• Ce diaporama est agrémenté des musiques "Song from the secret garden", "Reflection" et "Papillon" oeuvres du groupe "Secret Garden" composées par Rolf Lovland.

    En raison des droits sur la propriété intellectuelle, elles sont jouées ici par d'autres artistes qui sont respectivement : "Song from the secret garden" par Nhac Khong Loi, Stjepan Hauser et Silenzium, "Reflection" par Rickmaninov et "Papillon" par Phoebe Moon 2 et Linh Do.

    La Montagne de Crabixa depuis Montfort-sur-Boulzane

    La Montagne de Crabixa depuis Montfort-sur-Boulzane

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    En  juin dernier, j’ai pris un immense plaisir à aller marcher à la « Montagne de Crabixa (*) » à partir de Montfort-sur-Boulzane. Si vous êtes habitué à mon blog, vous connaissez ma passion pour la flore et la faune et la Nature en général. Voilà comment m’est venue l’idée de cette randonnée. Sur Internet, si vous tapez « Crabixa » dans « Google recherche », vous découvrirez qu’il s’agit d’une montagne. En approfondissant un peu, vous apprendrez que cette « Montagne de Crabixa » culmine à 1.595 m d’altitude, qu’elle est située dans le département de l’Aude et qu’elle figure plus spécialement sur le site de l’I.N.P.N, c'est-à-dire à l’Inventaire National du Patrimoine Naturel. Elle y figure au titre d’un placement dans une Zone Naturelle d'Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique. Une ZNIEFF pour les initiés. Si vous êtes curieux comme moi, et même si le libellé est plutôt parlant, vous voudrez savoir ce qu’est exactement une ZNIEFF et là, vous apprendrez qu’il s’agit d’un territoire reposant essentiellement sur la présence d’espèces ou d’associations d’espèces à fort intérêt patrimonial. La présence d'au moins une population d'une espèce dite « déterminante » permet de définir une ZNIEFF, apprend-on sur Wikipédia. Un autre lien décrit ce qu’est une « espèce déterminante ». Créée en 1982 à l’initiative de la ministre de l’écologie Huguette Bouchardeau, zones marines et outre-mer incluses, on comptait 18.583 ZNIEFF en 2016, couvrant une superficie totale de 200.448 km2, c’est dire si la France tient à faire son inventaire naturel. On regrettera simplement qu’une ZNIEFF ne soit pas synonyme de protection obligatoire et que la chasse et la pêche n’y soient pas interdites voire plus strictement limitées. Merci tout de même à Madame Bouchardeau ! Alors, bien sûr, ma curiosité à propos de la Crabixa a fait le reste et j’ai voulu savoir quelles étaient ces fameuses « espèces déterminantes »  ayant engendré ce placement ? Le site I.N.P.N en donne dix et assez bizarrement, il n’y a que des plantes, alors qu’en approfondissant le sujet, on apprend que la Montagne de Crabixa est certes, observé par des naturalistes mais surtout pas des entomologistes et plus accessoirement par des spéléologues, qui parfois bien sûr s’intéressent eux aussi aux espèces dites souterraines. Une autre étude plus récente effectuée en 2017 par le S.I.N.P, le Système d’Information sur la Nature et les Paysages fournit une nouvelle liste des espèces les présentant en trois groupes où l’on retrouve « les déterminantes », déjà citées par l’I.N.P.N, mais aussi des « remarquables » ainsi que des « patrimoniales ». Les différences sont ténues mais les spécialistes s’y retrouvent et c’est bien là l’essentiel. C’est ainsi que l’on trouve dans cette liste, un coléoptère rouge et noir très rare au doux nom d’Ampedus melanurus. Il figure sur la liste rouge mondiale et européenne des espèces menacées mais on trouve aussi des rapaces plus communs comme le gypaète barbu et l’aigle royal. En creusant encore un peu plus le sujet, j’apprend que cette ZNIEFF de la Crabixa est située sur deux communes que sont Montfort-sur-Boulzane et Sainte-Colombe-sur-Guette et là, ô surprise, en affinant encore un peu plus mes recherches, je lis que ces communes concentrent un nombre phénoménal d’espèces dont certaines sont protégées et d’autres carrément menacées. Jugez plutôt ! A Monfort, les données sont 883 espèces recensées dont 381 protégées et 32 menacées. A Sainte-Colombe, les mêmes données sont 893, 108 et 9. Alors bien sûr, je ne suis ni naturaliste ni entomologiste, mais comme j’adore la flore et la faune en général, cette Montagne de Crabixa possède beaucoup d’atouts pour m’attirer. A vrai dire, il y a déjà très longtemps de cela, avec Dany, nous avions réalisé une très longue boucle au départ de Sainte-Colombe-sur-Guette, avec comme principal objectif le pic Dourmidou, et nous étions passés tout près de la Crabixa mais je n’en garde que peu de souvenirs, si ce n’est l’aspect très sportif à cause des fortes déclivités du terrain. Aujourd’hui quand je gare ma voiture à l’entrée de Montfort-sur-Boulzane, je sais déjà que le dénivelé n’aura rien de comparable à ce que nous avions connu alors. Nous sommes le 14 juin et il n’est pas encore 8h quand je démarre une boucle qui doit m’amener au plus près de cette « fameuse » montagne. Pour être franc et même si j’ai dessiné puis enregistré dans mon G.P.S, un tracé empruntant pour l’essentiel des pistes, des sentiers et autres chemins, je pressens un peu l’aventure. Ce sentiment, je le tiens au fait que ma carte I.G.N est ancienne et quand je la compare à celle de Géoportail, j’y constate quelques différences notables. Ces différences se résument à quelques courtes portions certes, mais néanmoins préoccupantes quand au parcours que j’envisage d’emprunter. La suite me démontrera que j’avais en partie raison. Dans l’immédiat, je traverse Montfort et tente de me diriger vers le chemin de Sainte-Colombe. Le village est désert. Tout est calme. Seuls, un étrange véhicule à l’entrée du village, le monument aux morts et quelques oiseaux citadins arrivent à me distraire de ma mission à trouver le bon itinéraire du premier coup. Finalement le bon chemin, celui de Sainte-Colombe-sur-Guette, est balisé de jaune et de toute manière, mon G.P.S m’indique une direction satisfaisante. Ce chemin doit m’amener à la Couillade (**), premier col à franchir à 1.104 m d’altitude, puis il y aura celui de l’Hommenadel (**) (1.322 m) et enfin celui de l’Hommenet (**) (1.369 m) avant le retour sur Montfort qui ne devrait poser aucun problème car empruntant essentiellement des pistes forestières. Voilà la boucle que j’ai prévue, et même si faire le tour de la Crabixa semble possible et même plutôt facile, ce n’est pas l’option que j’ai choisie, pas plus d’ailleurs que celle d’atteindre son sommet. Non, une fois encore, j’ai axé l’essentiel de cette randonnée sur la découverte de la faune et de la flore et non pas sur une quelconque prouesse physique ou sportive. D’ailleurs, quel est le sportif ou le vrai montagnard qui pourrait s’intéresser à cette montagne modeste et très boisée culminant à 1.595 m d’altitude alors qu’à proximité, il y a des sommets comme le pic Dourmidou ou le pech Pedré bien plus hauts et bien plus intéressants à gravir car essentiellement à découvert ? A part les fleurs qui sont assez nombreuses, de rares passereaux et quelques papillons des bois, rien d’autres à signaler et à photographier dans les premiers lacets de cette montée vers la Couillade. Il faut dire que cette partie est plutôt triste car les rayons du soleil ont du mal à pénétrer cette épaisse forêt. Du coup, quand ils y parviennent au gré d’une clairière, la vie semble renaître et c’est l’occasion où jamais de photographier la Nature. Troglodytes mignons, mésanges diverses et variées et de rares merles sont les oiseaux les plus présents mais les photographier demeurent compliqué. Cette avifaune semble attirée par le modeste ruisseau de Rambergue que j’entends sourdre par intermittence. Un autre randonneur me dépasse et je me dis que c’est toujours plaisant de savoir que l’on n’est pas seul au sein d’une gigantesque et sombre forêt telle que celle-ci.  