• Ayant intitulé cette jolie randonnée le « Château des Maures », autant être honnête de suite, le château en question, ce n’est ni Chambord, encore moins Versailles et pour dire vrai, en terme d’esthétique, il n’arrive même pas à la cheville de celui de Salses ! Non, ce « Château des Maures »,  ce ne sont que quelques ruines, quelques vieilles pierres d’enceintes ou de fortifications d’un bastion du XIIème siècle dont l’historien Jean Tosti dit de lui qu’il aurait été destiné à défendre le Razès, petite région audoise, des attaques venant du sud et qu’il n’aurait de « Maures » que le nom. D’autres historiens disent qu’il s’agirait d’un château wisigoth.  Alors peu importe l’origine et la splendeur passée de ce château, objectif de notre journée, car il y a sur ce circuit bien d’autres jolies choses à voir et notamment le Viaduc de l’Escargot qui lui est contigu. Le départ s’effectue depuis Caudiès-de-Fenouillèdes où on peut laisser sa voiture sur l’esplanade aux Monuments aux Morts. Sur cette place, qui se trouve sur la droite de la D.117 en venant de Perpignan et en face du Syndicat d’Initiative, il y a quelques places de parking. De là, il faut prendre la direction de l’église puis l’avenue du Col Saint-Louis. Vous aurez certainement aperçu divers balisages et surtout les marques blanches et rouges propres à un G.R. Ici, vous êtes sur le G.R.36 qui est commun avec le trop méconnu Tour des Fenouillèdes et un petit P.R connu des randonneurs du coin qui s’appelle le « Chemin du Facteur ». On sort du village en suivant le balisage, on enjambe la rivière Boulzane et on poursuit la D.9 direction le col Saint-Louis, jusqu’à un poste transformateur EDF qui se trouve sur la gauche près d’une croix et à un embranchement. A ce croisement, on tourne à gauche, on passe devant le transfo et on continue cette jolie petite route de campagne qui longe le Boulzane, coupe son affluent l’Adoutx, petit ruisseau qui prend sa source non loin du château des Maures. Au bout de deux kilomètres environ, au lieu-dit la Muscatière, la route traverse cette propriété privée. Ici on quitte la route rectiligne par la droite pour un large chemin en terre qui se rétrécie rapidement en entrant dans la forêt. Le sentier désormais balisé en jaune tourne en épingle à cheveux en atteignant le hameau en ruines de Borde de Rivière. Ici, sur un sentier tout en sous-bois, caillouteux et très souvent raviné ou labouré par les sangliers démarre l’essentiel des 370 mètres de dénivelés qui vont nous mener jusqu’au château des Maures. Dans cette progression toujours en forêt, d’abord sous de petits chênes verts et lièges puis sous des grands chênes pubescents, quelques hêtres et conifères, il faut profiter de chaque trouée et de chaque fenêtre que dessinent les branches pour découvrir les paysages qui s’offrent à notre regard. Dans notre dos, les vues portent loin vers la vallée de la Boulzane, vers Caudiès, Fenouillet et ses châteaux et sur la droite, on aperçoit la forêt du Bach, la Serre de la Quière, le Pic d’Estable et sa splendide forêt domaniale d’En Malo, Puilaurens et son château dressé sur son piton rocheux, Lapradelle et son superbe viaduc construit en 1900 lors de la création de la ligne de chemins de fer. Au lieu-dit Rabasteins, vieil hameau en ruines dont on ne distingue que peu de vestiges depuis le chemin, le sentier s’arrête de grimper et on entre dans une petite clairière gazonnée entourée de hauts buis. Ici au milieu de la pelouse, on découvre avec surprise ce qui semble être une vieille Peugeot 203. Elle est bleue, rouillée mais surtout trouée comme une passoire. En l’approchant, on s’attend à tout moment à voir tomber par ses portières quelques cadavres de gangsters comme au bon vieux temps de la prohibition mais en réalité ce sont des chasseurs en manque de gibiers qui se sont amusés à faire des  « cartons ». On prend le chemin le plus large toujours balisé en jaune qui descend légèrement et quelques minutes plus tard on aboutit sur la D.9 où les vues splendides s’entrouvrent sur l’ample ravin de l’Adoutx et le joli viaduc de l’Escargot. On tourne à droite en évitant le goudron de la route par des raccourcis évidents qui coupent les virages et on rejoint très rapidement le viaduc en colimaçon et le château des Maures qui se trouve juste en contrebas. Ce viaduc présente la particularité d’être un des premiers ouvrages à péages construit après la Révolution. Il faut savoir qu’en 1839, le duc Ferdinand-Philippe d’Orléans, prince royal de France, passant par le Col Saint-Louis,  en route pour Port-Vendres où il devait embarquer pour se rendre à Alger voir le Dey, eut les pires difficultés à franchir cette route escarpée où il était nécessaire de débâter les chevaux et de transporter les chargements à bras d’hommes. Ce pénible épisode le contraint à pique-niquer ici en rase campagne. Gardant en mémoire ce désagréable souvenir, il fit voter dès son retour en France un texte autorisant la construction d’un ouvrage à péages à ce passage. L’histoire prétend que le viaduc en colimaçon aurait été  construit à l’aide des pierres du château. Après ces belles découvertes, on continue à descendre la D.9 tout en prêtant attention à ne pas oublier la stèle dédiée au célèbre pique-nique du 15 septembre 1839 du Duc d’Orléans. Elle se trouve sur le bas-côté gauche de la route juste après une petite grotte. On poursuit jusqu’au prochain virage et là, à main gauche, on quitte la route pour une large piste en terre qui s’élève en zigzaguant et depuis laquelle s’entrouvrent de superbes panoramas sur le viaduc, le ravin de l’Adoutx jusqu’à Caudiès et bien plus loin encore vers la forêt de Boucheville et toute une vaste étendue des Hautes-Fenouillèdes. Cette piste terreuse va peu à peu se transformer en un agréable chemin verdoyant qui va filer d’abord en balcon puis en forêt pour se terminer en une draille herbeuse et parfois boueuse au beau milieu d’une vaste prairie d’estives au hameau abandonné de Malabrac. Cet agréable chemin laisse entrevoir quelques jolis sommets : plutôt lointains pour ce qui concerne le Canigou et les pics ariégeois enneigés et bien plus proche pour celui arrondi du Pech de Bugarach.  Juste après la traversée du hameau, on prend garde à bien emprunter le G.R.36 qui part à droite et qui redescend par une sente raide et très escarpée vers Caudiès-de-Fenouillèdes. D’ailleurs, la descente est l’occasion de vues aériennes sublimes sur le village et tous ses environs.  Au pied de cette falaise abrupte que l’on vient de descendre, on retrouve le bitume de la D.9 et un peu plus tard celui des ruelles du village. Si après cette quinzaine de kilomètres, il vous reste encore un peu de vaillance, n’hésitez pas à partir à la découverte du village, vous y découvrirez encore quelques merveilles : son quartier moyenâgeux avec les vestiges de son fort et de ses remparts, ses vieilles maisons à colombages et à encorbellements ; sa tour du Viguier, sa belle église paroissiale du XVIème siècle, sa jolie mairie qui date de 1656 et bien d’autres choses encore. Je vous l’avais dit au début de cet article : il y a une multitude de jolies choses à voir sur ce circuit et le château n’est vraiment qu’un prétexte. Alors ne faites pas les « Maures » et venez-y marcher ! Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de-Fenouillet et 2347 OT Quillan – Alet-les-Bains Top 25.

