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    Ce diaporama est agrémenté de trois jolies musiques empruntées au répertoire du duo Secret Garden qui sont successivement :

    Children Of The River, Lotus et Awakening.

    Le Cimetière des Maures depuis Estagel

    Le Cimetière des Maures depuis Estagel

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    23 janvier 2018. Première vraie randonnée de l’année, avec ce « Cimetière des Maures (*) » à partir d’Estagel. Voilà presque deux mois que je n’ai pas réellement marché. Il est vrai qu’une terrible « gastroentérite » m’a mis « hors service » entre Noël et le Jour de l’An. Depuis je me traîne. Etait-ce une vraie « gastro » ? Etait-ce un empoisonnement à des huîtres pas suffisamment fraîches que j’ai mangées dans un resto ? Je n’ai jamais su. Toujours est-il que je me remets à peine, et encore, avec beaucoup de difficultés.  Enfoui au fond de mon lit pendant 10 jours et incapable de me lever, je n’ai jamais trouvé la force suffisante pour me rendre à la Maison Médicale de l’hôpital de Perpignan, seule solution que me préconisait le coordinateur des urgences. Les urgences étaient débordées et mon cas n’était pas considéré comme suffisamment gravissime pour déplacer le SAMU, ce que je peux comprendre. Et comme en cette période de fêtes, je n’ai jamais trouvé le moindre docteur acceptant de venir à mon domicile, y compris celui de SOS Médecins, j’ai été contraint d’attendre que ça passe ?  Franchement, je trouve affligeant, que dans un pays qui se prétend  « moderne » et « développé », un malade au fond de son lit soit contraint de se déplacer s’il veut bénéficier de soins et au minimum d’un diagnostic ! J’ai déjà eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises dans Mon Journal Mensuel, en France, la médecine devient de plus en plus « malade » et le Serment d’Hippocrate se métamorphose de plus en plus souvent en un serment des hypocrites ! Médecine d’urgence très souvent débordée, médecins absents les week-end, déserts médicaux en période de fêtes, sites Internet essentiellement là pour faire du fric, spécialistes quasi inaccessibles avec des rendez-vous « à perte de vue », budgets des hôpitaux publics toujours revus à la baisse alors que les besoins ne cessent d’augmenter et enfin, des gouvernants incapables de réformer un secteur devenu presque essentiellement lobbyiste, il serait bien trop long de faire la liste de tout ce qui ne fonctionne pas et puis ce n’est pas vraiment le sujet de ce récit. En tous cas, ne voyez aucune corrélation entre ce rétablissement difficile et le désir d’aller randonner dans un cimetière. Non, le « Cimetière des Maures » est une petite colline près d’Estagel. Allez là-bas correspondait à ce que je voulais faire, c'est-à-dire ne pas trop m’éloigner de mon domicile, faire une balade pas trop longue et au dénivelé modeste mais qu’elle est néanmoins des aspects ludiques et surtout qu’elle soit inédite pour moi. Après quelques analyses et lectures à son propos, j’ai eu le sentiment que cette colline était à même de remplir tous ces critères. Cette modeste « serre » domine la confluence du fleuve Agly avec le Verdouble, rivière si chère à Nougaro au point qu’il en avait fait une très jolie chanson sous le titre « Une rivière des Corbières ». Voilà déjà pas mal de temps que ce « Cimetière des Maures »  m’intéresse et m’intrigue. Il m’intrigue, car si un cimetière wisigoth a bien été découvert à Estagel, il n’y a pas de cimetière à cet endroit-là et personne n’a jamais été capable de fournir le début d’un éclaircissement quant à son nom. Son nom  de « cimetière » tout d’abord soulève de nombreuses interrogations et presque bien plus que le fait qu’on y rajoute qu’il soit « Maures ». Concernant cette peuplade envahissante, et le plus souvent décrite par les historiens comme violente et mortifère, j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer en détail lors d’une randonnée au Pic des Mauroux (Pic dels Moros). Enfin, le lieu lui-même ainsi que la Serre de la Girouneille qui est sa continuation collinaire recèlent un nombre incroyable de murets et d’amoncellements de pierres sèches sur lesquels les historiens ne sont jamais trop d’accord quand à leurs origines et à leurs fonctions exactes. Enfin, le grand spécialiste de l’archéologie roussillonnaise Jean Abélanet s’est également intéressé à ce lieu mais sans jamais émettre la moindre des certitudes, reliant sa toponymie à certaines légendes et notamment à celles de Roland de Roncevaux, grand pourfendeur des Maures (Lieux et légendes du Roussillon et des Pyrénées Catalanes). Plus globalement, toutes les personnes qui se sont penchées sur ce « Cimetière des Maures » n’ont toujours émis que des suppositions. J’ai bien tenté de lire un maximum de choses à son propos mais force est d’avouer que le mot « maximum » n’est pas le plus adapté. Les textes concernant ce « Cimetière des Maures » sont rares et le plus souvent on ne trouve que quelques mentions récurrentes liées aux écrits de Jean Abélanet. Enfin, le fait qu’il y ait plusieurs « Cimetière des Maures » en Catalogne française et en Espagne ne fait que compliquer les choses car il y en a comme supposés vrais et d’autres comme celui-ci qui ne sont qu’improbables ou légendaires. De plus, les sépultures mauresques restent un mystère et les recherches à leur propos ne font que compliquer les choses. Alors comme j’ai envie de découvrir ce coin par moi-même mais que cette balade n’est pas inventoriée, le 18 janvier, je pars déjà en repérage. 2 raisons principales à ce repérage. La première raison est qu’il faut traverser un gué sur le Verdouble et je ne sais pas s’il est franchissable en permanence ou seulement lorsque la rivière est asséchée ? La deuxième raison est que les vues aériennes sur Géoportail laissent entrevoir un étroit sentier longeant la crête de la colline mais j’ignore comment y accéder et quelle est la manière la plus simple pour ce faire ? A Estagel, je démarre de l’avenue de la Coopérative. En passant devant la coop en voiture, j’ai le sentiment que ce nom n’a plus trop de raison d’être car l’ancienne cave vinicole semble en cours de démantèlement. Je l’ai bien connue au temps où je bossais dans une société de services en informatique car nous établissions des décomptes pour les coopérateurs et la voir désormais ainsi m’attriste. Je ne peux m’empêcher de penser que beaucoup trop de choses se perdent y compris quand elles faisaient partie d’un fleuron économique local. Sur ma droite, l’Agly est complètement asséchée, et, vision étrange, je ne distingue aucune trace d’eau et seulement un lit de terre et de galets. Je me dis que le barrage de Caramany qui règle son débit en est probablement la cause. Je poursuis le bitume en direction de la confluence. Je passe sous la ligne de chemin de fer et grâce à un talus que je peux escalader, je pars jeter un coup d’œil au pont métallique qui enjambe la rivière. C’est la ligne Rivesaltes – Gare de St Martin-Lys du fameux petit train rouge du Pays Cathare et du Fenouillèdes que j’ai découvert avec bonheur il y a quelques années. Depuis, nous l’avons fait découvrir à nos petits-enfants en période de Noël où chaque année des festivités ludiques sont programmées pour les plus petits. Un peu plus loin, la route amorce un virage et la jonction des deux rivières est là.  Enfin « jonction des deux rivières » est en la circonstance une expression peu judicieuse car ici tout n’est que minéralité et végétation. Sous le pont matérialisant la confluence, il n’y a pas la moindre goutte d’eau et quand je pense que plus des 3/4 de la France subissent des pluies diluviennes depuis décembre avec des crues très angoissantes et des inondations très ennuyeuses dans de très nombreux endroits, je ne peux m’empêcher de penser que l’eau est une richesse précieuse mais injustement répartie, dans le temps et l’espace.  Un peu comme l’argent, il y en a parfois trop pour certains et trop peu pour d’autres. Ici s’arrête la comparaison car force est de reconnaître que si l’eau ne coule pas à flot, le vin continue à être emblématique du secteur avec le château de Jau tout proche. Très bel ensemble que ce Domaine de Jau, avec des bâtiments aux couleurs chatoyantes et au sein d'une belle pinède ou le vin et l’art sont mis à l’honneur, surtout en été.  Je délaisse le pont car le passage à gué que je dois traverser sur le Verdouble est un peu plus en amont de cette rivière.  Très asséché lui aussi, je n’ai aucun mal à le traverser. Je continue sur l’autre rive le chemin qui se poursuit puis se termine près d’un petit casot. Tout au long du chemin, j’y note parallèlement les vestiges effondrés d’un ancien canal en pierres sèches. A côté du casot, une mention indique « Stop danger » et j’imagine que cet avertissement est uniquement là quand le débit de la rivière est normal. Aujourd’hui ce n’est pas le cas et cet étiage maximum me paraît même très inquiétant. J’ai donc le choix entre poursuivre mon chemin dans un vignoble aux dimensions limitées ou bien dans la rivière asséchée. Je choisis la rivière car elle me paraît plus insolite et en plus, des oiseaux semblent y être présents. J’ai bon espoir de parvenir à en photographier mais j’espère aussi trouver un sentier rejoignant la crête tant escomptée. Je descends ainsi deux ou trois méandres mais sans trouver le sentier espéré. Il y a bien de longs éboulis qui se dressent vers le sommet mais ils ne débouchent que sur une végétation dense et bien trop agressive. Je suis contraint de redescendre et la colline continue de me dominer cent mètres plus haut. Outre que je ne trouve pas l’accès escompté, je ne suis pas seul dans le Verdouble asséché. J’y rencontre deux chasseurs et leurs chiens, puis peu après, c’est au tour de deux motos trial de faire le « show ». Un show si pétaradant et donc si bruyant que je trouve préférable de faire demi-tour car la rivière est très loin d’avoir la tranquillité convoitée. Pour les oiseaux, c’est définitivement râpé ! Je retrouve la terminaison du chemin qui m’a emmené jusqu’ici et le petit casot.  Je découvre aussi une ancienne carrière à ciel ouvert, amplement envahie par la garrigue mais dont l’exploitation passée ne fait aucun doute. Des marques de barres à mines y sont encore bien visibles dans certains rochers. Je suppose qu’il s’agit d’une ancienne carrière de marbre car j’ai lu pas mal de choses à ce propos et pour ce secteur en particulier que les anciens appelaient le « Pas de Roland ». Près du petit casot, un couple profite de la rivière asséchée pour promener leur chien et le faire courir en lui lançant un bâton. Assis sur un moellon, j’observe cette divertissante scène tout en réfléchissant à la suite de ma présence ici.  A force de tourner la tête dans tous les sens, je m’aperçois qu’en regardant vers la colline, il y aurait peut-être l’opportunité d’un passage vers la crête, sauf que les innombrables édifices en pierres sèches semblent autant d’obstacles à franchir. Je me lance dans ce steeple-chase pédestre. Ici, les pierres, il n’y a que ça, et une végétation de maquis suffisamment clairsemée permettant d’avancer. Pierriers, éboulis, amoncellements plus ou moins anarchiques et imposants, anciennes terrasses, murettes plus ou moins hautes et massives, j’arrive assez aisément à m’élever vers la crête dans cette première partie. Le Verdouble s’éloigne derrière moi et le couple qui promenait leur chien dans son lit ressemble désormais à deux fourmis perdues dans un désert minéral. Devant moi, les amoncellements sont parfois si désordonnés et si invraisemblables dans leur utilité que j’en suis à me demander s’il s’agit des résultats d’épierrements colossaux ou bien d’anciennes sépultures titanesques. Après tout, les pyramides ne sont-elles pas des tombeaux en pierre largement à la démesure des petits êtres humains qu’elles ont accueillis en leur sein ? Ici, et toute proportion gardée, ne peut-on pas imaginer que quelques corps « maures » soient enfouis sous les pierres, depuis 8 siècles et pour l’éternité ? Je ne serais pas le seul à le penser puisque l’écrivain et poète catalan Georges-Dominique Bo i Montégut a écrit à propos de ce « Cimetière des Maures » qu’il s’agissent peut-être d’une « Nécropole inconnue des préhistoriens ». Allez savoir ? Un peu plus haut, la végétation se densifie et il me faut zigzaguer pour continuer à m’élever. Finalement, j’atteins le petit sentier recherché après 45 minutes de marche mais j’avoue avoir beaucoup flâné à la recherche d’une faune rare mais néanmoins présente. Quelques rares fauvettes, très difficiles à photographier, des criquets et quelques papillons résistant à l’hiver m’ont fait lambiner. Les vues s’entrouvrent de tous côtés. Vues lointaines vers le Canigou ou les Corbières ou plus proches et plus plongeantes vers les lits de l’Agly et du Verdouble. Dans cette dernière rivière, l’eau est présente au loin, sous forme de grandes flaques miroitantes dans un lieu où la rivière se rétrécit, serrée qu’elle est par deux hautes falaises. Est-ce là la fameuse cluse « Pas de Roland » qu’évoque Jean Abelanet dans un de son livre « Lieux et légendes du Roussillon et des Pyrénées Catalanes » ? Le sentier, lui, est étroit mais bien marqué car sans doute régulièrement défriché et emprunté par les chasseurs. Bien marqué ne signifie pas qu’il est balisé et facile mais bien visible car bien débroussaillé. La prudence est néanmoins de tous les instants car ici le calcaire est roi. Désormais, je poursuis ma balade en direction de la Serre de  Girouneille. Le sentier continue de s’élever et domine une grande sinuosité du Verdouble en l’épousant. Plus j’avance et plus j’acquiers la certitude que la balade en boucle que j’envisage est parfaitement réalisable. A l’endroit même où les murets en pierres sèches sont les plus nombreux, j’estime que mon repérage est terminé. Le sentier de toute évidence se poursuit tel que visible sur Géoportail. Je me décide à redescendre en traversant les parcelles encadrées de hauts murets. Très étrangement, ces parcelles sont le plus souvent closes sur trois côtés seulement. D’autres sont clairement aménagées en anciennes terrasses. Ce constat, je le vérifierais plus tard en observant une vue aérienne plus précisément. Par contre, de manière étonnante, aucun orri n’est visible dans ce secteur alors qu’il y en a tant, non loin d’ici, du côté de la Tourèze.  Ma descente est très compliquée car ici aucun sentier n’est vraiment présent. Il me faut constamment éviter les broussailles. Le plus souvent, j’utilise les larges murets comme l’itinéraire le plus praticable. Praticables certes car dépourvus de toute végétation mais des plus instables et finalement plutôt courts. Au travers de ces tumulus géants et de cette garrigue agressive, il va me falloir plus d’une heure pour rejoindre la route du Mas de Jau. Il est vrai qu’un très gros sanglier que j’ai dérangé dans son sommeil est venu agrémenter ce parcours du combattant. Je sors de ce maquis très légèrement égratigné aux deux bras mais grandement sanguinolent à cause des fluidifiants sanguins que j’absorbe chaque matin. A l’instant même où je dépose mon petit sac à dos avec l’intention de m’éponger, quelle n’est pas ma surprise de constater que la poche principale est complètement vide. La fermeture-éclair s’est ouverte et j’ai tout perdu sans m’en rendre compte ! Gourde d’eau, polaire, reste de sandwichs-triangles, deux bananes et une demi tablette de chocolat au lait et aux noisettes. Je peste mais je ne me vois pas refaire en sens inverse le dédale emprunté car je serais bien incapable d’en retrouver le tracé exact. Par bonheur, mon G.P.S est encore dans ma poche et mon portefeuille et les clés de ma voiture dans une poche annexe du sac dont la fermeture-éclair, elle, est restée bien fermée. Ce n’est qu’en arrivant à la voiture que je constate que j’ai également perdu mes lunettes de vue, ayant sur le nez celles de soleil. Je me dis que je vais être contraint de revenir bien plus vite que je ne l’avais envisagé et j’ose espérer que le contenu de mon sac sera sur le sentier. 5 jours plus tard, le 23 janvier, me revoilà à pied d’œuvre. Il est 10h et il fait beau. Les deux rivières paraissent toujours aussi asséchées et seule une vision aérienne depuis la crête me laisse entrevoir un mince filet d’eau qui s’écoule dans le Verdouble venant de Tautavel. L’Agly, elle, est inchangée et toujours aussi sèche. Enfin, c’est ce que je crois en la regardant depuis le pont de la confluence. Entre mes deux venues, j’ai réussi à apprendre que ce secteur est propice aux disparitions d’eaux et ce, à cause des avens calcaires dont les deux rivières sont littéralement truffées sous leurs lits. L’eau s’écoule puis disparaît comme par enchantement pour réapparaître plus en aval, vers Cases-de-Pène. Chemin sur la rive gauche, passage à gué, chemin sur la rive droite, casot, éboulis, terrasses et murets, j’emprunte sensiblement le même chemin que lors du repérage, toujours en diagonale direction nord-est et avec comme but, le petit sentier sommital.  Pour mon plus grand bonheur, je retrouve le sentier assez aisément et un peu plus haut, non loin du point culminant de cette colline, à 203 m d’altitude, l’essentiel du contenu de mon sac à dos. Etui à lunettes, gourde et polaire sont là, bien groupés au centre du chemin comme si personne n’avait jamais touché à rien, pourtant, manquent à l’appel tous les produits comestibles, à savoir reste de sandwichs, tablette de chocolat et les deux bananes. Le plus curieux, c’est que je ne trouve aucune trace des emballages, ni à proximité, ni dans un rayon d’une vingtaine de mètres aux alentours. Je me dis que des sangliers sont passés par là et qu’ils ont tout emporté. J’espère qu’ils n’ont pas mangé les emballages ? L’itinéraire se poursuit, parfois plus difficilement, car les traces d’animaux se confondent parfois avec le sentier principal. L’infranchissable végétation est souvent le meilleur moyen de comprendre que je fais fausse route. Je rebrousse chemin en m’aidant de mon tracé G.P.S. Je suis plutôt satisfait de l’avoir enregistré car même s’il n’est pas d’une précision millimétrée, il me permet de garder une certaine proximité avec le sentier principal. Marqué parfois de quelques cairns, il s’éloigne peu à peu des gorges profondes du Verdouble. Au loin, la Tour del Far est un point de mire très joli mais bien inutile. Le sentier s’agrandit quelque peu puis descend dans une pinède. Sur la gauche, j’aperçois une cabane en pierres sèches et d’autres amoncellements pierreux et tente de m’y rendre mais en vain. La végétation est très dense et donc infranchissable car trop cuisante. Outre cette difficulté, il règne une odeur pestilentielle au milieu de ces bruyères arborescentes et si je ne vois rien, je suppose qu’il s’agit d’un animal mort et dans un état de décomposition certain. Cette végétation impraticable plus l’odeur de putréfaction qui règne ici sont des freins évidents pour ne pas aller plus loin. Je reviens sur le sentier. Peu après, ce dernier laisse la place à une piste plus large qui s’élève et se termine sur la route D.59 reliant Cases-de-Pène à Tautavel. Je n’ai guère d’autres choix que d’emprunter le bitume. La route passe devant une citerne verte DFCI et l’entrée des carrières de marbre blanc et de calcaire. Ici, de grands panneaux célèbrent les vins de Tautavel et du château de Jau. Jau, voilà ma destination puis la boucle envisagée se refermera. Dans l’immédiat, j’en suis encore loin mais il est vrai qu’il est encore très tôt. Si j’ai bien flâné, je suis plutôt satisfait du temps que j’ai mis pour arriver ici. Je me dis que j’ai encore toute l’après-midi devant moi pour continuer à vadrouiller. Après tout, cette randonnée de reprise ne doit pas devenir une marche forcée. Je m’arrête pour déjeuner à l’ombre de grands chênes verts mais bien en face d’un Canigou enneigé resplendissant sous le soleil. Dans un ciel azur, seuls de gros et magnifiques nuages lenticulaires blancs jouent de temps à autres les trublions météo. Quand ils font obstacle aux chauds rayons du soleil, la fraîcheur resurgit et me rappelle que nous sommes en hiver.  Ces ovnis cotonneux semblent en suspension mais par bonheur ils ne sont pas complètement immobiles. Je repars sous un bon soleil et même si nous sommes en janvier, je sens la chaleur monter de l’asphalte ou de cette terre aride où pousse la garrigue. La route amorce une descente et à hauteur d’un autre panneau vantant les mérites du miel de la « garigue » tautavelloise, je quitte le bitume au profit d’un chemin qui descend dans la garrigue. Moi, qui est toujours cru que le mot « garrigue » s’écrivait avec deux « R », je n’en note qu’un seul sur la pancarte. Après vérification, il ne s’agit pas d’une erreur mais bien de la forme préconisée par l’Académie Française. Morale de l’histoire ? : La randonnée pédestre peut être parfois une source éducative et culturelle. Le chemin descend, remonte puis zigzague. De nombreux rassemblements d’oiseaux que je voudrais bien photographier m’entraînent à le quitter. C’est ainsi que je me retrouve très loin de l’itinéraire imaginé et toujours dans un maquis de plus en plus rabougri même si autour de moi, quelques pinèdes verdoyantes sont bien présentes. Après le lieu-dit « Pilou de les Faves », je découvre un cortal perdu au milieu des vignes. A la fois demeure, étable et casot, d’ici une vue splendide s’entrouvre sur la Plaine du Roussillon. En regardant la carte I.G.N, je me dis qu’il est temps de revenir sur le chemin principal et ce d’autant que les oiseaux ne sont pas toujours faciles à figer dans mon numérique. La plupart se posent à terre ou dans les vignes et les approcher est une tâche des plus compliquées. Quand ils s’envolent, ils partent parfois se reposer si loin que les suivre ne serait pas raisonnable. Je réussis néanmoins à ajouter quelques volatiles à mon tableau de chasse numérique. Si mon sens de l’orientation est plutôt bon, mon tracé G.P.S reste un précieux allié dans ce retour obligé. Je choisis de revenir par la route D.59 car c’est l’itinéraire qui me paraît le plus simple, même si ce n’est pas, loin s’en faut, le plus court. Par des pistes et la route, il me faut néanmoins plus d’une heure pour retrouver l’itinéraire initialement perdu. La suite en direction du Domaine de Jau est beaucoup plus simple car un large chemin y descend très directement. Bien évidemment, l’arrivée est marquée du sceau de la viticulture, car une fois passé les pinèdes, les vignes règnent en maître sur les deux rives de l’Agly. Il faut prêter attention pour remarquer les vestiges d’un canal ancestral qui permettait d’irriguer le secteur. La carte I.G.N le mentionne encore et on peut constater que la captation s’effectuait dans le Verdouble pour se terminer dans l’Agly non loin de la cave actuelle de Jau. La présence de ce canal s’explique-t-elle par la disparition souterraine des eaux au niveau de la confluence ? C’est possible ! Comme sur le plateau de garrigues et les « coumes » où j’ai erré plus haut, les vignes sont favorables à de grands rassemblements d’oiseaux. Chardonnerets, bruants, pinsons, serins, traquets et verdiers s’élèvent dans les airs dès lors que je tente de les approcher. Tous se réfugient dans les grands arbres, pins, cyprès et feuillus dégarnis qui encadrent les vignes ou la rivière. De ce fait, et en me cachant un peu, il est désormais plus simple de les photographier. C’est là qu’ils deviennent reconnaissables. Après quelques photos du magnifique château de Jau, les oiseaux me font choisir de retourner vers ma voiture en marchant dans l’Agly asséchée plutôt que sur la route asphaltée. Régulée par le barrage de Caramany, je me dis que le risque est vraiment mineur qu’il y est un lâcher d’eau à l’instant même où j’emprunte son lit. Si ce raisonnement s’avère bon, l’idée en elle-même est une erreur. En effet, remonter la rivière est beaucoup moins commode que de marcher sur un bitume bien plat et donc bien plus praticable. En effet, dans cette rivière sont présentes toutes les configurations et formes de terrains. Cela va du limon très fin au sable plus grossier en passant par des graviers ou des galets de toutes sortes et de toutes dimensions, sans compter les défilés, les dalles et autres tables rocheuses, ces dernières étant encore très souvent occupées par des cuvettes d’eau stagnantes de toutes tailles. Si les rives sont favorables à une avifaune présente, ce n’est pas la panacée car les oiseaux ont tendance à les quitter dès lors que ma présence les dérange et les déloge. Or, marcher au milieu de la rivière asséchée me rend extrêmement visible. Je réussis malgré tout à photographier une bergeronnette, un  rouge-queue noir peu craintif et un étourneau très occupé à un bain de siège. Quant aux cuvettes, je n’y décèle aucune vie. Pas le moindre têtard et pas le moindre petit poisson. Je n’y découvre qu’une écrevisse, que sur l’instant je crois bien vivante. Mais non, l’absence de toute eau vive a eu raison de sa résistance et de sa solide carapace. Est-ce la « détestable » écrevisse de Louisiane ?  Sa carapace encore bien rouge le laisse supposer.  Outre ce crustacé mort, je découvre avec horreur la carcasse d’un sanglier presque à moitié dévorée et dans un état de décomposition bien avancé. Ce « Cimetière des Maures » devient pour moi le « Cimetière des animaux morts ». Pourquoi ? Est-ce des sangliers blessés par des chasseurs et qui ont survécu un certain temps ou bien sont-ils les victimes d’actes de braconnage ? En tous cas, celui-ci, n’est pas suffisamment corpulent pour être mort de vieillesse. Finalement, je réussis sans encombres à remonter cette partie de l’Agly après trois quart d'heures de marche. Le pont de la confluence des deux rivières est là devant moi.  Il me suffit de remonter le talus pour retrouver ma voiture, que cette fois j’ai laissé ici à proximité. Cette balade au « Cimetière des Maures » se termine sans m’avoir apporté ce petit supplément d’informations que, sans trop d’illusions, j’avais espéré au départ. Sous un ciel encore bleu, j’observe une dernière fois cette colline. Elle va garder tous ses mystères. Mystères quand à son nom. Pourquoi « cimetière » et pourquoi « des Maures » ? Mystères quand à tous ces amoncellements en pierres sèches et à tous ces édifices, mystères de la disparition des eaux des deux rivières qui les ont tout de même façonnées et creusées. Cette balade (tracé en rouge), errements absolument intentionnels non compris et déconseillés, est longue d’environ 10 km à 11 km. Les montées cumulées sont de 360 m environ, quand au dénivelé il est de 150 m entre le point le plus bas à 59 m au Mas de Jau et le plus haut à 209 m sur la route D.59 à hauteur de l’entrée des carrières. Carte I.G.N 2448 OT Thuir – Ille-sur-Têt Top 25.

     (*) Le Cimetière des Maures près d’Estagel : Parler précisément et concrètement du « Cimetière des Maures » situé près d’Estagel et tenter de résoudre ses mystères n’est pas une mince affaire car les textes sont rares. Ils ne se résument qu’à quelques citations pleines d’équivoques. A son propos, on peut néanmoins citer quelques mentions écrites, parler de sa toponymie et enfin évoquer ces amoncellements en pierres sèches qui emplissent son décor. On peut bien évidemment faire des suppositions et je m’y suis essayé.

     

    A) Mentions écrites : Dans son livre « Légendes populaires des villages du Roussillon », et son chapitre « Dire » l’écrivain et poète catalan Georges-Dominique BO i MONTEGUT écrit ceci « A vrai dire, que dire Cher Lecteur que vous ne sachiez déjà sur l’immensité d’événements dont notre Roussillon fut le théâtre, depuis que le destin l’a placé au carrefour de deux mondes sur l’éternel chemin des invasions. Sur son sol se sont affrontés divers antagonistes, souvent de races différentes et de civilisations contraires. Cependant, nous ne saurons sans doute jamais ce qui s’est passé ici, dans ce réduit que les Primitifs considéraient comme inexpugnable, dans ce sillon creusé par la nature entre deux montagnes Pyrénées, et par elles protégé, depuis l’apparition de l’homme de Tautavel, il y a des millions d’années et dont une récente découverte fossile peut confirmer l’antique existence. Par contre, au lieu-dit « le Cimetière des Maures », non loin d’Estagel, existe une véritable nécropole paraissant ne pas être connue des préhistoriens. En y pensant, on croit rêver ce qu’était la vie de nos Pères dans une nature débordante d’hostilité. Par ces légendes populaires, le Roussillon en entier vous livrera son passé ainsi que son âme. De ce passé lointain, il ne reste que peu de traces, mais quelles traces ! Malgré l’incertitude de l’heure et les craintes pour l’avenir, il est important de reporter nos regards en arrière, afin d’y puiser du courage pour affronter l’avenir ». Un peu plus loin dans son livre, il évoque un autre « Cimetière des Maures », celui situé au col des Arques au dessus du Prieuré de Serrabonne, entre les villages de Boule d’Amont et de Glorianes et il écrit ceci : « qui pourra identifier les squelettes des géants (légende des Maures) qui dorment à une demi-heure de marche de ce couvent au lieu-dit : le « Cimetière des Maures » ? Puis évoquant les mines de mispickel aurifère du secteur et les nombreux ouvriers ayant participé à cette longue prospection, il rajoute : « le cimetière des Maures, non loin de là, pourrait être une indication sur l’importance du personnel qu’elles (les mines) occupaient. Mais pour certains, il s’agirait des restes de Roland et de ses Preux que Charlemagne aurait laissé reposer dans les terres des Marches qu’il avait délivrée des Sarrazins ». Ici, l’écrivain catalan rejoint un autre catalan, l’archéologue Jean Abelanet qui dans son livre « Lieux et légendes du Roussillon et des Pyrénées Catalanes » écrit ceci page 71: « …d’autres lieux-dits rappellent le souvenir de Roland et de ses adversaires. A la limite sud-ouest du territoire de Talteüll (Tautavel), près d’Estagell, le Verdouble dessine un grand méandre avant de venir en confluence avec l’Agli par une gorge étroite. Cette cluse creusée dans les calcaires porterait le nom de Porta de Rottlan (Roland) (Bulletin de Société Agricole Scientifique et Littéraire des P.O, 49, 1908, p 168 et 176). Un habitant d’Estagell m’a assuré qu’il existait à cet endroit une empreinte du pied de Roland (marmite d’érosion ?). Or, un autre auteur (M.Fauvelle, dans une « Notice sur les marbres d’Estagel », Bulletin Philomatique de Perpignan, n°1, 1834) donne à ce lieu de nom de Pota d’en Rolland. Il semble bien qu’il y ait eu confusion entre le toponyme Pota de Rottlan (empreinte du pied de Roland) et celui de Porta de Rottlan, qui paraît étranger à la toponymie catalane. En tous cas, le caractère légendaire des lieux est renforcé par un autre lieu-dit, qui nous renvoie aux exploits de Roland : le chaînon calcaire que contourne ce méandre du Verdouble porte, sur le cadastre, le nom de Cementeri dels Moros. De telles appellations font soupçonner l’existence de vieilles légendes, mais personne, tant à Talteüll qu'à Estagell ne semble en avoir conservé le souvenir ». Plus loin page 76 « J’ai cité plus haut, dans une boucle du Verdouble, un autre Cementiri dels Moros (cf, carte I.G.N) qui fait la limite entre les deux communes de Talteüll et d’Estagell : il semble bien en rapport avec l’histoire fabuleuse de Roland et de ses adversaires et il ne serait pas impossible qu’il y ait eu en ces lieux quelque vestige préhistorique (tombes ou nécropole) qui aurait donné support à cette légende ». Enfin notons que Louis Companyo, le célèbre naturaliste, dans son « Histoire naturelle du département des Pyrénées-Orientales » évoque la Vallée de l’Agly et écrit ceci : « C’est sur le territoire de Tautavel qu’on a découvert des carrières de marbre très estimées, parmi lesquelles nous signalerons le marbre jaune, imitant le jaune de Sienne, métairie Alzine, le bariolé austracite, nankin foncé, à idem, brèche Montoriol, près Tautavel, brèche Héricart, jaune et blanc, idem, brèche de Tautavel ou petit antique, idem, brèche mauresque, au cimetière des Maures, idem. M.Philippot, marbrier très habile, exploite ces carrières ». Voilà en résumé les textes que j’ai pu recenser de ce lieu. Notons au passage que dans le seul livre de Jean Abelanet cité plus haut, il y a deux orthographes différentes : « Cementeri » page 71 et « Cementiri » page 76. Apparemment, il ne s’agit pas d’une erreur topographique mais bien de deux variantes orthographiques, l’une occitane, l’autre catalane.

