• LE BAOU ROND A SORMIOU par jullie68

     
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    De mon enfance et de ma jeunesse à la calanque de Sormiou, je garde de nombreux et heureux souvenirs mais quand je monte vers le Baou Rond, deux d’entre eux me reviennent à l’esprit systématiquement. Le premier est assez cocasse : Avec mon cousin Paul, quand nous avions 13,14 ou 15 ans, nous aimions bien cette courte balade et à l’époque, il ne nous fallait guère plus d’une heure pour monter au Baou Rond, redescendre par le Vallon des Escourtines pour revenir à la calanque par l’allée des Acacias. Quand nous quittions le cabanon, ma tante nous criait : « n’oubliez pas le pécu ! » mais si ce conseil avait été utile la première fois où nous étions montés au Baou Rond, ensuite il ne l’était plus vraiment et de nombreuses feuilles de papier toilettes étaient déjà au fond de nos poches respectives quand nous démarrions. Bien sûr, ces feuilles avaient leur utilité première au cas où, comme l’on disait, nous avions envie de déposer « une sentinelle » ; mais dans nos têtes, nous ne les prenions pas vraiment pour ça. Non, ces feuilles servaient à un drôle de concours qui consistait, depuis le pinacle du Baou Rond, à les laisser s’envoler au gré du mistral et d’observer celles qui allaient se déposer le plus loin. Alors ces feuilles de pécu que nous sortions une à une et avec précaution de la poche de nos shorts et qui disparaissaient au dessus de la merveilleuse calanque se transformaient en points, puis au final, en parties gagnées ou perdues. Ce qu’il y a de risible dans cette histoire, c’est quand nous repartions les poches vides et qu’ils nous prenaient l’envie de « caguer » ; alors nous redescendions les sentiers et les éboulis en courant et c’est plus d’une fois que nous sommes revenus au cabanon soit avec des « traces de pneus » dans nos slips Kangourou ou bien avec les genoux complètement écorchés à cause des chutes, tellement l’envie était pressante. Le deuxième souvenir concerne ce que nous appelions « la cabane à Bob ». Quand, enfants, nous prenions le sentier qui mène vers la calanque de Morgiou ; c’est le même qui va au Baou Rond ; il y avait, tout en haut d’une  paroi et un peu à l’écart du chemin, une cabane. Les plus grands l’appelaient la « cabane à Bob ». C’était une cahute adossée à la blanche falaise et dissimulée derrière une haie de sumacs des correyeurs et d'un figuier. Elle était faite de quelques planches et de grosses pierres des éboulis calcaires qu’il y a un peu partout par ici.  Il y avait toujours des bouteilles vides, des journaux et surtout des casseroles et des boites de conserves noircies par un feu de camp que nous trouvions soit éteint soit encore fumant en arrivant. A écouter les plus grands, parfois, j’avais le sentiment que ce « fameux » Bob nous avait entendu arriver et qu’il se planquait pour éviter de nous rencontrer. Mais, moi ce qui m’impressionnait le plus, c’était ces quelques poulpes que nous trouvions très souvent  pendus entrain de sécher au soleil. A l’époque, j’avais une peur bleue et une sainte horreur des poulpes que mon père pêchait dans des nasses qu’on appelait « jambins » ; mais de voir, ces animaux secs et raides, eux qui sont habituellement flasques et très vivaces, pendus devant la porte de cette cabane avait un aspect sordide et pour moi, presque démoniaque. Mes copains plus âgés prétendaient avoir rencontré « Bob » mais personnellement je ne l’ai jamais vu et c’est marrant comme j’en garde encore aujourd’hui une étrange vision dans mon imagination. Je le vois comme un homme des cavernes ou des bois, sauvage et sale, vêtu de peaux de bêtes, avec une grande barbe hirsute et un visage dur et patibulaire, une espèce d’homme de Cro-Magnon qui se nourrissait essentiellement de poulpes desséchés.  