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  • LA CHAPELLE SANT MARTI DE LA ROCA par jullie68

     

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    Balade dominicale par excellence, cette courte excursion à la Chapelle Sant-Marti de la Roca à partir du bel hameau de Camélas ne vous prendra pas plus de deux heures aller et retour ; à moins bien sûr que vous ayez décidé de faire une boucle un peu plus longue autour de ce mamelon, autrefois appelé Pic Quérubi, histoire de consacrer une « grosse » et agréable journée à votre passe-temps favori qu’est la randonnée pédestre. Situé au nord des Aspres, versants orientaux du Massif du Canigou, cet ermitage, est sans doute, un des plus beaux du département. Il faut dire qu’il s’inscrit dans un cadre extraordinaire où les vues à 360° sont tout simplement merveilleuses. Pourtant la chapelle n’est perchée qu’à 518 mètresd’altitude mais elle domine magnifiquement les Aspres bien sûr, la Plaine du Roussillon et le Ribéral tout proches avec à se pieds, Camélas bien sûr mais aussi un des plus beaux villages de France, à savoir Castelnou. Quand aux panoramas aperçus depuis le piton rocheux, ils défilent dans un horizon circulaire quasiment sans rupture depuis les lointaines Corbières jusqu’aux premiers sommets pyrénéens de Cerdagne et du Capcir en passant par le littoral méditerranéen, les Albères, le Vallespir, et une immense partie du Conflent où prédomine, bien sûr, l’incontournable Pic du Canigou. Avant de démarrer, profitez de l’opportunité qui vous est donnée pour visiter Camélas. Le village mérite qu’on s’y attarde et depuis le parking situé au bas du village et en flânant dans ses ruelles, vous découvrirez ses vieilles maisons parfaitement restaurées, aux façades fleuries à la bonne saison, les quelques vestiges d’un vieux château ruiné du XIIème siècle,  son église romane du XIème siècle dédié au légendaire évêque de Tarragone Saint-Fructueux. Elle possède une superbe porte en bois et ferrures décoratives qu’encadre un non moins magnifique portail de marbre rose. Si la porte est ouverte, ce qui n’était pas le cas le jour de ma visite, vous découvrirez à l’intérieur de l’église, des peintures très anciennes, un mobilier précieux et quelques retables exceptionnels dont un triptyque du XVème siècle qui aurait été l’œuvre de l’énigmatique Maître du Roussillon. Vous aurez ainsi visité et traversé ce beau village sans vous en apercevoir et en grimpant entre les dernières habitations vous aurez remarqué à une intersection et à même le sol un panonceau indiquant « l’ermitatge Sant Marti de la Roca ». En suivant cette direction, très rapidement, on quitte l’asphalte pour une large piste terreuse qui serpente dans la garrigue où les seuls arbrisseaux sont de petits chênes lièges, des chênes verts, quelques hautes bruyères et de piquants genévriers et ajoncs. On surplombe très vite Camélas et tout en montant, on observe des panoramas de plus en plus beaux et de plus en plus lointains. On laisse sur la gauche, le joli domaine du Mas de Ste Colombe. Le dénivelé s’accentue et le pinacle arrondi, rocailleux et aride du Quérubi se rapproche. De temps à autre, au détour d’un virage, un bout de la chapelle apparaît. Sur la droite, une épaisse forêt de petits conifères se dévoile et contraste avec l’aridité environnante. Il faut savoir que si le nom « Aspres » vient du latin « asperi » qui veut dire « âpre », ici l’âpreté signifie aussi « aride ». Cette aridité, les Aspres la doivent pour partie aux multiples feux de forêts et de maquis qui, dans ce secteur, ont largement contribué à la déforestation mais néanmoins les hommes ont eu, ces dernières années,  le souci d’aider au reboisement. D’ailleurs, cette large piste que vous arpentez est surtout là pour protéger la forêt et combattre les éventuels incendies. La piste finit par arriver au col de La Roque à la jonction de plusieurs chemins. A l’horizon et droit devant, sous un soleil éclatant et un ciel sans nuage, un superbe Canigou enneigé apparaît péniblement au travers d’un halo d’une épaisse brume de chaleur. Le chemin qui nous intéresse est celui qui monte le plus à gauche et qui, fermé par une chaîne, interdit toute circulation motorisée. Balisé en jaune, l’itinéraire se fait toujours plus rocailleux puis pour terminer, il domine désormais Camélas au bord d’un sentier tout en balcon très abrupt, très impressionnant mais pas vraiment périlleux. Quand la pente s’adoucit et qu’on atteint le haut de la crête, l’église romane apparaît dans toute sa splendeur. Déjà citée dans les textes dès le VIIIème siècle, la vieille chapelle porte bien son nom de la Roca (de la Roche) et semble de loin comme agglutinée à ce monticule calcaire, mais plus on approche et plus avec ses murs couleur paille et sa toiture rouge, elle s’en détache distinctement. Une fois à ses pieds, on y trouve même un air penchée et, juchée au bord du précipice, elle paraît vouloir basculer dans le vide comme entraîner par le poids de sa nef et de son clocher. Constituée de plusieurs petites salles, sa jolie chapelle est enjolivée de quelques peintures plus ou moins récentes et de quelques reliques et objets divers que des pèlerins et pénitents ont déposés pieusement.  Après un message laissé sur le livre d’or et après avoir admiré depuis son parvis les magnifiques panoramas qui nous sont offerts, le retour vers Camélas s’effectue par le même itinéraire. A moins, comme je le dis dit plus haut, que vous ayez décidé de réaliser un circuit un peu plus long. Pour cela, il vous faudra, au col de la Roque, descendre à main gauche en direction des Bourguères. Là, par divers chemins et sentiers que je ne vais pas vous décrire en détail ici (voir ma carte IGN), vous aurez le choix entre, soit poursuivre vers Castelnou, soit revenir à Camélas par un itinéraire plus court qui par un étroit sentier traverse le ravin de la Font de Paris. Carte IGN 2448 OT Thuir - Ille-sur-Têt Top 25.