     B) Toponymie : Bien des choses ont été écrites sur les toponymies arabes, et d’ailleurs, on trouve sur Internet, un remarquable résumé de tout ce que l’on doit savoir à ce propos dans le livre « Roches ornées, roches dressées », ouvrage collectif, sous la direction Michel Martzluff, en hommage à l’archéologue Jean Abelanet. Un chapitre signé Aymat Catafau intitulé « Toponymies « arabes » des Pyrénées catalanes : histoire ou légende ? » fait un inventaire exhaustif et illustratif de tous les toponymes rencontrées dans les Pyrénées catalanes. En voici le lien : https://books.openedition.org/pupvd/4272#resume. Que faut-il retenir de ce texte par rapport au cas particulier qui nous intéresse, à savoir ce « Cimetière des Maures » à Estagel ? Tout d’abord que s’agissant d’un hommage à Jean Abelanet, ce sont d’abord ses écrits qui sont mis en exergue et servent de base de travail. Notons néanmoins que dans la plupart des lieux cités, trois à quatre critères reviennent presque sans cesse : a) des observations archéologiques très proches y ont très souvent été recensées (dolmens, menhirs, roches gravées ou ornées, etc…). b)  Les toponymes « arabes » seraient presque toujours expliqués par une légende locale, ici c’est celle de Roland. c) la mention « maures » fait toujours référence à des souvenirs douloureux et à ce propos, voici ce qu’a écrit Jean Abelanet « Quoi qu’il en soit, nous constatons que la toponymie catalane a été fortement marquée par les événements malheureux du VIIIe siècle. [...] la mémoire collective gardera un souvenir tellement terrible de ces années sombres que le nom des Maures restera associé à tout lieu, tour, fortification, grotte, tombeau, d’origine inexpliquée ou inquiétante. ». Il n’est pas le seul chercheur, loin s’en faut, à émettre cet avis. d) Enfin, il a été très souvent observé que les toponymes en question étaient des lieux de passage, des lieux élevés, voire carrément perchés, où la vue portait loin, où l’embuscade restait possible. Ici, à Estagel, si les trois derniers critères s’avèrent justes et présents, aucun vestige archéologique pouvant accréditer la toponymie en question n’a été formellement identifié dans ce secteur. Ce qui fait dire à Jean Abelanet, qu’il y en aurait peut-être le long du Verdouble, mais dans l’immédiat, aucune trouvaille archéologique n’est venue soutenir cette appréciation. Comme l’admet Aymat Catafau, ces quelques éléments pour expliquer une toponymie sont de nature à rendre l’historien plutôt sceptique. Les historiens ont donc cherché et se sont aperçus que la plupart de ces noms de lieux étaient plutôt récents et que dans de très rares cas seulement, ils étaient de « l’époque héroïque contre les Maures », c'est-à-dire d’une période allant du VIIe au IXe siècle, période plus souvent intitulée de présence sarrasine. Alors ne faut-il pas chercher ailleurs les explications à ce nom ? Comme je l’ai noté plus avant, cette colline a été exploitée pour ses mines de marbre mauresque (Louis Companyo), idem pour celle de Glorianes, où là-bas c’était l’or qui était recherché, or en catalan un cimetière s’écrit « cementiri », en espagnol, « cementirio », en occitan « cementèri » et en latin « coemeterium ».  Un lieu où l’on concasse des pierres est une « cimentière » ou une « cimenterie », ayant pour origine le latin « caementum » dont la définition en français est « pierre à bâtir », « moellon » ou « pierre concassée ». Alors bien sûr, une « cimentière » ou une « cimenterie » était la plupart du temps, un lieu où l’on concassait des pierres pour en faire du ciment. Le ciment tel qu’on l’entendait autrefois et qui n’est pas celui que l’on trouve en sac de nos jours. Ici, au « Cimetière des Maures », les pierres à concasser ou à bâtir, ce n’est pas ce qu’il manque ! Il n’ y a d’ailleurs que ça : des pierres ! Pierres sous forme de minerais que l’on exploite depuis très longtemps (depuis quand exactement ?), pierres amoncelées anarchiquement et pierres élevées en édifices divers et variés. Comme on le voit, les mots sont proches les uns des autres, tant dans la manière de les écrire que dans leur phonétique, alors les scribes du passé n’auraient-ils pas commis une erreur de transcription ? Ne se sont-ils  pas mélangé les crayons entre l’occitan et le catalan, dont un secteur où la frontière n’a eu de cesse de bouger au fil des siècles, des envahisseurs et des occupants. Il paraît que l’Histoire est bourrée d’erreurs de ce type ? D’ailleurs, quand dans « Google recherche », on s’amuse à taper « cimentière », les résultats continuent d’être orientés en priorité vers « cimetière ». N’est-ce pas un signe ? Le «  cimetière » ne serait-il pas en réalité « une cimentière » ou une « cimenterie » et les Maures ne seraient-ils pas là seulement à cause de la qualité du marbre que l’on y a découvert au fil du temps, c'est-à-dire du « marbre dit mauresque » ou « marbre des Maures » ? Le « Cimetière des Maures » serait en réalité la « Cimentière ou la Cimenterie des Maures ». Roland et la légende des Maures prennent un sacré coup de Durandal derrière la tête mais cette idée d’erreur topographique n’est-elle pas une piste à creuser ? Cette thèse pourrait même être avalisée par une référence donnée par Jean Abelanet lui-même quand il cite «  une « Notice sur les marbres d’Estagel », Bulletin Philomatique de Perpignan, n°1, 1834 ». En effet, en parlant d’Estagel et du lieu-dit « Pota d’en Rolland » évoqué, M.Fauvelle écrit ceci « C’est dans cette dernière localité que je crois la plus convenable pour l’exploitation en grand, d’abord parce que la rivière Verdouble au lieu appelé Pota d’en Rolland vient couper à pic les roches de marbre dans une profondeur de plus de 100 mètres l’on peut donc, dans ce lit de la rivière voir les marbres et juger de leur qualité avec plus d’avantages que si l’on avait pratiqué une excavation, ensuite, si jamais une exploitation a lieu sur ce point, la rivière qui ne tarit jamais servira de moteur pour les scieries, et les blocs, quelque énormes qu’on les suppose, pourront être débités en table dans la carrière même ». Notons que cet écrit date de 1834 et que « l’Histoire naturelle du département des Pyrénées-Orientales » de Louis Companyo date des années 1861 à 1864 et qu’entre ces deux périodes, des carrières ont vu le jour sur ce secteur du Verdouble. En tous cas, les vieilles cartes des Cassini du 18eme siècle, pas plus que les cartes d’Etat major de 1820-1866 ne mentionnent ce « Cimetière des Maures », n’est-ce pas là un signe qu’il faut chercher une réalité toponymique bien plus proche de nous et en rapport avec une activité qui aurait vu le jour entre 1834 et 1864 ? Alors rapport à Roland et aux Maures certes, mais le mot « cimetière » continue d’être un mystère à  éclaircir.

    C) Edifices en pierres sèches : Si il y a une certitude, c’est que tous les édifices que l’on aperçoit au « cimetière des Maures » et à la Serre de la Girouneille, qui est sa continuité collinaire, sont les résultats soit d’épierrements colossaux soit de pierres provenant des pierriers naturels. Je note d’ailleurs qu’il y a quasiment les mêmes, en face, sur l’autre versant de la vallée de l’Agly et sur les Monts d’Estagel, de l’autre côté du Verdouble. Plus globalement, et même si tout le midi de la France est concerné, il faut noter que cette partie de la Vallée de l’Agly est très exceptionnellement truffée d’édifices en pierres sèches. Je l’avais déjà noté lors de ma balade à « La Tourèze mystérieuse » depuis Latour-de-France, encore que la comparaison soit osée, puisque les cabanes ; « capitelles » et « orris » ; très nombreuses là-bas, sont quasiment inexistantes ici. Il y a sans doute une raison à cela et comme les capitelles ou les orris sont des habitats, je me dis que seule la très proche proximité de l’Agly et d’Estagel est peut-être la cause de cette quasi absence ici. Ajoutons que le « Cimetière des Maures » est bien plus accidenté et pentu que la Tourèze, et voilà certainement le motif de ces habitats moins nombreux. En réalité, concernant ces édifices de pierres, il y a, selon les historiens qui se sont penchés sur le sujet, deux thèses en présence. La première est que les enclos qui clôturent les parcelles seraient d’un usage uniquement local (Elie Malé). Ici, à Estagel et selon la tradition orale, ces parcelles étaient apparemment plantées de vignes. La deuxième thèse, est, qu’au Moyen-âge, Estagel étant sous la dépendance de l’Abbaye de Lagrasse (Aude), ces parcelles clôturées étaient « des lieux de concentration des transhumants », c'est-à-dire qu’elles étaient là pour accueillir temporairement les immenses troupeaux en route pour des pacages bien plus hauts et donc bien plus verts (Anny de Pous). Cette dernière thèse est difficilement admissible, d’abord parce l’organisation d’une telle transhumance de passages sur ces parcelles n’est étayée par aucun écrit et qu’ensuite, on voit mal des gens du cru s’engageaient dans des épierrement colossaux et dans des élévations titanesques, qui ont sans doute pris des années et des années, pour une activité dans laquelle ils ne sont pas pleinement intéressés, sauf à être payés pour le faire, ce qui, bien évidemment, reste toujours possible. Les deux thèses s’affrontent donc avec leurs avantages et leurs inconvénients. Quand on part jeter un coup d’œil aux parcelles clôturées du « Cimetière des Maures » et de la Serre de la Girouneille, on n’a beaucoup de mal à croire que l’on est cru bon de planter de la vigne dans des lieux aussi ingrats et pentus et ce d’autant que la Vallée de l’Agly est là, à leurs pieds, bien plus fertile. Si cette théorie d’éventuelles cultures peut être aisément acceptée aux endroits où l’on aperçoit des terrasses, quel était l’intérêt d’y élever des clôtures aussi gigantesques tout autour ? L’instinct de propriété ? A quel prix ! Il faut donc chercher ailleurs, que dans la seule culture de la vigne, la réalité de ces ensembles architecturaux en pierres sèches. Il parait plus logique de penser que ces collines recelaient un grand nombre d’activités différentes : les cabanes étaient des abris pour se protéger des intempéries et ranger du matériel, les terrasses étaient plantées de différentes cultures, vignes sans doute mais aussi vergers, oliveraies, amanderaies, céréales, légumineuses selon la qualité des terres et leur hydrographie mais étaient à même d’accueillir des ruchers, les enclos étaient probablement là pour regrouper les troupeaux d’ovins ou de caprins et les sécuriser d’éventuels prédateurs nocturnes, les murs de soutènement permettaient de régulariser les pentes et de protéger les cultures en question des éventuels agresseurs naturels, tels que les sangliers ou autres cervidés, etc……En tous cas, rien dans ces activités agraires et pastorales ; or mis celle de l’exploitation minière ; ne permettent d’expliquer cette appellation de « Cimetière des Maures ». Une ou plusieurs de ces parcelles étaient-elles destinées à y ensevelir des morts ? C’est une hypothèse bien peu crédible et surtout qui n’a été étayée par une aucune découverte allant dans ce sens. Le mystère demeure et le charme de la découverte reste entier. N’est-ce pas mieux ainsi ?

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la musique de Johann Pachelbel, extraite de l'album "Forest Garden"

    Le Circuit de l'Eau de Saint-Estève

    Le Circuit de l'Eau de Saint-Estève

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    AVERTISSEMENT : Avant de vous lancer dans ce circuit de ma composition, je vous conseille vivement de lire cet article car des difficultés voire des impossibilités peuvent se présenter au fil du parcours. Il est donc impératif de faire un repérage et notamment au niveau du Correc de la Bola. 

    Avec ce « Circuit de l’Eau de Saint-Estève », je réalise enfin un de mes desseins. Depuis 1978 que j’habite la commune, j’avais le désir d’inventer une balade pédestre qui réunisse et satisfasse plusieurs de mes centres d’intérêts. Je ne voulais pas tomber dans le travers d’un circuit au sein de la garrigue ou dans les vignes avec comme seuls objectifs suivre des murets en pierres sèches ou observer des paysages ruraux et des panoramas lointains.  Non, je voulais réunir plusieurs de mes passions. Passion pour l’eau et toute la vie naturelle qu’elle est capable d'enfanter, d’attirer et de maintenir. Passion bien sûr pour mes centres d’intérêts que sont la marche, la photo, l’ornithologie et la Nature plus globalement, et enfin passion pour ma commune, son centre historique mais aussi ses alentours que je n’ai eu de cesse d’arpenter à pied ou à vélo. Inutile de préciser que vous ne trouverez ce circuit dans aucun guide de randonnées, qu’il n’est recensé par aucun organisme, office touristique, administration ou collectivité locale, qu’il n’est pas balisé, ni même indiqué et qu’il est strictement personnel. D’ailleurs, je mets en garde le lecteur dans la nécessité que la « Boule » soit à zéro pour accomplir ce circuit tel qu’expliqué ici. La « Boule » ou « Correc de la Bola » sur la carte I.G.N, c’est le principal ruisseau qui sépare les communes de Saint-Estève et de Baho, et quand je dis « à zéro », c’est l’obligation qu’il soit asséché car il nous faudra le traverser à un moment donné. Loin s’en faut, ce « Correc de la Bola » n’est pas le seul cours d’eau que nous cheminerons mais les autres ne poseront pas de problèmes de franchissement. D’ailleurs amusez-vous à regarder une carte I.G.N de cette région roussillonnaise du Ribéral et vous y verrez énormément de « bleus ». Ces lignes bleutées sont des « correcs », des « recs », des ravins, des « agullas ou agouilles », des canaux, des ruisseaux, des fossés, des buses, des chenaux, j’en passe et des meilleurs. Le meilleur le plus proche étant bien sûr le fleuve « Têt », car toutes les eaux du secteur finissent par y affluer. Tous ces aménagements naturels ou artificiels sont là avec un but principal : « que l’eau s’écoule ». Qu’elle s’écoule surtout de manière satisfaisante et sans causer de dégâts aux populations et à leurs biens. Les autres attraits de l’eau de surface sont l’irrigation et son pouvoir de pénétration à rejoindre les eaux souterraines, celles que l’on consomme chez soi. Avec les dérèglements climatiques et toutes les inondations que l’on voit « fleurir » un peu partout, les communes sont désormais très attentives aux ruissellements et aux déplacements des eaux de surfaces que l’on appelle parfois et assez paradoxalement « eaux superficielles ». Tu parles de superficialité ! Que l’eau présente des signes de débordements et voilà les mairies en état d’alerte. Celle de Saint-Estève ne fait pas exception à la règle et la vigilance est de mise dès que les pluies s’annoncent diluviennes. Paradoxalement, cette balade, que j’ai déjà accomplie à plusieurs reprises, je la démarre devant un lieu où l’eau n’est pas une priorité, sauf à y mettre un peu de Ricard dedans : « le Bar le Concorde » sur la D.616. On traverse la route et on est directement confronté à un petit canal. Ce canal, c’est le « Rec del Vernet de Pià », canal d’irrigation qui récupère diverses eaux sur le territoire du Soler pour terminer sa course à Pià après avoir traversé le quartier perpignanais du Vernet. Long de 18km, c’est  probablement à ces deux derniers lieux qu’il doit son nom. Avec son petit air « moderne » car amplement bétonné, on a du mal à imaginer qu’il date du 10eme siècle (l’an 900 selon les archives départementales) et irrigue toute la région depuis ce temps-là. Il a même fait tourner quantités de moulins aujourd’hui disparus. On le suit en passant derrière les premières maisons de la rue Arago puis on le poursuit en restant constamment sur sa rive gauche. Assez souvent, on regrettera les détritus en tous genres qui l’encombrent ou flottent au fil de son lit. L’eau n’a pas de déchets par nature et l’être humain est seul responsable de ce que l’on trouve désormais dans toutes les eaux, que ce soit dans les mers ou dans les rivières. Un travail civique reste encore à faire et les associations responsables des canaux se désolent d’autant d’incivisme et d’irresponsabilité, et ce d’autant qu’elles manquent de moyens et de solutions efficaces. Lotissements de villas sur la droite, jardins potagers sur la gauche, le centre de Saint-Estève s’éloigne mais nous aurons l’occasion d’y revenir au retour. On remarque au passage les quelques vannes qui permettent d’irriguer les jardins maraîchers, les serres et autres vergers. Les décors changent très vite. Sur la droite, le club de tennis et ses terrains et sur la gauche, toujours de vastes champs potagers et des exploitations agricoles. Ces exploitations maraîchères deviennent la règle. Le canal, lui, est encadré d’immenses arbres. Platanes, peupliers et bouleaux multiséculaires offrent un ombrage agréable à ce début de balade. Pour certains, la vie s’est terminée sous la scie de tronçonneuses et leurs souches encore présentes permettent d’évaluer leur âge. Ceux-ci sont morts mais certains font de la résistance et voient leur énorme pied bourgeonner. Pour moi, ce canal, ces grands arbres et ces biotopes bien différents sont synonymes d’une avifaune composite très intéressante. Il serait bien trop long de faire une liste des oiseaux visibles dans ce secteur mais les pigeons, tourterelles, moineaux, merles, pies, mésanges, étourneaux, bergeronnettes et rouges-queues noirs sont de très loin les plus visibles et donc les plus communs. A l’approche du « Correc de la Bola », ce biotope change encore. Les cyprès, ronciers, roseaux, cannes de Provence et autres joncs viennent remplacer les grands feuillus. D’autres oiseaux y trouvent le bonheur : fauvettes, rousserolles et pouillots par exemple. Le canal et le sentier débouchent sur un gué qui enjambe la « Boule ». A la fois pont et aqueduc, un système d’écluse équipée d’une vanne permet une éventuelle dérivation des eaux du canal vers le ruisseau.  Si une passerelle et le canal continuent vers Baho, une autre passerelle offre la possibilité de remonter le cours de la Boule.  C’est cette option qu’il faut choisir même si un aller-retour vers Baho reste toujours possible et parfois très intéressant car ce tronçon étant moins emprunté, les oiseaux aquatiques y trouvent un milieu plus tranquille et donc mieux adapté à leur nidification. Affluent de la Têt, la « Boule » est un petit ruisseau naturel qui a été aménagé avec un haut enrochement permettant la régulation de son cours lors de crues éventuelles. Assez souvent, il est asséché partiellement voire totalement. Il faut remonter le ruisseau, traverser la D.616 et le poursuivre toujours sur sa rive gauche. Après la D.616, un élargissement de la Boule a été opéré très récemment, ce qui permet de le longer assez facilement. Cet élargissement ajouté à la faible profondeur du ruisseau et à la présence de roseaux, joncs et autres cannes de Provence est propice à une avifaune parfois bien différente. C’est ainsi que j’ai eu l’occasion de photographier plusieurs échassiers comme des aigrettes, des hérons ou bien encore de petits limicoles mais aussi de très colorés martins-pêcheurs. Il faut dire que ce ruisseau accueille divers batraciens et insectes dont se régalent de très nombreux oiseaux. Dès lors que les premières maisons apparaissent de l’autre côté du ruisseau, il faut envisager de le traverser. Si le niveau de l’eau ne le permet pas, il n’y aura pas d’autre solution que de rebrousser chemin et d’interrompre la balade car aucun passage piétonnier n’est présent. Si le ruisseau est asséché, il faut utiliser avec prudence les enrochements les plus saillants comme des marches, marches certes rudimentaires mais il n’y a pas d’autre alternative que de grimper par là en s’aidant des mains et des pieds. Si vous n’avez la dextérité suffisante ou si vous ne pouvez pas vous faire aider, renoncez à le faire et n’allez pas plus loin. Si vous y parvenez, vous débouchez sur une allée rectiligne bordant quelques luxueuses villas. C’est une courte portion terminale du Chemin des Aloès. Il faut l’emprunter en partant à gauche. Quelques mètres plus loin, il faut prendre à droite et monter une autre allée. Dès son début, elle est barrée de deux rambardes. Cette allée clôture la dernière maison et s’élève vers le lieu-dit « Cau de la Guilla ». Elle débouche sur un large chemin rectiligne, avec sur la droite une haie de cyprès et un profond fossé très souvent asséché, et sur la gauche des champs en jachères et des vignobles. Il faut marcher jusqu’à la terminaison de ces vignobles puis en arrivant sur une route bitumée, il faut tourner à droite direction La Pinède. Le fossé se poursuit à gauche dans la pinède jusqu’au cimetière sud. Le fossé se termine et se perd dans une buse de ciment mais on le retrouve à droite face à l’entrée du cimetière. Ici, on a le choix entre marcher au sein de la pinède ou bien longer la large piste contiguë au fossé, les deux itinéraires étant parallèles et séparés par une nouvelle haie de très hauts cyprès. C’est cette dernière option que je choisis en général car les cyprès sont très souvent favorables à l’hébergement de pinsons, serins et autres chardonnerets, quand au maquis qui se trouve côté « Mas de la Garrigue », il est susceptible d’accueillir une avifaune encore plus diversifiée : petits rapaces, coucous-geai, pies et tous les petits passereaux aimant se retrouver dans les landes broussailleuses. C’est ici que j’ai aperçu la très rare Fauvette à lunettes sans jamais réussir à la photographier correctement. La pinède, elle, a très longtemps abrité une quantité incroyable d’écureuils roux mais un peu moins depuis quelques temps.  Ce circuit se prolonge par le parcours sportif puis rejoint la D.45 et enfin l’étang. Lieu de fraîcheur festif,  de loisirs,  sportif et de détente, on y trouve le « Théâtre de l’Etang » et le complexe médical de la Pinède. Pour moi, l’étang est surtout synonyme d’avifaune certes mais de faune tout court. La plupart d’entre vous n’y verront que des moineaux, colverts, cormorans et autres mouettes rieuses mais quand on s’intéresse à la Nature stéphanoise en général comme je le fais depuis plusieurs années, on peut y distinguer une incroyable quantité d’espèces bien différentes. Cela va du très visible ragondin au discret Martin-pêcheur en passant par bien d’autres passereaux, poissons, écrevisses, serpents et autres tortues. Certaines espèces ne sont pas là innocemment et ont été introduites par des aquariophiles irresponsables et insouciants qui voulaient se séparer d’un animal devenu trop encombrant. C’est le cas de l’écrevisse de Louisiane visible sur les grèves de sable ou bien de la tortue de Floride que l’on peut voir sur les rochers les jours de fortes chaleurs. Les deux belles américaines sont invasives et donc nuisibles pour les autres espèces. L’eau de l’étang se déverse dans le « Correc de la Corregada » et c’est ce ruisseau qu’il nous faut suivre désormais. Ce correc marque la limite actuelle de la zone industrielle de la Mirande et un sentier le longe parallèlement sur la droite. Pour moi, ce tronçon est probablement l’endroit où j’ai photographié le plus grand nombre d’oiseaux migrateurs bien différents. Il serait bien trop long de tous les lister ici mais ça va de la Gallinule poule-d’eau à la Grive musicienne en passant par des coucous-geai et une variété incroyable de rapaces et de passereaux très originaux. Originaux car assez souvent, on ne s’attend pas à les trouver ici. Il est probable que ce lieu entre Torremilla et La Mirande soit un lieu de passage propice à la migration car les d’oiseaux s’y distinguent parfois en de très grands rassemblements. En tous cas, cette « Plaine de Torremilla » est inscrite à l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) comme une Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique (ZNIEFF). Assez sauvage, on y rencontre de nombreux papillons et j’y ai même aperçu ce qui m’a semblé être une loutre et plus sûrement un lièvre, des lapins de garenne et deux magnifiques faisans. Il est vrai que ce jour-là, jour de chasse, j’entendais les détonations toutes proches des fusils et que je n’ai pas donné cher du plumage de ces deux superbes volatiles. Après les derniers bâtiments industriels et les dernières villas, il faut continuer à longer la « Corregada ». Le ruisseau devient plus tortueux mais le sentier qui le longe existe toujours mais devient plus incertain car la plupart du temps embroussaillé. Il se faufile dans une steppe de graminées, de fenouil et hauts genêts.  D’ailleurs, le correc disparaît lui aussi dans une végétation exubérante où les joncacées, buissons, boqueteaux et grands arbres se partagent l’espace. Une fois encore, une extraordinaire avifaune y trouve un environnement favorable et ce malgré l’aspect « dépotoir » que le ruisseau présente parfois tout au long de son parcours. Plus loin, le sentier se transforme en un large chemin. Sur la gauche, un étrange paysage ocre de dépressions, de tertres et de falaises d’argiles se dessine. Ces zones temporairement mouillées accueillent une faune et une flore remarquables et parfois très difficiles à distinguer, en raison même de cet aspect humide passager et parfois très éphémère. C’est le cas de l’ Oedicnème criard, un oiseau rare et désormais très menacé d’extinction. C’est le cas aussi d’une étonnante et minuscule crevette au doux nom de Tanymastix stagnalis, étonnante car si elle vit dans l’eau, elle doit son existence à la sécheresse ambiante où ses œufs sont capables de survivre très longtemps et au repos dans l'attente d'une pluie bienfaitrice. Ici, et de ce fait, on regrettera que des fans de VTT, moto-cross, quads et autres buggies y trouvent des terrains de jeux à la hauteur de leur passion pour la vitesse et les montagnes russes. Cet endroit est pourtant le lieu de nidification du plus beau de nos oiseaux de France, le sublime et fragile Guêpier d’Europe. La femelle coucou-geai y niche aussi mais a pour habitude de parasiter le nid d’une pie bavarde afin de lui confier ses œufs, la pie devenant ainsi et involontairement une mère adoptive malgré elle. Ce lieu mériterait donc qu’on le protège et qu’on en réglemente l’accès à tous ces fous du guidon et du volant, et ce d’autant que ce lieu sert trop souvent aussi de décharge sauvage à ciel ouvert. Sur la droite et droit devant, les décors sont bien différents avec de grands espaces consacrés à des panneaux photovoltaïques, à des serres agricoles, à des oliveraies et à des vergers. Dès lors que l’on aperçoit les voies routières de l’autoroute La Catalane et de la Nationale 9, il est temps de penser à revenir vers Saint-Estève en empruntant le Chemin dit d’Estagel et du Vernet. Devant le Mas éponyme, on délaisse définitivement la Corregada qui part se perdre dans Perpignan tout proche. La boucle se referme pour ces eaux-là mais pour nous le chemin est encore long jusqu’au « Bar le Concorde ». Première longue ligne droite jusqu’au lieu-dit Mas Romeu. Malgré l’asphalte de cette route, l’eau n’est pas perdue pour autant. Il y a toujours des fossés d’évacuation des eaux pluviales. En outre, le Mas Romeu est un vaste domaine agricole entouré et traversé d’eaux grâce à un système d’irrigation. On tourne à gauche en direction de l’entrée de Saint-Estève et de son carrefour sur la D.616, le but étant de rejoindre la ligne de départ en retrouvant le « canal del Vernet à Pià ». Le canal traversant diverses propriétés privées, on n’a pas d’autre choix que d’entrer dans Saint-Estève en longeant la D.616 et Saint-Mamet puis on emprunte le rue François Mitterrand afin de le retrouver plus loin.  Au passage de Saint-Mamet, rien n’interdit de faire un petit détour pour partir à la découverte de la belle chapelle éponyme. Elle date de 1750 mais a été remarquablement restaurée. Au bout de la rue Mitterand, le canal est à nouveau là, sur la droite. Ponts en briques rouges et barrages à vannes jalonnent son parcours.  Sous l’ombrage des platanes et des palmiers, le centre-ville arrive vite, avec sa belle mairie, récemment rénovée et avec son clocher civil rococo et couleur jaune d’œuf. Il y a un centre ancien avec de jolies ruelles et de vieilles portes en arcades mais c’est surtout l’église paroissiale Saint-Etienne qui mérite un détour. Elle le mérite d’autant plus qu’elle est le seul vestige encore en bon état de l’ancienne abbaye fondée au IXeme siècle mais aujourd’hui disparue. Ancienne abbatiale, elle a subi de profondes transformations au fil des siècles et notamment son clocher et sa façade. C’est bien ici qu’il faut chercher l’origine de son nom catalan et médiéval de « Sant Esteve del Monestir » c’est à dire « Saint-Etienne du Monastère ».  L’église n’est pas très loin de la rue Arago et donc de la ligne d’arrivée. Cette balade telle qu’expliquée ici a été longue de 13 km environ. Moi, dans ce reportage, et pour découvrir un autre itinéraire, je me suis retrouvé dans une propriété privée. Alors bien sûr, ne le faites pas ! Si vous avez trouvé cette balade bien trop longue et qu’une petite soif se présente à l’arrivée, vous avez toujours la possibilité d’aller vous désaltérer au « Bar le Concorde ». Vous y trouverez moyennant finances bien d’autres boissons bien plus rafraîchissantes que les eaux de ce circuit, pourtant très agréable !  Carte I.G.N 2548 OT Perpignan – Plages du Roussillon Top 25.


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  • Ce diaporama est agrémenté de la chanson "La Mer" de Charles Trenet. En anglais "Beyond the Sea". Elle est interprétée ici par divers chanteurs et musiciens dans l'ordre suivant : Robbie Williams (chant), Acker Bilk (clarinette), Biréli Lagrène (guitare), Bobby Darin (chant), Charles Trenet (chant)Le Sentier du Pêcheur à Leucate

    Le Sentier du Pêcheur à Leucate

    Cliquez sur les photos pour les agrandir. 2 fois pour un plein écran.

     


     

