• LA TORRE DE CREU A MATEMALE par jullie68

     
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    Gérard Lenorman chantait « rien n’est plus beau que la neige aux cimes des montagnes, rien n’est plus beau que nos mains quand elles se rejoignent ». Alors faites vôtres ces quelques vers, donnez-vous la main et partez en groupe, en famille ou en amoureux, faire cette douce balade dans le Capcir au cours de laquelle vous découvrirez la Torre de Creu ou du moins ce qu’il en reste, la forêt de la Matte et pour finir, le barrage, le splendide lac et le beau petit village de Matemale, le tout entouré de montagnes enneigées comme dans la chanson, à condition que l’été ne soit pas trop avancé bien sûr. Sans pratiquement aucun dénivelé (120 m), vous alternerez les flâneries sur des sentiers forestiers ombragés et celles plus bucoliques à travers de vertes prairies jonchées de fleurs. Vous enjamberez l’Aude qui n’en est ici qu’à ses prémices et qui n’est qu’un mince et rafraîchissant ruisseau. Fleuve méridional s’il en est, il zigzague au gré des herbages, cherchant déjà le chemin le plus court pour rejoindre la Méditerranée. Vous tomberez nez à nez devant la surprenante Torre de Creu. Cette Tour de Creu ou de la Croix est, selon l’angle sous lequel on la regarde, une espèce de Tour de Pise qui aurait subi de graves secousses telluriques. D’ailleurs, le mot « Torre » est pour le moins trompeur car il s’agit en réalité des vestiges du donjon d’un ancien château dont les premières mentions dateraient de 965 sous le nom de « villa Cruce ». En vérité, l’Histoire dit peu de choses quand à sa toute première origine mais, comme souvent et par mesure de protection, les villageois se sont sans doute regroupés autour d’une chapelle formant ainsi et peu à peu un petit hameau entouré de remparts. Sous la coupe de divers châtelains, le hameau de Creu est passé de mains en mains au gré des conflits et des dissensions que la haute vallée de l’Aude a connu au fil des siècles et des règnes. Le hameau était, parait-il, encore habité au 19eme siècle, ce qui, au regard de son état de délabrement extrême, semble difficile à imaginer. L’édifice n’a pas eu la chance d’être restauré comme bons nombres d’autres monuments l’ont été et des pans entiers sont d’ailleurs tombés au cours du 20eme siècle et encore très récemment en 2008. Interdit au public en raison du danger, vous ne pourrez sans doute pas l’approcher comme nous l’avions fait en 2006 pour prendre quelques photos au pied de ses ruines. Le départ de ce joli circuit s’effectue depuis Matemale dont l’origine du nom est apparemment sans équivoque pour les historiens : le toponyme « mata » signifiant « bois », on peut facilement traduire « matemale » en « bois mauvais ». Il reste à comprendre pourquoi cette forêt de la Matte était mauvaise : pour la qualité de ses essences ou bien à cause des animaux « féroces » (ours, loups, etc.…) qui l’occupaient sans doute dans des temps plus reculés ? L’Histoire ne le dit pas !  On emprunte la rue de la Mouline, on sort du village par le G.R. Tour du Capcir et on continue environ 900 m sur le bitume jusqu’à une intersection ou l’on tourne à droite en enjambant le pont dit de La Molina. Le chemin désormais rectiligne qui longe une toute petite partie de la forêt domaniale du Cami Ramader va vous emmener sans problème jusqu’à la Torre de Creu. D’ailleurs, et même si vous regardez autre part car les paysages alentours sont merveilleux, la tour en ruines sera dans votre visée bien avant de l’atteindre. Vous tournez à gauche sur la D.4 pour atteindre la tour mais comme vous êtes attirés par elle, vous oubliez le bitume et vous partez tout droit dans le pré. La visite étant des plus sommaires, vous poursuivez la D.4, commune avec le P.R.22 vers Camps Grans en enjambant un autre pont sur l’Aude. Le fleuve, dont le cours est régulé par le barrage, n’est ici qu’un étroit ruisseau de 2 mètres de large qui zigzague dans l’herbe rase de la prairie. A Camps Grans, vous délaissez la route qui part vers Formiguères au profit de celui qui part plein sud en direction de la forêt de la Matte. Vous restez constamment sur la piste balisée en jaune. Elle coupe la D.118 puis atteint la forêt que l’on traverse en direction des Angles. D’ailleurs, une fois la forêt franchie, la station n’est pas très loin et vous apercevez sur votre droite tous les petits chalets parfaitement alignés dans le bois du Bac de Vallserra. Les pâturages et les champs sur votre droite et la forêt sur votre gauche, vous poursuivez la piste qui va se rapprocher de la D.32. Heureusement vous n’aurez pas à cheminer le goudron car l’itinéraire aussitôt s’en éloigne en direction d’un parcours sportif et du lac de Matemale qui n’est plus très loin maintenant. Vous traversez la forêt de la Matte dans l’autre sens et au sortir du bois, près d’un parking et d’une aire de pique-nique, la vaste et lisse retenue d’eau d’un bleu outremer surgit tout à coup. On retrouve le G.R. Tour du Capcir que l’on emprunte en tournant à gauche en direction du barrage construit en 1959 pour la production d’électricité. Le retour est d’une grande simplicité car il suffit de franchir la longue digue avec, bien évidemment, de très belles vues sur le lac et le village et de poursuivre l’itinéraire en direction de la centrale électrique. Peu après le site industriel, on retrouve l’asphalte de la D.52 qui entre dans Matemale et la boucle d’environ 14 kms se referme. Ce circuit ne présente aucune difficulté et s’adresse à tous petits et grands et bien que Matemale soit la capitale de la pomme de terre, il ne sera pas indispensable d'avoir la "patate" pour l'accomplir. Bien que j’aurais tendance à conseiller la fin du printemps ou le début de l’été, car « rien n’est plus beau que la neige aux cimes des montagnes », cette belle randonnée est réalisable toute l’année et bien sûr en hiver avec des raquettes. Carte  IGN 2249 ET Font-Romeu-Capcir Top 25