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  • Après les fêtes de fin d’année et quand le mois de janvier démarre, je ne sais pas vous, mais moi, j’ai à la fois des fourmis dans les jambes tant la marche commence à me manquer et à la fois la flemme de partir loin pour me dégourdir les jambes surtout si la météo d’hiver n’est pas très propice à la  randonnée pédestre. Alors que faire ? D’un côté, j’ai envie de marcher et de tenter de perdre les quelques kilos de trop que m’ont fait prendre le foie gras, les chocolats et autres riches victuailles des réveillons, et de l’autre, je n’ai pas vraiment le désir, sous un ciel incertain,  de me « taper » trois à quatre heures de voiture pour faire une balade en montagne de quatre à cinq heures. Alors, il m’est venu une idée : regarder la carte IGN de Perpignan et déceler la balade balisée la plus proche autour de chez moi, avec si possible un « bon petit » dénivelé. Et bien sûr, j’ai trouvé ! Il s’agit du Roc Redoun (328 m) qui signifie rocher rond, situé à 12 kilomètres à vol d’oiseau de Perpignan et que l’on peut gravir depuis divers points de départ. Ce n’est bien sûr, ni le Canigou ni le Carlit mais j’ai trouvé un joli circuit qui part du beau village de Baixas, emprunte le chemin dit « des Coumos ou Coumes », passe par le non moins joli hameau de Calce (dérivé du mot « cal » signifiant « rocher », ce nom à la même origine que les mots  « calcaire, chaux », et ça parait une évidence au regard de la géologie du coin !) et grimpe au roc avec une multitude de découvertes que je ne soupçonnais pas. Personnellement, connaissant déjà le village de Baixas, j’ai démarré sous un ciel maussade et une redoutable tramontane depuis un carrefour qui se situe 250 mètres juste après la chapelle Sainte-Catherine (déjà décrite dans ce blog avec Notre-Dame de Pène). Là, il suffit de suivre le balisage jaune qui emprunte une voie carrossable et  bitumée qui file sans détour vers Calce. Le Roc Redoun plus connu des vététistes et des chasseurs (à ne pas confondre avec le pic Redoun (2.677 m) dans le Haut-Conflent, qui lui domine le GR.10 et les gorges de la Carança) est en surplomb sur votre droite. Bien qu’en grande partie asphalté, ce chemin entre vignes et collines, bordé de nombreux amandiers et de quelques oliviers sauvages, n’est pas lassant car il s’élève doucement laissant découvrir derrière soi et dans ce vallon qui s’entrouvre de jolis panoramas vers Baixas et Perpignan, et bien plus loin encore, vers la Méditerranée et les Albères. Seul dans ce décor dépouillé, ce jour-là, mon attention a été mise en éveil par d’innombrables passereaux et ma progression s’effectue au même rythme que celles de plusieurs étourneaux, grives, alouettes et autres chardonnerets qui s’envolent à tire d’ailes au fur et à mesure que j’avance sur ce parcours. En ce jour de janvier plutôt terne, or mis l’ocre de la terre et les différents verts de la végétation, les seules vraies touches de couleurs sont offertes par quelques jaunes ajoncs ou de bleus romarins en fleurs. Au moment où le chemin se stabilise puis redescend régulièrement vers la Serre de Calce, sur la gauche, le Canigou et les autres sommets pyrénéens surgissent à l’horizon. Au passage, on remarque une multitude de constructions de pierres sèches dont plusieurs casots, puits, orris ou autres cabanes dont celle magnifiquement restaurée dite de « Las Coumes ».  Quand le large chemin des Coumos se termine avec la fin de ce petit vallon que je viens d’arpenter, il n’y a rien de plus normal quand on sait que les mots « coume, coumes, coumos » ont la même étymologie que le mot « combe ».  