    Ne quittons pas les étangs. Après celui de Gruissan, voilà celui de Salses. De Leucate plus exactement car les deux dénominations Salses et Leucate sont justes. En effet, cette balade commence à Leucate-Village et s'intitule le « Sentier du Pêcheur ». Le petit étang de Gruissan ayant une superficie de 1,45 km2 et celui de Leucate de 54 km2, cette fois, par question bien évidemment d’en faire le tour complet, même si les objectifs sont strictement les mêmes. D'ailleurs quels sont-ils exactement ? Le patrimoine historique tout d'abord puis prendre du plaisir à marcher tout en découvrant la Nature. Ici paradoxalement, sur ce « Sentier du Pêcheur », les poissons ne seront pas concernés, en tous cas si peu. Priorité aux oiseaux, car pour moi, il s’agit d’abord de réaliser une balade ornithologique. Les oiseaux des étangs bien sûr et tout le reste quand il se présente. Montrer ce qu'il y a au bord du chemin, c'est aussi un plaisir que j'ai toujours envie de partager. Comme pour le « Sentier du Guetteur » effectué récemment, le démarrage s'effectue depuis la place Pierre Gonzales. Ciel azur et parfaitement pur, rayons du soleil juste tièdes et pas de vent, pour un 16 novembre, c’est une météo merveilleuse qui m’y accueille. Un vaste parking est là. Il y a aussi un point d'information touristique mais je l’ai toujours trouvé fermé. Enfin peu importe, ce n'est pas là l'essentiel, et ce d'autant plus que des panonceaux directionnels sont bien présents juste à côté. Le « Sentier du Pêcheur » est là parmi les autres. Il indique 7,2 km. Le château, lui, est à 600 m seulement et dans le même sens. Je file au bout du parking et emprunte la rue de la Vigne. Au sommet d’un amandier, des étourneaux attirent déjà l’objectif de mon numérique. Leur plumage sombre et brillant tranche dans ce lavis céleste si parfaitement bleu. L’itinéraire passe devant la maison de retraite « Le Château ». Le vrai, lui, ou du moins ce qu’il en reste, est déjà là sur la gauche de la rue de l’Aire. Je délaisse très vite la large voie pour une étroite sente qui y monte plus directement. Des moineaux se coursent dans des cyprès et des amandiers. Un peu plus haut, en arrivant au pied du château, c’est un couple de roitelets huppés qui capte mon attention. Des roitelets dans un château, quoi de plus normal me direz-vous ? Je m’assieds en surplomb d’un grand cèdre pour tenter de les photographier. Bingo ! Apparemment, le cèdre est leur terrain de jeux favori. Jeux de l’amour, je ne sais pas ? Mais du hasard pour moi en tous cas, tant ils se coursent, ne tiennent pas en place et sont difficiles à immortaliser. Il faut dire qu’il y a plusieurs cèdres et qu’ils aiment y batifoler de l’un à l’autre. Il me faut plus d’une demi-heure et un peu de chance pour avoir une ou deux photos à peu près correctes. Etourneaux, moineaux et roitelets sont déjà dans la boîte et le moment est venu de consacrer un peu de temps au patrimoine leucatois. Chapelle et château restent à découvrir et si le tour de la chapelle aux trois croix s’effectue très rapidement, il n’en va pas de même du château et des nombreux panonceaux explicatifs qu’il faut lire. Lire et observer, il faut parfois faire les deux simultanément. De ce modeste pinacle, le château est un monumental champ de ruines qui n’a plus rien de comparable avec le croquis architectural le présentant sur un des panneaux sous la forme d’une étoile à huit branches. On a du mal à imaginer qu’une telle dévastation ait été possible et quand on apprend que la destruction du château a été volontaire et effectuée à l’explosif, on comprend mieux l’image qu’il nous offre. Toutes les branches de l’étoile ont disparu et le reste aussi.  En 1661, le château coûte trop cher et les Etats du Languedoc préconise sa démolition. En 1663, Louis XIV donne son accord et le château est démoli en 1664 par un maître maçon s’appelant François Carcassonne. Quel boulot et quel sacrilège pour un bâtisseur que de se voir confier une besogne aussi méprisable ! Si de nos jours, nous détruisions tous les monuments coûtant trop chers à entretenir, il ne resterait que peu de choses de notre patrimoine historique. Adieu certains châteaux de la Renaissance, adieu certaines cathédrales médiévales et Notre-Dame de Paris notamment, dont la toiture va peut-être être restaurée grâce à des fonds d’une souscription « made in U.S.A ». Je quitte le sommet et fait le tour de l’ensemble des vestiges. Plus je m’avance dans ce patrimoine saccagé et plus je me dis quel dommage ! On comprend surtout que les gouvernants de l’époque n’aient pas voulu que ce château tombe entre les mains de leurs ennemis et c’est la seule explication admissible à cette désintégration totale. Il vrai que sous Louis XIV, nombreux sont les catalans tout proches qui se désolent d’avoir été obligés de se rallier de force par le Traité des Pyrénées de 1659. La « Guerre des Faucheurs » est terminée mais les rancoeurs entre catalans, espagnols et français sont encore fortement ancrées. Faut-il que le risque de voir nos adversaires s’emparer du château ait été jugé si angoissant pour que d’une simple signature sur un document et avec quelques bâtons de dynamite, on ait cru bon de balayer un lieu si chargé d’actes de bravoure. Cette bravoure est désormais symbolisée par la statue de Françoise de Cézelly et c’est par là que je termine ma visite. J’ai déjà eu l’occasion de conter son extraordinaire épopée (voir le « Sentier du Guetteur ») et ce spectacle de désolation n’en n’est que plus révoltant. Par bonheur, des rouges-queues noirs et des mésanges bleues sont là pour me distraire et me faire oublier ces ruines. La suite de l’itinéraire est parfaitement indiquée car un nouveau panneau « Sentier du Pêcheur-6,7 km » se présente. Le sentier entre dans une pinède mais presque aussitôt ma curiosité se laisse à nouveau entraîner vers un autre monument que je distingue à peine à travers les branches. Je délaisse le sentier et m’y dirige tant bien que mal. Finalement, il s’agit d’un tombeau monumental ceint d’une haute clôture et clos par un portail qu’il l’est tout autant. Il est plutôt éloigné du cimetière que j’aperçois au bout d’une longue allée située dans mon dos. J’imagine qu’il s’agit de notables de la ville. J’emprunte cette allée. Non loin du cimetière, au lieu-dit « Courbatières » un autre panonceau « Sentier du Pêcheur- 6,5 km » m’assure de la bonne direction à poursuivre. Je suis désormais dans la garrigue mais sur un chemin bitumé. Premières fleurs, premiers papillons puis c’est une fauvette qui joue avec mes nerfs. A l’instant même où je m’apprête à la photographier plutôt correctement, je sursaute en entendant cette exclamation interrogative « mais que photographiez-vous ? » C’est une jeune et jolie joggeuse qui est arrivée dans mon dos qui me pose cette question. Je lui réponds bien sûr et ainsi vont s’enchaîner d’autres questions et somme toute, une agréable conversation qui va durer presque une heure. Pendant cette heure, nous allons nous présenter puis tenter de nous connaître, mais surtout nous allons faire le tour du monde, voyager d’un bout à l’autre de la Terre et sur plusieurs continents. Elle est en vacances actuellement et les partage entre Toulouse et Leucate. Elle travaille dans l’humanitaire et a été amenée à visiter de très nombreux pays. A chaque pays qu’elle évoque, elle rajoute « vous connaissez ? » Et bien évidemment, je ne connais pas ! Il y en n’a déjà pas mal malgré son jeune âge que j’estime à 35 ans environ, à peine plus peut être ? Alors pour faire mon intéressant, je lui parle des pays étrangers ou lointains que j’ai eu le plaisir de découvrir. Il y en a moins bien sûr, mais pour blaguer, je lui dis « vous connaissez ? » Et elle ne connaît pas ou si rarement. Apparemment, les pays où l’humanitaire est nécessaire ne sont pas les mêmes que ceux où l’on part en vacances. Finalement, il n’y a que quelques pays pour nous rapprocher. Nos souvenirs se croisent sur ces pays-là. On se renvoie nos pérégrinations respectives comme deux tennismen se renvoient une balle. On se donne des envies de voyages mutuellement, conscients de ne pas avoir tout vu même dans ces pays-là. Les voyages se poursuivent dans nos têtes respectives mais à une vitesse telle que les arrêts sur images deviennent quasiment impossibles. Alors je change de conversation. Je lui parle de ma passion de la randonnée pédestre et elle m’avoue être candide en ce domaine. J’évoque mes autres passions ; nature, mer, montagnes, photo et informatique. Ça a l’air de l’intéresser. Je lui parle de mon blog « randos » et elle me promet d’aller le découvrir au plus vite. Je lui donne le nom de mon site : « Mes Belles Randonnées Expliquées ». Finalement, le temps passe et l’ordre du jour ne semble jamais s’épuiser. Je lui dis que le footing en solitaire est un très bon début à la randonnée pédestre. Effort solitaire et trouver du bonheur à courir dans la Nature sont d’excellents prémices à partir marcher en montagne ou ailleurs. Je crois comprendre qu’elle prend cette appréciation comme une éventuelle suggestion, alors gentiment, j’insiste pour lui faire comprendre que ce n’est pas le cas. Elle a sensiblement l’âge de ma fille et avec tout ce qui ce passe, je ne peux pas m’empêcher de la mettre en garde dans le fait de courir seule dans un endroit si isolé comme celui où nous nous trouvons. De surcroît, je considère que de m’avoir accoster comme elle l’a fait n’est peut-être pas très prudent. Elle me remercie de mes conseils me disant qu’elle les trouve très pertinents mais d’un autre côté, « me cloue le bec » en me disant que des risques, elle en a couru de biens pires dans son travail d’urgentiste humanitaire. Elle rajoute qu’elle avait parfaitement compris que je photographiais la Nature et que de ce fait, je lui paraissais plutôt « clean ». Je me vois forcé de la croire. Je la remercie pour ce charmant échange. On se sépare. Elle repart en courant et moi en marchant. La fauvette n’est plus là mais j’ai espoir qu’elle soit déjà dans mon numérique. Voilà déjà plus de 2 heures que j’ai démarré cette balade et il est déjà midi et demi. Pour la rassurer, je téléphone à Dany comme je le fais à chaque fois que je pars randonner tout seul. Je lui explique mon insolite rencontre avec la joggeuse et le retard que j’ai pris à réaliser ce circuit. Nous discutons quelques minutes puis elle me souhaite « bonne balade ». Je raccroche. L’ai-je rassurée ? Je ne sais pas. Je file vers l’étang et seuls quelques oiseaux et des tags sous un pont arrêtent mon envie d’y parvenir pour me poser et prendre un premier en-cas. J’atteins une crique très tranquille. Le petit golfe est clair. Au bord, l’eau y est transparente. Il y a quelques bateaux au mouillage et d’autres au sec, une baraque rouillée, des roseaux mouillés, des filets de pêches entrain de sécher et quelques oiseaux blancs.  Ici tout me rappelle les paroles de « La Mer » de Trenet et il ne manque que les blancs moutons. Il faut dire que l’artiste avait choisi le tout proche et similaire étang de Thau comme source d’inspiration à sa chanson fétiche. En longeant le bord, je continue à marcher jusqu’à l’extrémité de la anse. Là, derrière la pointe, une petite brise venant du nord fait frémir la surface de l’eau. Les voilà les « blancs moutons » de la « bergère d’azur », ici plutôt grisâtre. Ma présence semble déranger un couple de goélands et leurs cris puissants viennent rompre ce silence si agréable. Abstraction faite des décibels très supérieurs, on dirait des bébés que l’on a privés de leur biberon. Je fais demi-tour. Le silence revient. Je m’attable à la terrasse d’un cabanon désert. Un sandwich - triangle fait office d’en-cas. Je garde tout le reste, salade, dessert et fruits pour un peu plus tard. Je profite du calme pour observer des rouges-queues noirs, des rouges-gorges ainsi que des lézards jouant dans les jardinets voisins. Il faut dire que les lieux ne servent plus de jardins potagers depuis très longtemps. Ils sont de véritables capharnaüms où objets divers et variés s’entassent et semblent vivre une fin de vie au grand soleil : rafiots, remorques rouillées, empilements de filets, pneus, barriques, pieux, fanions et autres bouées colorées servent de cache à cette faune volante et rampante que je tente de photographier. Après cet entracte, je repars, en marchant toujours au plus près de la lagune. Côté étang, il y a les oiseaux marins divers et variés, et plus à l’intérieur, une belle variété de passereaux. Alors, je marche le plus souvent en zigzaguant entre les deux. Finalement, j’en oublie presque le « Sentier du Pêcheur » mais mes hésitations incessantes m’offrent des panoramas que je n’aurais sans doute pas vus en y restant dessus. En effet, l’itinéraire file à l’intérieur de pineraies plutôt touffues et je préfère nettement le bord de l’étang. Après une moisson de photos de l’avifaune présente, je fais définitivement le choix de marcher au plus près de la grève. Ici, la grève, c’est le plus souvent un épais matelas d’algues sèches voire de petits buissons de soude ou de salicornes. Quand le goémon n’est pas sec, mes godillots s’enfoncent et il me faut réagir et sauter au plus vite pour ne pas les voir se remplir d’une eau juteuse et verdâtre. A l’instant même où j’atteins la pointe extrême des Courbatières et que je suis entrain de photographier une Aigrette garzette, qu’elle n’est pas ma surprise de constater qu’un « chat sauvage » observe le même volatile encore plus intensément que moi. Le matou ne m’a pas vu. Pas de doute, le chat guette fixement l’oiseau pour en faire son déjeuner. Le voilà qui sort des roseaux, s’avance en rampant sur le sable d’une large plage. Il est désormais à découvert. Il s’aplatit au maximum pour se faire discret mais il est encore très loin de l’échassier et son instinct inné de la difficulté l’alerte déjà d’un autre danger. Ce danger, c’est moi. Il hésite à se relever mais tournant sa tête dans tous les sens, il finit par me repérer. Il hésite toujours mais l’oiseau est encore loin et je représente un risque. Il se relève, retourne vers les roseaux, s’arrête et m’observe intensément. L’aigrette est là, toujours aussi impassible, mais le chat continue à me regarder toujours aussi fixement. Effet de surprise ? Qu’attend-il de moi exactement ? Que je bouge sans doute ? J’en profite pour le photographier. Il a presque tout du « chat sauvage ». Il est assez massif mais guère plus gros qu’un chat domestique. Il a une grosse tête et des oreilles bien droites et surtout des rayures sombres identiques à celle que l’on peut observer chez le « félis silvestris », le chat sauvage forestier de nos montagnes pyrénéennes. Sauf qu’il est fortement improbable que celui-ci en soit véritablement un. Il s’agit plus sûrement d’un chat haret, chat sauvage certes mais issu du marronnage. En tous cas, celui-ci est très loin de toute habitation et sa gestuelle vis-à-vis de l’aigrette ne laisse planer aucun doute quand à ses intentions belliqueuses. Il chasse pour manger, car si le jeu était sa seule visée, il s’attaquerait probablement à une créature plus petite et présentant moins de risques. Si l’étang est son domaine, il doit savoir que le bec de l’aigrette est un poignard. Je me décide à bouger. Il s’enfuit dans les roseaux et doit me maudire de lui avoir fait louper son plat du jour. Le mien, je n’ai qu’à le tirer de mon sac à dos et c’est chose faite quelques minutes plus tard quand une table et un banc se présente au milieu d’un pré dominant l’étang.  A l’ombre d’un grand pin, je ne pouvais espérer meilleur emplacement pour déjeuner et meilleur observatoire pour les oiseaux qui passent et s’arrêtent parfois : Aigrette garzette, Grande Aigrette, Héron cendré, Goélands, Mouettes rieuses, Grèbe huppée et des passereaux et limicoles pas toujours évidents à identifier ou à photographier. La suite de la balade est du même acabit. Je retrouve le « Sentier du Pêcheur » et histoire de me donner bonne conscience, j’effectue en sens inverse et très rapidement la partie que je n’ai pas accomplie. Trop enfoui au milieu des pins ou du maquis, rien de ce « rebrousse-chemin » ne me fait regretter mon itinéraire perso. Je rebrousse chemin de nouveau jusqu’à atteindre l’anse plus ample de la Caramoun et un petit cap pointu. D’autres oiseaux occupent les salicornes ou la berge. J'y passe beaucoup de temps planqué. Quelques personnes s’y promènent. Pour d’autres, pas de doute, il s’agit bien d’un lieu de rendez-vous. Il faut dire que ce cap est accessible en voiture. Je ne suis plus seul pour la toute première fois depuis la joggeuse de ce matin. Je m’empresse de quitter le cap pour des lieux moins fréquentés. Le lac est un miroir qui commence à se teinter d’or. Le soleil décline déjà et plutôt rapidement. Je suis indécis, entre l’acte de finir cette balade et de ne rien louper de ce spectacle admirable. Je prends de nombreuses photos puis continue l’itinéraire. Plus monotone, il m’entraîne loin de l’étang mais en direction de la ligne d’arrivée. Sur la droite, la « Grotte des Fées » se présente, entourée d’un haut grillage. J’en fais le tour sans jamais ne rien voir de cet aven. Alors que je suis sur le point de repartir, je constate qu’il y a un énorme trou au bas du grillage, lequel à cet endroit-là a été largement soulevé. Je m’y glisse sans aucune difficulté. L’aven est là à mes pieds, avec plusieurs boyaux dont un est plutôt facile d’accès au prima abord. J’ y descends, conscient de braver une interdiction mais lucide aussi que ma curiosité excessive prenne une fois encore le pas sur ma raison. Je finis par me rendre compte que c’est d’autant plus irréfléchi qu’il n’y a rien d’intéressant et en tous cas, rien qui n’étanche ma soif de découverte. Je prends quelques photos, mais autant que je me souvienne, car c’est plutôt récent, elles sont probablement identiques à celles que j’ai vues sur le site Wikipédia. J’ai lu pas mal de choses à son propos et bien évidemment tout cela n’a plus de raison d’être, sauf à descendre encore plus profondément, ce que les archéologues et les spéléos ont sans doute tenter de faire depuis très longtemps déjà. Je n’y pense pas une seule seconde et au contraire, l’aven plus profond qui se trouve à mes pieds me fout les jetons. Je crois savoir qu'il y a de l'eau. J’en m’en éloigne tout en me disant que si j’avais malencontreusement glissé dedans, personne n’aurait peut être eu l’idée de venir me chercher au fin fond de ce gouffre. Ouf ! Me voilà à l’air libre !  Il n’y avait pas de fées dans cette grotte ! Les seules « enchanteresses » de la journée auront été cette balade et la gentille joggeuse qui avait envie de converser. Ces pensées suffisent à mon bonheur et si la grotte est là au bord du chemin, rien n’oblige à y descendre. Un conseil : N’y allez pas !  Je poursuis l’itinéraire toujours dans un décor de garrigues mais les cabanons isolés puis les premières villas se font plus nombreuses. Au loin, un bout de l’étang et le Canigou se révèlent sous un soleil blondissant. Je presse le pas car mon idée est de voir le soleil se coucher sur l’étang. L’itinéraire se complique dès lors qu’il faut franchir la départementale D.627. J’allume mon G.P.S et compulse ma carte I.G.N. Je trouve aisément le passage en zigzags qui m’amène sous le pont. Sous l’ouvrage, d’autres tags, dont certains plutôt amusants, accaparent une fois encore mon attention et celle de mon appareil-photo. Leucate-Village est là mais je suis au sud et ma voiture est au nord-est. Alors, je me laisse guider par le tracé enregistré dans mon G.P.S. Premiers lotissements, piscine, complexe sportif, rue rectiligne. Je débouche sur la rue principale. La rue Francis Vals. Je la connais bien et il ne me reste plus qu’à la remonter jusqu’au parking Pierre Gonzales. J’accélère encore le pas pour ne rien manquer du coucher du soleil. Même le jolie centre-ville ne ralentit pas mon ardeur. Le ciel est encore très bleu mais quelques nuages rosissent déjà. Ma voiture est là. J’y jette mon sac à dos sur le siège arrière et file en direction de la Franqui. Finalement, je m’arrête à la sortie de Leucate sur la vaste esplanade d’un camping. Quel spectacle !  Quelle métamorphose que ce ciel changeant de couleurs en quelques secondes et sans que l’œil humain ait le temps suffisant d’en enregistrer toutes les beautés et toutes les nuances : bleus, gris, ocres, jaunes, bruns, oranges, rouges. Seules mes nombreuses photos révéleront cette splendeur si incroyable. Le temps presse et je suis bien trop loin de l’étang. Je reprends la route, direction Le Barcarès cette fois. Je stoppe au bord de l’étang. Le ciel rougeoie. Un obscur Massif du Canigou se détache dans cet horizon incandescent mais éphémère car trop rapidement changeant. Ce soir, le Canigou, Seigneur des Pyrénées ou Olympe des Catalans, justifie pleinement tous les superlatifs qu’on lui attribue habituellement. L’étang ressemble à une couche de braises lisse et sans défaut. Seule l’image inversée de la Montagne sacrée vient assombrir cette belle et écarlate verrière. Ce « fond d’écran » flamboyant n’est pas sans me rappeler ceux de mon ami Bruno Carrias, pêcheur d’images dont la passion est de photographier le pic du Canigou depuis la Provence ou Marseille, distante de plus de 250 km. Images encore plus insolites car souvent qualifiées de « mirages » ou de « miraculeuses », quand on sait que la terre est ronde et que depuis Notre-Dame de La Garde à Marseille, le sommet du Canigou est censé être sous l’eau à 120m de profondeur. Cet incroyable phénomène optique par réfraction atmosphérique de la lumière n’est pas récent puisque déjà observé en 1808 par le baron Von Zach, mais alors qu’est que c’est beau ! Sur ce « Sentier du Pêcheur » assez perso, la pêche a été bonne. Rien d’alimentaire bien sûr, mais si nourrissant sur le plan des plaisirs simples. Des plaisirs simples à la portée de tous. Telle qu’effectuée et expliquée ici, à savoir, visité détaillée du château, entorse au tracé originel, plus ce dernier en sus avec un aller/retour au niveau du lieu-dit Devès, cette balade a été longue d’environ 10 à 11 km. Le temps pour l’effectuer est si ridicule que j’aime autant ne pas vous l'annoncer ! Carte I.G.N 2547OT Durban – Corbières – Leucate.

     

     

     

     


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  • Diaporama agrémenté de la célèbre musique "Over the Rainbow", paroles de la chanson d'Edgar Yipsel Harburg, musique de Harold Arlen et Herbert Stothart pour le film "Le Magicien d'Oz". Ici, la musique est successivement jouée par : le Hollywood Studio Orchestra, par le duo Santo et Johnny Farina, le duo Joshua Chiu et Julian Zorsy (Violon/piano), Johnny Ferreira (Saxo) et Frankensteindead (harmonica).

    Le Sentier Thématique Tour de l'étang de Gruissan depuis Gruissan-Village.

    Le Sentier Thématique Tour de l'étang de Gruissan depuis Gruissan-Village.


     

    Randonner sans soleil et sans grand ciel bleu, la plupart d’entre vous le savent n’est pas ma tasse de thé. Le moindre nuage et j’ai toujours envie de remettre à plus tard, une randonnée prévue pourtant de longue date. Mais, car il peut y avoir un « mais », il peut y avoir une exception à cette règle. Cette exception, c’est l’envie de marcher combinée à celle d’avoir la certitude de pouvoir photographier de très nombreux oiseaux. Des oiseaux qui ne craignent pas l’eau bien sûr au cas où la pluie entrerait dans la partie.  N’importe quels oiseaux mais en général il s’agit plutôt d’oiseaux marins, de limicoles, des échassiers et que sais-je encore ?  En général, quand il pleut, ils ne bougent pas trop  et cela peut s’avérer un avantage sauf que pour les photos,  la luminosité n’est pas géniale. Enfin de là à marcher sous la pluie, il n’y a qu’un pas que j’ai franchi allègrement en ce 30 septembre 2017 quand j’ai réalisé ce « Sentier thématique Tour de l’étang de Gruissan ». Je suis revenu bien trempé jusqu’aux os mais néanmoins ravi des découvertes opérées. Il faut dire que je suis parti « la fleur au fusil » et l’appareil-photo en bandoulière, mais sans jamais regarder la météo. Présents ce jour-là à Gruissan où nous étions là pour garder les petits-enfants, Dany avait décidé de rester au chalet. Il est vrai que le temps changeant et devenant de plus en plus maussade au fil du jour n’était guère incitatif à aller se promener. Les enfants n’avaient pas trop envie de bouger non plus, alors j’avais pris la décision de partir seul pour remplir une partie de cette journée qui s’annonçait insipide devant la télé et les dessins animés pour enfants. Mes objectifs ? Visiter la vieille cité, la tour Barberousse puis faire le tour de l’étang où le matin même en arrivant en voiture, j’avais constaté la présence de très nombreux oiseaux. J’avais prévu d’y ajouter le secteur de la Capoulade mais la pluie plutôt soutenue qui m’est tombée sur la tête à l’instant même où j’atteignais cette intersection de chemins m’a obligé à changer mon plan initial. Ensuite, les pluies ont été plutôt intermittentes mais j’étais déjà bien mouillé. D’ailleurs, vous noterez que cette balade sortait tant de mes critères habituels que je l’avais complètement zappée de la liste de celles à mettre sur mon blog. Il faut dire que faire le tour de l’étang, c’est la balade la plus commune qui soit pour de très nombreux Gruissanais. Certains la font tranquillement à pied, d’autres en courant et d’autres carrément à vélo. Moi, j’avais prévu de flâner comme à mon habitude. Il est vrai que la course à pied et la photographie ornithologique ne font pas bon ménage. Ici, à Gruissan tout est plat et la distance de 6,1 km est à la portée de n’importe qui ou presque. Cette accessibilité que les Gruissanais ont transformée en une banalité, il faut donc la combler avec d’autres centres d’intérêts et force de reconnaître que c’est assez facile. En tous cas, ça l’a été pour moi. Comme l’indique l’Office de Tourisme de Gruissan, « ce sentier pédestre thématique permet de découvrir toute la diversité de l'écosystème vivant en symbiose avec cet espace lagunaire. 10 panneaux d'information ainsi que des points de vue remarquables jalonnent le parcours. » Enfin, pour ceux qui ne connaissent pas le bourg et ses alentours, ils présentent de très nombreux autres attraits qu’ils seraient trop longs de lister ici. Richesses patrimoniales, paysages, faune et flore ont donc été au rendez-vous pour mon plus grand bonheur. La publicité de l’Office du Tourisme que j’avais lu sur Internet avant de démarrer n’était donc pas mensongère. Oui, « les étangs de Gruissan représentent un patrimoine naturel exceptionnel qu’il faut protéger et préserver. A découvrir ! » J’ai pu laisser ma voiture sur un parking près du centre-ville puis par de jolies ruelles, j’ai pris la direction de l’église Notre-Dame-de-l'Assomption et enfin j’ai terminé par la Tour Barberousse qui se trouve juste à côté. Avec le tour de l’étang, je ne m’étais pas fixé d’autres objectifs que ces deux-là. Par chance, l’église était ouverte et une chorale y était en répétition. J’en ai donc largement profité pour écouter quelques chants mais surtout pour photographier ses nombreuses décorations toutes plus superbes les unes que les autres. Il y a un maître-autel superbe coiffé d’un très beau retable à baldaquin avec 6 colonnes en marbre rose de Caunes-Minervois. Il y a également une petite chapelle joliment décorée de la statue de la Vierge et l’enfant entourée de celles de Saint-Joseph et de Saint-Dominique. Il y a également une très belle alcôve où l’on aperçoit un bénitier et Saint-Jean-Baptiste baptisant Jésus. On remarque aussi un ex-voto en mémoire aux naufragés que Gruissan a connu. Enfin, on ne quitte pas l’église sans avoir levé la tête en direction de l’étonnante toiture dont l’armature n’est pas sans rappeler la coque renversée d’un navire. Voilà pour les principales richesses mais à y regarder de plus près, on aperçoit aussi de très belles peintures, des fonds baptismaux plutôt originaux, de jolis vitraux dont certains enjolivent des meurtrières, ce qui prouve bien qu’à son origine, l’église était un ouvrage fortifié. D’ailleurs, son aspect extérieur très haut et présentant que peu d’ouvertures ne laisse planer aucun doute à ce propos. Avant de me lancer tout autour de l’étang, il ne me restait plus qu’à me diriger vers la Tour Barberousse. Là, et alors que de nombreux touristes sont bien évidemment intéressés par les ruines de la tour, mois je suis surtout captivé par les roches fossilisées qui la soutiennent. Elles n’ont certes rien de bien impressionnant mais si on prête attention, on y distingue une quantité incroyable de dessins multiformes ressemblant à du plancton pétrifié voire à des micro-organismes aquatiques de type protozoaires. Je ne suis pas un spécialiste mais je suis presque sûr qu’il s’agit là de sédiments fossilisés antédiluviens et puis de toute façon, remonter le temps et l’Histoire m’intéresse toujours. Après cette découverte, il me reste encore à remonter les marches en direction de la tour Barberousse. Elle est bien ruinée et c’est surtout la plate-forme sommitale qui offre le plus d’intérêt. Plus que la vieille tour, les panoramas à 360 degrés captent le regard de tous les visiteurs.  Je prends de  nombreuses photos même si je pose un regard plus prolongé sur l’étang et le parcours que je dois accomplir. Il est temps de quitter les lieux car le ciel devient de plus en plus gris. Direction le port nautique Barberousse et le pont routier qui enjambe le canal du Grazel permettant d’y accéder. Là, je délaisse le bitume et après avoir franchi une passerelle, je file directement vers la digue de remblais qui est parallèle à la petite départementale qui file vers l’écluse de Mandirac. La digue est rectiligne et sépare le canal du Grazel de l’étang. Est-ce un ancien chemin de halage ? On peut le supposer. En tous cas, tout devient très simple et je peux désormais me consacrer à ma passion de la photo ornithologique et à la lecture des panneaux « botaniques » qui jalonnent le parcours. Les oiseaux sont déjà bien présents, mais un peu loin parfois pour les photographier correctement. Il faut dire que la profondeur de l'étang, qui est de 1,20m maximum, est idéale pour de très nombreux échassiers. Quant aux plantes décrites sur les panneaux, je les connais un peu aussi car ce sont les mêmes que celles que j’avais découvertes lors de mes 3 jours sur le Sentier du Golfe Antique réalisé en 2014. Très rapidement, de nombreux oiseaux s’enregistrent dans mon numérique. Je suis seul sur cette longue digue et il va me falloir marcher presque une demi-heure pour croiser un couple de randonneurs. Il est vrai aussi que le ciel s’assombrit au fil de ma flânerie. D’ailleurs, à l’approche de l’écluse de Sainte-Marie, un fin mais dense crachin entre dans la partie. Les oiseaux marins, échassiers et limicoles, semblent indifférents à cette bruine. En tous cas, ils restent impassibles à mon approche. Les passereaux, presque essentiellement des tariers-pâtres, des rousseroles effarvattes, des bruants et des cisticoles des joncs, eux, sont dans une bougeotte quasi permanente et sont donc très difficiles à photographier. Ils sautent de branches en branches dans les roselières et les salicornes, et quand ils ne sautent pas, ils slaloment entre-eux.  Sans la pluie, la difficulté me gênerait moins, mais là, je l’avoue, photographier les oiseaux et protéger en même temps mon appareil-photo pour ne pas qu’il se mouille décuplent les complications. Dans les épais buissons de soude, la pluie a fait sortir une multitude de limaçons, ces petits escargots blancs qui ont pour habitude de s’endormir en grappes agglutinés les uns aux autres. Là, ils partent en tous sens, comme si l’eau était le signal d’un exode asocial irréfléchi. Je suppose que dès que les rayons du soleil réapparaîtront, ils sauront se rassembler.  A l’écluse de Sainte-Marie, un couple de pêcheurs parait placide à ce crachin qui fait autant briller leurs K-Way que leurs visages écarlates de touristes aoûtiens. Il faut dire que la pêche est « bonne » car ils sortent des mulets de 8 à 10 cm les uns derrière les autres. Rien ne semble les arrêter dans cette quête à vider le canal de ce menu fretin.  Je les observe quelques instants dans leur collecte « mécanique » mais quand je regarde l’intérieur de leurs seaux respectifs, ces derniers sont quasiment vides. Alors, j’interroge l’homme en lui demandant : « Vous en faite quoi ? Vous les rejetez à l’eau ? ». « Mais non pas du tout ! » me réponds-il dans une exclamation à la fois contrariée mais si affirmative.  « Mais vous attrapez des poissons sans arrêt alors que vos seaux sont presque vides ? » lui dis-je. « Ah non, ils sont vides parce que nous venons d’offrir notre pêche à des gens de passage. Ils nous ont dit qu’ils mangeraient les poissons en friture et comme nous, nous ne les mangeons pas, nous avons fait notre B.A ! ». Un peu dégoûté de tant d’insuffisance, je laisse les deux « généreux » donateurs  à leur génocide halieutique. Tu parles d’une B.A ! La meilleure des B.A aurait été de laisser grossir ces minuscules alevins afin qu’ils deviennent adultes et puissent atteindre leur taille normale mais respectable de 50 à 80 cm de long selon les espèces. La pluie s’amplifie, s’arrête aussi soudainement puis recommence. Un minuscule coin de ciel bleu apparaît parfois. Un rayon de soleil s’y glisse et la Nature semble revivre. Il en sera ainsi jusqu’à l’arrivée finale.  Je me laisse dépasser par un groupe de randonneurs, tous encapuchonnés dans leurs ponchos bigarrés. Ils me jettent un regard bizarre et par en dessous, comme si je débarquais d’une autre planète avec mon tee-shirt détrempé et collé comme un justaucorps. Alors, je ne suis pas le seul fou à marcher ? Sauf que eux sont des fous prévoyants. Des panonceaux « Capoulade » se présentent mais j’estime qu’il ne serait pas raisonnable de me lancer dans les 6 km supplémentaires annoncés. Je garde cette balade pour un autre jour. Un jour plus généreux sur le plan météo. Les pinèdes et les vignes toutes proches de l’étang sont autant de nouveaux biotopes ornithologiques. Je profite d’une brève amélioration météo pour partir m’y fourvoyer et y découvrir des fauvettes, des mésanges et des alouettes, passereaux tous aussi difficiles à photographier que ne l’étaient ceux des étangs. Seules quelques mésanges à tête noire sont plus dociles. A l’instant ou je retrouve la piste cyclable, quelques fous du vélo y roulent à tout berzingue. Arrivant dans mon dos, je m’écarte in-extremis au « ding-dong » de leurs sonnettes. La balade tire à sa fin dès lors qu’un carrefour routier se présente.  J’entre dans Gruissan mais en longeant toujours l’étang au plus près de son rivage. Les oiseaux sont bien présents aussi. Le vieux village est rapidement là mais retrouver ma voiture parmi toutes ces ruelles en colimaçon représente un dernier challenge. Mais je fais mienne cette citation de Nahman de Bratslav : « Ne demande jamais ton chemin à celui qui le connaît. Tu risquerais de ne pas t'égarer ». Je ne demande rien à personne, ce qui me permet de m’égarer mais de faire aussi quelques dernières et jolies découvertes : fontaine, lavoir ancestral et son histoire contée, prud’hommes des pêcheurs et sa fresque murale. Oui, outre ses étangs, Gruissan mérite sans doute une visite guidée ! Il y a probablement d‘autres secrets bien cachés qui ne demandent qu’à être découverts ? Telle qu’expliquée ici, cette balade a été longue de 8 km environ. Carte IGN 2546 OT Narbonne Top 25.

     

     

     

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la musique "Itinerari Veneti" composée par Gian Piero Reverberi et Ivano Pavesi jouée par le groupe Rondò Veneziano, extrait de leur album "Il Mago Di Venezia" paru en 1994.

