaissais plus vraiment, j’avais peut-être le tort de lui parler avec un peu trop de franchise.

    Aujourd’hui ce n’est pas parce qu’il n’est plus là, que je vais dire que Gilou n’avait que des qualités. Non, comme nous tous, Gilou avait ses défauts et c’est sans doute ce qui le rendait encore plus humain.  Malgré ces différents qui n’étaient heureusement que passagers et occasionnels, Gilou savait être charmant et aimait par dessus tout plaisanter et je mettais ses sautes d’humeur envers les femmes, sur sa jeunesse et sur le compte d’une quête à se chercher lui-même ou à  trouver une véritable  âme sœur qui aurait su l’aimer, le comprendre et l’accepter comme il était vraiment. J’avais beau lui dire qu’avec une femme, il était nécessaire de faire certaines concessions, il ne semblait pas vraiment prêt  à ça.

    En 1992, je perdis mon frère Daniel et même s’il savait que c’était peine perdue, il passa plus souvent me voir et essaya tant bien que mal et à sa manière de me réconforter de son mieux. Nous continuâmes à nous revoir régulièrement jusqu’en janvier 1993 sans que notre amitié pâtisse de ces petites querelles au sujet des femmes.  Puis une fois encore, je perdis mon boulot et je dus quitter Le Boulou pour venir travailler à nouveau sur Perpignan pendant les quelques mois de préavis qu’il me restait à faire. Il passa encore une ou deux fois me voir, on se téléphona encore quelquefois,  puis nos appels s’espacèrent jusqu’à s’arrêter définitivement. Il faut dire que de mon côté, en 1993, au mois de mai, je perdis définitivement mon job de comptable à Perpignan et je fus entraîné dans ce qu’on appelle le tourbillon de la vie où mes préoccupations personnelles comme celles d’assurer les fins de mois à mon propre foyer passèrent avant tout le reste. Je suppose qu’il en fut de même pour lui car Gilou ne m’appela plus jamais au téléphone et notre éloignement mit fin, je dirais presque naturellement, à cette très belle amitié de cinq années. Nos caractères solitaires et notre goût d'indépendance contribuérent sans doute aussi à cette coupure.

    Ainsi étaient allées nos vies ! Nous avions pris des « trains de la vie » différents et le train de l'amitié qui aurait pu nous réunir de nouveau était passé bien trop vite pour nous deux !

    Mais une fois encore, cette cruelle fatalité qu’on appelle la mort m’a rappelé soudain à son terrible souvenir.

    Gilou s’en est parti en ce mois de janvier 2011 et quand je me retourne, je m’aperçois avec effarement que nous sommes restés ainsi sans plus nous revoir pendant 18 longues années. Et ce qui est triste, c’est que nous nous étions séparés très bons amis. Et je dois le dire, au regard de cette accablante réalité, j’ai comme un vague sentiment de culpabilité. Le sentiment de n’avoir pas su préserver cette belle complicité, de n’avoir pas su lui tendre une main secourable. Je ne sais comment dire et sans forfanterie aucune mais j’ai le sentiment que ma main de bon camarade aurait pu peut-être lui faire traverser le miroir avec un peu plus de sérénité. J’ai l’impression d’avoir oublié de lui dire certaines choses : combien par exemple, aussi courte soit-elle,  j’avais apprécié sa camaraderie pleine de spontanéité à m’accueillir chez Défi ou bien chez lui à Montferrer sans chichis ou à venir me voir au Boulou. Combien j’avais apprécié la confiance qu’il mettait en moi à se confier et vice-versa d’ailleurs. Combien j’avais apprécié sa gentillesse. En résumé combien j’avais apprécié nos cinq années d’amitié. Cinq années, sans doute trop courtes mais qui, en tous cas, auront pour moi marqué mon existence tant cette camaraderie avait été forte et marquée par une complicité exceptionnelle. Nous avions tous les deux cet amour pour la nature et la vie tout simplement.

    Quand j’ai appris son décès à la lecture de la Semaine du Roussillon, j’ai reçu comme un énorme coup de massue sur la tête. Il m’était impossible d’imaginer ce garçon que j’avais bien connu, boute-en-train et sportif, autrement que plein de vie et d’énergie. Ses obsèques étaient passées mais j’ai aussitôt ressenti le besoin d’aller me recueillir au cimetière de Montferrer comme si je voulais définitivement sortir d’un mauvais cauchemar. Et quand je me suis rendu à Montferrer et malheureusement à l’évidence, en ce 11 février 2011,  j’ai été bouleversé par les deux photos qui étaient affichées sur sa tombe. Sur une de ces photos, je retrouvais Gilou comme aux plus beaux jours de notre amitié, insouciant, avec son éternel sourire espiègle. Il était au dessus de mes forces d’imaginer ce grand gaillard de Gilou allongé dans ce casier de marbre, gris et froid. Alors, c’est les larmes aux yeux que je suis parti marcher dans sa « chère montagne ». Je ne sais pas pourquoi mais j'ai ressenti ce besoin d'aller m'évader loin de ce monde que je trouvais "abominable". Il m’avait si  souvent parlé de son village et de ces sentiers qu’il arpentait depuis qu’il était enfant que j'ai eu le sentiment de lui rendre hommage en les arpentant à mon tour. Dans ma tête et tout en marchant, Gilou, mon copain, fut là, à côté de moi, à gambader dans la forêt, à grimper ces chemins qui mènent au château de Montferrer, terrains de jeux de son enfance. Il chemina avec moi toute la journée mais quand le soir la balade se termina, ça était plus fort que moi, je voulais garder un souvenir visuel de Gilou et j’ai pris en photos ces deux images. Quand je suis rentré à la maison, étant seul ce soir-là, il fut encore dans mes pensées. En regardant cette aquarelle qu’il m’avait gentiment offerte, je le voyais adossé contre ce bel arbre comme au temps où nous pique-niquions pendant nos parties de pêche. 

    De lui, il me restera, de nombreux souvenirs agréables, ces deux photos que j’ai chipées comme un voleur de cimetière, cette aquarelle qu'il m'avait offerte et une autre toile que je lui avais achetée lors d’une exposition car en plus de ses qualités de cœur, Gilou avait un vrai talent d’artiste peintre. Sur ce dernier tableau, il avait tenté d’imaginer, de manière très abstraite, les fonds marins que je lui décrivais en évoquant mes chasses sous-marines. En regardant ses œuvres, je vais inévitablement me souvenir de lui avec tristesse et nostalgie et je sais qu’il n’aurait pas apprécié  que je pense à lui ainsi. Gilou aimait tant la rigolade….Mais ne m’en veut pas Gilou, aujourd’hui, il m’est impossible de rire de ton départ si inattendu !


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