Alors une coume, c’est une combe, un vallon ou une petite ravine. A ce carrefour, deux solutions sont offertes : soit, on ne connaît pas Calce qui se trouve sur la gauche et  je conseille vivement d’aller découvrir ce joli hameau soit on poursuit à droite en suivant les indications on ne peut plus claires d’un petit panonceau jaune précisant le Roc Redoun. Calce est à moins de 500 mètres et avec ses jolies ruelles anciennes, son église avec son beau clocher et son vieux château du XIIeme siècle, il est évident qu’on ne regrette pas cet agréable petit détour, d’autant qu’un Bistrot du Pays « Le Presbytère » peut accueillir le visiteur tout au long de l’année pour un sympathique déjeuner ou plus simplement pour étancher sa soif. Pour le Roc Redoun, il faut ensuite revenir sur ses pas et grimper vers cette longue colline aride que l’on a longée depuis le départ. Cette colline, elle s’appelle « les Coumos de la Quirro » et on peut fort légitimement la traduire en « Combe des rochers » tant il y a de pierres ici. Une fois à cheval sur cette croupe rocailleuse qui s’intitule La Cresse, les paysages se dévoilent de toutes parts : sur l’autre versant vers la Vallée de l’Agly, vers la Tour del Far, la montagne de Tauch et plus globalement les Corbières où l’on peut distinguer les châteaux cathares de Quéribus et Peyrepertuse et encore un peu plus loin, le Puig du Bugarach et les premiers sommets ariégeois enneigés. A l’horizon, toujours cette longue chaîne de montagnes qui s’étire des Albères aux Pyrénées en passant par les pics vallespiriens, le Massif du Canigou, celui du Coronat et du Madres et tout en s’élevant dans ce paysage presque quasi lunaire jusqu’aux pylônes du Roc Redoun, c’est peu à peu, toute la vaste Plaine du Roussillon que va se dérouler comme un tapis devant nos pieds. Au regard de la modeste altitude de ce roc, on peut s’étonner de la beauté du spectacle entrevu sur cette multitude de panoramas aperçus mais en y réfléchissant, n’est-on pas à la même hauteur que le sommet de la Tour Eiffel ? D’ailleurs, en installant leurs antennes hertziennes au sommet de ce roc, les sociétés de télévision et les radios ne s’y sont pas trompées et elles savaient que rien n’arrêterait leurs ondes, leurs images et leurs musiques. Moi, avant de redescendre vers ma voiture sur un sentier toujours aussi pierreux, la seule mélodie que j’ai entendue, c’est celle d’une violente tramontane soufflant à 100 km/heure et qui sifflait stridente et métallique dans les câbles et les haubans de ces immenses antennes et pylônes d’acier. Cette musique, sortit tout droit d’une espèce de hard rock « heavy metal », ici  on aurait pu très justement l’appeler le « rock Redoun ». Plusieurs chemins sont proposés pour descendre vers Baixas mais personnellement, j’ai choisi le plus simple et le plus court qui traverse en son milieu le Pla de la Vila par une agréable petite pinède. On rejoint la piste où se trouve l’ancienne carrière de marbre bleu et il suffit de poursuivre pour retrouver l’ermitage de Sainte-Catherine. Dans ce secteur, il faut néanmoins faire attention car en cette saison, il est amplement fréquenté par les chasseurs à plumes et c’est sous un déluge de détonations de tirs que j’ai rejoint ma voiture. Ce circuit peut être réaliser en moins de 3 heures et un peu plus selon le temps qu’on aura consacré à la visite de Calce. Un peu plus aussi, si on décide de partir de la cité de Baixas et de la visiter également. Les deux villages méritent vraiment qu’on s’y attarde. Cartes IGN 2548 OT Perpignan-Plages du Roussillon et 2448 OT Thuir-Ille-sur-Têt Top 25.