    Le Circuit du Col du Miracle et des Lloses depuis Prats-de-Mollo

    Le Circuit du Col du Miracle et des Lloses depuis Prats-de-Mollo

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    Autant l’avouer, j’ai longtemps hésité avant de me lancer dans ce « Circuit du Col du Miracle et des Lloses depuis Prats-de-Mollo » car selon l’expression consacrée « chat échaudé craint l’eau froide ». Si j’ai hésité c’est d’abord la « faute à Klaus ». C’est le titre que j’avais donné au chapitre de mon récit consacré à la 3eme étape de Mon Tour du Vallespir réalisée en août 2009. Alors « Klaus » et mon Tour du Vallespir sont toujours là dans un coin de ma tête et avec eux, les séquelles et cicatrices de cette tempête hors normes de janvier 2009. Tragédies irrémédiables pour certains hommes, dont une trentaine avait trouvé la mort dans toute l’Europe, cicatrices pour la nature qui avait tant et tant souffert, et quelques séquelles pour moi aussi, moindres il est vrai, mais avec la lucidité d’avoir eu beaucoup de chance en ce 19 août 2009. Un « Miracle » même comme le col éponyme que je m’étais fixé  de rejoindre ! Depuis, le prénom « Klaus » est devenu synonyme de souvenirs à jamais ineffaçables. Parmi ces souvenirs, il y a bien évidement tous ces sapins couchés, arrachés, déracinés, décapités ou carrément fracassés que j’avais observé un peu partout dans le Vallespir, avec ce point d’orgue exceptionnel au dessus de Prats-de-Mollo. Lors de cette étape au départ de Saint-Guillem de Combret et par manque d’information adaptée à cette situation imprévisible, j’étais allé m’empêtrer dans un gigantesque enchevêtrement d’arbres morts alors que depuis le puig des Lloses j’essayais de rejoindre Prats-de-Mollo par le col du Miracle. Me diriger vers ce col, voilà quel était l’itinéraire du Tour du Vallespir. Itinéraire enregistré dans mon GPS et que je désirais à tout prix emprunter. Itinéraire pour lequel je m’étais obstiné, mais à bien y réfléchir, je n’en connaissais pas d’autre et puis rien ne présageait qu’un autre parcours ne soit pas aussi galère et aussi aventureux que celui-ci. En réalité, en arrivant au Puig des Lloses et en tombant sur tous ces arbres morts, j’avais atterri dans l’imprévu et l’inconnu. D’ailleurs  et après avoir pris connaissance de mes déboires, Monsieur Joseph Dunyach, Président du club de randonnée " Delit Tenim ", membre du Comité directeur départemental FFRP des PO et responsable des Sentiers, s’était excusé de cette lacune car s’il n’avait pas manqué de fermer les sentiers au départ de Prats, il n’avait pas imaginé que quelqu’un puisse arriver par le haut. C’était mon cas et comme à l’impossible et à l’imprévisible nul n’est tenu, qui mieux que moi pouvais excuser tout le monde en cette circonstance si exceptionnelle. Lui n’avait pas imaginé mon arrivée par le haut et moi, je n’avais pas imaginé que 8 mois après cette tempête les sentiers soient encore hors d’usage. Seuls ceux qui avaient vu de leurs propres yeux ce gigantesque désastre forestier étaient à même de comprendre et d’excuser. Alors c’est vrai que je m’étais épuisé à vouloir franchir tout ce fatras. Tantôt au dessus des troncs, tantôt dessous, faire quelques centaines de mètres avec mon gros sac à dos de 20 kg était devenu très vite le pire parcours du combattant. Chaque pas nécessitait la plus vive attention, car à ces sauts d’obstacles improvisés mais toujours soutenus, il fallait très souvent ajouter les hauts branchages qu’il fallait contourner, les branches sèches et dures comme des poignards qu’il valait mieux éviter. Le sentier était là, enfoui sous ce chamboulement et par la force des choses je ne le voyais plus et m’en éloignais systématiquement.  Le but était de garder à l’esprit cet éloignement et de tenter de revenir vers l’itinéraire coûte que coûte, tout en continuant à avancer. Mais comme la forêt était couchée sous forme de layons, certaines portions plus praticables incitaient à une poursuite de plus en plus improbable. J’avançais et c’est là que résidait mon problème. Le contraire aurait été préférable. Alors, j’avais fini par perdre le fil du sentier, j’avais fini par ne plus savoir où j’étais et surtout en voulant monter sur un tronc plus haut que la plupart des autres, j’avais fini par choir dans de très hauts buissons d’orties et de ronciers. Pour couronner le tout, mon genou gauche avait heurté violemment une branche dans l’amortissement final. J’étais sorti de ces futaies urticantes et piquantes, à la fois sanguinolent mais surtout brûlé par les orties des épaules jusqu’aux chevilles. Seuls mon crâne et mon visage, je ne sais par quel miracle, étaient sortis indemnes de cette culbute, que par chance j’avais réussi à maîtriser quelque peu. De nombreuses piqûres d’araignées, que mes pérégrinations imprévues dans leur domaine avaient farouchement énervées, étaient venues compléter ce tableau déjà peu folichon. Finalement, j’avais galéré comme jamais, ne voyant jamais la terminaison de ce désordre incommensurable et devant les forces aussi vives de cette Nature morte, j’avais jeté l’éponge et pris la décision de faire demi-tour. C’était la décision la plus sage de la journée. J’étais sorti debout de ce chaos végétal, un peu rougeaud et bouffi il est vrai. Mon GPS m’avait aidé à retrouver la sortie de cet enfer. Enfin et à l’instant même où je pensais être sorti d’affaires, c'est-à-dire au Puig des Lloses, j’avais constaté la perte de mon appareil-photo dont la housse s’était probablement détachée de ma ceinture. Avec cette perte, le désespoir moral était venu s’ajouter aux douleurs corporelles et à la fatigue physique. Alors sans trop réfléchir, j’avais jeté mon sac à dos derrière de hauts genêts et j’étais reparti dans cet effroyable parcours du combattant, avec comme seule compagne, une gourde d’eau déjà bien entamée. A ce challenge, un défi supplémentaire venait s’ajouter : le temps m’était désormais compté ! Soudain, je venais de prendre conscience que les heures avaient tournées et qu’il me fallait faire au plus vite si je ne voulais pas passer la nuit dans cette forêt devenue « noire » pour moi. Retourner dans ce redoutable dédale, retrouver mon appareil-photo et faire tout ça très vite pour arriver à une heure raisonnable à l’hôtel Ausseil de Prats-de-Mollo, voilà les défis qui étaient devant moi. Sur le coup, j’avais oublié ma fatigue et étais parti à fond de train à la recherche de mon appareil-photo. L’homme meurtri et abattu par la fatalité, et si peu réfléchi, s’était transformé en un combattant près à défier un nouveau parcours semé d’embûches. Finalement et pour mon plus grand bonheur, si l’heure avait tourné, la roue avait tourné aussi. Les épouvantables infortunes que je venais de vivre dans cette forêt du Miracle s’étaient soudain muées en un lot de chances presque inespérées. Chance de m’être souvenu des passages empruntés dans cet écheveau d’arbres morts, chance d’avoir perdu mon appareil photo bien avant ma chute ultime et sur l’itinéraire GPS, chance d’avoir retrouver mon appareil-photo dans un laps de temps très correct, comparant toujours ce hasard à celui d’avoir « retrouvé une aiguille dans une meule de foin », chance que l’autre itinéraire par la Segnora et le Fort Lagarde soit correctement balisé et parfaitement praticable, chance d’être arrivé sans encombre et à l’heure à Prats-de-Mollo et enfin et c’était là le plus important, chance de pouvoir poursuivre ce Tour du Vallespir dont 3 étapes restaient à accomplir. Oui, je ne sais pas par quel « miracle », j’étais sorti sur mes deux jambes de cet incroyable fourvoiement ? Ce fourvoiement avait duré plus de 4 heures et ces heures-là étaient enfouies à jamais dans ma mémoire, mes jambes et mon corps. Oui, ce Tour du Vallespir dont je venais de trouver le titre de mon récit "Sur les hauteurs d'une vallée âpre" quelques heures auparavant s'était soudain révélé encore plus âpre que je n'avais pu l'imaginer. En ce 22 novembre 2017, voilà quelles sont mes pensées quand je m'élance vers ce col du Miracle, col que par la force des choses, je n’ai jamais connu mais col ô combien parfaitement dénommé. Bien évidemment, j’ai consulté bon nombre de sites amis et je sais que le parcours est désormais praticable et d’ailleurs depuis 2009, le Tour du Vallespir a été réhabilité et cette boucle est quasiment devenue une « incontournable ».  Je pars avec des souvenirs confus mais sans trop d'anxiété. Je laisse ma voiture sur la place du Foirail et file immédiatement en direction du haut des remparts qui entourent la vieille cité. Le balisage jaune est là. Très vite un panonceau me rappelle à mes vieux souvenirs et démons. L’itinéraire que j’aurais du emprunter en 2009 est toujours le même mais je l’accomplis à l’envers et incomplètement cette fois : « Miracle – Tour du Vallespir – Les Lloses – Serre-Vernet 6 et 6 bis ». Il m’indique qu’il faut poursuivre tout droit en longeant les remparts. C’est un ancien chemin vicinal. Il passe entre l’imposante église Saintes Juste et Ruffine et le cimetière puis il continue assez simplement jusqu’à l’extrémité des fortifications où cette fois un autre panonceau modifie la direction. Un sentier encadré d’un muret en pierres sèches prend le relais. Les premiers passereaux ; moineaux, pouillots, fauvettes, geais et merles principalement, sont déjà en action et mon appareil-photo veut les imiter. Je collabore. Les maisons se raréfient. La campagne est déjà là avec quelques rares bâtisses entourées de prés verdoyants, encerclées elles-mêmes de murets ou de haies où batifolent d’innombrables oiseaux. Les premières vues se font jour sur des bois dont les arbres se couvrent d’or. Ors de l’automne pour de nombreux feuillus et droit devant d’immenses forêts de conifères au vert sombre. Sur une route asphaltée, le balisage m’entraîne vers le dernier mas, celui de Las Garcias où paissent quelques vaches. Je sais qu’une pierre gravée se trouve dans ce secteur mais j’ignore où. Par bonheur, le fermier est là, bien occupé à trimbaler un enfant sur ses épaules. Il marche dans la même direction que moi, mais semble bien plus pressé que je ne le suis. Je lui demande s’il connaît la roche et me réponds avec un signe du menton comme pour me désigner l’endroit. Il repart aussi sec. Finalement, les affleurements rocheux sont peu nombreux et je trouve la roche en question dans le pré contigu. Elle est somme toute assez banale avec une croix et des cupules de diverses dimensions. Seule la gravure cruciforme paraît originale avec la branche du haut décalée à gauche par rapport à celle du bas. A cause d’une petite cupule à son sommet, certains y voient la forme stylisée d’un personnage. La découverte officielle étant récente ; 2011 je crois ; je n’ai rien trouvé à son propos dans les bouquins de Jean Abelanet, le grand spécialiste des mégalithes des P.O. Je poursuis en traversant un pré car le sentier principal est bien visible. Sur la droite, les vues s’entrouvrent sur les décors que je vais être amené à cheminer : La Segnora, le puig des Lloses, la Devèze, le Clot de la Font Vive, Castillo, le Miracle. Sur la gauche, c’est la Vallée du Tech dominée par la Tour de Mir et une longue crête se terminant par le Pic du Costabonne. La haute pyramide brune et dénudée ne paraît pas aussi impressionnante que recouverte des neiges de l’hiver. J’entre dans un bois de résineux dont tous les arbres sont incroyablement infestés par des nids des chenilles processionnaires. Ce spectacle plutôt étrange ressemble à une plantation de sapins de Noël dont toutes les boules blanches auraient été accrochées aux branches sans aucune discipline. Ici, les boules ne sont pas brillantes mais duveteuses et c’est l’aspect le plus inquiétant. Décidemment, force est de reconnaître que ces chenilles  sont un fléau car je les rencontre désormais partout. Oui ces chenilles-là sont les « enfants terribles » d’une Nature impitoyable et dévastatrice. Relation de cause à effet ?  Ce petit bois est littéralement envahi par des mésanges. Mésanges charbonnières, huppées, nonnette ou à tête noire, toutes sont présentes et volètent dans tous les sens. Je tente bien entendu de les photographier, plutôt mal que bien d’ailleurs, car plus il y a d’oiseaux et moins c’est facile, et d’autant moins facile que la tendance est à l’éparpillement. Eparpillement des oiseaux certes mais surtout le mien car je ne sais plus où donner de la tête.  Finalement et au fil de la journée, je vais m’apercevoir que les instants ratés ne sont pas bien graves car des nids de chenilles et des mésanges il y en a un peu partout dans cette montagne pratéenne. Si certains lieux comme ici sont propices à plusieurs espèces de mésanges, ce n’est pas le cas partout.  A chaque mésange son endroit, à chaque secteur sa mésange, selon l’altitude, le couvert végétal et la géologie. A chaque étage végétal, il y a des oiseaux et si mes appeaux ont l’occasion d’entrer assez souvent en action, chaque arrêt ornithologique est l’occasion d’une pause imprévue mais appréciable. Le sentier s’élève régulièrement offrant des panoramas de plus en plus aériens. Comme toujours, je suis très attentif à tout ce que m’offre la Nature : panoramas et oiseaux bien sûr mais également fleurs et papillons même s’ils sont plutôt rares en ce magnifique jour d’automne. Le ciel est magnifiquement bleu un peu partout, sauf au dessus de Prats-de-Mollo et du côté des puigs Ferréol et Colom où il est zébré de ces surprenantes traînées blanchâtres  dont je ne sais jamais s’il faut les appeler « contrails » ou « chemtrails ». Faut-il s’en inquiéter ? Allez savoir ? Ils me rappellent une étape de Mon Tour du Fenouillèdes où le ciel était littéralement zébré de ces traînées laiteuses. En devenant balcon, le sentier offre des vues nouvelles sur d’amples et superbes paysages aux chatoyantes nuances d’automne : Tour de MirVallon du Tech et de la Parcigoule, crête frontière, pic du Costabonne. A l’occasion d’une pause « appeaux », je suis rejoint par une gentille dame. Elle s’arrête à ma hauteur et s’assied devant moi alors que je grignote une barre de céréales. Nous papotons sans voir le temps passer. De randonnées, du Vallespir mais de tout et de rien aussi. Elle me parle de son ami qui est loin d’elle. Elle me parle de sa vie ici à Prats-de-Mollo. J’évoque les déboires que j’ai connus en 2009 à cause de Klaus. Elle connaît bien le sujet et se souviens qu’il a fallu un travail colossal pour retrouver un sentier convenablement praticable. Avec son visage très pâle, ses cheveux très blancs et sa frêle silhouette, elle paraît très fragile alors au moment de continuer, je lui propose de faire un bout de chemin avec moi, mais elle décline mon offre, m’indiquant vouloir s’arrêter ici pour faire demi-tour.  Je n’insiste pas. Je la remercie pour cet échange, la salue et poursuis. A l’instant même où j’atteins un panonceau « dolmen », un tout petit chien blanc vient se frotter dans mes jambes. Je n’y connais pas grand-chose en race de chiens mais ce petit Milou à un brin de fox-terrier. Avec sa clochette et son collier muni d’une balise GPS, le doute n’est pas permis, il s’agit bien d’un chien de chasse. Quand il me regarde fixement, il a le regard comme perdu dans le vide mais dès qu’il bouge je m’aperçois qu’il a un sacré tempérament.  Il parait tout fou, mais en réalité il l’est. Il est fou de poursuivre un gibier le plus souvent invisible. Il part dans tous les sens, se faufilant dans toutes les broussailles. Il réapparaît, repart aussi sec, puis il revient vers moi, repart puis finalement il m’accompagne jusqu’au dolmen qui est 100 m plus loin. Occupé à découvrir et à photographier le dolmen dit de Castillo et les superbes panoramas qui se font jour depuis cet éperon rocheux, je ne prête plus attention à lui. Quand je quitte les lieux, j’entends encore sa clochette mais dans le lointain. J’atteins les Corts et ses quelques masures ruinées. Ancienne clairière pastorale, le minuscule hameau est depuis des lustres englouti dans un bois de pins à crochets. Je pars visiter les ruines. Je ne vois pas le chien mais je l’entends aboyer au milieu des vestiges. Quelques minutes plus tard, il semble à nouveau bien loin. Occupé à fureter les ruines et à les photographier qu’elle n’est pas ma surprise de voir détaler un sanglier derrière le muret de ce qui ressemble à la nef d’une petite chapelle. Il est seul à 10 mètres de moi. Vision furtive que je réussis néanmoins à photographier, car par chance, mon appareil photo est allumé à l’instant même où je l’aperçois. Enfin réussi n’est pas vraiment le mot car la photo est vraiment plus que passable. Par ses aboiements répétés, le chien a fait fuir ses congénères et a probablement désolidarisé cet individu de la harde. Je retrouve le sentier. Sur l’autre versant du ravin, j’entends encore Milou et parfois même je réussis à le voir entrain de courir comme un dératé. Décidément ce chien a une condition physique extraordinaire car deux minutes plus tard le voilà de nouveau devant moi. Il détale à nouveau. C’est en atteignant le col du Miracle que je l’aperçois une dernière fois, enfermé dans sa cage et dans le coffre d’un 4x4. Il a toujours ce regard un peu perdu du chien si malheureux. Plusieurs chasseurs sont réunis et j’entame un courte conversation avec le plus jeune d’entre-eux. La chasse est finie et ils n’ont rien tué aujourd’hui. Je me garde bien de lui dire qu’un sanglier a détalé à quelques mètres de moi. Je me contente de leur demander où se trouve l’oratoire et très gentiment, mon interlocuteur m’indique que j’ai probablement loupé le panonceau qui se trouve un peu plus bas. Les chasseurs quittent le col et je redescends à la recherche de l’oratoire. Force est de reconnaître que ce secteur de la montagne est maudit pour mes appareils photo car à l’instant même où j’attache le lacet défait d’une de mes chaussures, l’appareil que j’avais posé à côté de moi roule deux mètres en contrebas. Sauf que plus bas, il y a une alvéole herbeuse que les pluies des jours précédents ont remplie et qu’il tombe en plein dedans. J’ai beau me précipiter mais c’est trop tard. J’essuie l’appareil et l’objectif mais il va me falloir attendre presque une heure avant d’obtenir une photo sans la présence d’une « troublante » buée. Manifestement l’histoire se répète car en 2009 mon appareil photo avait souffert de trop d’humidité après ma galère au Puig des Lloses et la condensation avait duré pendant les 3 derniers jours du Tour du Vallespir. Cette fois, pas d’excuse et je peste contre moi et cet instant d’inattention qui risque de me gâcher ma journée, ma balade et le reportage que j’ai prévu d’en faire. J’ai atteint l’oratoire construit au 19eme siècle et dont je connais la légende (*), celle des deux saintes patronnes Juste et Ruffine qui auraient réalisé un miracle en faisant jaillir de l’eau de cet endroit si aride autrefois. Je n’arrive pas à le photographier convenablement. La source est là, avec une eau plutôt abondante. Je me dis qu’il aurait été peut être préférable que mon appareil tombe ici. Qui sait si un miracle ne se serait pas accompli ? Pas de buée dans mon objectif voire un appareil tout neuf peut-être ? Non, blague à part, je continue de râler et me voilà contraint d’attendre sans trop savoir si le problème va se résoudre avec le temps et surtout dans combien de temps ?  Alors, je pique-nique, fais des essais photographiques et passe le temps à siffler dans mes appeaux. Quelques mésanges charbonnières sont attirées mais elles ne tiennent guère en place. Un accenteur et une fauvette à tête noire montrent le bout de leur bec mais ne sont pas plus enclins à s’éterniser ici. Ce n’est pas grave, car de toute manière les photos continuent d’être opaques même si la tâche de buée paraît s’estomper peu à peu. Une heure plus tard, ma patience semble récompensée, la tâche de buée a pratiquement disparu. Je lève l’ancre non sans prendre quelques photos de l’oratoire. Je repars vers le col. Tout est redevenu calme. J’emprunte la direction des Lloses et non pas celle du Faigt Xintat car cette dernière m’entraînerait vers le col de Coumeille que je connais déjà m’obligeant ainsi à quelques kilomètres et dénivelés supplémentaires. La piste redescend mais très vite il me faut la quitter au profit d’un étroit sentier qui se met à grimper dans la forêt. Puig de les Lloses indiquent deux panneaux de bois. C’est la bonne direction. Quelques papillons volètent et m’engagent à quelques photos mais ma préoccupation majeure est d’observer la forêt et d’essayer de retrouver les dégâts de la tempête Klaus.  Ils ne se font pas attendre. De nombreux troncs sciés de chaque côté du sentier sont mes premiers constats puis peu à peu je retrouve tous ses arbres carrément brisés sur pieds.  Comme je l’avais remarqué en août 2009, ses sapins fracassés se présentent sous la forme de très larges sillons de plusieurs dizaines de mètres de largeur comme si les rafales de la tempête s’étaient promenées telles une tondeuse à gazon géante. Aussitôt après, la forêt est quasiment intacte et ainsi de suite. Plus j’avance et plus je me dis que j’avais bien fait de faire demi-tour. J’aurais du le faire bien avant certes mais j’avais bien fait de le faire à l’instant où je l’avais fait. Dans le ciel, quelques vautours fauves effacent pour quelques minutes ces tourments d’antan. Ils tournent tout autour du pic de Granarols. Puis c’est autour de mésanges et de roitelets de me changer les idées. Adossé à un gros bloc de granit, je m’installe avec mes appeaux pour les photographier me fixant une demi-heure pour y parvenir. Leur rapidité à sauter de branches en branches m’oblige à choisir le mode « rafales ». Ici, un mélèze aux aiguilles roussies forme un puits de lumière semblant les attirer. Je repars avec plusieurs photos mais pas vraiment convaincu de leur qualité. Peu après, les premières vues sur Prats et la vallée se font jour.  Je reconnais un  éperon rocheux non loin de l’endroit où j’avais chuté. Cette avancée aérienne sur Prats m’avait formidablement aidé dans ma décision de ne pas appeler les secours. J’avais aperçu plusieurs voitures roulant sur une piste en contrebas et cette vision m’avait convaincu que l’échappatoire n’était pas si loin que ça. De surcroît, mon GPS passait bien à cet endroit et m’avait incité à me débrouiller tout seul car l’itinéraire était là à quelques mètres de moi seulement. C’est ici exactement que j’avais pris la décision de faire demi-tour. Je retrouve les sombres sous-bois, le sentier rouge et moelleux car amplement tapissé de ramilles, les hauts fatras de bois de jadis où j’avais perdu puis retrouvé mon appareil photo. Tout ici me rappelle cet affreux 19 août 2009, sauf que cette fois-ci, j’y chemine sans aucun souci. Finalement, j’atteins le Puig des Lloses et cette terrible intersection où mon cauchemar avait commencé. En 2009, j’étais sorti de cette forêt à deux reprises comme on sort la tête d’un sac ou mieux encore comme on émerge en surface d’une apnée bien trop profonde et bien trop longue. Cette fois-ci rien de tout ça et seulement des souvenirs qui reviennent sans cesse. Je retrouve les mêmes panonceaux indicatifs, accrochés aux mêmes pins. Ceux-là mêmes qui ne précisaient aucunement la direction du Tour du Vallespir. Quel contraste avec cette quiétude que je vis aujourd’hui. Tout est calme et j’éprouve le besoin de m’asseoir pour déguster cette douceur. A l’instant même où je m’installe, le ciel m’offre un étonnant spectacle. Deux corvidés semblent s’être mis en tête de courser les vautours. Des corbeaux freux sans doute à cause de leurs becs blancs. Le plus remarquable est qu’ils y parviennent car les vautours déguerpissent devant leurs assauts répétés. Plusieurs gros Goliath fuyant devant deux petits David protégeant leur territoire, voilà ce que je me dis. C’est assez marrant car l’été dernier j’avais assisté à un scénario similaire dans les Hautes-Pyrénées. Cet étrange spectacle terminé, j’emprunte le chemin qui descend vers La Segnora. Il est toujours encadré de hauts genêts, ceux là mêmes où j’avais jeté mon sac à dos pour repartir en quête de mon appareil photo perdu. Rien n’a changé sauf les couleurs peut-être et cette surprenante haie  orange « flashy » que composent de nombreux mélèzes d’Europe. Si j’étais un tant soit peu prétentieux, je pourrais penser que cette forêt du Miracle tente de se racheter de mes déboires de 2009 et m’offre à sa manière et pour cette seconde venue une haie d’honneur en or. Mais non, la nature est beaucoup plus simple que ça, elle sait être belle et paisible parfois mais également affreuse et sauvage en d’autres occasions. Ici, j’aurais connu les deux. Imperturbables, quelques vaches accompagnaient de leurs veaux roupillent paisiblement. C’était déjà le cas en 2009, indifférentes en août à la tempête qui avait sévi en janvier. Là encore, elles sont indifférentes à mon passage, les mères lèvent simplement la tête et la plupart des veaux continuent de dormir comme des anges. Je retrouve le portail et la piste empruntée jadis, sauf que cette dernière aboutit devant un haute clôture qui n’existait pas voilà 8 ans. Mon GPS est un peu paumé et moi avec lui. Je prends d’abord à droite mais finalement le bon itinéraire se trouve à gauche. Quelques passereaux et mon envie de les photographier viennent compliquer encore un peu plus ces errements. Quelques troncs d’arbres ont été enveloppés d’étonnants draps blancs composant ainsi d’étranges fantômes. Si la nuit, ces apparitions peuvent sans doute engendrer une peur légitime, il n’en est pas de même en plein jour. Non, ces épouvantails démembrés me laissent impassible et je me demande même si après tout ce que j’ai vécu ici, une émotion quelconque comme la peur serait encore possible ? Je ne vois dans ces fantômes que des princesses au Bois Dormant espérant que la forêt ne réveille plus jamais comme en janvier 2009. Finalement, au col de Cavanelles, je retrouve la bonne direction, le balisage jaune et la piste prise en 2009. Un panonceau « Refuge de Saint-Guillem » me rappelle à mes bons et mauvais souvenirs. Il indique un itinéraire bien différent de celui que j’avais emprunté en 2009, lequel bien sûr ne fait pas partie du Tour du Vallespir. Je le garde en réserve car je ne connais pas du tout ce parcours. Cloué sur la planche d’un enclos à bestiaux, un autre panonceau m’incite à quitter la piste au profit d’un étroit sentier herbeux. « Prats-de-Mollo par le Fort Lagarde – 40 mn » m’indique-t-il. Tout en descente, j’accélère enfin le pas par la force des choses et seules quelques fleurs sauvages mais originales freinent mon ardeur. 45 minutes plus tard, le fort Lagarde est en vue, bizarre casemate de béton entourée de fortifications mi-briques rouges mi-pierres du pays apparaissant entre des frondaisons roussies par l’automne. Quand quelques minutes plus tard j’y parviens, c’est avec la jolie vision d’un cheval blanc venant vers moi d’un trot nonchalant. En réalité, il y a deux chevaux mais le deuxième ne s’approchera que bien après. Il faut dire que je n’ai rien à leur offrir or mis quelques caresses sur le naseau et les flancs. Ils se laissent faire mais ce n’est pas suffisant et ils préfèrent nettement l’herbe rase de leur enclos. La saison des visites du fort est déjà terminée et je ne profite que des parties extérieures. J’ y passe néanmoins plus d’une demi-heure avant de descendre vers Prats en longeant le tunnel et la longue allée de peupliers qui l’encadre. Il faut dire qu’un grand rassemblement de mésanges à longues  queues y est de passage.  Voilà, les seules mésanges qui manquaient à mes enregistrements photographiques du jour. Bien que connaissant la ville, je termine par une ample visite de la cité fortifiée. Je retrouve avec plaisir la devanture de  l’hôtel-restaurant Ausseil où j’avais logé et soupé en 2009. Quel contraste de voir l’hôtel fermé et cette placette si déserte alors qu’elle était si bondée en août 2009 ! J’y étais arrivé complètement pitoyable sous le regard médusé des clients. Décidemment tout a été bien différent aujourd’hui. Or mis mon appareil-photo tombé dans l’eau, tout c’est plutôt bien passé ! Faut-il voir dans ces changements des faits surnaturels ? Un miracle en quelque sorte ? Non sans doute pas ! Le seul fait « extraordinaire » a été cette tempête Klaus et encore n’avait-t-elle rien de divin. C’est mon point de vue, point de vue de l’incroyant que je suis bien sûr. Les forces de la Nature avaient sévi, voilà tout, et par chance, j’en avais subi quelques conséquences sans trop de gravité. La fatalité en avait décidé ainsi et cette deuxième expérience positive vers le col du Miracle ne me fera jamais oublier la première. Comme l’a dit Albert Einstein « Il n’y a que deux façons de vivre sa vie : l’une en faisant comme si rien n’était un miracle, l’autre en faisant comme si tout était un miracle” », et ici à Prats-de-Mollo, j’ai le sentiment d’avoir vécu ces deux vies-là. Selon mon GPS, j’ai parcouru 13km600, pour de montées cumulées de 1.287 m. Le dénivelé est de 695 m entre le point le plus haut à 1.424 m, non loin du Puig des Lloses (1.413 m), et le plus bas à 729 m à Prats-de-Mollo. Carte IGN 2349 ET Massif du Canigou Top 25.

     

    (*) Légende du Col du Miracle et de son oratoire : Les deux saintes patronnes de la ville, Juste et Ruffine, sont deux sœurs nées à la fin du IIIeme siècle. Elles sont originaires de Séville, en Andalousie. Selon la légende, elles auraient séjourné à Prats-de-Mollo où elles auraient accompli deux miracles dont celui de l’eau. Par une chaude journée d’été, les saintes glanaient du blé dans un champ situé au nord-ouest de la ville. Les moissonneurs, assoiffés, leur demandèrent de partir à la recherche d’un point d’eau. Leur quête fut vaine tant l’endroit était aride. Après avoir invoqué le Seigneur, les saintes firent jaillir une source d’eau claire et abondante en plantant leurs cinq doigts dans le sol. Ce miracle aurait eu lieu à l’emplacement actuel de l’oratoire dédié aux deux saintes. Quand à l’Oratoire, il date du XIXeme siècle et a été édifié au pied de la bassa del Miracle (mare du Miracle). Celui-ci était devenu un lieu de pèlerinage annuel. Des paroissiens procédaient à un nettoyage rituel de la source et pouvaient invoquer les saintes contre la sécheresse. (Extraits de la brochure d’information de la randonnée N°6 Col du Miracle proposé par l’Office de Tourisme de Prats-de-Mollo).

    Pour le deuxième miracle, elles auraient réussi grâce à un tamis à séparer l’eau du vin et ce, à l’endroit même où a été édifiée la petite chapelle qui leur est dédiée à Prats-de-Mollo. Elle est située rue Saintes Juste et Ruffine, non loin de la Porte de France.

     

     

     

     


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  • Diaporama agrémenté de la musique de Giacomo Puccini "O mio babbino caro", extrait de l'opéra Gianni Schicchi, successivement jouée ici par divers artistes dont Samuel Katz (violon), Nadine Artuhanava (violon), Joshua Bell (violon), Christopher Rude (guitare classique), The Capella String Quartet et pour terminer l'incroyable voix de Ameria Willighagen accompagnée par André Rieu et son Johann Strauss Orchestra.