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  • LA SOURCE DES VERRIERS par jullie68

     
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    Il y a encore quelques mois, j’ignorais tout de ce joli circuit qui mène à la Source des Verriers. Pourtant dieu sait si bien des fois j’avais arpenté cette magnifique forêt de Boucheville ! Du Vivier à Fenouillet ou de Sournia à Rabouillet ou bien de Caudiès jusqu’à Gincla en passant par le vallon d’Aigues-Bonnes, les Gorges de Saint-Jaume, le Pech de Fraissinet, les cols de Tulla, de Benta Fride ou de l’Espinas, sincèrement, je pensais en avoir fait le tour de cette belle et envoûtante forêt. Mais voilà, on ne connaît jamais tout et comme le dit l’adage : « les voies de la Providence sont impénétrables » mais il faut croire que celles de la forêt de Boucheville ne le sont pas ! Ici, en l’occurrence, le mot « Providence » avait pour synonyme le mot « don ». En effet, cet agréable circuit, je l’ai découvert pour la  première fois dans un petit guide intitulé « 34 randonnées en Agly-Verdouble » édité par le Conseil Général des P.O. Ce petit guide, si tout le monde peut se le procurer au prix de 8 euros dans tous les Offices de Tourisme des Fenouillèdes moi, j’ai eu le délicieux privilège qu’il me soit offert gracieusement par un club de randonnée. Et pas n’importe quel club !!! Le Club de Randonnée Pédestre du Foyer Rural d’Auriac du Périgord. Voilà pour la Providence ! C’est déjà très inhabituel qu’un club du Périgord offre un guide de randonnée à un roussillonnais mais qu’à travers ce guide, de surcroit catalan, le roussillonnais d’adoption que je suis découvre de nouveaux tracés, là  on pourrait  penser que si les voies de la Providence sont impénétrables celles pour découvrir cette jolie randonnée l’étaient presque tout autant.  Mais quand je vous aurai dit que c’est grâce à ce blog que vous êtes entrain de compulser que ce « fabuleux contact » s’est noué, là vous serez sans doute moins surpris puisque l’objectif principal d’un blog est tout de même de tisser des liens entre amis ou blogueurs ayant des centres d’intérêts analogues. Voilà pour la petite histoire rocambolesque qui m’a amené en ce beau jour d’été à faire cette belle balade. Quant à la grande Histoire, celle avec un grand « H »,  le guide ne dit pas grand-chose de cette Source des Verriers, si ce n’est qu’il y avait aux temps anciens, une verrerie à cet emplacement actuel de la forêt royale de Boucheville. Il faut savoir qu’au Moyen Âge, c’était monnaie courante que les verreries s’installent au beau milieu d’une forêt. En effet, les verriers érigeaient très souvent leur cabane et leurs ateliers en pleine forêt car ils y trouvaient, en plus du combustible et de l’eau, à peu près tout les minéraux et matériaux entrant dans la composition du verre : minéraux siliceux (sables ou grès), les colorants minéraux (divers oxydes comme l’oxyde de fer par exemple) les fondants (calcaires, potasse des cendres végétales) mais aussi les pierres nécessaires pour édifier les fours, l’argile pour les maçonner et modeler les creusets où ils fondaient le verre. En outre, grâce à la chasse, à la pêche et à la cueillette, les verriers tiraient de la forêt la majeure partie de leur subsistance. Un peu plus tard, à partir du 15eme siècle, il faut savoir que les fabriques de verre ont été le plus souvent l’apanage d’aristocrates