Aujourd’hui, tout a disparu, la végétation a tout envahi et au pied de la paroi, il ne reste plus rien de la « cabane à Bob ». Mais trêve de souvenirs car il est temps que je vous explique comment on grimpe au Baou Rond. Le sentier démarre de la calanque de Sormiou et plus particulièrement de son petit port au dessus duquel on chemine en direction de « Blanc ». Pour les calanquais, « Blanc » c’est un petit cap où se trouve le cabanon plus connu désormais comme étant celui de Fabio Montale, rôle d’un inspecteur de police marseillais tenu par Alain Delon pour une série télévisée. Vingt mètres avant d’arriver à ce cabanon, on prête attention à une sente balisée en rouge qui monte à gauche du chemin. Ce petit sentier balisé en rouge et qui grimpe sans cesse en direction des crêtes, on ne va plus le quitter jusqu’à rencontrer un énorme cairn à la jonction de multiples itinéraires qui s’appelle tout simplement le Carrefour sur les cartes. Sur la droite, le chemin file vers le Cap de Morgiou et nous, on part à gauche à l’opposé en suivant un balisage bleu. Le sentier qui emprunte les crêtes et laisse entrevoir de magnifiques vues de tous côtés devient plus rocailleux et donc plus difficile à arpenter. Au moment où il se hisse sur un dénivelé un peu plus pentu vers un petit défilé, on quitte le balisage pour une étroite sente faite d’un étroit pierrier qui part vers la gauche en direction du bord de la crête. Ici, commence l’ascension du Baou Rond. En provençal, Baou signifie rocher ou escarpement rocheux et Rond est vraiment la meilleure formule pour désigner ce dôme arrondi que l’on rejoint en quelques minutes après avoir quitté le chemin principal. Du haut de cet énorme mamelon, les vues sur la calanque de Sormiou et sur Marseille sont tout simplement époustouflantes. On aperçoit aussi le phare de Planier, les îles de Riou, Plane, Jarre et le Bec de l’Aigle tout au bout d’une enfilade de falaises marines qui sont, on le dit à Marseille, les plus hautes d’Europe. Derrière nous, on aperçoit les collines marseillaises avec de grandes pinèdes mais malheureusement aussi, vers Carpiagne, de grands espaces rases, ravagés il y a peu de temps par un grand incendie. Après avoir jeté quelques feuilles de « pécu » au gré du vent et en souvenir du temps passé, on redescend vers le sentier balisé que l’on poursuit dans la direction délaissée juste avant d’être monté au Baou Rond. Soudain, le sentier s’élargit en une spacieuse piste caillouteuse balisée désormais en jaune et bleu qui file en descente et droit en direction de Marseille. On atteint quelques petits pins et une nouvelle intersection. On délaisse la large piste et on emprunte à gauche un sentier plus étroit qui est peint de marques jaunes et bleues mais aussi en rouge et blanc. On est sur le G.R.51 long de 290 kilomètres qui file jusqu’à Menton. A l’instant même où le sentier coupe un étroit vallon, sur la gauche, on domine à nouveau Sormiou et son petit port au fond d’un large défilé. Comme on doit descendre dans ce vallon, on délaisse le sentier des crêtes au profit d’un autre qui descend à main gauche, même s’il est marqué d’une croix d’interdiction. Cet itinéraire, c’est le rocailleux et tortueux sentier des Escourtines, qui en provençal vient du verbe « escourter » qui veut dire « écourter, raccourcir ». Ce raccourci  va nous ramener directement  et très rapidement jusqu’à la calanque. On débouche dans l’allée des Acacias et on retrouve le petit port et la sublime calanque. Sur la gauche et depuis le port, on jette un dernier regard  sur l’impressionnant Baou Rond que l’on vient d’escalader. Enfant, j’étais toujours étonné de l’avoir gravi et pour moi, d’en revenir c’était un véritable exploit, un peu comme si j’avais vaincu l’Everest. Comptez deux heures pour ce circuit où il faudra être équipé de bonnes chaussures de marche. Avant de partir, informez-vous sur les périodes où les randonnées sont autorisées dans ce secteur du  massif des calanques. Carte IGN 3145 ET Marseille-Les calanques Top 25.