    Le Circuit des Coumes et Sur les pas des bergers depuis Calce

    Le Circuit des Coumes et Sur les pas des bergers depuis Calce

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    Calce, 16 octobre 2017, 9h15. Grand ciel bleu et soleil radieux pour cette nouvelle randonnée sur des sentiers s’intitulant « Sur les pas des bergers ». Il s’agit d’une balade de 7 km faisant la liaison entre les villages de Calce et d’Estagel, soit 14 km si l’on décide de faire l’aller puis le retour par le même itinéraire. Je n’aime pas trop les allers-retours, même quand ils sont parfaitement balisés, alors j’ai transformé la balade du jour en un circuit de ma composition moyennant quelques centaines de mètres sur le bitume puis dans le lit d’un ruisseau asséché. J’ai intitulé ma balade « le Circuit des Coumes et sur les pas des bergers » à la fois pour garder l’intitulé initial, mais « coumes » parce que pour l’essentiel, les sentiers déambulent au sein de ces petites « combes », soit dans leur fond soit à leurs sommets voire entre les deux quand l’itinéraire nécessite de passer de l’une à l’autre : Coume d’En Soucail, Coume de la Yère, Coume Majou, Coume d’En Garrigou, Coume d’En Carman, Coume d’En Ville, Coume des Boucs, Coumeilles d’En Barrencs, voilà toutes celles que l’on trouve sur la carte IGN. Si elles justifient amplement la dénomination, il y en a bien d’autres même si le mot « coume » ne figure pas toujours dans leurs désignations. Vous l’avez bien compris, ces petites dépressions représentent les principaux décors arpentés et que l’oronymie les aient affublé du mot « coume », « ravin », « rec » ou bien encore « torrent », elles ne sont ni plus ni moins que des petites vallées le plus souvent desséchées et donc arides, en tous cas dans ce secteur des Pyrénées-Orientales. Quand aux objectifs, il faut aller les chercher dans les deux villages que sont Calce et Estagel (voir leur toponymie **). Les deux cités ont un patrimoine plutôt riche et parfois même illustre,  patrimoine le plus souvent lié à leur Histoire séculaire. En tous cas, et même si l’Histoire et les édifices patrimoniaux ne vous intéressent pas au plus haut point, les deux communes ne manquent pas d’originalité et une visite au sein de leurs ruelles reste bien agréable, surtout quand il fait beau. Une fois encore, j’ai lu pas mal de choses à propos des deux cités et du secteur en général et c’est avec ce « bagage documentaire » que je démarre ma balade. Autant l’avouer, ce fardeau est beaucoup moins lourd que mon sac à dos, car contrairement aux « coumes », moi je transporte de l’eau..... et un copieux casse-croûte. Pour le reste et comme toujours je fais mienne la citation d’Henri de Monfreid « N'ayez jamais peur de la vie, n'ayez jamais peur de l'aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d'autres espaces, d'autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît ». Même si force est d’admettre que mon aventure est moins flamboyante et moins exotique que celle de Monfreid, lui c’était la Mer Rouge et la Corne de l’Afrique, moi c’est le maquis du Ribéral, je compte sur le hasard, la chance ou la destinée pour m’apporter ce surcroît et remplir le plus agréablement possible les quelques kilomètres qu’il va me falloir cheminer au sein de cette garrigue typiquement méditerranéenne. Ce surcroît, je l’imagine déjà sous les traits d’une découverte inattendue, d’un oiseau, d’un papillon ou d’une fleur. A Calce, je viens de garer ma voiture non loin de la mairie. Une étrange plaque signalétique m’interpelle : « La mendicité est interdite dans les Pyrénées-Orientales ».  Je ne sais pas si la plaque a encore sa raison d’être mais aujourd’hui j’ai bien l’intention de « tendre une main » vers ma part de « bonnes choses ». Bien-être, satisfactions, bonheurs, plaisirs, détente, ravissement, contemplation…..je n’imagine pas une seule seconde que tous ces « bons mots » ne viennent pas vers moi gracieusement. Je démarre, traverse le beau village et file directement vers le nord et les « Coumos », même si je sais déjà que ce n’est pas le plus court chemin pour rejoindre « Sur les pas des bergers ». En tous cas, connaissant un peu le secteur pour avoir accompli la balade « le Roc Redoun et les Coumos de la Quirro », je sais déjà que les vues seront belles et surtout que je ne reviendrais pas par là. C’est là l’essentiel. Faire une vraie boucle, ne pas faire deux fois le même parcours et être en contemplation. Et même si la distance est un peu plus longue je m’en fiche. Bien vu si j’ose dire car d'emblée je peux me livrer à ma passion pour la photo. Oiseaux, papillons et beaux paysages sont rapidement au rendez-vous. Au sud, la Plaine du Roussillon, Força Réal, le Canigou et les Albères et au nord, la Tour del Far, la Montagne de Tauch et les Corbières maritimes. La météo merveilleuse et sans vent m’aide à cet enchantement. Quand j’aperçois des oiseaux, je me mets en planque et utilise mes appeaux si nécessaire. Je flâne sans souci sur de larges pistes et à cause de leur multiplication, ma seule petite contrainte est de surveiller le tracé que j’ai enregistré dans mon GPS. Ce dernier rejoint ma poche quand le panonceau « Sur les pas des bergers » se présente. Voilà enfin le balisage jaune qu’il me faut suivre. La large piste continue, s’élève dans la maquis jusqu’au lieu-dit Bente Farine, toponymie plutôt répandue dans le midi. Cette toponymie, j’ai déjà eu l’occasion de la développer à quelques reprises et notamment lors de deux autres balades à la Couillade de Ventefarine du côté de Fosse puis au Moulin de Ribaute du côté de Duilhac.  Sur la droite, cette modeste apogée offre de jolies vues vers la Tour del Far et le domaine de Jau, où le château couleurs brique et ocre contraste au sein d’une verdoyante pinède.  Ici, et droit devant commence une succession de collines arrondies et de ravins et quand je regarde au loin, elle semble se perdre en pays Fenouillèdes. Les fameuses coumes sont là, bien visibles, comme des tranchées creusées sans aucune cohérence. Le chemin redescend jusqu’au pied du Serrat d’En Bouguadé, petit mamelon que l’itinéraire évite. Un petit pré constitue un collet entre cette colline et Bente Farine mais également entre deux coumes à gauche et à droite : la Coume de la Yère et le Ravin del Capounat. A l’instant même où j’y parviens, une compagnie de perdrix rouges décolle telle une escadrille. Les volatiles planent et atterrissent comme un seul homme au fond de la Coume de la Yère. Au bout du pré et sur un petit fronton de roches concassées, une quantité incroyable de tarentes de Maurétanie se chauffent au soleil. Sur la gauche, deux lézards des murailles font bande à part. Alors que je m’approche doucement pour photographier tous ces « sauriens », qu’elle n’est pas ma surprise de constater que ces roches où les tarentes se reposent sont d’une incroyable originalité. Certaines sont joliment cannelées en relief telles des représentations graphiques mais la plus grande partie sont comme poinçonnées, burinées et tailladées de milliers de trous et de traits avec un canevas d’une telle régularité qu’il ne parait pas très naturel. Pourtant c’est bien la nature, et elle seule, qui a créé ces sculptures abstraites faites de petits trous et de stries comme si un pointeau invariablement résistant était passé par là. En ramassant une pierre gisant à terre, je constate que ces signes sont peu profonds et donc très superficiels. Il y en a parfois à l’intérieur même d’une coupe longitudinale. J’ y aperçois aussi de minuscules cristaux brillants, probablement du calcite ou du quartz. D’autres présentent de fines rayures comme on peut en voir dans une pomme vermoulue.  Est-ce les traces fossiles de microorganismes marins ? Je ne saurais le dire mais j’en ai bien l’impression et seul l’aspect plutôt saillant de ces signes me laisse perplexe. C’est bien la première fois que j’aperçois une telle géologie à laquelle je suis dans l’incapacité de donner un nom. En tous cas, tous ces signes anguleux ne ressemblent pas à des nids d’abeilles alvéolaires créés par une érosion éolienne ou hydraulique comme on en voit parfois. Si c’est l’érosion qui a stylisé ce chef d’œuvre minéral, force est de reconnaître qu’elle a du talent. J’en prend plusieurs photos avec le désir d’en savoir un peu plus et de voir si je trouve une équivalence sur Internet en effectuant des recherches (*). Est-ce à cause de cette géologie particulière et dans l’espoir d’en trouver d’autres mais je décide sans trop réfléchir de grimper au modeste sommet du Serrat d’En Bouguadé, situé à 346 mètres d’altitude ? Il est vrai aussi qu’avant d’accomplir cette balade, je viens de finir la lecture des « Capbreus du roi Jacques II de Majorque (1292-1294) » et notamment le « capbreu d’Estagel » où l’on évoque ce sommet. Double raison pour y monter ? Cette gentille ascension me permet de découvrir quelques fleurs nouvelles parmi lesquelles l’Erodium fétide qu’on appelle aussi Bec de grue des pierriers. Cette plante protégée a des noms disgracieux mais ses fleurs sont belles avec de jolis pétales roses striés de minuscules veinules rouge sang. Des papillons ne s’y trompent pas et leur tournent autour, mais sans jamais s’y poser. La fétidité de la plante les ferait-elle fuir ? Au sommet du serrat, un pylône à haute tension déploie ces câbles en direction de la plaine. Assis sur le support en béton d’un de ses pieds, j’observe ces grandioses panoramas qui s’étirent devant moi jusqu’à la mer. Quel beau spectacle ! En suivant des yeux ces filins métalliques, luisant sous les rayons du soleil, je ne peux m’empêcher de les comparer aux fils en nylon de cannes à pêche géantes qu’un pêcheur titanesque aurait calées. Je quitte le pylône et pars quelques instants pour cheminer la crête dans l’espoir d’y trouver un vestige quelconque, pastoral, médiéval ou autre. Non, il n’y a rien d’autres que de la caillasse et de merveilleux panoramas à 360 degrés. J’ai bien vu une capitelle mais en contrebas. Je me souviens de la traduction du « capbreu d’Estagel » où à propos du Serrat d’En Bouguadé, il était écrit « tout autour, se déploie un paysage vallonné de coteaux, de bois et de garrigues, qui a favorisé la culture de la vigne et le développement des activités pastorales » et même si les activités pastorales ne sont pas visibles aujourd’hui, j’imagine assez aisément que des troupeaux d’ovins et de caprins aient pu fréquenter tous ces vallons. Les bergers de Calce quittaient ces coumes arides pour se rendre à Estagel et dans la Vallée de l’Agly où ils avaient l’assurance que leurs bêtes trouveraient des herbages plus verts et de quoi s’abreuver. Voilà l’explication quand au nom de ce parcours que j’accompli aujourd’hui. Pour le reste et sept siècles plus tard tout est encore là : coteaux, bois, garrigues et vignobles constituent les principaux décors. Quand aux vues sur le vallée de l’Agly depuis le Serrat d’En Bouguadé, elles sont telles qu’on peut aisément concevoir que ces crêtes que je chemine aient servi de mirador naturel pour des garnisons royales ou seigneuriales au temps jadis. Elles étaient probablement la réciprocité de la Tour del Far que j’aperçois en face, tour chère aux rois de Majorque qui ont été en Roussillon des lanceurs d’alerte bien avant l’heure. Le temps d’une photo-souvenir et je redescends tout schuss et sans trop de prudence au milieu de la garrigue car le sentier que j’avais délaissé est désormais encore plus bas. J’y retrouve le balisage jaune dans une courte descente complètement défoncée car amplement ravinée. De violentes eaux pluviales sont passées par là et quand le sentier se remet à être bon, la végétation a grandi et s’est épaissie comme par miracle. L’eau a fait son œuvre, bienfaisante pour les plantes mais érosive pour la terre. Le sentier se fraye un chemin dans un labyrinthe végétal où les oiseaux semblent se complaire : vignes oubliées et presque enfouies sous des genêts démesurés, ronciers, clématites des haies et salsepareilles aux tiges échevelées, cette végétation détonne avec la garrigue ligneuse cheminée jusqu’à présent. A l’instant même où le chemin s’élargit de nouveau, quelques grenadiers aux fruits rouges se présentent. Je cueille un beau fruit et tente d’en manger quelques graines mais elles manquent de jus et de douceur, alors j’abandonne. Un large chemin prend le relais du sentier et longe la Coume Major, combe asséchée mais plutôt ample comme son nom l’indique. Ici les pins se font plus présent. Pris par ma passion de la photo ornithologique, car ici les passereaux sont encore très nombreux, je perds mon bout de carte IGN, oublie de regarder les panonceaux et finalement quand je m’aperçois de tous ces déboires, ils me contraignent à rebrousser chemin et à quelques décamètres supplémentaires. Finalement, après avoir pesté, je ressors de tout ça plutôt satisfait. J’ai retrouvé le bon itinéraire traversant la combe, mon bout de carte qui était tombé de ma poche et en sus quelques petits oiseaux sont entrés dans mon appareil photo, parfois attirés il est vrai par mes appeaux. J’ai perdu un peu de temps mais je suis ravi et pourrais presque dire « Souris ! Le p’tit oiseau est entré ! ». Si je me fie au dernier panonceau, Estagel n’est plus très loin à seulement 1,4 km et à 25 minutes. Au lieu-dit Los Cassaneils, le sentier file désormais en balcon au dessus de la ravine. Au sein d’un décor de pinèdes et de maquis, de jolies vues s’entrouvrent, au loin vers Latour-de-France et bien plus près sur les premières toitures rouges d’Estagel. Finalement le sentier retrouve le lit graveleux du ruisseau asséché. C’est le Torrent de la Grave. Ce dernier entre directement dans la ville en se transformant en un canal bétonné. Grâce à un escalier métallique, j’en rejoins aisément sa berge droite. La suite m’entraîne vers la chapelle Saint Vincent que je ne connais pas et que j’ai bien envie de découvrir. Dans les ruelles et par manque de précision, mon GPS se perd un peu, mais finalement l’itinéraire est assez simple et bien indiqué. La jolie chapelle de style très « majorquin » est là, mais close malheureusement. Désormais, j’en ai pris l’habitude car par peur des vols ou des vandales, elles le sont presque toutes dans le département. Alors j’en fais simplement le tour en prenant quelques photos. Chapelle préromane amplement remaniée au fil des siècles, elle a été un ermitage au 17eme siècle avais-je lu à son propos. Briques rouges, galets de rivière et pierres du terroir en constituent son ossature. Son clocher-mur baroque en forme de poire avec ses clochetons blottis dans une arcade est assez typique de nombreuses églises catalanes. Son préau avec ses arcades est beaucoup plus original et lui donne l’aspect d’un petit cloître. Avec son théâtre en plein air, l’endroit constitue une agréable aire de pique-nique. Il y a même un barbecue. J’y déjeune sous la curiosité d’un rouge-queue noir et de quelques moineaux que mes tranches de pain de mie intéressent au plus haut point. Comme aurait dit une amie catalane : « Eh ben Rosette ! »  Elle n’aurait pas eu tort, car au rythme où ils mangent les bouts de pain que je leur offre, de mes sandwichs-triangles il ne va plus que me rester la rosette. Après cette pause déjeuner amplement consacrée à observer des oiseaux, je file vers le centre-ville et comme j’ai tout mon temps, je m’assieds à la terrasse d’un café. François Arago, l’enfant et héraut d’Estagel me tourne le dos mais si je me fie à ce que je viens de lire sur la stèle de sa statue, je ne vais pas lui en tenir rigueur. Les seules mentions  « suffrage universel » et « abolition de l’esclavage » engendrent mon respect. Je trouve qu’il y a foule pour la saison mais sans doute que le beau temps n’est pas étranger à cette affluence dans les rues, les bistrots et les restaurants. Je file visiter la vieille ville et entre par le porche de la tour de l’horloge. Ici, je retrouve une « cellera » médiévale telle qu’on en rencontre beaucoup en Catalogne et Roussillon. Lieu de protection pour les biens et les personnes et d’entreposages pour les denrées, les fameux celliers, il est le noyau central et la partie la plus ancienne du village. Ses vieilles maisons le plus souvent très hautes sont en cercle de chaque côté de venelles étroites et l’ensemble est presque toujours encadré de fortifications. Parfois pour passer d’une maison à l’autre, il y a une passerelle aérienne cloisonnée ou pas. L’église avec une placette où se réunissaient les villageois est généralement l’épicentre. Ici à Estagel, l’église est dédiée à Saint-Vincent et Saint-Étienne et comme j’ai la chance qu’elle soit ouverte, j’y entre. L’église est vraiment superbe avec plusieurs retables. Le plus monumental est celui du maître-autel, mais d’autres chapelles sont magnifiquement ornées également. Il y a de jolies fresques de divers styles, de beaux vitraux et un petit buffet d’orgue admirablement décoré. L’édification de l’église aurait commencé en 1319 affirme une pierre gravée mais or mis une cuve baptismale, il ne reste plus rien d’autre de cette époque. Apparemment deux jeunes filles effectuent un reportage. Une prend des notes et l’autre des photos, alors je visite l’église et prends des photos tout en essayant de ne pas trop les déranger dans leurs tâches. En sortant de l’église, je pars me renseigner à l’office de tourisme à propos du cimetière wisigothique mais force est de reconnaître que les renseignements que l’on me donne n’incitent pas à une visite : « site sur la route de Montner mais envahi par les herbes folles et donc difficile à trouver quand on ne connaît pas l’endroit ». Voilà les renseignements que je recueille. Je ne connais pas l’endroit, je ne possède pas ses coordonnées GPS alors je laisse tomber la visite de la nécropole du vieux peuple germanique. Il est donc temps de me remettre en route vers Calce. Selon mon tracé, je souhaite éviter au maximum la route bitumée même si je sais qu’une bonne partie sera inévitable un peu plus tard. Je fais le choix de la rue Dugommier puis de la rue Fournalau. Les deux m’entraînent dans les hauteurs vers un lotissement de villas nouvelles. Je suis très vite hors de la ville mais la départementale D.1 est très vite là elle aussi. Je retrouve les paysages de vignobles, de jachères, de maquis et de pinèdes tels que je les ai traversés ce matin. La D.1 longe le torrent de la Grave et à la première occasion qui m’est offerte, j’abandonne son asphalte au profit des sédiments secs du ruisseau. J’ai bon espoir que le lit du ravin soit propice à une faune plus présente. Une fois encore la chance est avec moi, et même si les oiseaux sont bien présents mais difficiles à photographier, j’y découvre un énorme et superbe lézard ocellé. Je dis « chance » mais en réalité, le fait d’être constamment aux aguets pour photographier les oiseaux entraîne ce type de situation. Des lézards ocellés, j’en ai déjà croisé quatre ou cinq fois au cours de balades mais celui-ci est de très loin le plus phénoménal de tous. Très large, avec de grosses ocelles bleues sur sa robe verte,  il mesure au moins 50 cm de long. Il est posé sur des galets, au milieu même du ruisseau, et seules ses mâchoires bougent comme s’il mâchouillait un trop copieux festin. En réalité, ses yeux bougent aussi mais ça je ne le vois que sur le gros plan de la photo que je suis entrain de prendre. Je suis à sept ou huit mètres de lui, mais avec il est vrai un amoncellement de branchages qui nous séparent l’un de l’autre. En tous cas, soit il ne me voit pas, soit la distance lui paraît suffisante pour qu’il ne s’en inquiète pas. Pourtant le roulement perpétuel de ses yeux m’indique qu’il est sans cesse sur ses gardes. J’évite de bouger car je suppose que sa taille est directement proportionnelle à la faculté qu’il a à réagir au moindre mouvement qui pourrait l’alerter d’un danger. Après quelques photos, je me décide néanmoins à avancer et là, avec un bond prodigieux et à une vitesse incroyable, il se retourne et détale dans les enrochements gauches de la rivière. Voilà où se trouve sa tanière mais inutile d’attendre qu’il en ressorte car j’ai déjà quelques photos bien enregistrées. Je continue dans le ruisseau sans trop de difficultés mais sur un sol présentant pourtant des alluvions disparates : sables, graviers, galets, et roches. Le plus ennuyeux n’est pas cette disparité minérale mais surtout la quantité de bois et de branchages de toutes sortes qu’il me faut parfois enjamber. Mais j’y parviens malgré tout. Finalement un pont se présente devant moi et il est temps que je quitte le lit du ruisseau. Je le fais d’autant plus volontiers que c’est le seul endroit où il y a encore de l’eau. Très peu il est vrai et qui ne m’empêcherait pas d’avancer mais surtout verdâtre et envahie par une multitude d’insectes redoutables. Moustiques, guêpes et surtout un gros frelon, tous se servent de cette minuscule mare comme d’un abreuvoir. Ma venue semble les contrarier alors je grimpe le talus sans trop réfléchir et me retrouve sur le pont. Ce pont constitue l’intersection où il me faut définitivement quitter la D.1. Je quitte le torrent de la Grave pour le Rec d’en Cruels qui est son affluent, asséché lui aussi bien sûr. « Grave », « Cruels », le novice en toponymie qui verrait ces noms-là sur mon bout de carte pourrait avoir un peu d’appréhension, pourtant, ici le nom « Grave » fait référence au sol graveleux du torrent, c'est-à-dire à du sable, à du gravier et en français, on retrouve une homologie dans le mot « grève ».  Quand au nom « Cruels », j’ai cherché quelle pouvait être sa vraie signification. Venant du catalan, il y a d’abord diverses traductions qui pourraient l’expliquer : « cruel », « acerbe », « dur », « âpre », « clos », « fermé ». Plusieurs toponymistes s’accordent à penser que s’agissant d’un nom de lieu, le mot « cruels » peut être lié à un instant de cruauté s’étant déroulé à cet endroit comme une bataille par exemple. Mais ici même, aucune bataille n’est restée dans l’Histoire. Enfin, je n’ai rien trouvé de tel sur le Net. Par contre concernant ce lieu même, des linguistes catalans pensent que le nom aurait pour origine le mot occitan « clausel » signifiant un « clos » c'est-à-dire un petit lopin de terre cultivé entouré d’un muret ou d’une haie et que le vrai nom catalan du rec serait « Rec d’En Crauel » (extrait de l’ouvrage : Actes del Quinzè Col-loqui Internacional de Llengua et Literatura Catalanes –Lleida 2009 – Publicacions de l’Abada de Montserrat). Le nom « Crauels » aurait donc été mal rédigé par les cartographes pour finalement devenir « cruels ». Rappelons qu’ici un rec peut avoir lui aussi plusieurs significations : canal d’irrigation construit par l’homme, rigole naturelle ou pas, voire ravin. Ici, le problème c’est qu’il y a tout cela en même temps : une rigole devenant petit ravin et se terminant par un profond fossé aménagé de pierres sèches par l’homme.  En tous cas, les petits lopins de terre sont bien là et le vignoble occupe une bonne partie de cette intersection puis tout autour la garrigue reprend ses droits. Il faut ignorer le chemin qui monte à droite d’une ruine et continuer tout droit. L’asphalte devient d’abord mauvais bitume puis il est ensuite remplacé par un large chemin terreux. Il grimpe en suivant les courbes du rec se trouvant à main gauche. Le rec coupe les collines en deux. Sur la gauche, il y en a une où apparaissent plusieurs postes de chasse sur pilotis, et sur la droite, l’autre colline a pour nom la « Grava ». Cette dernière, il faut la gravir. Je prête donc attention à trouver un étroit sentier qui va me le permettre. Il est situé finalement à la côte de 167 mètres. Dès qu’il se présente, je n’hésite pas à quitter le large chemin au profit de cet étroit sentier. Il est parfois bien raviné mais je sais qu’il est le seul moyen commode de réaliser la boucle programmée. Il monte hardiment jusqu’à une crête, avec 60 mètres de dénivelé environ mais sur une courte distance qui n’excède pas 400 mètres. Cette crête offre de nouvelles vues admirables à 360 degrés. Il faut dire que la rase végétation ne fait aucunement obstacle à l’émerveillement. Derniers témoins d’un vieil incendie, les branches les plus hautes sont celles de squelettes noircis émergeant d’une végétation olivâtre plutôt rabougrie. Ici, plus qu’ailleurs, les « coumes » trouvent une réelle justification au nom de cette balade car elles sont visibles en grand nombre et de tous côtés. Quand la crête se termine, le sentier se termine aussi. Je retrouve une intersection et un chemin plus large. Il faut partir vers celui de gauche et poursuivre. Quelques vieux murets, abris et orris en pierres sèches attestent de l’activité pastorale passée. Ici, je ne suis déjà plus « Sur les pas de bergers » mais c’est tout comme. Finalement, au lieu-dit Camp de les Feixes, cet itinéraire atterrit sur la D.18 et pour rejoindre Calce, je ne peux plus guère éviter l’asphalte. Je ne peux le faire qu’à proximité la plus limitrophe du village quand sur la gauche de nouveaux chemins permettent de quitter la route. Avec cette arrivée-là, je bénéficie de belles vues aériennes sur le village. Est-ce cette imminence citadine mais les passereaux de la garrigue se font soudain plus nombreux ? Plutôt isolés jusqu’à présent, ici les oiseaux sont visibles en de grands rassemblements. Les approcher n’est pas moins facile. Le village est là alors j’en fais une visite autour de son vieux château du XIIeme siècle. Il est fermé mais un panonceau en relate son Histoire de manière très résumée. Je retrouve néanmoins des noms déjà entrevus et cités dans maintes et maintes balades : les rois de Majorque, les chevaliers du Temple, les seigneurs du Vivier, la famille de So. Ainsi se termine cette studieuse mais jolie randonnée. Avant de rejoindre ma voiture, je jette un dernier coup d’œil à cette plaque mentionnant que « La mendicité est interdite dans les Pyrénées-Orientales ». Force est de reconnaître que la main que j’ai tendue aujourd’hui, je n’ai eu aucun mal à la remplir de bonnes fortunes. Fortunes peu nourrissantes pour l’estomac certes mais fortunes pour ma bobine. Je me dis que la mendicité c’est aussi la charité. « Charité bien ordonnée commence par soi-même » dit un célèbre proverbe. Ce proverbe est juste aussi et je me dis que si j’ai bien profité de ma journée, c’est peut-être parce que j’avais fait en sorte de bien l’ordonner ! Telle qu’expliquée ici, cette balade est longue de 17 km environ. J’en exclus mes égarements, montée vers le Serrat d’En Bouguadé, perte de carte et errements dans Estagel car au total et selon mon GPS, j’ai parcouru 19,3 km pour des montées cumulées de 895 mètres. Le modeste dénivelé de 274 m est peu significatif, le point le plus bas étant Estagel à 72 m et le plus haut au sommet du Serrat d’En Bouguadé à 346 m. Carte IGN 2448 OT Thuir- Ille-sur-Têt Top 25.

     

    (*) Roches trouées et striées au pied du Serrat d’en Bouguadé : Autant l’avouer, j’ai pas mal galéré dans mes recherches sur le Net pour trouver une équivalence aux roches rencontrées au pied du Serrat d’en Bouguadé. J’ai trouvé seulement 2 photos (voir ci-dessous) à peu près ressemblantes provenant d’un site de recherche en langue anglaise (Discover The World's Research). La publication jointe aux photos est extraite du « Journal of the Linnean Society (The Linnean Society of London) ». Elle a été écrite collectivement par divers chercheurs. Photos et textes m’ont néanmoins confortés dans l’idée qui était la mienne à savoir que ces trous et stries ont bien été créé par des micro-organismes aquatiques. Ces chercheurs indiquent qu’il s’agirait de Serpulidés ou Serpules qui sont des vers annélides vivant dans un tube calcaire. Ils précisent même qu’il s’agit de Polychètes. A propos de la photo la plus proche des roches rencontrées, ils évoquent « Semivermilia crenata » ce qui confirme, si besoin, qu’il s’agit bien de vers marins, puisque cette espèce vit le plus souvent dans des grottes sous-marines. Sur le site « Cosmovisions.com », il est mentionné que « les Serpules sont fréquentes à l'état fossile. La forme de leurs tubes est très variable, ronde, anguleuse, aplatie; ils sont courbés ou enroulés de façons diverses », cette précision pouvant expliquer cette fossilisation originale et l’aspect anguleux des orifices observés.  J’ai également appris qu’en pédologie, science qui étudie la formation et l’évolution des sols, l’aspect saillant des signes sur la roche que je soulevais est appelé « structure prismatique ». Les chercheurs du site « Discover The World's Research » les évoquent aussi. Il semblerait que les petits cristaux brillants que l’on aperçoit dans la roche soit du calcite ou de l’aragonite, leurs couleurs étant très variables comme j’ai pu le constater moi-même. On peut donc raisonnablement imaginer que ces roches soient d’anciens dépôts sédimentaires marins et que la mer et une faune occupaient amplement les lieux, il y a plusieurs milliers d’années. Voilà ce que je peux dire à propos de ces roches mais bien évidemment n’étant qu’un néophyte en géologie, tout ce que j’écris reste à vérifier et à démontrer. Si des spécialistes lisent ce texte et veulent apporter leur contribution, je suis preneur.

    Le Circuit des Coumes et Sur les pas des bergers depuis Calce

    Le Circuit des Coumes et Sur les pas des bergers depuis Calce

    Les 2 premières photos sont celles que j'ai trouvées sur le Net et la 3eme est la mienne.

    ** Toponymies de Calce et Estagel : Concernant Calce la première mention retrouvé date de 843 sous les formes « Calcenum » et « Caucenum ». Par la suite, les scribes hésitent entre les graphies « Cauce », « Calcia » (castrum de Calcia, 1312), « Calsa », « Calça ». Toutes ces formes renvoient à la même origine, le latin « calx », « calcis » (= la chaux). Le toponyme, si l'on en croit la mention « Calcenum », viendrait de l'adjectif bas-latin « calcenus » ; la forme « Calcia » vient pour sa part de l'adjectif féminin « calcea ». Calce est l'équivalent du français « causse », utilisé pour désigner un terrain calcaire.. Concernant Estagel, la première mention remonte à l’an 959 (950 ?), sous la forme villa « Stagello », puis « Estagellum » en 978. L'étymologie semble renvoyer au latin, avec le mot « statio » (= station, lieu de séjour) suivi du suffixe -ellum. Le terme « estatiellum » a pu désigner un relais, une auberge sur la route du Roussillon au Fenouillèdes. Autre hypothèse, le latin « staticum » = demeure. (Extrait du site « Toutes les communes des Pyrénées-Orientales » de Jean Tosti)


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  • Diaporama agrémenté de la musique de John Williams, thème du film "The Schindler'list", "La Liste de Schindler" de Steven Spielberg. Elle est jouée ici par divers artistes dont le duo Chloé Kiffer (violon) et Stefan Petrov (piano) puis par Stefano Palamidessi (guitare) puis par le duo Max Beitan (violoncelle) et Matteo Sarti (piano) puis par le duo Morgan Pappas (flute) et Emily Ricks (harpe) puis par le duo Nicola Benedetti (violon) et William Youn (piano) et enfin par le petit Maxime vainqueur 2018 de l'émission TV "Prodiges" dans la catégorie "instrument".

    Le Château de Peyrepertuse depuis Duilhac-sous-Peyrepertuse

    Le Château de Peyrepertuse depuis Duilhac-sous-Peyrepertuse


     