car souffler le verre était le seul métier manuel qu’un gentilhomme pouvait exercer sans déroger aux règles de la monarchie et de la noblesse. De cette Source des Verriers, outre la résurgence et le nom qui figure sur un panonceau, il ne subsiste rien et le lieu actuel ne vaut le déplacement qu’à cause d’une agréable aire de pique-nique au sein d’une pinède ombragée au milieu de laquelle coule mélodieusement le petit ruisseau de Boucheville. Le démarrage de cette randonnée se fait depuis la place principale de Vira où un explicite panneau « Source des Verriers-13,5km-dénivelé 320m » donne le signal de départ. Vira est une petite commune paisible des P.O, d’une trentaine d’habitants  blottie au cœur de la forêt domaniale de Boucheville. S’agissant d’un P.R., le balisage est peint d’un seul trait jaune qu’il faudra suivre tout au long de cette boucle qui emprunte pour l’essentiel de larges pistes de Défense de le Forêt contre les Incendies (DFCI).  On quitte Vira en tournant d’abord le dos à la forêt et on emprunte la rue de l’Ouratory (oratoire).  On abandonne rapidement le bitume pour un large chemin herbeux qui passe devant l’oratoire et son crucifix. A l’ombre des noisetiers, le chemin s’élève au dessus de quelques jolies villas puis s’aplanit jusqu’à couper une étroite route goudronnée qui s’élève jusqu’à une intersection où un panneau vous signale par le biais d’un gentil « patou » que l’on entre dans une zone de pâturage. On prend à gauche la piste terreuse DFCI qui descend sous une ferme et l’on aboutit à une prairie en friches où les vues portent très loin vers la longue chaîne des Corbières. On laisse les pistes qui partent à droite et à gauche jalonnées de poteaux électriques et on traverse la prairie sur une vingtaine de mètres toujours en descente jusqu’à couper une petite sente peu visible en raison des hautes herbes. Heureusement, un poteau avec une marque jaune a été planté là au milieu de la garrigue et il indique clairement l’itinéraire à suivre. L’étroit sentier descend dans un obscur sous-bois de feuillus composé principalement de chênes verts, de buis et de hautes bruyères. En suivant le balisage jaune, on arrive sur un petit pont en pierres sur lequel on enjambe le maigre ruisseau de Boucheville. Juste après le pont, on arrive à une combe verdoyante et à un nouveau croisement où un panonceau jaune vous indique « Source des Verriers-Vira 11,9 km-4h10 ». Considérez qu’à partir d’ici, vous avez accompli la partie la plus « tortueuse » du circuit et qu’il vous reste la plus facile. En effet, si vous suivez bien les abondants petits panonceaux « Sources des Verriers » qui jalonnent le chemin (ils sont vraiment très nombreux !) et le balisage jaune en évitant de prendre les sentiers barrés d’une croix, vous rejoindrez l’arrivée à Vira sans aucune difficulté. Vous empruntez tour à tour une piste au milieu d’un maquis typiquement méditerranéen puis, vous vous rapprochez peu à peu de la forêt de Boucheville sur un doux dénivelé qui va vous donner l’occasion d’observer très tranquillement des panoramas de toute beauté. Au loin, le Pech de Bugarach se dresse et se détache dans un horizon plutôt rectiligne. Un peu plus tard, c’est le Pech de Fraissinet qui soulève sa croupe à la fois aride et très boisée dans la ligne de mire du chemin. Plus haut, vous dominez le ravin de Tulla et Fenouillet avec des vues superbes