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  • Dans ma vie professionnelle, j’ai d’abord été informaticien pendant une quinzaine d’années puis ensuite tout en continuant à travailler sur des ordinateurs, j’ai plutôt œuvré dans la gestion, la comptabilité et la finance jusqu’à ma récente retraite. Alors, les chiffres et les nombres, je pensais, sans prétention aucune, en avoir fait le tour et évalué leur nécessité  et leur importance. Dans mes divers métiers et notamment ceux en relation avec l’informatique, on tire bien évidemment un certain avantage à donner des numéros à un élément d’un fichier  et pour donner des exemples : au client X, on attribue le numéro 1000 ou bien le salarié Durand est le matricule 15, ceci bien entendu au sein d’une liste d’un fichier qui peut recenser un nombre indéterminé d’éléments.  Toutefois et tout en manipulant des chiffres et des nombres à longueur de journée, j’ai toujours eu à cœur dans mes relations avec les autres d’oublier leurs numéros de codifications pour les considérer comme il se doit comme des êtres humains. Quand j’avais à faire à un client, à un fournisseur ou à un salarié, je l’appelais toujours par son nom voire son prénom quand il s’agissait d’un(e) collègue et je ne lui disais pas « numéro 1000 » ou « matricule 15 », etc... A dire vrai, appeler une personne par son numéro ou son matricule, ce n’est pas l’éducation que m’avait donnée mes parents et cette idée ne m’est à vrai dire jamais venue à l’esprit et bien au contraire, j’avais encore en tête d’avoir lu que c’était la manière abominable dont les nazis désignaient les déportés dans certains camps de concentration.