    C’est grâce à un blog ami que m’est venue l’idée de cette balade en boucle dont l’objectif principal est le « Château de Peyrepertuse ». Et comme il est ami, pourquoi ne pas dire qu’il s’agit d’ « A pied dans le 66 », site Internet remarquable car truffé de randonnées très souvent originales. On peut simplement regretter que les tracés n’y soient jamais mentionnés mais il faut être tolérant en la matière car ce n’est jamais simple de tenir un blog et de le faire perdurer. Chacun fait comme il l’entend et je suis bien placé pour savoir qu’il n’est jamais facile de plaire à tout le monde. Un blog, il faut être honnête, c’est d’abord un plaisir personnel dans le but de conserver d’heureux souvenirs. Si en plus on réussit à faire plaisir à d’autres personnes voire à les intéresser tant mieux. Toujours à propos des tracés, il est bon de s’y pencher personnellement dessus et ne pas tomber dans trop de facilités. En général, avec quelques explications plus une carte IGN sous les yeux on arrive le plus souvent à se débrouiller et si on ne se débrouille pas, il existe désormais pléthore de sites où les tracés sont le plus souvent présents et enregistrables dans un GPS. Enfin, on peut toujours contacter Patricia car la gentille webmestre d’ « A pied dans le 66 » répond toujours aux demandes avec beaucoup de complaisance. C’est ainsi qu’en analysant cette boucle en pays Peyrepertuses, j’en ai fait une version plus personnelle. J’ai démarré de Duilhac plutôt que de Rouffiac puis je l’ai quelque peu aménagée en évitant par exemple le Moulin de Ribaute que j’avais déjà eu l’occasion de découvrir et de décrire lors d’un autre circuit. Enfin, je l’ai accompli dans le sens inverse de celui proposé dans « A pied dans le 66 ». C’est donc une boucle de ma composition mais pour les itinéraires ils sont ressemblants à 85%. Notons toutefois un changement majeur par rapport aux anciens tracés, à savoir que l’on ne peut plus redescendre directement sur Rouffiac à partir du château de Peyrepertuse et que désormais on est contraint de faire le tour du Roc Rouge, cette décision ayant été prise par les gestionnaires du château par mesure de sécurité. Il semblerait que dans cette descente plutôt abrupte plusieurs visiteurs aient chuté. Cette information m’a été donnée à l’accueil du château alors même que je disposais de l’ancien tracé dans mon GPS et que je m’apprêtais à descendre par là. Je n’ai eu qu’à m’en réjouir, car à quoi bon prendre des risques inutiles, même si le parcours se rallonge ainsi d’un kilomètre ou deux. Voilà en préambule quelques mises au point qui me paraissent indispensables. Le château de Peyrepertuse, je l’avais déjà visité à 2 ou 3 reprises mais autant l’avouer, je n’y avais toujours vu qu’un tas de pierres, certes impressionnant, mais sans grand intérêt pour ma propre gouverne. J’avais vécu la déambulation au milieu de tous ces vestiges plus comme un jeu labyrinthique que comme une plongée dans l’Histoire régionale.  Il est vrai qu’à l’époque, j’avais 30 à 40 ans de moins, je n’avais guère le temps de m’intéresser à l’Histoire car mon esprit était bien trop occupé à d’autres centres d’intérêts plus en rapport avec mon âge. J’étais insouciant et pas du tout en quête d’une quelconque vérité historique. Aujourd’hui tout a changé, je pense que l’Histoire peut aider à comprendre le présent, à plus ou moins bien l’assumer et puis surtout j’ai envie d’apprendre et de découvrir. C’est donc avec cet état d’esprit que je me suis mis à lire pas mal de choses à propos de Peyrepertuse et qu’en ce 12 octobre je démarre cette randonnée sous un soleil radieux. Une fois encore, je suis mon propre guide car venant de terminer la lecture de « La Seigneurie de Peyrepertuse » de René Quehen plus « Peyrepertuse, forteresse royale » de Lucien Bayrou, lisible sur le Net sur le site de Persée, autant dire que j’en connais un bon rayon quand à l’Histoire (*) de cet édifice, ou plutôt de ces édifices au pluriel. Le départ s’effectue de Duilhac où je laisse ma voiture sur un parking. Elle est un peu perdue au milieu de nombreux camping-cars mais je ne gêne personne à en croire une gentille dame qui d’emblée semble s’intéresser à ma présence. Nous blaguons un peu, de tout et de rien, mais la randonnée est longue et j’ai bien l’intention de prendre le temps de visiter le château alors je ne veux pas trop m’éterniser. Je lui souhaite une bonne journée et remonte la route bitumée dite du Château jusqu’à trouver les traces blanches et rouges d’un G.R. Ici, se côtoient le G.R.36 et le Sentier Cathare G.R.367. De toute manière, un panonceau directionnel ne tarde pas à m’indiquer la direction du château et j’emprunte un étroit sentier caillouteux entrant aussitôt dans le maquis. Le sentier s’élève dans un sous-bois de chênes verts. Quand il en ressort, une longue arête blanche apparaît droit devant au dessus de la végétation. Seuls les esprits profanes et les yeux inexpérimentés n’y verront pas les différentes murailles qui la dominent et s’y confondent dans la blancheur du calcaire. Je doute que de nos jours, on trouve encore des personnes venant visiter Peyrepertuse ignorant cet assemblage « défensif » volontaire.  En tous cas, si confusion il y a, le randonneur montant par ce sentier, même s’il est novice, finira par apercevoir les différents remparts du château. Il faut dire qu’aujourd’hui avec un ciel bleu éclatant et pur, la longue crête blanche se détachant dans ce lavis a un effet quasi magnétique sur le regard. On ne voit que ça et il faut s’appeler « Jullien Gilbert » pour tenter de vouloir procéder à d’autres observations. Ici, il y a cette crête blanchâtre et un maquis méditerranéen et c’est à peu près tout. Si je dis « à peu près », c’est parce que je suis sans cesse aux aguets à chercher un oiseau, une fleur, un papillon ou tout autre chose d’atypique. Et bien évidemment, je finis par en voir ! Les photographier est encore plus compliqué mais comme j’y parviens parfois ça m’encourage à persévérer. A l’instant même où le sentier retrouve la route et que j’analyse mon GPS et mon bout de carte, deux sympathiques randonneurs me rassurent dans la direction à prendre. Nous avons quasiment le même âge, les mêmes atomes crochus pour la marche à pied et de ce fait, la discussion s’en trouve facilitée. Après quelques échanges sur nos balades respectives, je les remercie, traverse la route et monte en face. Quelques érables de Montpellier en plus grand nombre viennent colorer cette épaisse et olivâtre végétation. Rouges, oranges, jaunes ou bruns, les teintes sont si bigarrées que j’en suis même à me demander si dans le lot, il n’y aurait pas des érables champêtres, des chênes rouvres et quelques merisiers ? La haute falaise blanche et la forteresse sont déjà là, juste au dessus de ma tête, et quand je débouche de nouveau sur la route à proximité de l’accueil du château, quelle n’est pas ma surprise de voir le ciel s’assombrir pendant une fraction de secondes. Cet ombrage soudain et furtif, je le dois à un vautour fauve, lequel les ailes déployées, vient de passer en planant à seulement quelques mètres au dessus de ma tête. Ombre d’autant plus inquiétante que ce vautour insiste à passer au dessus de moi et qu’il a de nombreux alter ego, volant il est vrai à des altitudes bien différentes. Ça me rassure un peu de les voir voler un peu plus haut le plus souvent. Plus rassurantes encore sont les innombrables hirondelles des rochers qui occupent la falaise et planent sans discontinuer. Ce n’est qu’un va-et-vient incessant mais les photographier reste compliqué, d’abord parce que je ne parviens pas à me diriger exactement sous la falaise où elles sont en plus grand nombre et ensuite parce qu’elles ne tiennent pas en place. Là encore, il me faut faire preuve de patience pour parvenir à mes fins et réussir quelques photos à peu près correctes. L’accueil du château est là. Je constate avec bonheur qu’une longue passerelle a été installée au dessus du vide offrant des vues grandioses sur Duilhac et sur le double vallon que composent le Verdouble et les autres ruisseaux du secteur. Au loin, le castell cathare de Cucugnan ressemble à un chicot sur une gencive de collines bleutées. Il y a beaucoup de monde sur la passerelle alors j’attends que tout le monde la libère pour prendre quelques photos. A l’instant même où je me retrouve seul, j’ai droit à un double spectacle, celui immobile qu’offrent les époustouflants panoramas plongeants et celui carrément incroyable de deux ou trois vautours fauves interprétant un virevoltant ballet aérien. Ils semblent s’être donner le mot pour venir à mon encontre comme si un invisible dresseur leur avait dit « allez-y, n’ayez aucune crainte, il va vous prendre en photos ! ». La crainte, c’est plutôt moi qui l’ait, tant certains vautours passent parfois très près de mon objectif. Ces scènes improvisées me rappellent certains spectacles de rapaces ou de fauconnerie auxquels j’ai eu le plaisir d’assister. Les hautes murailles semblent leur servir de chapiteau scénique naturel. Ils disparaissent à l’instant même où d’autres visiteurs me rejoignent sur la passerelle. Il est temps pour moi de rejoindre l’accueil pour une visite du château mais là aussi il y a du monde devant la caisse, alors j’attends en visitant la boutique, jetant un œil intéressé sur les livres et un peu moins sur les bibelots divers et variés. Tout le monde a disparu et la caissière est seule, alors il est d’aller prendre un billet. J’en profite pour lui poser quelques questions. Bien m’en prend car elle m’indique que le sentier redescendant sur Rouffiac est fermé et elle a même la gentillesse de m’indiquer sur un plan l’itinéraire à emprunter désormais. Il me faudra contourner le Roc Rouge. Je prends mon billet mais sans l’audio pass. Je sais que si je le prends, je vais y passer l’après-midi. Ce n’est pas le but et la randonnée est encore longue et d’autant plus longue que le contournement du Roc Rouge n’était pas prévu au programme. Je passe plus de 2 heures à l’intérieur de la forteresse à la visiter bien sûr, à la photographier sous toutes les coutures, à pique-niquer mais également à photographier quelques oiseaux qui semblent y avoir élu domicile, sinon de manière sédentaire au moins lors de passages durables. Dans les murailles, j'y découvre les habituels rouges-queues noirs mais aussi un bruant fou et dans les contreforts, il y a des groupes de chardonnerets et de pinsons et d’autres passereaux un peu jaunes mais que je n’arrive pas à déterminer. Sans doute des serins ou des verdiers. Alors que les hirondelles résident sur les falaises sud, tous ceux-là fréquentent les versants nord et parmi eux, il y a surtout un inhabituel rouge-queue noir à front blanc que je réussis à surprendre dès la première photo. Il faut dire qu’il est peu craintif. Enfin, quand on est là-haut à presque 800 mètres d’altitude, il faut profiter pleinement comme j’ai pu le faire des grandioses panoramas. Force est de reconnaître que le site mérite bien son appellation de « Citadelle du vertige » ou de « Carcassonne céleste ». Du Pech du Bugarach jusqu’à la Montagne de Tauch en passant par la Quille, Quéribus et le superbe synclinal de Soulatgé, c’est une bien belle partie des Corbières qui s’offre au regard. Je viens de sortir de l’enceinte du château et il est 14 h tapantes quand je trouve le panonceau « Rouffiac-G.R.36 » dans un lacet de la route en contrebas de l’accueil. J’ai jeté un coup d’œil sur la carte IGN et j’estime à 1,5 km à 2 km la distance supplémentaire à parcourir. Me voilà donc partis pour ce long contournement du Roc Rouge sur un sentier aux difficultés plutôt inégales  Les vues sur Duilhac continuent d’être belles mais il vaut mieux s’arrêter pour les regarder. Ne faites pas comme moi car ici les verbes « marcher » et « observer » ne sont pas accordables.  A vouloir le faire quand même, je me suis retrouvé le cul dans un ajonc très piquant et mes fesses ont eu droit à une séance d’acupuncture gratuite. Quand à mes mains, elles n’ont pas trop apprécié de jouer au fakir. Elles s’en souviennent encore et apparemment le supplice des clous ce n’est pas trop leur truc ! Ce sentier, tantôt terreux, tantôt pierreux car traversant des éboulis, nécessite une certaine attention et seule sa terminaison en sous-bois puis sur un chemin agréablement herbeux est relativement facile. Au préalable et avant de rejoindre Rouffiac, un panonceau « Fontaine de la Jacquette (**) » m’a proposé une courte mais « dificile » entorse au circuit proposé. Difficile avec un seul « F », c’est le message qu’un autre randonneur a cru bon de rajouter au panonceau rencontré. Force de reconnaître que c’est aussi difficile d’atteindre la fontaine avec un seul « F » qu’avec deux. Moi, avant de venir ici, cette « Fontaine de la Jacquette » et cette histoire de gobelet en argent ayant appartenu à Blanche de Castille ont tellement intrigué mes lectures que je ne peux que me lancer dans cet aller-retour dédaléen, boisé, caillouteux et rocheux. J’ai redoublé de prudence et fais en sorte de ne pas retomber. J’avoue qu’au regard des difficultés rencontrées, j’ai du mal à croire qu’une reine ait pu venir se désaltérer à cette fontaine, même perchée sur une chaise à porteurs, ou alors elle était à l’agonie entrain de mourir de soif ! Quand au gobelet gravé aux armoiries de la reine qui aurait soi-disant roulé depuis le château, situé 600 mètres au dessus, jusqu’à la fontaine, puis retrouvé bien plus tard par un berger, je veux bien croire aux légendes mais là ce n’est plus un simple gobelet qui roule mais une timbale « téléguidée » tel un drone ! J’ai trouvé la fontaine en pierre du XIIIeme siècle. Il s’agit d’une voûte en demi-cercle enchâssée dans un talus de la colline, remplie d’une eau de source limpide et juste à côté, il y a un panneau indiquant que Blanche de Castille s’y était désaltérée. Or mis cette jolie légende que je connais désormais dans le moindre de ses détails (**), je ne trouve rien d’étonnant à cette fontaine d’eau claire. Le secteur n’est pas spécialement aride et en plus on sait depuis quelques temps déjà que les Corbières constituent une réserve d’eau douce quasi inépuisable. Cette Serre de Sagnes et ce Roc Rouge en font partie. A part ça, rien d’autres de vraiment folichon sauf il vrai trois étonnants locataires que sont des têtards déjà bien développés. Ils ont leurs quatre membres parfaitement en place et à les regarder avec leur corps cuivré et déjà tacheté, j’ai aussitôt pensé, non pas à des soldats castillans en armures, mais à des larves de salamandres. Après cette découverte, il ne me reste plus qu’à filer en direction de Rouffiac-des-Corbières. Je traverse la D.14 à hauteur du col de Grès et poursuis sur le G.R.36. Seul un faucon ralentit mon allure mais il est bien loin pour une photo que je voudrais parfaite. Je la tente néanmoins. Je poursuis, délaisse le G.R.36 et pars inspecter le village. Il est désert alors je déambule sans trop m’arrêter. Seule une enseigne où il écrit « Atelier – Boutik - Créagitateurs » ralentit cette visite mais comme j’entends de puissants fous rires à l’intérieur, je n’ose pas y entrer me disant que je vais probablement arriver là mal à propos et en tous cas comme un chien dans un jeu de quilles. Je continue vers l’église Saint Félix. Fermée. La mairie. Fermée. Finalement, je m’arrête près d’une jolie et imposante fontaine pour finir mon casse-croûte. Elle date de 1906 et est surmontée d’une très jolie statuette avec un enfant soulevant un gobelet. Sur l’instant, j’ai pensé qu’elle représentait le fameux berger ayant retrouvé le gobelet de Blanche de Castille mais après cette balade j’ai cherché sur le Net et j’ai finalement trouvé la bonne explication sur le site « Fontaines de France ». Il s’agit en réalité d’une figurine allégorique représentant l’automne parmi les quatre saisons. Ici, c’est un jeune vigneron, symbolisant sans doute Bacchus, accoudé à sa hotte pleine de raisins et soulevant probablement un verre de vin, le breuvage ayant été pendant fort longtemps la principale ressource agricole du village. La deuxième activité étant sans doute l’élevage d’ovins et de caprins, si j’en crois le nombre de bergeries en ruines qu’il y a dans les environs. Après cette courte pause, je continue désormais avec le GPS allumé car je sais qu’il va me falloir délaisser le G.R.36. Alors que je traverse le village toujours aussi désert par la rue de la Liberté, deux voitures arrivant face à face se débrouillent pour se télescoper gentiment. Aucun mal et seulement un peu de tôle froissée pour ces deux véhicules, lesquels apparemment n’en sont pas à leurs premiers accrocs. Les deux conductrices se chamaillent à peine et ne trouvent même pas utile de descendre pour constater les menus dégâts. Je me dis qu’ici, loin de la vie stressante, les gens sont plus cools, qu’ils relativisent les incidents et probablement un peu tout le reste. J’aime bien. La « rue de Liberté » guidant mes pas, je passe devant un imposant lavoir, puis devant un calvaire et me retrouve presque aussitôt dans la campagne. Posées sur des fils, de nombreuses hirondelles s’épucent en plantant leurs becs dans leur plumage. Les photographier dans une position stable devient une gageure. Non moins remuant mais sans puce, un rougequeue noir vient jouer les indiscrets. Tout au loin, dans le ciel du château de Peyrepertuse et du Roc Rouge, plusieurs parapentistes se sont lancés dans de « spacieuses » circonvolutions faisant ainsi une belle concurrence aux vautours fauves, lesquels semblent disparaître peu à peu. Le large chemin sortant du village est bon et plat et de ce fait, je n’ai aucun mal à accélérer mon rythme de marche. Seuls quelques passereaux, plutôt nombreux dans les prés, que je veux photographier, réussissent à le ralentir. Le chemin atteint un sous-bois, entre dans la forêt puis longe désormais la rivière Verdouble se trouvant sur ma gauche. La rivière, on la devine seulement mais je fais toujours très attention à rester sur le chemin le plus à droite car d’autres descendent parfois vers elle. La rivière reste constamment invisible et sur l’autre versant de son vallon, seule une colline boisée balafrée d’une étrange barre rocheuse apparaît. Les vautours semblent là et en tous cas, il y en a quelques uns qui tournoient autour d’étranges rochers ressemblant à de colossales cheminées de fées. Un étroit sentier prend le relais du large chemin et le sous-bois devient permanent. Ce sentier file sur les contreforts des modestes sommets très boisés que sont le Sigle de la Rabazole et la Serre de Grès. Le Verdouble reste toujours invisible. Il en est ainsi tout au long du lieu-dit Carbonnières et jusqu’à un pont menant à une bergerie. Le Verdouble est enfin là et je vais m’évertuer mais en vain à vouloir photographier une mésange charbonnière et une bergeronnette occupant son lit. Une demi-heure de perdue pour un piètre résultat mais ce court repos est arrivé à bon escient. Je laisse le pont et continue la voie bitumée montant à droite. Quelques raccourcis m’entraînent très vite vers le col de la Croix Dessus. Seul le haut d’un bikini accroché à un buisson m’amuse quelque peu et je me dis que décidément le secteur est propice à ce que les femmes y perdent quelque chose. Après la légende du gobelet, aurons-nous droit à celle du soutien-gorge ? Je connais bien ce col de la Croix Dessus et le chemin qui descend vers Duilhac pour y être passé lors d’une randonnée au Moulin de Ribaute. Duilhac est là avec de jolis potagers. J’y découvre d’étranges légumes mauves que je n’avais vus jusqu’ici qu’en photos dans des catalogues spécialisés. Il s’agit d’amarantes têtes d’éléphant. Elles me font penser au chapeau d’un bouffon voire à la coiffe de certaines « showgirls ». Je traverse le village et par bonheur j’y découvre son église Saint Michel ouverte. J’en profite pour la visiter. Il y a deux jolis autels, de bien beaux vitraux, de charmantes statuettes et un mobilier plutôt sobre. Mes lectures m’ont appris qu’au 12eme siècle cette église tout comme la forteresse de Peyrepertuse avaient été données au prieuré de Serrabonne par l’archevêque de Narbonne Richard de Millau. En réalité, à cette époque, il y avait trois églises à Peyrepertuse. Celle du château dédiée à Sainte-Marie, celle dédiée à Saint-Etienne qui a été localisée avec son cimetière sur une terrasse à l’est du château et enfin Saint-Michel où je me trouve. Je note sur son porche d’entrée différentes décorations : une croix, plusieurs rosaces, une frise avec des écus et une autre avec des anges. Il y a également une inscription qui serait gothique mais elle n’est pas perceptible. Ma balade à la « Citadelle du vertige » et tout autour se termine par cette découverte de l’église. Je serais bien parti rendre hommage Henri-Paul Eydoux, résistant, archéologue et écrivain de renom  et un de premiers historien contemporain à s’être intéressé au château de Peyrepertuse mais également à de très nombreux autres châteaux médiévaux et cathares mais il est déjà bien tard et en plus j’ignore où se trouve le cimetière du village.  De toute manière, je suis bien décidé à revenir car je veux faire découvrir Peyrepertuse à mes petits-enfants un jour prochain. Telle qu’expliquée ici et enregistrée dans mon GPS, cette balade a été longue de 14,20 km pour des montées cumulées de 1.407 mètres. Je n’ai pas noté les altitudes mais il semble que le point le plus haut soit le château à 796 m d’altitude à proximité de la chapelle San Jordi et le plus bas à 300 m sur le pont enjambant le Verdouble soit un dénivelé de 496 mètres peu significatif. J’ai démarré à 9h50 et ai terminé à 18h30 mais comme très souvent ce temps ne doit pas être pris comme une référence. Carte IGN 2447 OT Tuchan – Massif des Corbières Top 25.

    (*) Histoire de Peyrepertuse et de sa forteresse : Résumer l’Histoire de Peyrepertuse n’est pas une mince affaire car le site a traversé les siècles avec une activité presque incessante du 1er siècle avant J.-C. jusqu’à nos jours. Par activité, il faut entendre « attrait » ou « attractivité »,  c'est-à-dire l’intérêt que les hommes ont pu lui porter pour des raisons multiples et diverses et pas seulement pour l’ Histoire guerrière ou défensive des fortifications que le site supporte. Bien évidemment, de très nombreux historiens et chercheurs très compétents se sont penchés sur son Histoire, sur ses architectures, sur sa situation géologique, ont effectué des fouilles et que sais-je encore et je comprends qu’ils aient cru bon et nécessaire d’inscrire l’Histoire de Peyrepertuse dans le contexte historique de l’instant et des lieux. Le condensé que je présente ci-dessous n’a pas autant de prétention pas plus que celle de retracer la généalogie des seigneurs ayant portés le nom de Peyrepertuse, bien d’autres personnes l’on fait magnifiquement. Plusieurs sites Internet retracent l’Histoire de cette généalogie. Non, cet abrégé n’est que le reflet le plus raccourci possible des livres que ces historiens et chercheurs ont écrit et que j’ai lu. Si je le présente ainsi, c’est parce qu’il m’a fallu beaucoup lire et qu’en conclusion, je n’ai trouvé aucun condensé ou résumé satisfaisants retraçant l’essentiel de l’Histoire de Peyrepertuse. Je me suis dit que d’autres lecteurs intéressés par le sujet auraient peut être envie d’un condensé de ce type. Le voici donc avec les principaux éléments que j’en ai retenus mais sans prétention aucune, avec probablement des maladresses, peut-être des oublis mais avec le souci constant d’essayer, autant que faire se peut, de m’en tenir au site de Peyrepertuse essentiellement :

    1- Antiquité : Plusieurs fouilles et quelques découvertes de briques, tessons, débris d’amphores ou de tuiles, de pièces de monnaie dans divers endroits laissent à penser que le site de Peyrepertuse ait été occupé lors de l’époque de la Gaule narbonnaise puis de la Gaule romaine soit entre le Ie siècle av. J.-C et le Ve siècle ap. J.-C. Un petit oppidum voire un fort y ont-ils été érigés à un moment donné ? Certains historiens sont enclins à le penser mais aucun vestige formel d’une construction de cette époque n’a été retrouvé sur le site actuel. Dans son livre René Quehen indique que Peyrepertuse s’écrivait autrefois « Petrapertusa » dans les textes rédigés en latin signifiant la pierre ou la roche percée. Il imagine que ce lieu naturellement stratégique, puisqu’il permet de voir loin, ait pu être « sacré », puisque chez certaines peuplades, les pierres percées avaient à la fois un caractère symbolique préservant des malédictions et des vertus fécondantes, l’acte de percer étant à rapprocher de l’acte sexuel et un orifice dans un objet de celui d’une matrice féminine. Ici, il n’est pas exclu que le « percement » soit une grotte, une cavité ou un boyau dans la colline de Peyrepertuse, passage secret ou pas, voire un simple aven. Il y en a.

    2- Du Ve au VIIIe siècle : Du Ve au VIIIe siècle, il semble  qu’aucune mention écrite ne fasse référence ni à Petrapertusa ni à Peyrepertuse pendant ces siècles-là et on sait seulement que la région est soumise à diverses invasions que l’on dit « barbares » puis à des périodes de paix. On connaît les Huns, les Vandales, les Goths et les Francs et un peu moins les Alains, les Suèves, mais tous ces gens-là traversent la Gaule, la pillent, s’installent et la plupart d’entre-eux poursuivent leur route jusqu’en Espagne voire en Afrique. En face, les musulmans ne sont pas en reste. En 410, les Wisigoths s’implantent en Gaule méridionale après la mise à sac de Rome par Alaric 1er. En 507, malgré leur défaite de Vouillé face aux Francs, les Wisigoths restent en Septimanie aidés qu’ils sont par les Ostrogoths. Grâce à Grégoire de Tours (538-594) et à ses manuscrits, on connaît bien l’Histoire de cette période et « l’Histoire des Francs » en particulier. On sait par exemple que de nombreuses forteresses sont érigées, améliorées et agrandies et notamment la plus connue d’entre-elles qui est Carcassonne. On peut imaginer que le premier fort de « Roquepertuse », peut être un simple poste militaire, ait été construit au cours de cette période et qu’il y eut un intérêt à le faire tant les tensions se multiplient entre les différents envahisseurs et les Sarrasins. En 711, les armées musulmanes envahissent la quasi-totalité de la péninsule ibérique et parviennent jusqu’à Narbonne en 719, puis à Carcassonne en 725. Ils essayent de s’emparer du royaume franc mais en 732 Charles Martel les arrête à Poitiers. En 759, son fils Pépin le Bref reprend Narbonne et la Septimanie. Sous Charlemagne, couronné empereur en l’an 800, la région est englobée dans l’Empire carolingien. La Marche d’Espagne constitue la frontière politico-militaire avec l’Hispanie musulmane et la région est organisée en districts, comtés, vigueries et autres circonscriptions.

    3- Du IXe au XIIe siècles : C’est ainsi qu’apparaissent un certain nombre de noms que nous retrouvons de notre jour : Cerdagne, Roussillon, Urgell, Empuries, BesaluCapcir, Conflent, Fenouillèdes, Razès, Carcassès après qu’en 801, Charlemagne se soit emparé de Barcelone.  Il semble que ce soit en 806 que la dénomination « Perapertusès » entre dans l’Histoire pour la première fois. Perapertusès, c’est le petit « pagus » de la « pierre percée » qui  fait partie intégrante du comté du Razès tout comme le Fenouillèdes. En 842, on retrouve le Peyrepertusès (Pagus Petrepertuse) lorsque Charles le Chauve accorde à l’un de ses vassaux nommé Milon, la propriété de fiefs situé en comté Fenouillèdes. Les comtés se font et se défont au rythme des affrontements que se livrent Francs et Sarrasins auxquels viennent se mêler d’autres hordes comme les Normands qui dévastent le pays de 855 à 862 et mêmes les Hongrois qui ravagent la Septimanie en 924. Le destin de Peyrepertuse est lié à celui du Razès et l’on sait qu’en 863 et 864, ce dernier est octroyé au comté de Carcassonne. On retrouve le nom de « Peyrepertusès » dans divers actes en 875, 876 (Territorium Petra Pertusense) et 888 dont certains sont liés à des donations. De 920 à 928 puis de 928 à 967, le comté des Fenouillèdes et le Peyrepertusès appartiennent respectivement aux comtes Miron et à Sunifred, son fils, au sein du comté de Barcelone. En 980 et 981, le Razès et Peyrepertuse sont convoités par Oliba 1er dit Cabreta, comte de Besalu mais le comte Roger 1er de Carcassonne les conserve en lui infligeant une défaite. Ce n’est qu’en 1010 et par le jeu des héritages, qu’Oliba 1er, également comte de Cerdagne, hérite de plusieurs comtés catalans et de celui des Fenouillèdes, de ce fait la seigneurie de Peyrepertuse passe entre ses mains. Quand Oliba Cabreta se retire à l’abbaye du Mont Cassin, c’est son fils Bernard Taillefer qui hérite du Peyrepertusès. Il est comte de Besalu puis de Ripoll jusqu’en 1020. C’est à cette date-là qu’apparaît un « castrum » de Perapertusa dans un texte puis en 1050 un autre texte mentionne  «  Castellum quem dicunt Petrapertusa ». A sa mort, c’est son fils aîné Guillaume dit le Gras qui hérite d’une partie des possessions et de certaines dépendances parmi lesquelles le château et le pays de Peyrepertuse et ce jusqu’en 1052. Les héritages se succèdent de pères en fils au sein du comté de Besalu désormais uni à la Maison de Barcelone et ce jusqu’en 1111 quand Bernard III décède sans aucune postérité, laissant au travers de son testament toutes ses possessions, dont Peyrepertuse, en héritage au très jeune Raimond Béranger III, comte de Barcelone de 1096 à 1131. Bernard Guillaume, comte de Cerdagne descendant lui aussi de la branche d’Oliba Cabreta conteste ce testament. Un arrangement est trouvé mais le comté de Fenouillèdes et Peyrepertuse reste néanmoins la possession du comté de Barcelone. En 1117, à la mort de Bernard Guillaume, la Cerdagne et le Conflent viennent s’ajouter au comté de Barcelone formant ainsi un ensemble politique considérable composé des maisons comtales de Barcelone, Besalu, Cerdagne et Provence. Ensemble considérable qui fait des envieux et se délite par les convoitises qu’il engendre et surtout car le nouveau comte de Barcelone Raimond Béranger III est très jeune. Certains profitent de cette immaturité, comme le vicomte de Carcassonne Bernard Aton Trencavel qui veut étendre sa puissance personnelle. Les comtés de Barcelone, de Carcassonne et de Toulouse se livrent des luttes sans merci et des lignes de défense sont édifiées formant ainsi une frontière entre les différents belligérants. En 1112, un traité est conclu mais Peyrepertuse n’est pas cité dans les concessions de chacun.  En 1137, Raimond Béranger IV de Barcelone épouse la reine Pétronille d’Aragon et en 1162, le comté de Fenouillèdes tombe dans l’escarcelle d’Alphonse II, roi d’Aragon. Aux environs de 1150, un serment mentionne que la seigneurie de Peyrepertuse est inféodée à Pierre et Arnaud de Fenouillet. Avec d’autres forteresses appartenant au royaume d’Aragon, celle de Peyrepertuse située sur la frontière devient un élément de défense face au royaume de France. Le vicomté de Narbonne détient le comté du Fenouillèdes et Peyrepertuse en fief.

    4- XIIIe siècles à nous jours : Fin du XIIe et début du XIIIe, le royaume d’Aragon est devenu trop vaste et doit faire face à divers fronts. A l’ouest, la Navarre et la Castille, au sud les Musulmans et au nord le royaume de France. Les rois de France profitent de cette situation et de la Croisade contre les Albigeois (1209-1229) pour annexer le Fenouillèdes et Peyrepertuse dès 1220. Trop compliqué à administrer, la France donne le pays en fief à Nunyo Sanche, comte de Cerdagne et du Roussillon, prince de la maison royale d’Aragon et de Barcelone. Le nouveau vicomte n’arrive pas à faire valoir ses droits car entre temps le Fenouillèdes et le Peyrepertusès sont devenus le refuge des cathares, cathares pourchassés par Simon IV de Montfort, duc proclamé de Narbonne, du pays Fenouillèdes et du Peyrepertusès. Aidés de certains croisés, ce dernier n’a de cesse de vouloir anéantir les cathares auxquels pourtant de nombreux seigneurs ont fait allégeance pour des raisons plus politiques que religieuses, c’est le cas de Guillaume de Peyrepertuse qui occupe le château éponyme ainsi que celui de Puilaurens. Pourtant dès l’an 1217, Guillaume de Peyrepertuse s’était rallié à Simon de Montfort, auquel il avait promis  fidélité. Cet acte l’avait contraint à « tenir la  frontière contre ses ennemis » à partir du château mais ne respectant pas ces engagements, il est excommunié en 1224. C’est une période trouble où les chevaliers sont également enclins à partir en Terre Sainte lors des Croisades. L’année 1226 voit se durcir les luttes contre l’hérésie cathare et le nouveau roi de France Louis VIII le Lion se lance dans une deuxième « croisade contre les Albigeois ». Il meurt cette même année et c’est Louis IX dit Saint Louis qui lui succède. Les brutalités demeurent. En 1229, le Traité de Meaux présente Guillaume comme étant le « seigneur de Peyrepertuse ». La suite n’est qu’un long imbroglio car en 1239, Nunyo Sanche vend Peyrepertuse et sa seigneurie au roi de France Saint-Louis, dont le château est toujours occupé par Guillaume de Peyrepertuse. Malgré une résistance, Jehan de Belmont, le chambellan du roi, s’empare du château en 1240. Guillaume de Peyrepertuse est contraint à une reddition et à une soumission. Cette même année et après l'échec de la tentative de reconquête de Carcassonne par le vicomte Raimond II Trencavel, les armées de Saint Louis s’installe dans la cité de Carcassonne créant ainsi une ville bicéphale puisque dans le même temps, les Carcassonnais déjà en place sont autorisés à s’installer sur l’autre rive de la Garonne. Cette prise de Peyrepertuse ajoutée aux autres forteresses déjà possédées que sont Puilaurens, Quéribus, Termes et Aguilar, toutes situées au sommet de pitons rocheux également « imprenables » engendre un ensemble protecteur plus connu sous le nom des « Cinq fils de Carcassonne ». Mais il semble que Peyrepertuse comme d’autres châteaux continuent d’attirer les convoitises ou à servir de refuge à des « faydits » ou à  des cathares et très souvent, ils  sont les deux en même temps. D’autres seigneurs ayant adhérés à cette cause dont ceux de Niort en Pays de Sault que l’on appelle les « Loups du Rebenty » sont défaits par le connétable du roi Humbert de Beaujeu et contraints eux aussi à une reddition en 1242. Les seigneurs cathares du Midi sont pratiquement tous hors d’état de nuire et nombreux sont ceux qui changent de camp trouvant un intérêt certain à rejoindre le parti des vainqueurs. En 1242, le roi Saint-Louis prend la décision d’agrandir le château. Il fait construire le donjon Sant Jordi et des murailles au plus haut de la crête donnant ainsi son nom au long escalier creusé à même la roche menant à ce nouvel ensemble de fortifications. Plusieurs années sont nécessaires pour terminer ce chantier qui va durer jusqu’en 1258. Le Traité de Corbeil de 1258 signé entre le roi d’Aragon Jacques 1er le Conquérant et le roi de France Saint-Louis fixe la frontière au sud des Corbières mais à propos du Fenouillèdes et le Peyrepertusès, il ne fait qu’entériner l’annexion de 1220 et la cession de 1239. Les deux petites régions deviennent définitivement françaises. C’est ainsi que Quéribus, Puilaurens, Fenouillet, Castel Fizel, Puivert, Montségur, Peyrepertuse deviennent des bastions royaux français chargés de garder la nouvelle frontière face au royaume d’Aragon. Des garnisons de soldats de métiers restent sur place mais n’auront plus guère l’occasion de batailler. En 1285, lors de la guerre entre Philippe le Hardi et les Catalans, Peyrepertuse sert de résidence forcée à de nombreuses et riches familles de Perpignan. Entre 1263 et 1366, on retrouve le nom de Peyrepertuse dans de nombreux actes qui n’ont trait qu’à des faits assez banaux concernant la seigneurie ou la lignée des seigneurs portant encore le nom. La plupart d’entre-eux restent fidèles et loyaux aux différents rois de France et restent en place au plus près de leurs anciennes possessions. Il en sera souvent ainsi au cours de l’Histoire.  En 1355, le château est remis en état de défense probablement en raison des menaces que font peser les Anglais sur la France en général et notamment Edouard de Woodstock plus connu sous le nom de Prince Noir qui vient menacer le Languedoc. Mais les Anglais ne sont pas les seuls ennemis à redouter car de l’autre côté des Pyrénées, le roi Pierre IV d’Aragon a toujours des intentions expansionnistes et belliqueuses. En 1356 et 1357,  il y a aussi les Compagnies de Routiers, fameux mercenaires qui font régner le terreur, pillent, demandent des rançons et détruisent de nombreux châteaux et villages et notamment dans le Rhedesium, qui n’est ni plus ni moins le nom latin de la région audoise autour de Rennes-le-Château qu'on appelle Razès. On ignore si le château de Peyrepertuse est concerné mais l’histoire mentionne une période de relative tranquillité. Il faut attendre 1367 et l’arrivée d’Henri de Trastamare, roi de Castille et de son épouse qui viennent se réfugier au château pour retrouver un semblant d’agitation (**). En 1393, le roi Charles V ordonne au sénéchal de Carcassonne de pourvoir à la réparation des châteaux de la frontière et « le chastel de Pierre Pertuse » en fait partie. Par la suite et en l’absence d’utilité militaire, comme bien d’autres châteaux, celui de Peyrepertuse est laissé à l’abandon. En 1404, il y a une visite épiscopale de l'église et de la chapelle du château. De 1483 à 1527, certains documents font état du château mais pour des faits assez mineurs ou bien pour mettre en exergue son état de délabrement. En 1573 en raison des troubles qu’occasionne la guerre des Religions, les Espagnols passent la frontière et essaient quelques incursions mais ils sont refoulés par Guillaume de Joyeuse, gouverneur du Languedoc. En 1580, Jean de Graves, seigneur de Sérignan, s'empare du château au nom de la Réforme des Protestants, mais il est rapidement pris et exécuté. Ce n’est qu’en 1597 que les Etats du Languedoc, région gouvernée par le duc Henri de Joyeuse, enjoignent au roi Henri IV de faire réparer les châteaux de  Peyrepertuse, Quéribus et Termes situés sur la frontière avec l’Espagne car ils tombent en ruines. En 1659, le Traité des Pyrénées, signé entre le roi de France Louis XIV et le roi d’Espagne Philippe IV met fin à des guerres incessantes qui ravagent l’Europe entière. Avec l’annexion du Vallespir, du Roussillon, du Capcir et du Conflent, la frontière s’éloigne encore un peu plus de Peyrepertuse. Le château est déclassé car il ne présente plus aucun intérêt stratégique, toutefois, comme il demeure une propriété royale, une toute petite garnison royale y est maintenue jusqu’à 1781. Lors de la Révolution de 1789, le château est à l’abandon. En 1793, lors de l’invasion des armées espagnoles, Peyrepertuse semble retrouvé un peu d’importance dans la protection du district de Lagrasse et on analyse l’intérêt qu’il y aurait à le remettre « en état de défense » avec les forteresses de Quéribus et de Viala. C’est un certain Champagne, ingénieur de son état qui est chargé de cette analyse mais le 17 septembre de la même année, les Espagnols sont défaits à la Bataille de Peyrestortes et le projet de restauration devient inutile.  En janvier 1820 et au titre de Bien National, un géomètre du nom de Lacroix est chargé d’estimer le château, lequel est finalement acheté 690 francs en juillet par deux habitants de Duilhac-sous-Peyrepertuse : Joseph Séguy et Jean-Paul Burgade. Il devient ensuite bien communal rattaché à la commune de Duilhac. Le 19 mars 1908, il est classé aux Monuments Historiques. Dans les années 30, le site retrouve un intérêt aux yeux de quelques chercheurs. En 1950, commence la première campagne de restauration et de consolidation. Il faut dire que la « Citadelle du vertige » est depuis quelques temps déjà sous la fascination de certains historiens, archéologues et autres chroniqueurs médiévaux. C’est le cas d’Annie de Pous qui s’intéresse au château dès 1939 et retrace son histoire dans « un Bulletin monumental » sous le titre de « le Perapertusès et ses châteaux ». Il y aura ensuite René Quehen, Lucien Bayrou, Madeleine et François Burjade, Henri-Paul Eydoux, Jean-Louis Gomez-Guilloux pour ne citer que les plus prestigieux ou ceux qui ont œuvré à laisser quelques ouvrages plus qu’intéressants. En 1970, une route est tracée facilitant l’accès à l’édifice. Enfin et pour conclure et comme indiqué dans l’encyclopédie Wikipédia à l’article consacré aux « Châteaux du Pays cathare », « on désigne sous le vocable de « châteaux cathares » un ensemble de châteaux situés dans une région où le catharisme s'est développé, cependant la plupart des châteaux appelés « cathares » n'ont pas de rapport (voire si peu) avec l'histoire de l'hérésie dualiste du XIIe siècle en Occitanie ». Certains cathares sont venus se réfugier à Peyrepertuse et dans d’autres châteaux de la région, mais cela n’a rien de surprenant. En effet, il est assez facile d’imaginer que de tout temps, cette crête rocheuse a été un refuge naturel à la fois pour les habitants du secteur quand ils se sentaient en danger, qu’ils soient de Duilhac, de Rouffiac ou bien d’un peu plus loin mais également pour tous ceux qui étaient pourchassés pour diverses raisons.  Les invasions barbares, les razzias arabo-musulmanes, les luttes intestines entre comtés, les guerres diverses et variées ont été autant d’occasion de venir se percher à Peyrepertuse pour se mettre à l’abri, mais également pour guetter et deviner de quel côté arrivaient les ennemis.

    Nota : Pour ce condensé, la plupart des mentions historiques citées ont été extraites du livre « La Seigneurie de Peyrepertuse » de René Quehen édité par l’auteur et du livre « Peyrepertuse. Forteresse royale », document d’un groupe de chercheurs sous la direction de Lucien Bayrou, édité dans Archéologie du Midi Médiéval supplément N°3 à l’Edition du Centre d’Archéologie Médiévale du Languedoc avec le concours des entreprises Py et Bodet. Ce document est accessible sur le site Persée.fr. D’autres informations, le plus souvent vérifiées, ont été pêchées deci delà dans divers sites Internet et livres historiques.