L’homme marche vite et disparaît presque aussitôt et là, je prends très vite conscience de la puérilité de la pensée positive que je viens d’avoir. Je suis seul mais au fond j’aime autant. Quel est le randonneur qui pourrait avoir exactement les mêmes desseins que moi ? Une heure et demi après mon départ, j’atteins La Couillade et force est de reconnaître qu’elle me réserve diverses surprises.  Les premières sont des fleurs à profusion, la deuxième, plutôt agréable, se présente sous les traits d’un chevreuil couché dans un pré et donc difficile à photographier dans les hautes herbes et ce d’autant que je suis assez loin de lui. La troisième surprise est un peu moins plaisante puisqu’il s’agit d’un égarement qui me fait perdre une bonne heure. Le sentier que j’ai enregistré dans mon G.P.S a existé mais son embroussaillement est tel que l’emprunter devient un vrai parcours du combattant. Dans ces conditions, le G.P.S ne sert pas à grand-chose et finalement, les broussailles l’emportent car le combattant, que je suis bien malgré moi, est fatigué d’y galérer. Je rebrousse chemin.  C’est la bonne pioche car à la Couillade, intersection de plusieurs itinéraires,  je m’aperçois que je n’aurais jamais du poursuivre la piste principale alors que le bon chemin est là, sous mon nez mais invisible au premier regard. Envahi par des hautes herbes, il traverse le pré, celui là même où j’ai aperçu le chevreuil une heure plus tôt. « J’ai perdu un peu de temps mais j’ai retrouvé le bon chemin, et c’est là l’essentiel », voilà ce que je me dis.  Dans la montée, ce large chemin offre des beaux panoramas vers le Pech dels Escarabatets et vers le Plat d'Estable mais l'important est qu'il m’amène directement au col de l’Hommenadel et c’est bien ce que j’avais prévu, même si en cours de route, un panneau indique que l’on franchit cette zone « à ses risques et périls ».  Je suis passé outre ce panneau et apparemment j’ai bien fait. Grâce à un vieux balisage de couleur jaune et rouge, peint sur des arbres, je constate  qu’il s’agit probablement d’un ancien G.R.P, sentier de grande randonnée de pays. Plus tard, sur la carte cadastrale de Géoportail, je m’apercevrais qu’il s’agit d’un vieux chemin rural qui permettait les liaisons entre Montfort et Sainte-Colombe.  Alors pourquoi des panneaux déconseillent-ils de s’y engager et de l’emprunter ? Je n’en sais rien mais je ne vois que deux alternatives, soit il s’agit d’une propriété privée comme il y en a de très nombreuses dans nos montagnes et le propriétaire n’a trouvé que cette solution pour éloigner les visiteurs, soit les chasseurs du coin veulent s’approprier ce secteur plutôt giboyeux car en moins de deux heures, ce n’est pas moins de quatre chevreuils que je vais apercevoir ou entendre. En tous cas, cet itinéraire est plutôt agréable, car il y a la forêt certes, mais entrecoupée de jolies clairières verdoyantes, l’arrivée au col de l’Hommenadel représentant la dernière mais la plus ample d’entre-elles. Le col est en réalité une vaste zone d’estives avec sur la gauche la Montagne de Crabixa qui n’est ici qu’une forêt de résineux excessivement épaisse. Cette zone est très ouverte, des vaches repues d’une herbe tendre y sommeillent mais s’éveillent comme un seul homme lors de mon passage. Cette ouverture me permet enfin de photographier la Nature dans tous ces états et ce n’est qu’un début. Il est vrai qu’ici les décors varient très vite. Amples prairies, zones à tourbières, épaisse forêt, petits boqueteaux clairsemés de pins et de feuillus, pelouses d’altitudes, falaises et pierriers calcaires, chacun de ces biotopes possède sa propre flore, et cette flore, sa propre faune. C’est essentiellement en photographiant les fleurs et les papillons que je fais cet évident constat. A quelques dizaines de mètres près, les papillons ne sont pas les mêmes et les fleurs qu’ils butinent non plus. Les piéridés s’occupent essentiellement des vipérines bleues bordant la piste forestière. Les machaons et les moirés ont une nette préférence pour les fleurs des pelouses. Les autres papillons s’éparpillent un peu partout et s’approprient les autres végétaux. Quelques lézards, parfois bien différents dans leur livrée et leur couleur, se prélassent au soleil mais les approcher nécessite malignité et patience. Les passereaux sont rares et se tiennent au sol.  