    L’Administration Française et en l’occurrence, pour ne pas la citer, la Caisse d’Allocations Familiales a, semble-t-elle, oublié cette sacro-sainte éducation et je ne vous cache mon immense déconvenue quand l’autre jour le facteur est venu me remettre une lettre en me disant : « C’est bien vous l’allocataire 15931…? ». J’ai d’abord été très surpris de la question puis j’ai sans doute bégayé quelque chose avant d’apercevoir, au dessous de ce numéro, mon adresse dans la fenêtre de l’enveloppe qu’il me tendait et en prenant ce courrier, je n’ai pas trouvé autre chose à lui dire que : « Oui, c’est sans doute moi ! ».  

    J’avais l’impression d’être revenu 40 ans en arrière et d’être entré de pleins pieds dans la célèbre série télévisée  que je regardais à l’époque c’est à dire « Le Prisonnier » , dans laquelle tous les personnages s’appelaient par des numéros. Le « Prisonnier », alias ce fameux N°6 était constamment poursuivi et martyrisé par le N°2 qui voulait lui faire avouer pourquoi il avait démissionné de son poste d’agent secret. En quelque sorte, j’ai eu, ce jour-là, le sentiment d’être le N°6 interrogé par le facteur qui était le N°2.

    Puis quand le facteur a eu tourné les talons, la colère et l’indignation ont pris le pas sur l’étonnement. Ô non, or mis sa maladresse dans sa façon de s’exprimer, je n’avais pas grand-chose à reprocher à ce « brave » facteur qui, dans le cadre de son travail, avait posé une simple question pour s’assurer que j’étais bien le bon destinataire, mais sur le moment, j’ai eu vraiment une vive animosité contre cette Caisse d’Allocations Familiales dont j’avais le sentiment qu’elle avait oublié que j’étais un être humain.

    Alors, j’ai ouvert l’enveloppe et j’ai constaté que cette lettre de la CAF ne m’était pas adressée mais elle concernait ma mère dont je suis le tuteur légal depuis 2 ans. Croyez-vous que cela a atténué ma colère ? Non, bien au contraire et je dirais presque que cela n’a fait que l’amplifier. En effet, ma mère est atteinte de la Maladie d’Alzheimer depuis quelques années et les psychiatres la décrivent en ces termes : « elle est sénile et dans un état de dépendance physique et psychique majeure qui nécessite qu’elle réside obligatoirement dans une institution médicalisée de façon définitive ». Alors, j’estime que c’est déjà excessivement difficile de voir sa maman finir sa vie comme ça sans que l’Administration en rajoute en la traitant comme un simple numéro. Ma mère, un numéro ? Non, ça je ne pouvais pas l’accepter et il m’est venu la haine ! Et croyez-moi je n’ai eu que très rarement la haine dans ma vie, pour ne pas dire jamais contre quelqu’un ou quelque chose. Mais là c’était trop et ayant travaillé dans l’informatique, je sais pertinemment qu’il est très simple de régler un problème tel que celui-là !