     

    (**) Blanche de Castille et la légende du gobelet de la Font de la Jacquette : Autant l’avouer cette légende du gobelet de la Font de la Jacquette ayant appartenu à une reine de Castille m’a très intéressée et par instant elle m’a carrément intriguée. Plusieurs raisons à cela. La première est qu’elle s’inscrit dans une histoire vraie et j’aurais même du écrire « Histoire » avec un grand « H ». La seconde est qu’en approfondissant le sujet, j’ai appris qu’il y avait eu plusieurs Blanche de Castille dans l’Histoire et que celle de la légende n’est pas la plus connue, loin s’en faut. Troisièmement, plusieurs historiens semblent en désaccord quand il s’agit de préciser de quelle reine de Castille il s’agit et si je dis « reine » et non plus « Blanche », c’est parce qu’il y a une bonne raison à cela et enfin quatrièmement la légende est belle mais là aussi, les recherches historiques aboutissent à de nombreuses incertitudes. Je me suis donc lancé dans une espèce d’enquête policière pour connaître sinon la vérité au moins l’authenticité la plus proche. J’en ai tiré des conclusions mais elles ne sont que personnelles et le fruit de mes seules réflexions. Comme toujours, je me suis aidé d’Internet et de la lecture de deux livres principaux où la légende est la plus évoquée : l’ouvrage le plus ancien est « le Comté de Razès et le diocèse d’Alet » de Louis Fédié paru en 1880 et le second est « la Seigneurie de Peyrepertuse » de René Quehen paru en 1975. Il y a donc presque un siècle entre les deux livres, ce qui peut expliquer les réelles contradictions. J’ai lu bien d’autres livres et sites Internet afin de tenter d’en savoir un maximum à propos des deux reines de Castille susceptibles d’être à l’origine de cette légende. Comme très souvent quand il s’agit de remonter le temps, les histoires se croisent, les personnages affluent en nombre et tout se complique. Rappelons la légende : « Une reine de Castille ; dont la légende prétend qu’elle s’appelait Blanche,  avait trouvé refuge au château de Peyrepertuse. Elle avait pour pris habitude de venir près d’une source d’eau claire qui se trouvait au pied de la forteresse. La fameuse « Fount del Jacquetta ». Elle venait là pour pleurer sur son sort d’épouse délaissée et de reine déchue. Elle s’y désaltérait aussi à l’aide d’un gobelet en argent. Un jour, distraite, elle laissa échapper le gobelet sur lequel il y avait les armoiries du royaume de Castille. Ce dernier roula et lui échappa à jamais. Bien plus tard, un berger le retrouva et le vendit au seigneur de Rouffiac. Il semble qu’avant la Révolution de 1789, ce gobelet était entre les mains du Trésorier royal du Pays Fenouillèdes résidant à Caudiès et que ce dernier y veillait dessus comme la plus précieuse des reliques. On ignore ce qu’il est advenu depuis mais la légende est restée en l’état ». Voilà maintenant les résultats de mon enquête : D’emblée, il faut ôter toute ambiguïté quand à la plus connue des Blanche de Castille (1188-1252), à savoir la reine de France ayant épousé en 1200 le roi Louis VIII dit le Lion (1187-1226). Elle est la mère du roi Louis IX dit Saint-Louis (1214-1270). Louis VIII meurt rapidement et Louis IX étant trop jeune pour gouverner, c’est elle qui assure la régence. On note qu’elle s’est mariée à 12 ans, qu’elle a eu 12 enfants et on voit mal pourquoi elle aurait eu en mains un gobelet aux armes de la Castille plutôt que celui aux armoiries du royaume de France. On sait qu’elle est venue en Languedoc mais le seul lien hypothétique le plus proche de Peyrepertuse est une éventuelle venue à Rennes-le-Château où elle aurait cacher le « fameux » trésor retrouvé par l’abbé Saunière. Une autre légende qui n’a jamais été dénouée ! Vouloir résoudre une légende avec une autre légende ne me semblait pas très sérieux et j’ai cru préférable de m’en tenir au maximum à ce que l’on sait de l’Histoire. On peut donc raisonnablement écarter cette Blanche de Castille là et ce d’autant que rien n’indique qu’elle soit venue à Peyrepertuse. D’ailleurs, c’est ce que font aussi bien Louis Fédié que René Quehen. Par contre, l’Histoire suivante est plus avérée car elle a été relatée par des historiens contemporains de l’époque et notamment Pero López de Ayala puis relayée par divers chroniqueurs au cours des siècles suivants. La voilà :  L’Histoire d’Espagne nous apprend qu’en 1350, Pierre le Cruel (1334-1369) qui a 16 ans succède à son père Alphonse XI sur le trône de Castille. En 1352, une alliance avec le roi de France Charles V le Sage est signée. Cette alliance prévoit un mariage avec Blanche de Bourbon (1339-1361) et le versement d’une dote de 300.000 florins.  Le 3 juin 1353, cet accord est entériné par le mariage. Pierre le Cruel épouse Blanche de Bourbon, fille de Pierre 1er de Bourbon, arrière petit-fils de Saint-Louis. Blanche est alors âgée de 14 ans. (Ici j’ouvre des parenthèses car Louis Fédié dans son livre « Le comté de Razès et le diocèse d'Alet » évoque une Blanche de Bourgogne, ce qui semble faux car si l’histoire retient bien une Blanche de Bourgogne, reine de France et de Navarre et épouse de Charles IV le Bel, elle est déjà morte depuis 1326 et puis surtout elle ne bénéficie d’aucun titre sur le royaume de Castille). Pierre le Cruel a donc épousé Blanche de Bourbon moyennant une dot de 300.000 florins qui ne sera jamais versés selon l'échéancier prévu. Prenant comme prétexte ce non versement de la dot et quelques autres allégations, Pierre le Cruel l’abandonne deux jours plus tard et part vivre avec sa favorite Maria Padilla. L’écrivain contemporain Pero López de Ayala nous apprend que Blanche est d’abord reléguée à Arévalo (16 août 1353) puis à Tolède (août 1354) puis emprisonnée à Siguënza (22 mai 1355), à Jerez (mars et avril 1359) et enfin à Medina-Sidonia où le roi l’a fait assassiner en juin ou juillet 1361. Il faut noter que Pero López de Ayala n’indique aucun séjour à Peyrepertuse pendant ce laps de temps. Rappelons qu’il est pourtant Grand chancelier de Castille et au fait des moindres détails des déplacements de la reine. Le roi avait bien tenté de faire annuler ce mariage de raison mais en vain et il ne faut pas chercher ailleurs le mobile de cet assassinat. Notons que certains historiens et notamment Prosper Mérimée ont voulu remettre en cause cet assassinat orchestré par Pierre le Cruel. Nous verrons plus loin que cette période d’emprisonnement a engendré certaines confusions à la fois dans les reines et les lieux. Les historiens français (Fédié et Quehen) évoquent la forteresse d’Illueca qui est dans l’Aragon et donc plutôt au nord de l’Espagne et les espagnols un château situé plutôt au sud surveillant la baie de Cadix et dont Blanche donnera son nom : le château de Dona Blanca. Mais poursuivons l’Histoire en revenant en 1353. Ne supportant pas cette mise à l’écart immédiate de Blanche, la mère et les frères de Pierre le Cruel prennent partie pour elle. Plusieurs seigneurs de la cour les rejoignent car eux aussi ne supportent pas la cruauté incessante de Pierre 1er. En effet, ce dernier se livre à un nombre incalculable d’assassinats au sein même de sa propre famille et de sa propre cour. Avec l’appui du roi de France et du pape, ils se révoltent. Parmi eux, le demi-frère de Pierre le Cruel, Henri de Trastamare. Il s’ensuit une guerre civile et fratricide qui va durer pratiquement 19 ans (1350-1369) dite Guerre civile de Castille. Tantôt vaincus, tantôt vainqueurs, les batailles se succèdent sans résultat permettant de changer le cours de l’Histoire et ce, jusqu’en mars 1366. Cette année-là, Henri de Trastamare, entre en Castille et réussit à contrôler la quasi-totalité du Royaume. Il est proclamé roi de Castille en lieu et place de son demi-frère le 23 mars à Burgos. Le peuple de Castille le soutient et le roi de France aussi. Il devient Henri II de Castille. Mais la victoire est de courte durée car aidé par Charles le Mauvais, roi de Navarre et Edouard de Woodstock Plantegenet, le fameux Prince Noir britannique, Pierre le Cruel revient à la charge et le 3 avril 1367, il gagne la bataille de Nàjera (Navarette). Pour Henri II, c’est la déconfiture totale. Bertrand Du Guesclin que le roi de France avait envoyé pour l’aider est fait prisonnier. Lâché par le reste de son armée, Henri II de Trastamare est contraint de se sauver à cheval vers l’Aragon puis il rejoint le château d’Illueca où apparemment il délivre son épouse avec l’aide du gouverneur de la prison qui a pour nom Pierre de Lune. (René Quehen, dans son livre « La seigneurie de Peyrepertuse » ne cite jamais le prénom « Blanche » n’évoquant qu’une reine de Castille et il indique que « le roi d’Aragon permit à la reine de Castille d’aller rejoindre son mari, très bien reçu par le duc d’Anjou et le roi de France qui lui donnèrent le château de Peyrepertuse pour y demeurer avec la reine et leurs enfants aussi longtemps qu’ils le désireraient »). On ignore pourquoi l'épouse d'Henri II était en prison. Etait-elle vraiment en prison ou était-ce une façon de la protéger ? On l'ignore aussi. Toujours est-il que Quehen a raison de ne pas l'appeler Blanche car l’épouse d’Henri de Trastamare ne s’est jamais appelée Blanche mais Jeanne. Jeanne Manuel de Villena qu’il a épousé en 1350 et avec laquelle il a eu trois enfants. Alors effectivement, cette Jeanne a été reine de Castille pendant la même période que son époux c'est-à-dire dans l’immédiat du 13 mars 1366 au 3 avril 1367. Comme son époux, elle retrouvera le trône en mars 1369 mais c’est une autre Histoire au cours de laquelle les deux frères vont se battre dans un duel meurtrier. C'est Henri qui en sortira vainqueur. Concernant Jeanne, l'Histoire nous a laissé peu de choses d'elle et mes recherches m’ont entraîné vers son père Don Juan Manuel dont Wikipédia nous dit qu’il tint plusieurs postes importants au sein du royaume de Castille étant tour à tour majordome puis gouverneur général mais qu’il s’opposa sans cesse à l’autorité monarchique d’Alphonse XI qu’il jugeait trop tyrannique. Alphonse XI étant je vous le rappelle le père de Pierre 1er le Cruel. Il y a donc une certaine logique entre le père Don Juan Manuel de Villena et le beau-fils Henri de Trastamare car les deux s’opposent à leur manière aux rois de Castille en place à cause de leur cruauté et de leur tyrannie. Concernant sa fille, Jeanne Manuel, on apprend qu’elle est la plus jeune des filles officielles et la dernière représentante de la Maison de Bourgogne-Ivrée.  La fameuse « Bourgogne » de Louis Fédié revient en première ligne mais à propos de Jeanne et non pas d’une Blanche. De cette Maison d'Ivrée, appelée aussi Maison des comtes palatins de Bourgogne sont issus depuis plusieurs siècles les comtes de Bourgogne et les rois de Castille. La boucle est bouclée. Mais revenons à 1367 et à ce Pierre de Lune. Il aide Henri de Trastamare en le conduisant en cachette jusqu'au château de Peyrepertuse, puis ce dernier se rend à Toulouse par le comté de Foix. Là, on revient à l’épisode où le roi d’Aragon autorise la reine à rejoindre son époux à Peyrepertuse (On note donc quelques invraisemblances car certains historiens évoquent une délivrance en secret et d'autres une autorisation du roi d'Aragon). Mais je dirais peu importe car en conclusion et quelque soit les versions, ce n’est pas une « Blanche de Castille » qui aurait vécu au château de Peyrepertuse et aurait laissé choir son gobelet mais une « Jeanne de Castille ». Louis Fédié, lui, raconte la légende de le reine Blanche telle qu’elle est arrivée à nous par la tradition locale mais il semble qu’il y ait une confusion dans la prisonnière d’Illueca, entre Blanche et Jeanne. Pour lui, c’est bien la femme de Pierre le Cruel,  exilée à Peyrepertuse puis le jour où elle se rend en Castille c'est-à-dire en 1353 (Fédié écrit 1361 !), elle est d’abord immédiatement écartée puis emprisonnée puis enfin assassinée en 1361 sur ordre de son époux. Louis Fédié rajoute qu’elle serait partie en Castille avec l’assurance d’y être en sécurité car Henri de Trastamare, aidé de Duguesclin, avait remporté plusieurs victoires sur son époux. Il y aurait donc peut-être confusion dans les dates aussi car l'Histoire mentionne qu'Henri de Trastamare serait venu par deux fois à Peyrepertuse, une fois en juillet 1361 et une autre fois en 1367. Rappelons-nous que juin ou juillet 1361, c'est la date où Blanche de Bourbon/Castille est assassinée. Fédié explique aussi que le reine Blanche aurait séjourné à Peyrepertuse pendant 5 à 6 ans, venant régulièrement faire de longues cures aux Sources thermales de Rennes-les-Bains où elle était fort appréciée des habitants et même considérée comme une sainte. Si appréciée, que la fameuse résurgence est devenue « Source de la Reine » et que de nos jours encore, on trouve une magnifique demeure de caractère faisant office d’hôtel du nom de  « La Résidence de la Reine ». Pour la reine, les cures auraient été si efficaces qu’elle aurait guéri de la lèpre (ou peut-être de la tuberculose), voilà ce que l’on peut lire sur le site de l’hôtel. Notons que si tout cela reste possible, on ne comprend pas comment on peut l’affubler du titre de reine, de Castille de surcroît, alors qu’à cette période elle n’est qu’une simple princesse de Bourbon ? Enfin, il se dit aussi que la dot n’ayant pas été versée dans son intégralité et selon l’échéancier prévu, Blanche de Bourbon n’aurait pas rejoint immédiatement son époux Pierre le Cruel lors de l’alliance en 1352. A-t-elle mis à profit cette période pour venir faire un séjour supplémentaire à Rennes-les-Bains puis à Peyrepertuse où elle avait l’assurance d’une bonne protection ? C’est fort possible. On sait qu’elle a séjourné aussi au château de Puilaurens où une tour porte encore son nom. Il se dit aussi qu’elle aurait quitté la France entre novembre 1352 et février 1353 et que c’est le demi-frère du roi Don Fadrique qui serait venu en personne la chercher à Narbonne. Ce Don Fadrique pour lequel elle aurait eu un coup de foudre et peut-être une aventure ? Rappelons tout de même qu’elle n’a que 13 ou 14 ans tout au plus, ce n’est donc qu’une enfant.  Reste à comprendre pourquoi, elle aurait eu entre les mains un gobelet avec l’écusson aux armes de Castille, sans jamais encore avoir mis les pieds dans ce royaume ? A-t-elle fait un aller-retour La Castille – Peyrepertuse avant d’être emprisonnée par son époux comme j’ai pu le lire sur certains sites ? Cela paraît peu probable car Pero López de Ayala n’a jamais évoqué un tel séjour et si on se fie à une certaine chronologie et aux cruautés suivantes que lui a infligées son époux, on comprend mal pourquoi ce dernier l’aurait laissé partir à Peyrepertuse pour un séjour aussi court soit-il.  Il est vrai que c’est la solution la plus plausible pour que le gobelet trouve une raison d’être entre ses mains. Le gobelet appartenait-il à un soldat castillan chargé de sa sécurité ? Difficile de répondre à toutes ses questions en l’absence de textes historiques formels relatant la période et la présence de Blanche de Bourbon à Peyrepertuse. Toujours est-il qu’on a la certitude de l’année de sa mort qui est 1361, mais la manière dont elle a été assassinée, reste confuse. Certains comme Duguesclin disent qu’on a voulu faire croire à un accident, qu’on connaît les meurtriers présumés Daniot et Turquant alors que Pero López de Ayala dit qu’elle aurait été tuée par un arbalétrier du nom de Juan Pérez de Rebelledo. La seule quasi certitude est que son époux a probablement été le vrai commanditaire. Tout cela est assez connu dans les textes et seule la partie à Peyrepertuse reste à dénouer complètement. Le légende reste donc floue.

     

     

    Alors comme on le voit, il y a de nombreuses incertitudes, confusions et invraisemblances à propos de cette légende. Confusions dans les reines ayant séjournées à Peyrepertuse. Confusions dans les dates. Confusions entre la version de Louis Fédié ou celle de René Quehen.

     

    Dans « Peyrepertuse, forteresse royale », Lucien Bayrou ne se prononce pas mettant un point d’interrogation à la fin de la phrase « à la présence temporaire du prétendant à la couronne de Castille en 1367 ? » et ce, à propos d’objets militaires retrouvés lors de fouilles à Sant Jordi. Il parle bien sûr d’Henri de Trastamare et de son épouse Jeanne.

     

    Jean-Baptiste Renard de Saint-Malo dans « le Château de Pierrepertuse » paru dans le Publicateur en 1833, écrit « vers juillet 1361, les rochers de nos monts accueillirent aussi l’infortune de Henri de Trastamare et de Sanche son frère, fuyant avec leurs champions fidèles, les poursuites de Pierre le Cruel » puis plus loin, il rajoute qu’il serait revenu à Peyrepertuse en 1367 après la défaite de , Navarette, « Henri parvint en effet, incognito, à travers l’Aragon, au château de Pierrepertuse, dans les Corbières » ayant apparemment extrait ces informations de « l’Histoire générale du Languedoc » de Dom Joseph Vaissette.

     

    Conclusion : Comme on le voit, le mystère reste donc entier autour de cette légende de la Fontaine de La Jacquette. La question qui se pose est de savoir s'il est justifié de prétendre que le fameux gobelet retrouvé appartient bien à Blanche de Bourbon, future reine de Castille pour son plus grand malheur ? Au regard des faits historiques, j'aurais tendance à répondre "non". Toutefois et concernant l'Histoire elle-même on peut imaginer que toutes les versions sont les bonnes à savoir que Blanche de Bourbon, future reine de Castille, serait venue à Peyrepertuse et à Rennes-les-Bains dans les années 1347 à 1352, c'est-à-dire avant son mariage officiel avec Pierre 1er le Cruel. A la fois pour se soigner et avec l’assurance d’être en sécurité à Peyrepertuse. La dernière année, en 1352, l’alliance signée l’autorisait à affirmer auprès de la population qu’elle était devenue reine de Castille, ce qui expliquerait qu’elle ait laissé son nom à une source de Rennes-les-Bains où elle avait ses habitudes. Ensuite et à leur tour, Henri de Trastamare serait venu à Peyrepertuse une première fois en juillet 1361 contraint de fuir les velléités assassines de Pierre le Cruel, puis une seconde fois avec son épouse Jeanne en 1367 après sa défaite à Navarette. Tout se tient parfaitement car cela donne une logique à l’ensemble de la légende. Blanche de Bourbon n’ayant encore jamais mis les pieds en Castille, elle serait venue à Peyrepertuse mais n’aurait jamais perdu de gobelet d’argent gravé du blason royal castillan mais ce même gobelet aurait été perdu par Jeanne (ou son époux Henri) qui, eux, avaient la légitimité et toutes les raisons pour en posséder un. Ce gobelet castillan aurait été retrouvé par le berger. Parce que la reine la plus célèbre de Castille s’appelait Blanche et qu’une autre Blanche de Castille avait laissé son nom à une source de Rennes-les-Bains, située non loin de Peyrepertuse, la tradition aurait par erreur attribué ce gobelet à une Blanche au lieu d’une Jeanne. La suite, on la connaît. Reste à savoir ce qu’est devenu ce gobelet de la Fontaine de la Jacquette car de nos jours, il doit valoir une véritable fortune…..J’en ai trouvé un aux enchères, aux armes de Castille, mais en verre et de la 2eme moitié du 18eme siècle et il vaut déjà de 400 à 600 euros…alors imaginez un gobelet en argent si vieux et ayant au moins plus de 650 ans et surtout si légendaire ! ….

     

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la musique "Le Cygne" ("The Swan") de Camille Saint-Saëns, extrait de la suite musicale "Le Carnaval des Animaux". Ici, elle est successivement jouée par Stjepan Hauser (violoncelle), Joshua Bell (Violon), Han-na Chang (violoncelle), le duo Fanny Clamagirand (violon) et Vanya Cohen (piano), le duo Yo Yo Ma (violoncelle) et Kathryn Scott (piano), Stjepan Hauser (violoncelle). 

    Le Sentier du Guetteur depuis Leucate-Village

    Le Sentier du Guetteur depuis Leucate-Village

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    En 2009, j’avais proposé dans mon blog, une courte promenade consistant à cheminer la « Falaise de Leucate » selon une boucle de ma composition. Depuis, la commune de Leucate a fait des efforts en traçant et en balisant plusieurs sentiers de randonnées. C’est ainsi que l’on trouve un « Sentier du Vigneron », un «  Sentier du Berger », un « Sentier du Pêcheur » et enfin un « Sentier du Guetteur » que je vous propose ici, avec il est vrai, de nombreuses libertés que j'ai prises par rapport au tracé originel. Bien que ce dernier sentier soit celui qui ressemble le plus à ma « promenade », puisqu’il chemine le bord de la falaise, je l’ai néanmoins choisi en priorité. Pourquoi  me direz-vous ? D’abord parce que j’ai trouvé une version en boucle plus longue qui m’a bien plu et qui démarre depuis l’Office de tourisme se trouvant au village. Mais ce n’est pas là le seul motif.  En effet, le mot « guetteur » a soulevé en moi de vraies interrogations et je me suis demandé pourquoi on avait attribué ce nom-là à cet itinéraire ? Alors, j’ai compulsais tous les sites Internet évoquant cette balade, j’ai cherché et trouvé le dépliant parlant de ce sentier, et là ô surprise, pas le début d’une moindre explication ! Enfin si peu ! De ce fait, ça n’a fait qu’amplifier ma curiosité légendaire et je me suis dit « il faut que tu saches avant d’y aller » ! En effet, on sait tous ce qu’est un vigneron, un berger ou un pêcheur, on connaît ces métiers-là et leurs activités, même sans jamais les avoir pratiquées, mais force est de reconnaître que la fonction de « guetteur » soulève un tas de questions. D’abord parce que le mot « guetteur » a inévitablement plusieurs synonymes que sont les mots « soldat », « gardien », « garde », « vigile », « sentinelle », « factionnaire », « veilleur », « surveillant », « planton », « douanier » « observateur » et j’en oublie sans doute beaucoup d'autres. Alors, ici à Leucate et sur la falaise qu’y est-il ce guetteur ? Que guette-il ? Où se trouve-il ? « Quels sont les besoins, les dangers ou les menaces qui nécessitent une telle présence ? » Et si je mets volontairement toutes ces questions au présent, le passé pourrait tout aussi bien être employé. Enfin, voilà les quelques questions auxquelles j’avais envie de répondre avant de partir marcher et d’y aller voir. Le 21 septembre, j'ai lu le bouquin de Jacques Hiron « Il était une fois Leucate » (*) et je l’ai complété par la lecture de nombreux sites Internet et finalement je crois comprendre pourquoi le sentier s’appelle ainsi. La météo s'annonce exceptionnelle et je me dis qu'il ne faut pas louper cette occasion. Je pars et arrive à Leucate où je gare ma voiture à l’entrée du village, mais côté sud, côté direction Leucate Plage et Port-Leucate, car je sais que ma boucle se terminera par là. Mais ce n’est pas la seule raison. J’ai envie de découvrir le village que je ne connais pas et je me dis pourquoi ne pas le faire avant d’entamer ce Sentier du Guetteur dont le vrai départ est à l’entrée nord, devant l’Office du Tourisme comme déjà indiqué. J’emprunte la rue principale, la plus directe remontant vers le nord du village, mais parfois je me laisse entraîner dans de charmantes petites ruelles. Finalement, j’arrive au centre, là même où se trouve la jolie mairie, la belle église  la statue de Françoise de Cézelly (**), le monument aux morts, de jolies fontaines et divers commerces. Ces deux places mitoyennes me paraissent suffisamment sympathiques pour que j’y déambule, tourne tout autour puis finalement je m’installe à la terrasse d’un bistrot pour prendre un « café ». Je fais le choix d’un « expresso » bien que ce terme n’ait aucun rapport avec le rythme de marche que j’ai l’intention de m’imposer. Non franchement, je ne suis pas pressé. Je connais bien le secteur de la falaise, les chemins qui y mènent et leurs longueurs et je sais déjà que la journée sera amplement suffisante pour accomplir la boucle programmée. En effet, pendant très longtemps, ce plateau et cette falaise de Leucate ont été des lieux où mes passions se sont exercées et puis nous y venions très souvent avec les enfants car pour eux tout était prétexte à trouver aisément des terrains de jeux. Les murets servaient de cache et de labyrinthes, les cabanons vides de cabanes et puis nous avions le sentiment de les former à aimer la Nature.  Ici, pour des yeux d’enfants tout est vite démesuré et pour leurs petits cœurs guillerets trouver des attractions était plutôt facile. Enfin, il y avait la mer. Voilà aujourd’hui ce que je connais du plateau de Leucate, c'est-à-dire des évocations personnelles lointaines mais en réalité peu de choses sur le plan patrimonial et naturaliste. Or c’est bien ça que j’ai envie de découvrir aujourd’hui. Je quitte le bistrot, direction le château dont un panonceau vient de m’indiquer la direction. Autant l’avouer, il y a quelques semaines et jusqu’à l’instant de lire son Histoire, j’ignorais encore qu’il y avait eu un château et une héroïne à Leucate mais aujourd’hui avec cet acquit, j’ai le sentiment d’être mon propre guide. Une fois de plus ma curiosité m’entraîne sur des chemins non programmés initialement. Quand j’arrive à proximité du château, ou tout du moins de ce qu’il en reste, c'est-à-dire un monceau de ruines, je constate que le « Sentier du Pêcheur » y passe juste à côté, alors ayant bien l’intention de l’accomplir un jour, je me dis « à quoi bon perdre du temps aujourd’hui à des découvertes que je ferais un jour prochain ! ». Ce n’est jamais de gaieté de cœur que je quitte des édifices à découvrir, mais là je n’hésite pas une seule seconde car j’imagine déjà que d’autres découvertes seront au programme. Elles n’attendent que moi et je m’en persuade. J’arrive devant l’Office de Tourisme. Enfin c’est juste un point d’information. Il est fermé. A côté se trouvent un vaste parking et la Maison du vignoble. Je fais une courte visite à cette maison puis je retourne lire le panonceau indicatif approprié : « Sentier du Guetteur – vers la Franqui 5,8 km – vers le phare 5,5 km ». J’ai bien l’intention de voir les deux. Je redescends la rue principale en essayant de suivre un balisage de couleur jaune. C’est la rue Francis Vals. Un socialiste lui aussi mais qui n’a rien à voir avec le Manuel aux deux « L ». A hauteur d’une première rue qui file à gauche, une pancarte mentionne de manière amusante « sentier de randonnées pour les nuls ». Aujourd’hui, j’accepte volontiers cette dénomination et m’engage dans cette direction. Il semble que ce soit la rue du Cercle devenant peu après le chemin du Moulin. Ces voies m’entraînent très vite hors du village. L’ancien moulin à vent est là. Il a perdu ses ailes. C’est le moulin du chemin Neuf où jadis les habitants apportaient leurs grains de céréales qu’ils avaient récoltés pour les faire moudre puis ils revenaient chercher leur farine pour faire leur pain. Il y avait trois moulins au village. Je pousse un petit portail pour le découvrir de plus près. Force est de reconnaître qu’on ne peut pas y entrer comme dans un moulin car les portes sont barricadées d’épaisses grilles. Deux pierres meulières trouées comme du gruyère jonchent le sol. Il y en a une rafistolée et l’autre carrément brisée en plusieurs morceaux. Quand on connaît un peu la géologie du plateau de Leucate, constitué d’une dalle lacustre calcaire, on n’a aucun mal à comprendre qu’elles proviennent du secteur, voire de la falaise où se superposent plusieurs couches plus ou moins dures, résultats de différents dépôts sédimentaires. D’ailleurs, il suffit de regarder les murets qui encadrent le parcours et l’on y voit les mêmes pierres trouées. Ici la pierre c’est le matériau de base depuis que l’homme sait les utiliser pour bâtir. Je continue et au lieu-dit Codecas, de nouveaux panonceaux m’envoient dans la bonne direction. Le sentier se rétrécit et descend dans ce qui ressemble à un petit vallon. Il n’y a pas d’eau mais un puits y trône en plein milieu. Au premier coup d’œil, il ressemble à un cachot avec lui aussi de solides grilles. Il y a une aire de pique-nique et un cabanon planqué sous des bougainvilliers magnifiquement fleuris. C’est le lieu-dit la Fontaine de Loin, ainsi appelée car elle était loin du village et pendant très longtemps ce fut le seul point d’eau douce des Leucatois. Je poursuis et atterrit rapidement sur l’asphalte d’une route. Je connais bien cette route ou plutôt ces routes au pluriel car comme déjà indiqué, je les empruntais pour venir pêcher ou bien quand nous venions en famille soit pour nous baigner soit pour nous promener au grand air. Selon les saisons, c’était parfois l’occasion de ramasser des asperges sauvages ou bien de cueillir des amandes. A force, nous avions fini par connaître les bons arbres, ceux là mêmes où les fruits ne sont pas amers. Aujourd’hui les amandes sont encore très nombreuses sur les arbres mais j’ai tout oublié de cet agréable passé. Je m’essaie à en manger deci delà mais elles ont toutes cette saveur amère et finalement j’abandonne cette idée. Après tout, je ne suis pas venu ici pour garder un goût amer de cette balade ! Les intersections et les chemins étant nombreux, j’allume mon G.P.S où j’ai pris soin d’enregistrer le tracé choisi. Il m’indique la bonne direction mais une fois encore, absorbé par ma passion de la photo ornithologique, je m’égare. Il faut dire  qu’il y a des oiseaux à profusion et dont certains en rassemblements très importants : chardonnerets, serins, verdiers, pinsons, grives, alouettes, bruants, moineaux, pies-grièches, rouges-queues, rouges-gorges, fauvettes sans compter les hirondelles qui volètent en grande quantité. Le divertissement de ces dernières consiste à prendre les routes enchâssées de hauts murets pour des couloirs aériens. Elles y descendent en piquée, se frôlant souvent et donnant parfois l’impression qu’un télescopage paraît inévitable. Quand elles arrivent à quatre ou cinq vers moi, c’est assez impressionnant, car j’ai le sentiment qu’elles attendent le tout dernier instant pour m’éviter. Mais non, elles ont un don pour s’éviter entre elles, éviter les obstacles de toutes sortes et reprendre de la hauteur. A force de courir derrière des oiseaux, il est temps que je prenne moi aussi un peu de hauteur et revienne aux « fondamentaux », c'est-à-dire au Sentier du Guetteur. Je sors mon GPS de la poche et constate que je ne suis plus nulle part. Le « waypoint » me signale comme étant hors tracé enregistré.  Je fais demi-tour car après tout, les chemins sont tous identiques et j’imagine que des oiseaux il y en a un peu partout. C’est le cas. Murets, cabanons, amandiers, haies, vignes, cyprès et quelques pinèdes composent ce beau paysage à la fois rude mais plein de douceur. Les fleurs sauvages sont plutôt rares et se résument à quelques pissenlits et aux sempiternelles brassicacées que l’on rencontre dans les vignobles et les haies. Finalement, j’atteins la falaise et bien que je connaisse l’endroit par cœur, je ne peux m’empêcher de rester en extase devant cette incroyable vue plongeante sur la plage de la Franqui. La plage des Coussoules. Je décide de me reposer un peu. A l’instant même où je me défais de mon sac à dos pour le poser sur un muret qu’elle n’est pas ma surprise de constater que je vais le déposer sur une couleuvre de Montpellier. Elle est là, juste à la hauteur de ma taille, immobile au soleil, verte, jaune et luisante. Elle m’observe sans bouger de ses grands yeux noirs fixes et presque hypnotiques. Stupéfait sur l’instant, je ne bouge plus moi non plus et dans une deuxième temps j’ai beau être réactif à vouloir la photographier, elle échappe en partie à mon objectif. Elle file. Alors, je grimpe sur le muret et me lance à sa poursuite. Par bonheur, après avoir traversé des buissons plutôt touffus, elle file sur l’herbe et des ramilles de pins et finit par s’immobiliser derrière une branche où elle a sans doute le sentiment d’être en sécurité. Je suis à quatre ou cinq mètres d’elle et en zoomant, je réussis à la photographier convenablement. « Plus grand serpent d’Europe pouvant atteindre 2 mètres et même les dépasser parfois ? » avais-je lu à son propos ? Mais celle-ci est plutôt petite et frêle. Elle n’atteint pas un mètre et est plutôt filiforme. Je ne la vois pas dévorer un lapin comme j’ai pu le lire. Après quelques photos, je la laisse à sa frayeur de m’avoir rencontré et je pars en contemplation en bordure de la falaise où je m’assieds face à ce panorama tricolore. Il est bleu, vert et blanc cassé. Les bleus bien différents du ciel, de la mer et de l’étang, le vert des pins qui descendent en cascade jusqu’à la mer et le blanc cassé de la plage formant une courbe quasi parfaite jusqu’à l’horizon. Il n’y a rien d’autres mais c’est très beau. Une barre de céréales, trois gorgées d’eau et je continue en direction de la Franqui en empruntant un large escalier. A cet endroit même, mes lectures m’ont appris qu’il y avait eu un fort, celui de la Basse-Franqui dont Henry de Monfreid dans son livre « le Cap des Trois Frères (***) indique qu’il aurait été construit sous Napoléon. Militairement, ce petit fortin n’eut que peu d’importance. Par contre, de ce coin si paisible aujourd’hui, il écrit que « ce lieu de la Basse-Franqui fut le théâtre de sanglants combats entre Français et Espagnols lorsque Schomberg gouvernait le Languedoc ». C’était en 1637 et ce fait militaire est resté dans l’Histoire sous le nom de « Bataille de Leucate », car bien évidemment le château du village était en première ligne et pour nos ennemis, c’était l’objectif premier dont il fallait s’emparer. Les Espagnols disposaient de la forteresse de Salses et de 12.000 fantassins et les Français du château de Leucate et d’une centaine d’hommes seulement. L’équilibre des forces semblait précaire pour les Français et pourtant ils tinrent le choc plusieurs jours, puis s’organisèrent peu à peu en recevant de multiples renforts. La commune fut complètement anéantie par les troupes espagnoles mais finalement les Français l’emportèrent. En 1659, c’est le Traité des Pyrénées et le château perdant toute utilité, il est démoli sur ordre du roi Louis XIV en 1665. On peut le regretter car or mis la crainte qu’il retombe un jour entre les mains de nos ennemis, on ne voit pas trop où se trouve l’intérêt d’une telle démolition pour ne pas dire un tel saccage. Pourtant le véritable fait d’armes du château date de 1589 et on le doit à Françoise de Cézelly (**). Il faut avoir lu son Histoire pour comprendre pourquoi elle continue à être une héroïne pour les Leucatois. C’est leur Jeanne d’Arc ! Il ne reste plus rien de ce petit fort de la Basse-Franqui qui fut transformé plus tard en une redoute occupée par des douaniers. Aujourd’hui cette anse qui a servi depuis toujours de lieu de mouillage et de débarquement est plutôt calme. Seuls deux fous de windsurf glissent comme des malades poussés qu’ils sont par une bonne brise venant du large. Je descends l’escalier, tout en essayant de voir si j’aperçois un quelconque vestige. Je ne vois rien. Ma principale intention est d’aller voir si il y a des oiseaux à l’étang. Ensuite, j’ai prévu de me baigner puis de pique-niquer avant de poursuivre sur la falaise. Je n’ai pas prévu la visite de la station balnéaire mais une fois encore ma curiosité m’entraîne dans des méandres improvisés. Petite chapelle Notre Dame de la Mer, Villa Amélie où naquit Henri de Monfreid, nombreuses villas en espaliers au pied de la falaise avec toujours des architectures surprenantes de toutes apparences, allant de la maison du pêcheur au chalet en passant par les maisons de maître, d’imposants hôtels ou de très belles résidences comme le Belvédère par exemple. Ici les styles architecturaux se mélangent et « la Belle Epoque » côtoie « l’Art Déco » et bien d'autres styles parfois rococos. Toutes ces belles maisons sont entourées de charmants jardins avec souvent de grands pins parasol, des palmiers et des plantations exotiques. Finalement, après cette longue errance, j’arrive sur le ponton longeant la superbe plage des Coussoules. Elle est aussi belle vu d’en bas qu’elle ne l’était depuis la falaise. Une fois encore, mes lectures Internet m’ont appris qu’elle avait été classée 4eme plus belle plage de France par le label Pavillon Bleu sur des critères bien évidemment de propreté et de commodités qui vont avec. Bien que la saison estivale soit terminée, ça semble mérité. Toutes ces découvertes de la Franqui étaient plutôt imprévues même si j’avais lu pas mal de choses avant de venir ici. Dans l’immédiat, direction l’étang et le grau faisant sa jonction avec la mer. Aujourd’hui, le grau est fermé et seul un étroit chenal parallèle à la mer tente en vain de faire le lien. Les oiseaux sont peu nombreux mais il y a néanmoins des goélands, des mouettes rieuses et une aigrette entrain de pêcher. Il faut quand même pas mal marcher pour les photographier, mais je suis venu pour ça. Parmi les goélands, dont la plupart sont des « leucophées » et ont comme toujours un bec jaune, large et un peu recourbé, il y a étrangement mais séparé des autres, un couple au bec orangé bien plus pointu. Je dis étrange car c’est bien la première fois que j’en photographie de la sorte. J’apprendrais plus tard qu’il s’agit de goélands railleurs dont l’espèce a tendance à disparaître car il n’y aurait plus que 2000 couples dans toute l’Europe. Des petits poissons, probablement des mulets, sont pris au piège des basses eaux et la surface de l’étang scintille constamment de ces bancs frétillants. Il y a également de nombreux crabes verdâtres, des cranquets comme on les appelle ici. Dès que j’approche, ils ouvrent leurs pinces. Quelque peu rassurés, ils cherchent à s’éloigner ou à s’enterrer dans le sable. L’aigrette garzette, avec son bec long et puissant, a peu d’effort à faire pour se régaler de toute cette « parillade ». Les goélands semblent préférer les bivalves, petites coques ou tellines aux coquilles très fragiles. Si je pouvais, je resterais des heures à observer et à photographier tous ces animaux où l’on constate que la survie est la destinée de tous les instants. Manger sans se faire manger, voilà le leitmotiv. La chaîne alimentaire s’étire sous mes yeux. Pour moi aussi, il est temps d’aller manger et comme j’ai prévu un petit bain avant le pique-nique, je file vers la digue brises-lames en longeant le bord de la plage. La baignade se résume à une courte trempette car l’eau est beaucoup plus fraîche que je ne l’avais supposée. Le pique-nique englouti, je poursuis le sentier au pied de la falaise car je sais qu’il existe une possibilité pour rejoindre sa corniche. Mon énergie vagabonde dont Sylvain Tesson fait l'éloge et mes errements continuels ne me font pas perdre de vue que je suis venu accomplir le Sentier du Guetteur. Je le rejoins juste avant le Fort de la Haute-Franqui qui est de loin le plus beau monument de ce parcours. Ancien fanal et ancien fortin, il a été restauré à l’identique sur les vestiges d’un ancien fort qui aurait construit sous Louis XIV en 1711. Il faut dire qu’il est le seul survivant des trois principaux forts qui étaient là pour surveiller cette côte leucatoise. Henry de Monfreid, dans son livre « le Cap des Trois Frères » (***) l’appelle le Fort Rouge et l’historien Jacques Hiron dans son remarquable livre « Il était une fois Leucate (*) » explique que cette appellation serait en rapport avec l’argile ferrugineuse rouge faisant tache sur le reste de la falaise blanche à cet endroit-là, juste en dessous du monument. Il nous dit aussi qu’il était parfois dénommé « Redoute », mot que l’on retrouve dans Wikipédia ou sur les cartes IGN de Géoportail. Certains l’ont appelé « Temple » à cause de l’originalité de son architecture de style « grec antique » ou bien encore « Fort Cerbellon » du nom d’un commandant espagnol pendant le siège de 1637. Encore que ce dernier fort, certains historiens le situent plutôt du côté des étangs. Bien que son origine soulève certaines interrogations, car grecs, romains, espagnols et napoléoniens ont été parfois supposés comme les éventuels architectes, voilà déjà de belles explications à la dénomination « guetteur » que je cherchais à comprendre. Ce n’est pas la seule comme on le verra plus loin mais de tout temps, la falaise de Leucate a été un lieu stratégique pour surveiller la mer. En tous cas, ce fortin a depuis très longtemps, et avec certitude depuis 1779, était là pour assurer une surveillance maritime. Je le photographie sous toutes les coutures tant il est beau puis je continue, pas toujours sur le chemin mais le plus souvent au plus près de la falaise. Je retrouve les sentiers que j’empruntais jadis pour aller pêcher au Cap des Frères (***) ou dans l’Anse du Paradis. Pêches du bord ou parties de chasse sous-marine ont très souvent empli mon temps libre et la Falaise de Leucate était un de mes coins préférés. Ici les sentiers ne sont jamais faciles mais je me souviens en avoir emprunter des carrément très risqués. Ici au cap et dans l’Anse du Paradis, il y en avait trois pour rejoindre la rive dont deux étaient vraiment très périlleux. Tel un cabri, je descendais à flanc de falaises sur d’étroits balcons abrupts avec tout mon attirail parfois très lourd, ceinture de plomb de 9 kilos et tout le reste quand la chasse en apnée était au programme. Aujourd’hui avec 25 ou 30 ans de recul, je prends soudain conscience de la témérité mais surtout de l’inconscience guidant mes pas pour assouvir mes passions et pêcher quelques poissons. Un faux-pas et s'en était terminé ! De nos jours, sur les parties les plus dangereuses, des ganivelles ont été installées et c’est très bien ainsi. Le Cap Leucate est là avec son sémaphore, bâtiment moderne de 1990 mais dont l’Histoire nous apprend qu’il a été construit comme les 55 autres méditerranéens au 19eme siècle à l’initiative de Napoléon et sur la base de l’invention de Claude Chappe, qui est le vrai précurseur des sémaphores modernes. Aujourd’hui, il est reste 19 sur tout le pourtour méditerranéen, Corse incluse où il y en a 7, tous gérés par la Marine Nationale en liaison avec le FOSIT (Formation Opérationnelle de Surveillance et d'Information Territoriale). Un site Internet dédié m’a appris que les surveillants sont tout bonnement appelés « guetteurs ». Guetteurs sémaphoriques pour être plus précis et les distinguer des guetteurs se trouvant à bord de bateaux. Dans une chambre dite de « veille » et munis de puissantes jumelles, ils scrutent la mer et son horizon en permanence. Ils peuvent voir jusqu’à 24 km de distance. Ils sont une dizaine à se relayer, 24 h sur 24 et 7 jours sur 7 avec un tas de missions dont voici la liste non exhaustive : surveillance des espaces maritimes mais également terrestre et aérien dans leur périmètre de veille, surveillance et contrôle de la navigation, prévention des pollutions, surveillance des pêches, détection des incendies, surveillance des sites archéologiques et des épaves, observations météorologiques, tout cela en liaison avec les spécialistes concernés comme le Cross, Snsm, Météo France, les pompiers et bien d’autres organismes publics ou privés et autres instances militaires. Le sémaphore se visite lors des Journées du Patrimoine. Voilà une fois de plus ce que j’ai lu avant cette balade et je tiens définitivement mon explication. Le Sentier des Guetteurs au pluriel aurait peut être été plus approprié mais enfin c’est tout de même très bien de rendre hommage à une profession dont la mission est de surveiller la France et de nous protéger. Il ne me reste plus qu’à boucler ma boucle. J’arrive au dessus de la Plagette où je garde là aussi de nombreux bons souvenirs. Plage aux eaux turquoises encore très tranquille il y a 20 ou 30 ans, nous y venions régulièrement avec les enfants. Il faut dire qu’à l’époque, cette plage était pour eux un magnifique terrain de jeu car outre les bains de mer, il y avait cette dune très pentue qui leur servait de toboggan naturel. Ils passaient autant de temps à dévaler la dune avec des roulés-boulés qu’à se baigner. Les géologues les appellent « dune suspendue », curiosité géologique plutôt rare surtout en Languedoc-Roussillon où elle est la seule. D’ailleurs, il en est de même pour la falaise, la seule de la région avec un accès direct sur la mer. De nos jours, la dune a pratiquement disparu et il se dit que parmi les facteurs de cette disparition que sont le ravinement de la falaise, l’érosion éolienne et le déclin de certaines plantes retenant le sable, le piétinement humain aurait sa part non négligeable. Mes enfants ont donc une petite part de culpabilité.  Il est vrai que depuis leurs venues, cette Plagette a acquis une grande notoriété et dès les premiers beaux jours, elle est souvent bondée malgré la pénibilité qu’il y a à y descendre. Il est vrai qu’elle constitue aussi un petit « spot » pour les férus du parapente et pour tous ceux qui ont envie de voir « le bas d’en haut » en passant leur baptême dans cette discipline. Enfin d’encore plus haut que les 52 mètres que constitue la hauteur de la falaise. Moi, contrairement à Dutronc, je n’ai jamais rêvé d’être « une hôtesse de l’air », alors je descends vers cette Plagette où la mer n’a jamais réussi à effacer mes souvenirs. Et comme la géologie m’intéresse un peu, je vais surtout passer mon temps à photographier des fossiles dans ce travertin qui s’écroule peu à peu de la corniche et laisse apparaître une mine incroyable de ces reliques des temps anciens. Faluns ou lumachelles en grande quantité, ici je ne sais pas trop quel est le bon terme ? J’ai le sentiment qu’il y a les deux. Je reste un amateur intéressé par la géologie, mais peu éclairé scientifiquement. En effet, voilà un domaine où les noms scientifiques ou latins sont légions et les connaître tous est carrément mission impossible. Les retenir, pensez donc !  Ici, il y a des fossiles marins un peu partout. En tous cas, il y en a de nombreux qui ressemblent à ce que j’ai pu voir sous l’eau au temps où je plongeais : madrépores, bivalves, algues, coraux, bryozoaires, vers marins et éponges par exemple mais j’avoue que je ne connais pas les noms latins ou scientifiques de toute cette Nature engluée dans le calcaire. Pourtant, je sais qu'ils ont tous des noms qui les différencient. Après ces découvertes, qui en réalité n’en sont pas vraiment ; tant de fois je suis venu ici ; je remonte, passe devant le restaurant, le phare, pars visiter des blockhaus et l’ancien emplacement d’un radar allemand car après tout, tous ces monuments, vestiges et matériels avaient tous des missions identiques : guetter, surveiller et prévenir. Seul l’ancien Fort des Mattes datant de 1742, le fameux troisième fort de cette falaise ne livre aucun secret. Il a été rasé et je ne retrouve rien de son emplacement. Malgré tout, force est de reconnaître que ce Sentier du Guetteur mérite bien son nom. Sur cette falaise, l’action de « guetter » a été quasiment exclusive et si par hasard, il y en a eu d’autres, elles ont toutes étaient supplantées. La voiture est encore loin alors je finis le reste de mon casse-croûte avec vue sur Leucate Plage et les autres plages dont je devine la terminaison dans la déclinaison des Albères et la pointe du Cap de Creus. Pour quelques instants encore, je continue d’être un guetteur de beaux panoramas. Quelle superbe balade ! J’emprunte le chemin du Phare, longeant le hameau de Malagaïto, mais avant de rejoindre le village, je termine du côté des étangs, à la fois à cause des oiseaux qui y sont nombreux mais aussi pour me faire une petite idée de ce que sera le Sentier du Pêcheur que j’envisage d’accomplir un jour prochain. Parmi les oiseaux aperçus, il y a d’étranges étourneaux à tête blanche encore jamais vus, en tous cas d’une si éclatante blancheur. J’apprendrais qu’il s’agit d’adolescents, individus encore juvéniles dont le passage à l’âge adulte est imminent. Décidément, c’est un vrai bonheur que d’en apprendre tous les jours et parfois je me dis qu’on ne devrait jamais passer à l’âge adulte, ni vieillir tant il y a encore de merveilleuses choses à découvrir ! Adolescent j’ai été, adolescent je reste avec mon regard. Un « Certain Regard », c’est le joli nom d’une enseigne aperçue dans le centre de Leucate. Une dénomination que je fais mienne. Selon mon G.P.S et telle qu’expliquée ici, errements compris, j’ai parcouru une distance de 13,8 km, mais attention, si j’en crois les différents panonceaux, le seul « Sentier du Guetteur » est bien plus court et puis les versions sont assez nombreuses, alors à vous de voir comme je l’ai fait moi-même. En tous cas, quel que soit l’itinéraire, cette balade est formidablement belle et si en sus vous avez le bonheur d’une belle journée ensoleillée, je vous le promets, « vous serez comblé ! » Attention néanmoins à éviter un jour de forte tramontane, elle souffle parfois très très fort au sommet de la falaise ! Alors prudence si c’est le cas. Chaussures à tiges hautes recommandées et boissons suffisantes en cas de grosse canicule. Carte I.G.N 2547 OT Durban – Corbières – Leucate- Plages du Roussillon Top 25.