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  • LES PRES SALES D'ARES ET DE LEGE ET LA DUNE DU... par jullie68

     
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    En ce début du mois septembre, nous avions décidé de quitter nos chères Pyrénées-Orientales, ses cimes élevées et ses vallées perpétuelles, ces éreintants dénivelés pour un pays on ne peut plus plat, celui d’Aquitaine et plus particulièrement cette merveilleuse région qui borde le Bassin d’Arcachon. Mais quand on aime la marche, ne va-t-on pas s’ennuyer à arpenter ce pays plus plat qu’une limande ? Oui, bien sûr, comme le font chaque année des milliers de touristes, nous avons gravi  l’étonnante dune du Pilat qui avec ses 105 mètres de haut, ses 2.700 mètres de long et ses 500 mètres de large constitue la formation sableuse la plus importante d’Europe. De là-haut, même si les vues sur l’Atlantique, les plages, le bassin et la forêt d’Aquitaine sont époustouflantes, peut-on considérer cette très courte escalade comme une véritable balade ? La réponse est non. Pour en faire une véritable randonnée, peut-être aurait-il fallu, dans une espèce d’excursion « saharienne », cheminer la totalité de sa crête puis revenir par la plage du Pilat ou la forêt d’Arcachon ! Alors, pour ne pas avoir prévu cette possibilité, nous avons cherché une belle balade de quelques heures et vous savez quoi, elle était à quelques encablures de la jolie maison que nous avions loué dans l’agréable village de Lège-Cap Ferret. En effet, les Prés Salés est un site sauvage de 495 hectares situé au nord du Bassin d’Arcachon. Classé en réserve naturelle nationale depuis 1983, une partie des terrains est la propriété du Conservatoire du Littoral. Entourés de forêts, de pinèdes et de dunes boisées, rythmés par les saisons et le mouvement incessant des marées, alimentés en eau douce par le Canal des Etangs, les Prés salés sont constitués de micro habitats où se réfugie une faune exceptionnelle composée parfois d’espèces très rares et qui bénéficient de mesure de surveillance et de protection. Il y a également de nombreuses plantes insolites qui supportent des conditions écologiques très spéciales et notamment le recouvrement temporaire en eau de mer et la forte teneur du sel dans le sol. Selon les saisons, on observera diverses espèces d’oiseaux : canards, oies sauvages, limicoles, hérons, milans, passereaux, martins pêcheurs, cygnes tuberculés,  etc.… j’en passe et des meilleurs car il a été recensé plus de 200 espèces de volatiles différents. Mais si vous avez un peu de chance, vous observerez aussi quelques mammifères (loutres, chevreuils, sangliers, ragondins) et dans la classe des reptiles, la tortue Cistude ou bien le lézard vert. Quand aux insectes et papillons, ils sont abondants à la bonne saison et nombre d’entre eux sont rares et évidemment protégés. Le départ du circuit s’effectue depuis le port ostréicole d’Arès. Avec des vues inhabituelles et un aspect presque encore originel, le bassin d’Arcachon s’étale devant vous. Sur votre droite, un grand panneau indique que l’on entre dans la Réserve Naturelle des Prés Salés. Ici on quitte définitivement la frénésie immobilière de la côte pour entrer dans une zone essentiellement naturelle et sauvage où les rares habitations sont quelques cabanes en bois construites par les ostréiculteurs et les chasseurs. Le chemin qui emprunte le G.R.8 est d’abord rectiligne. Le sentier se faufile au milieu d’une dense végétation composée de haies de ronces ou de chèvrefeuilles, parfois de petits chênes verts ou chênes liège ou encore de tamaris et d’arbousiers. De temps à autre, on enjambe une écluse. Elles font le lien entre le bassin et les plans d’eau des anciennes réserves à poissons construites au 19eme siècle.  D’ailleurs, si le niveau de l’eau est bas, vous pourrez sans doute observer des mulets, des petits bars et autres minuscules gambusies qui s’ébattent près de la surface. Ils viennent moucheter quelques insectes dans de minuscules poches d’eau encore inondées d’une eau saumâtre et souvent boueuse. Au bout de 10 minutes de marche, vous apercevez sur votre gauche une passerelle de bois. Ici deux options s’offrent à vous avec dans les deux cas, des panneaux directionnels indiquant le « Tour du Bassin d’Arcachon ». Balisée de jaune et rouge, ce chemin constitue une autre randonnée bien plus longue que celle qui nous occupe aujourd’hui. Si vous choisissez de prendre la passerelle, prenez garde aux horaires des marées car vous allez marcher à même les prés salés c'est-à-dire dans une zone inondable dès lors que la mer va commencer à monter. Sur un terrain sableux, quelquefois vaseux ou même carrément mouillé, il suffit de suivre les poteaux bien visibles peints d’une marque jaune ou bien flanqués avec le logo de la réserve. Parmi des champs de roseaux, de laîches et de joncs, le sentier se fraye un chemin au milieu de frêles rigoles que de petits filets d’eau empruntent à la marée montante. Le chemin file vers l’ouest en direction du Cap-Ferret puis il coupe une large piste que l’on emprunte plein nord. L’itinéraire rejoint la route départementale 106. Là, on tourne vers la droite en direction de Lège. On ne peut pas louper l’originale Cabane du Résinier, un homme très accueillant qui tient un espèce de bric à brac ou de capharnaüm, ô combien ludique et instructif sur la faune, la flore et les activités passées ou présentes de la région et notamment le gemmage. Pour le pur bonheur qu’il apporte à ses visiteurs, achetez lui un objet ou bien laissez lui une obole. Après la cabane, il suffit de poursuivre le long de la route soit pour rejoindre une partie du chemin pris à l’aller soit pour retrouvez un peu plus loin, le sentier du G.R.8 qui par la droite va vous ramener au port ostréicole d’Arès. Comptez au moins deux bonnes heures pour effectuer cette boucle en prenant le temps de la découverte. Le terrain est plat et ne nécessite aucun un équipement particulier. Pensez à prendre des jumelles mais si vous les avez oubliées sachez que le garde ONCFS est très sympa et il se fera un plaisir de vous prêter les siennes si nécessaire. En plus et  très gracieusement, il vous donnera toutes les explications utiles sur la Réserve Naturelle, sa faune et sa flore. Des visites guidées sont également organisées et les offices du tourisme régionaux se feront une joie de vous orienter. On terminera cette agréable balade par la visite de port d’Arès où l’on ne peut regretter qu’une chose que les prix d’une dégustation d’huîtres chez les ostréiculteurs ne soient pas très souvent affichés ! Carte IGN 1337 ET Bassin d’Arcachon Top 25.