    Ma mère, malade d’Alzheimer, un numéro ? Non, c’était inacceptable et j’ai eu immédiatement envie d’écrire à la CAF en question pour leur signifier le fond de ma pensée. Puis, je me suis dit qu’il devait en être de même pour tous les autres allocataires de la CAF et que les gens prêtaient sans doute plus d’attention au contenu de leur courrier qu’à la manière dont leur adresse y était mentionnée. Alors, en prenant connaissance du contenu de cette lettre, mon indignation ne fit que s'accroître une fois de plus car la CAF m’informait qu’elle supprimait tous ses droits à ma maman. Ô non, ce n’est pas le fait d’avoir perdu les 15,20 euros par mois qu’elle percevait depuis une année seulement qui changeât ma manière de voir les choses mais c’était tout cet ensemble de pratiques et de décisions que je trouvais injustes, qui ajoutait à ce problème de « numéro », est venu excessivement m’irriter.

    Mes parents étaient, ce que l’on appelle, des ouvriers et ils n’ont jamais « roulé sur l’or ». Mon père était comptable et ma mère faisait des ménages pour que ses trois enfants ne manquent de rien. Comme on dit, ils se sont «saigner aux quatre veines » pour nous élever et nous donner une excellente éducation. Puis quand nous avons été casés, ils ont fait un crédit et ils ont puisés dans leur petite épargne qu’ils avaient économisée sous à sous pour s’offrir un appartement de 50 m2 au rez-de-chaussée d’un très vieil immeuble où leur unique bien-être était qu’il disposait d’un petit jardin. Mon père est décédé à 64 ans et il n’a ni profité de ce petit jardin et encore moins de sa retraite. Ma mère resta seule et au moment où elle aurait pu bénéficier d’une vie un peu plus paisible, elle a été très injustement rattrapée par cette infâme maladie qui l’a peu à peu transformée en véritable zombie.  Mais je dois le dire, avant tout ça, nous n’avons jamais manqué de rien et surtout pas de protection, d’affection et d’amour que notre mère avait à revendre.

    Aujourd’hui, en additionnant sa propre retraite et la réversion de mon père, ma mère perçoit 1.400 euros de retraite par mois et dans le contexte économique actuel très difficile, on est en droit de considérer que ce n’est pas mal de tout car des gens qui travaillent ne gagnent pas autant.  Mais malgré ce revenu « correct », la maison de retraite spécialisée Alzheimer où elle réside, lui coûte 2.500 euros par mois. Alors quand je lis que la CAF a étudié ses droits et qu’elle n’a plus droit à aucune prestation, je l’avoue, j’ai honte d’être français et je suis indigné. Pour « joindre les deux bouts » et assumer les frais de la maison de retraite, j’ai vécu comme une humiliation d’avoir été contraint de vendre ce petit appartement que mes parents avaient mis tant d’années à acquérir. Et quand je dis ça, ce n’est pas  pour profiter plus tard d’un quelconque héritage mais je vis cette obligation de dépendance de ma mère comme une terrible injustice. Aujourd’hui, malgré un projet de loi adopté très récemment, on hésite à suspendre les allocations aux parents dont les enfants ne vont jamais à l’école, on hésite à supprimer les prestations aux parents dont les enfants on maille à partir avec le justice. Pourtant, dieu sait s’il y en a ! Qui n’a pas entendu parlé d’escroqueries, d’abus et de fraudes diverses aux prestations sociales ? Ces tristes réalités reviennent constamment sur le devant de la scène médiatique. En contrepartie, on n’hésite pas à supprimer radicalement une très faible allocation à quelqu’un qui a eu une vie exemplaire et qui est désormais dépendant à cause d’une terrible maladie. Il y a tellement de gâchis en France, d’abus financiers, de passe-droits, de conflits d’intérêts, d’écarts de plus en plus importants entre les plus pauvres et les plus riches.  

    Alors, voilà pourquoi, je me suis indigné en recevant cette lettre.

    Non, ma mère ne méritait ni cette maladie ni ce peu de considération de l’Administration Française. Non ma mère n’est pas un simple numéro, mais je le dis bien haut : « Pour moi, au temps où elle allait bien, ma mère, a toujours été un « sacré numéro » !!!


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