sur la commune et les ruines de son château médiéval. En toile de fond, la vallée de la Boulzane, Caudiès-de-Fenouillèdes et le Pech du Bugarach qui dresse désormais son « étrave » tel un immense navire dans la houle des Corbières. Tout en grimpant dans cette nature généreuse où une flore et une faune exceptionnelles semblent cohabiter radieusement, peut-être aurez-vous la chance d’observer, comme je l’ai fait, un joli petit chevreuil (photo) sautillant au milieu des genêts et des fougères ou bien un florilège d’oiseaux et de papillons multicolores qui virevoltent allégrement autour de vous. Au panneau vous annonçant le col de Boïre à 150 mètres, je vous conseille de faire une petite entorse à ce circuit et de partir vers le col. En effet, depuis ce passage des vues époustouflantes se dévoilent sur une grande partie de la forêt de Boucheville, le vallon et le col de Tulla et le Pech de Fraissinet. D’ailleurs, les chasseurs du coin ne s’y sont pas trompés, eux qui ont installés leurs hauts miradors en surplomb de l’immense dépression. En reprenant le circuit, la piste se stabilise jusqu'au Col de l'Ours puis redescend jusqu’à aboutir à une route en bitume non loin de l’aire de pique-nique du Pont des Verriers. Ce petit pont enjambe le ruisseau de Boucheville déjà entrevu ce matin. En été, on entend un faible glouglou mais c’est celui de ce petit ru boueux car si la Source des Verriers est encore là à quelques dizaines de mètres au dessus de la route, elle est engloutie sous deux plaques de fonte posées sur des puits en ciment qui laissent à penser que l’eau qui était utilisée autrefois par les verriers est désormais captée à d’autres fins sans doute plus rationnelles que celle de la fabrication du verre. A partir de la Source des Verriers et pour rejoindre Vira, la fin du circuit presque essentiellement sur l’asphalte est des plus rébarbatives. Heureusement qu’il y a encore quelques jolis points de vues sur le village, la forêt, la plaine du Roussillon et les Corbières, un ludique circuit botanique avec plus d’une vingtaine d’essences commentées et pour finir, un agréable sentier tout en balcon sur Vira. Ces quelques découvertes viennent atténuer ce dénouement plutôt monotone. Au départ, la boucle est donnée pour 4h45, arrêts non inclus sans doute. Moi, comme toujours j’ai flâné à outrance et j’ai marché 6h40 arrêts inclus ce qui pour une torride et accablante journée du mois d’août est finalement très correct. Au départ, on a beau se dire que la forêt de Boucheville se prête parfaitement à une randonnée estivale qui va être fraîche et ombragée, il ne faut pas s’y tromper, on marche tout de même souvent au soleil même si les parties en sous-bois sont également bien présentes. Mais me direz-vous, quoi de plus normal que de randonner sous un grand ciel bleu azur en plein mois d’août ! En été, casquette ou chapeau, lunettes de soleil et crème anti-UV sont fortement recommandées, en sus de l’équipement habituel ; mais surtout n’oubliez pas de partir avec de l’eau en quantité suffisante. Je suis parti avec seulement deux litres et sur la fin, j’en ai manqué terriblement. Déshydraté, en arrivant à Vira, je me suis jeté la tête la première dans la vasque de la Claire Fontaine et ensuite, je suis resté de longues minutes à m’asperger. C’est dire si j’avais eu chaud et soif. Carte IGN 2348 ET Prades - Saint-Paul-de-Fenouillet Top 25.