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  • milie

    Hier 3 octobre, en rentrant d’un voyage à Marseille, nos amis Lynda et Jacques étaient inquiets. Ce sont eux, en notre absence, qui s’occupent de nos quatre chats Milie, Zouzou, Chavache et Noxy. Ils étaient anxieux car Jacques avait vu notre petite Milie s’enfuir après s’être fait heurtée par une voiture. Si dans la soirée, les trois autres chats étaient là bien au chaud dans la maison, Dany et moi étions angoissés car Milie ne donnait pas signe de vie. Bien qu’elle était coutumière de ce type d’absence, j’avoue que cette fois-ci j’appréhendais le pire. Avant de partir nous coucher, nous l’avons appelé et cherché, mais en vain. Au réveil, toujours pas de nouvelles de Milie. Nous l’avons cherché une partie de la matinée, nous avons interrogé le Fichier National Félin, puis la Mairie et les services de voirie et de fourrière compétents mais sans succès. En fin de matinée, notre voisin,  intrigué par les aboiements de son chien, a aperçu Milie au fond d’une buse en béton qui longe sa maison, mais, ne sachant pas si elle était vivante ou bien morte, il est parti chercher une torche. Avant qu’il ne revienne avec la torche, à mon tour, je me suis penché dans cette canalisation et laissant mes yeux s’habituer à l’obscurité, j’ai rapidement compris que Milie était inerte. Notre petite et gentille Milie était morte, là au fond de ce conduit, sans doute d’une hémorragie interne. Triste destin, Milie était née dans un caniveau.

     

    Milie, était une chatte Bombay de 6 ans, toute noire avec juste une petite touffe de poils blancs sur le poitrail, détail qui selon les spécialistes suffisait à la cataloguer comme n’étant pas de race pure mais dont on se foutait comme de notre « première chemise ». Ces yeux étaient d’un jaune intense qui pouvait varier du jaune ambré au jaune citron et c’est vrai que son regard pouvait parfois impressionner car tout en elle, sauf sa taille, la faisait ressembler à une panthère noire. Mais pour nous qui la connaissions parfaitement, Milie n’avait rien d’un animal féroce bien au contraire. Bien que mangeant à sa faim, Milie était chétive voire famélique, elle était très craintive, peureuse même et elle n’acceptait les caresses que dans certaines conditions. Depuis peu de temps, elle était devenue vraiment affectueuse et les « quatre fers en l’air », elle appréciait les caresses sur le ventre. Quand nous l’avions recueilli en 2004, ce n’était qu’un tout petit chaton abandonné et apeuré au fond d’un fossé. Craintive à l’extrême, Milie avait mis très longtemps à accepter la domestication et c’est avec une patience infinie que Dany l’avait d’abord allaitée, puis alimentée et enfin apprivoisée. Milie semblait d’ailleurs considérer Dany comme sa mère car presque tous les soirs, elle venait dans notre lit se faire câliner et très souvent elle tétait Dany comme un petit chaton en manque d’affection. Malgré cette méfiance qu’elle avait en général vis-à-vis des humains, jamais une seule fois, Milie n’avait sorti ses griffes et eut un coup de pattes déplacé envers quiconque. Milie était la gentillesse même et j’ai beau me dire qu’il faut relativiser la perte d’un animal de compagnie, son absence va être longue, douloureuse et difficile à accepter, surtout pour Dany qui était très attachée à elle.

     

    Elle s’appelait Milie,

    Son pelage était plus noir que la nuit.

    De son enfance, elle gardait les blessures

    Mais son cœur était beau et pur.

    Une touffe de poils blancs sur le cœur,

    Qu’elle ne montrait qu’à contrecoeur,

    Ses yeux jaunes exprimaient la détresse.

    Parfois l’amour, toujours la gentillesse.

    Elle est partie sans faire de bruit,

    Notre chatte s’appelait Milie.


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