    (*) « Il était une fois Leucate » est un livre de Jacques Hiron, romancier, journaliste, historien, auteur de bandes dessinées et scénariste comme il aime à se présenter lui-même sur son site Internet. Si vous voulez tout connaître de Leucate, son livre est vraiment incontournable. Enfin, moi qui voulais en connaître un maximum sur Leucate avant de me lancer dans cette balade, je n’ai pas pu le contourner et je n’ai eu qu’à me féliciter de ce choix tant ce bouquin est une véritable mine d’informations. La première version du livre est parue en 1998 à l’Edition du Cap Leucate mais il semble que d’autres éditions avec des mises à jour sont parues depuis. Celle que j’ai pu me procurer date de 2005. La plupart des mentions historiques ou patrimoniales citées dans mon article ont été extraites de ce livre.

    (**) Françoise de Cézelly : Il est impossible d’évoquer l’Histoire de Leucate sans parler de Françoise de Cézelly, l’héroïne du village dont le destin fut pris en tenailles entre préserver la vie de son époux fait prisonnier par les Espagnols ou défendre coûte que coûte le fort de Leucate et sauver ainsi de très nombreux Leucatois. Elle n’hésita pas une seconde à faire le second choix. C’était en 1589 et nous sommes en pleine guerre des religions entre catholiques et protestants. Les Ligueurs catholiques n’ayant pas voulu reconnaître le protestant Henri IV comme roi de France sont alliés aux Espagnols. Leurs armées conjointes attaquent le château pour tenter de s’en emparer car ils le considèrent comme stratégique dans la défense de la frontière et dans leur désir de s’étendre vers le nord. Pour plus de détails sur cette Histoire et sur Françoise de Cézelly, il existe de nombreux sites Internet qui la relatent. Le site de la mairie de Leucate en donne un bon résumé. Une phrase extraite d’une lettre qu’elle écrivit aux consuls de Narbonne le 21 août 1589 résume bien son désarroi au regard de la guerre à laquelle elle est confrontée bien malgré elle : « C’est le temps désespéré que pour bien faire, il faut perdre la vie ». Après être tombée dans l’oubli, Leucate décide de lui rendre hommage. Au fil du temps, plusieurs statues seront été érigées et la première d’entre-elles est sujette à une histoire de clés de la ville. La voici. Le 16 août 1899, les autorités leucatoises inaugurent une statue en bronze de l’héroïne, œuvre du sculpteur Paul Ducuing. Statue identique à celle que l’on peut voir de nos jours sur la place du village. On y voit la jeune femme en situation de combattante brandir haut les clés de la cité, ces clés étant bien évidemment représentatives de sa vaillance à défendre coûte que coûte les Leucatois en 1589. Jusqu’à un jour maudit de 1942, cette statue de bronze est la fierté de tous les Leucatois. A cette époque Leucate dépend directement du régime de Vichy car la commune se situe en zone libre. Le bronze est un matériau très recherché car une fois fondu, il est utilisé à la fabrication d’armements en faveur des Allemands. De ce fait, la plupart des statues de bronze tombent de leur piédestal afin d’être fondues. Celle de Françoise de Cézelly n’échappe pas à la règle. C’est une entreprise de Perpignan qui se charge de sa dépose le 28 avril 1942. Suite à une mauvaise manoeuvre, la main gauche tenant les clefs de la ville se brise, se sépare du reste de la statue et tombe par terre. Un villageois ramasse la main et la remet au secrétaire de mairie de l’époque, Léo Teisseire. Grâce à ce réflexe providentiel, les clés évitent de partir à la fonderie. Une fois encore, Françoise de Cézelly n’a pas remis les clefs de la ville à l’ennemi. Tout un symbole qui ne fait que renforcer sa fabuleuse destinée. Depuis, cette main de Françoise de Cézelly tenant les clés de la ville est fièrement exposée à la mairie de la ville. Françoise de Cézelly repose à l’église Saint-Paul de Narbonne à côté de son époux Jean de Boursiez de Barri. On notera que le nom « Cézelly » figurant sur les statues de Leucate est parfois écrit de manières différentes sur des textes et sur Internet : « Cezelli » « Cézelli » voire « Cézely » ou encore « Céselly ». J’ai donc procédé à de rapides recherches sur plusieurs sites généalogiques et il apparaît assez clairement que « Cézelly » serait le plus souvent usité et notamment dans la région de Montpellier dont l’héroïne était originaire. A cause de transcriptions manuscrites sur les actes anciens, ce type d’erreurs était coutumier, ceci expliquant sans doute les diverses versions que l’on retrouve encore de nos jours.

    (***) Le Cap des Trois Frères est le nom d’un cap situé sur la falaise entre la Franqui et Leucate Plage. De par sa situation, il permet à l’anse de la Basse-Franqui d’être quelque peu abritée du vent d’est et des violents coups de mer venant de cette direction. De ce fait, cette baie a été de tout temps, depuis les Phéniciens en passant par les Grecs et les Romains jusqu’au 20eme siècle, le seul endroit de tout le Languedoc-Roussillon où les bateaux pouvaient venir jeter l’ancre pour s’y mettre en sécurité. Par voie de conséquence, les naufrages y ont été nombreux et la falaise était par évidence un observatoire rêvé sur la circulation maritime. De nos jours, cette baie est idéale pour les fans de glisse sur l’eau et depuis de longues années, la commune de Leucate/la Franqui accueille le «Mondial du vent », manifestation qui est devenue un événement majeur dans les disciplines que sont le windsurf et le kitesurf. Les avis divergent sur son nom « des Trois Frères ». Certains disent qu’il viendrait des trois petits îlots qui composaient son extrémité. La mer les aurait quelque peu émiettés depuis. D’autres affirment que c’est le nom d’un bateau qui aurait fait naufrage à cet endroit-là, d’autres qu’il y aurait eu un naufrage dans lequel trois frères auraient réchappé par miracle à la mort. Enfin,  il y a une version plus légendaire liée à une sorcière, raison pour laquelle ce cap est également appelé le Rocher de la Sorcière. Ce rocher n’est pas imaginaire comme on peut le voir sur mon diaporama, mais vu de la mer, cette sorcière est encore plus ressemblante et impressionnante. Cette légende est lisible en cliquant sur le lien suivant : l’Enjambée leucatoise. Le Cap des Trois Frères, c’est aussi le titre d’un livre de 1959 d’Henry de Monfreid dans lequel l’auteur raconte sa petite enfance à la Franqui. Pour moi, ce cap est synonyme de pêches. Pêches du bord, de jour ou de nuit, mais également parties de chasses sous-marines. Comme toujours quand on évoque des parties de pêches, on ne garde en mémoire que les plus belles, les plus fabuleuses, celles qui très souvent ont engendrées des photos ou des tableaux comme on dit dans le jargon du pêcheur. Pourtant, il y a eu aussi des bredouilles et là c’était vraiment rageant car venir jusqu’au cap pour rien n’était jamais une sinécure. D’ailleurs, remonter la falaise avec plusieurs kilos de loups, mulets, sars, oblades, rougets, limandes ou seiches ne l’était pas moins mais la satisfaction d’une belle pêche me faisait oublier les difficultés. Vous pouvez retrouver quelques unes de ces belles pêches sur un diaporama que j’ai créé et que j’ai intitulé « Souvenirs halieutiques ».

     

     

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la musique de Michel Legrand "Les Moulins de mon coeur", en anglais "The Windmills of your mind", musique du film "L'Affaire Thomas Crown" avec Steve McQueen et Faye Dunaway. Les magnifiques paroles françaises sont d'Eddy Marnay. Ici cette musique est jouée successivement par Olivier Moulin (harmonica), George Davidson (piano) et André Rieu (violon). 

    Le Vallon de la Gaillarde depuis Les Issambres (départ rue du Gattilier)

    Le Vallon de la Gaillarde depuis Les Issambres (départ rue du Gattilier)

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    Notre fils habite le Var et les séjours chez lui sont autant d’occasion d’aller randonner dans ce beau département. Il faut dire qu’en la matière, avec ses 2.000 km de sentiers répertoriés au Plan Départemental des Itinéraires de Promenade et de Randonnée, le fameux PDIPR,  l’éventail est quasiment infini. Avec ses 9 massifs forestiers et ses 432 km de littoral, le choix est également considérable dans les randonnées proposées : G.R, G.R.P, P.R et sentiers du littoral sont là pour offrir une variété incroyable de décors. Encore que je ne cite ici que les itinéraires pédestres, auxquels on pourrait rajouter quelques tracés dédiés au cyclotourisme ou au VTT. Alors bien sûr, même en plein mois d’août, même avec une météo quasiment caniculaire, si l’envie de marcher est là, on trouve aisément son bonheur. Et comme le dit si bien une citation anonyme « ne cherche pas le chemin du bonheur, car le bonheur, c’est le chemin ». Pour Dany et moi, en ce 28 août, ce bonheur a pour nom le « Vallon de la Gaillarde », petite boucle conseillée par le fiston que j’ai pris soin d’enregistrer dans mon GPS. Bien m’en a pris car sur la carte, les sentiers semblent très nombreux et paraissent même se démultiplier au fil de la progression. Sur le terrain, ce présage se confirmera. Ce « Vallon de la Gaillarde », que nous cheminerons en balcon, nous ne l’avons pas choisi par hasard et il présente un certain nombre d’attributs favorables qui nous ont aidé dans notre décision. La distance tout d’abord. Avec ses 6 km et des brouettes, cette randonnée correspond bien à nos aspirations, c'est-à-dire passer seulement quelques heures à marcher, pour finir l’après-midi à la plage. Il faut dire que le soleil est de « plomb » et que marcher beaucoup plus nous paraîtrait déraisonnable. Ensuite, cette randonnée, en partie forestière, offre de beaux panoramas sur la mer. De plus, ce secteur de la Gaillarde, nom d’un petit ruisseau, est situé au sein de site naturel protégé, celui des « Petites Maures ». Enfin et de surcroît, il propose de nombreux vestiges d’un temps révolu, et comme la plupart du temps, les vestiges sont les reflets d’une histoire voire d’histoires au pluriel, voilà des attraits supplémentaires. Plus rien ne nous retient à rester enfermés. 15 h, nous voilà sur la ligne de départ et devant de grands panneaux vantant les intérêts du vallon. Pour arriver jusqu’ici depuis Fréjus, nous avons emprunté la Nationale 98, direction Saint-Aygulf et plus spécialement la plage de la Gaillarde, qui elle, est situé aux Issambres, quartier maritime dépendant de la commune de Roquebrune-sur-Argens. Là, juste avant la plage, nous avons pris la rue du Gattilier, petite route filant en direction d’un cimetière et d’une station d’épuration. Le départ est là devant la station. Quand on est face aux grands panneaux, il faut traverser la route et prendre à gauche un court sentier rejoignant une piste forestière. Un panonceau indique diverses mentions et temps de marche : « ruisseau des Gattiliers 0mn, dolmen 1h et la Yeuseraie 40 mn». Une fois la piste forestière atteinte, nous la remontons vers la droite, direction les Hauts des Issambres. Un panonceau indique « Masligour » et « col du Bougnon ». Nous n’irons pas jusque là mais c’est le bon itinéraire. Ce large chemin est parallèle au Vallon de la Gaillarde dont il épouse les quelques sinuosités. En réalité, il est pratiquement rectiligne et s’élève régulièrement au milieu d’une basse végétation du type maquis. Il fait chaud, très chaud et la végétation est grandement roussie. Je conçois assez facilement l’embrasement qu’une simple étincelle pourrait provoquer dans ce gigantesque fagot naturel. La canicule qui sévit concourt à cette imagination et j’en suis même à me demander si les nombreux criquets qui s’envolent devant nous, toujours sur de longues distances, n’ont pas la crainte de se brûler les pattes, car je ne les vois que très rarement se poser sur le sol. Apparemment, tout comme la plupart des insectes, ils préfèrent les arbustes encore verts comme les arbousiers, les cistes, les filaires ou les pistachiers lentisques. Il est vrai que plus l’on s’élève et plus cette végétation prend de la hauteur et verdit par la même occasion. Quelques pins, des chênes verts, des chênes lièges et des bruyères arborescentes en composent l’essentiel. Les signes d’un vieil incendie sont encore visibles mais la végétation a repris ses droits. De beaux panoramas s’entrouvrent vers la mer et de l’autre côté du vallon, les villas luxueuses s’accumulent sur les hauteurs du lieu-dit les Terrasses. A vrai dire, le béton est archi-présent de toutes parts mais ce parcours plutôt sauvage permet de l’oublier un peu car il est toujours très loin. Le chemin s’aplanit puis juste avant d’atteindre les premières maisons des Hauts-des-Issambres, un étroit sentier descend vers la droite. Il faut l’emprunter en suivant un panonceau indiquant « sentier Histoire » et « sentier forêt ». Bien que me fiant essentiellement au tracé enregistré dans mon GPS, ignorant les panneaux, j’ai le sentiment que c’est ce dernier itinéraire « sentier de la forêt » que nous suivons le plus souvent. Ici, les arbres sont plus nombreux et les oiseaux aussi. Jusqu’à présent, je n’ai aperçu que de rares fauvettes bien trop véloces et craintives pour être photographiées. Ici, les fauvettes sont encore présentes mais il y a bien d’autres oiseaux et notamment des geais et des merles et quelques autres petits passereaux que je n’arrive pas à identifier. Il y a aussi un nombre incalculable de libellules, la plupart jaunes et plus rarement rouges orangées. Elles effectuent des vols stationnaires puis se posent délicatement au bout d’une branche. Pourtant, il n’y a pas d’eau ici et je suppose qu’il n’y en a pas plus dans le Vallon de la Gaillarde qui se trouve en contrebas. J’en suis donc à me demander ce qui peut les attirer de la sorte. Peut-être les nombreuses piscines des belles villas ?  Ici, c’est la sécheresse qui prévaut mais pour avoir regarder une vue aérienne du secteur avant de venir et ainsi que la carte IGN en prenant un peu plus de recul, j’y ai distingué un grand nombre de piscines, quelques modestes retenues mais également un incroyable réseau de petits ruisseaux descendant des collines, tout ceci expliquant sans doute cette forte présence des odonates. Et puis les Etangs de Villepey ne sont pas très loin et sont sans doute leur lieu de ponte privilégié. Après avoir cheminé un étroit couloir végétal composé essentiellement de hautes bruyères et d’arbousiers, on atteint une intersection où démarre une très large piste. Nous sommes à l’aplomb du lieu-dit Masligour. Nous ignorons cette dernière direction et continuons sur la large piste qui file à droite. Nous passons devant les vestiges d’un petit muret arrondi que je photographie à la volée, ne sachant pas trop de quoi il s’agit. Dany me dit avoir aperçu un panonceau mais elle ne l’a pas lu : vieux four à chaux, puits à glace ou charbonnière ? Je ne le saurais jamais car je suis bien trop occupé à courir derrière un superbe papillon pour tenter de le photographier. C’est un Nymphale de l’Arbousier, plus connu sous le nom de Jason, papillon plutôt rare et pour cause, puisque son existence est étroitement liée à la présence de l’arbousier ! L’arbousier est sa plante-hôte et de ce fait, on ne le trouve pas de partout. Dans les Pyrénées-Orientales par exemple, je ne l’ai vu que quelques fois en pays Fenouillèdes et notamment lors du Tour de ce pays accompli avec mon fils en 2011. C'était du côté du Pech du Bugarach, de Malabrac et du Roc Paradet. On l’appelle plus communément le « Pacha à deux queues », à cause de deux appendices qu’il possède aux bas de ses jolies ailes colorées. Moi, je l’appelle sous ce nom-là,  probablement parce que « pacha » se retient plus facilement que « nymphale » ou « jason », et en plus ce mot à une connotation que j’aime bien, plus « cool ». Enfin, moi je le vois ainsi, mais j’imagine que certaines femmes y trouveront une connotation « macho » voire « phallocrate ». Passer d’une nymphe à un phallocrate avec deux queues, c’est fou comme le langue française permet de grands écarts !  Non blague à part, je cours derrière lui sans arriver à le photographier mais heureusement il y en a plusieurs et je finis par l’avoir ce beau pacha.  Les vues vers la mer s’entrouvrent magnifiquement. Apparemment, nous sommes à la terminaison du vallon de la Gaillarde et cette piste tourne autour d’un superbe domaine, avec villas, dépendances et piscine, le tout perché sur un dôme entouré d’oliviers et de chênes. Nouvelle intersection et mon GPS m’indique la même direction qu’un nouveau panonceau mentionnant toujours «  sentier forêt, sentier histoire » et un « sentier agriculture » encore jamais aperçu. Avec toutes ces intersections et ces sentiers, je me dis que j’ai bien fait d’enregistrer un tracé dans mon GPS sinon c’était l’égarement garanti ! Sous cette canicule, se perdre n’est pas conseillé ! Le chemin descend au milieu des chênes-lièges puis remonte aussitôt. Sur la gauche, une ruine se cache dans le bois et d’ailleurs un nouveau panneau directionnel indique celles de Roqueyrol. Quelques minutes plus tard, nous les atteignons. De ludiques panonceaux expliquent l’Histoire du Vallon de la Gaillarde et de ce lieu isolé plus précisément : Occupation humaine depuis le néolithique attestée par plusieurs dolmens avec des ossements exhumés et des pointes de flèches retrouvées, mise à jour de vestiges antiques datant d’une époque où l’empire romain régnait sans trop de partages, pratiques agricoles et forestières depuis des temps immémoriaux, déprise rurale et exode inéluctable, voilà en résumé ce que l’on peut lire. Quand aux ruines, ce sont celles d’une ferme familiale construite au début du 20eme siècle sur celles d’une ancienne villa romaine.  En 1923, à cause d’un incendie dévastateur, ses occupants ont été contraints de l’abandonner, quittant définitivement les lieux. Aujourd’hui, sous un chaud soleil mais sous l’ombrage des chênes-lièges, le coin est agréable. Quelques oliviers ont été plantés. Par mesure de sécurité, le débroussaillage a été fait et des zones bien espacées ont été dégagées de toute végétation. Une source, celle des Faïsses n’est pas très loin. La faïsse provençale, c’est l’équivalent de la « feixe » catalane, c'est-à-dire une terrasse de culture ou une restanque, comme on les appelle également en Provence. Nous filons vers la source, mais probablement asséchée nous ne distinguons que la trace d’un petit lit tari. Une vipère traverse le sentier et part se réfugier dans l’herbe. Peut-être cherche-t-elle un peu d’humidité elle aussi ? Le chemin descend rudement vers le vallon et on sent bien que la fin de la balade approche. Quand ils ne s’éparpillent pas sur les bas-côtés, on a le sentiment que les criquets descendent avec nous. Ils sont très nombreux à cet endroit mais disparaissent pratiquement quand le chemin entre dans un bois de mimosas. Il s’agit de mimosas sauvages mais j’ai lu qu’ils seraient les héritiers et rejetons de mimosas cultivés jadis pour leurs fleurs. Pour les fauvettes, les buissons continuent de faire office de gymkhana naturel et elles zigzaguent au milieu d’eux à une vitesse incroyable. L’itinéraire est parallèle au ruisseau qui se trouve à main droite. Sur la gauche, d’autres ruines blanches et plus modernes se révèlent au travers des mimosas. Au milieu de cet entrelacs boisé, quelques passereaux laissent entendre des chants très saccadés. Ceux de pinsons ou de bruants sans doute car je réussis à photographier les deux espèces. Une fois encore, un autre Pacha à deux queues me fait courir. Cette fois, je le tiens et le photographie bien plus vite que la première fois. Qu’un beau pacha fasse courir une femme je veux bien, mais pas moi ! La balade se termine. Nous sommes tout en sueur, surtout moi. Un chien tout fou et tout joyeux vient se frotter dans mes jambes. Je m’assieds sur un banc pour prendre une photo avec lui, mais en vain car il ne tient pas en place. Ses maîtres sont là et tentent en vain, eux aussi, de le faire obéir. Le grand air le rend un peu écervelé et insouciant, et ô mon dieu comme je le comprends. La mer est là à quelques encablures et ils ne nous restent plus qu’à nous jeter dans ses bras…..Passer d’une Gaillarde au bras d’une mer, peut-être que Victor Hugo aurait apprécié cette façon de faire, lui dont sa mère Sophie Trébuchet était une sacrée gaillarde paraît-il ? N’a t-il pas écrit « Les bras d'une mère sont faits de tendresse et un doux sommeil bénit l'enfant qui s'y abandonne ». Allez, on part s’abandonner sur la plage ! Cette balade a été longue de 6 km environ et elle est plutôt facile. Je n’ai pas relevé ni la déclivité ni les montées cumulées mais elles sont minimes et d’une centaine de mètres ou deux tout au plus.  Chaussures à tiges hautes et eau en quantité suffisante sont à prescrire, surtout en été. Carte I.G.N Fréjus – St-Raphaël – Corniche de l’Esterel Top 25.

     

     

     


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