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  • Oui, j’ai aimé la corrida !

    A l’heure où de nombreux citoyens veulent la peau de la tauromachie tant côté espagnol que français, je ne crains pas de le dire : « oui, j’ai aimé la corrida ! ».

    Pourtant cette déclaration ne se veut en rien provocante et surtout je n’en tire aucune jouissance ni quelconque fierté. C’est simplement qu’il fut un temps où j’ai aimé ce « jeu de cirque » que certains dépeignent aujourd’hui comme un spectacle « barbare » d’un autre temps.

    Je peux donc comprendre que certaines personnes aient continué à l’aimer même si aujourd’hui ce n’est plus tout à fait mon cas.

    Quand je dis « plus tout à fait » c’est parce que si je n’aime pas cette condamnation lente, cruelle et programmée du taureau et les souffrances faites au animaux en général, j’ai gardé au fond de moi, le goût pour ce spectacle coloré où l’homme est seul face à l’adversité. Certains ont décrit la tauromachie comme un art et d’autres comme un sport mais sincèrement je ne crois pas qu’un spectacle qui consiste à affaiblir un animal pour l’abattre au final soit un art ni un sport. Les arts et les sports ont évolué au fil des siècles, la peinture de la Renaissance n’est pas celle d’aujourd’hui, la musique non plus, le jeu de Paume n’est pas le tennis que l’on connait de nos jours mais la corrida, elle, n’a pas changé et est restée une tradition localement très limitée.

    Si j’en parle aujourd’hui, c’est parce que le sujet est d’actualité et que le 28 juillet 2010, le Parlement catalan a envoyé à la France un signe très fort en votant l’abolition de la corrida en Catalogne espagnole.

    Oui, j’ai aimé la corrida mais sans vouloir me trouver d’excuses, je l’ai aimé comme un enfant brésilien né au pied des gradins du Stade Maracaña ne peut automatiquement qu’aimer le football.

    Je suis né en 1949 à Marseille et peu de personnes le savent mais la cité phocéenne et la tauromachie c’est une très longue histoire d’amour de presque deux siècles qui a commencé en 1770 dans le quartier de La Plaine pour se terminer en 1962 dans les arènes démontables du Boulevard de Paris. Entre temps, des générations de marseillais ont été passionnés par les toros et on a dénombré jusqu’à 15.000 spectateurs lors de certaines représentations. Les historiens marseillais ont recensés 18 sites, 22 journaux taurins ont vus le jour et 3 « plazas » ont fonctionné en même temps ce qui constitue un record de France.

    Pour moi, chance ou malchance, entre ces deux dates, des arènes ont été construites en 1955 dans le quartier de Bonneveine à 500 mètres de chez moi. Mon frère Daniel avait 9 ans et moi 6. Sous le prétexte que nous allions voir du foot, excuse que nous donnions généralement à nos parents, très souvent, mon frère et des copains m’entraînaient vers les arènes. Ces arènes du Parc Borély que l’on appelait aussi arènes de Bonneveine sont rapidement devenues pour nous, d’abord un champ de jeu car nous prenions surtout plaisir à entrer en « resquillant », comme on dit à Marseille, puis un espace de ferveur, car, pour les enfants que nous étions, il y avait un côté magique et jubilatoire à entendre 9000 personnes criaient « olé ! olé ! » aux véroniques de Luis Miguel Dominguin ou d’Antonio Ordonez.

    A l’époque, j’étais insouciant et sans doute un peu cruel comme tous les enfants. Les toreros « maestros » étaient mes idoles. Loin de moi l’idée que la cruauté puisse être constamment présente dans cette enceinte et je ne me souviens pas avoir pleuré une seule fois à la mise à mort d’un taureau même après une estocade ratée. En 1959, les arènes de Bonneveine fermèrent mais la passion de la tauromachie était sournoisement entrée en moi. En grandissant, je quittai Marseille, accompagné de copains, pour aller voir d’autres corridas régionales et je manquai rarement les férias d’Arles ou de Nîmes. Puis je me suis marié et me suis contenté de regarder quelques corridas à la télé. Au fil du temps, je me suis tourné vers d’autres pôles d’intérêts et quand je voyais une corrida à la télé, même si je continuai à apprécier la beauté des « passes » d’un brillant El Juli, je prenais peu à peu conscience des souffrances que l’animal endurait et j’ai fini par me détacher définitivement des spectacles taurins que je trouvai d’une brutalité extrême dans les phases du « picador » notamment et, bien sûr, de la mise à mort finale. J’aurais aimé que la corrida évolue vers un spectacle plus humain où au final, on gracie le taureau. La tauromachie serait peut-être devenue un art ou un sport à part entière ?

    Ma vie et mes rapports à la tauromachie furent ainsi. En m’éloignant des arènes, j’ai fini par m’éloigner de la tauromachie. Mais aujourd’hui je ne blâme pas ceux qui comme moi sont nés à proximité d’arènes et continuent à les fréquenter parce qu’ils ont toujours vécu dans cette ambiance. Nos chemins ont divergé tout simplement.

    Oui, j’ai aimé la corrida et je ne l’aime plus, mais  si je suis anti-corrida telle qu’elle se pratique encore, je ne suis pas un anti-aficionado !


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