Deux rapaces élancés et graciles emplissent le ciel de leurs circonvolutions. Je reconnais des milans royaux grâce à leur queue très échancrée.  Je file derrière un enclos et les vestiges d’un cortal envahi par la végétation, en bordure même de la falaise pour me reposer. En réalité, comme il est déjà 11h30, je reste là plus d’une heure à pique-niquer puis à vaquer à ma passion de la photo naturaliste, sans la contrainte de porter le sac à dos. Il y a de quoi faire, car les fleurs différentes sont légions et les insectes et les papillons qui leur tournent autour aussi. Je suis seul au monde, seul devant des panoramas époustouflants offrant au regard une succession infinie de collines arrondies, de montagnes pointues et de ravins plus profonds les uns que les autres. Tout ça c’est vers l’ouest, l’Aude occidentale et plus loin encore vers l’Ariège dont quelques pics conservent de blancs névés. Les ravins ? J’ai le sentiment d’être en surplomb du plus impressionnant d’entre-eux.  J’ai l’impression d’être un lilliputien.  Il suffirait d’un tout petit faux pas et j’ai la désagréable sensation que je pourrais débouler jusqu’en bas, tombant dans cette carrière ocre dont j’aperçois les stigmates. Je pourrais également choir sur une de ces microscopiques toitures grises d’un hameau que j’aperçois tout en bas quand je regarde mes pieds. Je suis seul avec la Nature, enfin presque, car pendant quelques minutes, je vois passer l’homme qui m’a doublé ce matin. Or mis, ce randonneur silencieux et deux bruyants 4x4 qui franchissent le col à tout berzingue et disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus, je vis ces instants de solitude comme dans un songe. C’est une rêverie où je ne vois qu’exclusivement des fleurs et les insectes qui les butinent. Surtout des papillons. Quelques lézards. Un passereau inattendu puis deux mais toujours très difficile à photographier. S’habitueraient-ils à ma présence ? Non, pas vraiment. Ils sont peu nombreux et sans doute seulement de passage. Leur instinct à vouloir migrer sous d’autres cieux les contraigne à un repos forcé mais réfléchi. Le sol est à la fois leur salle à manger et leur chambre à coucher. Le temps passe très vite. Trop vite et par la force des choses, je me réveille car il me faut quitter les lieux et poursuivre cette superbe balade naturaliste. En réalité, dès que je marche, la rêverie revient et je ne l’entrecoupe que pour analyser mon G.P.S car je crains toujours un éventuel égarement. Mais non, G.P.S allumé, tout se passe au mieux et même quand l’itinéraire devient presque incertain, que le sentier se faufile difficilement au milieu de hautes fougères, le raccordement à mon fil d’Ariane est là presque aussitôt. Finalement après avoir contourné la Crabixa et un bon bout de sa forêt, je débouche sur la piste menant au col de l’Hommenet. Les panoramas s’entrouvrent sur le vallon de la Boulzane et bien plus loin encore. Je m’arrête un long instant. En contrebas, un rapace plane coupant le thalweg dans une rectitude parfaite. Je zoome et enclenche les clichés en rafales, presque au petit bonheur la chance, tant sa vitesse est régulière mais trop rapide pour le photographe amateur que je suis. Il disparaît. Une fois à la maison, je constaterais qu’il s’agit d’un aigle royal. En atteignant le col de l’Hommenet et alors que j’ai le sentiment d’être le plus souvent descendu, je suis surpris de constater que ce dernier est un peu plus haut de quelques mètres que celui de l’Hommenadel. Sentiment bizarre et même inexpliqué ! Ma rêverie me jouerait-elle des tours ? Un fois au col et après avoir profité des jolis points de vue qu’il offre, je m’essaie à gravir le sommet de la Crabixa, non pour en faire une performance mais par simple curiosité car je le pressens tout proche, mais apparemment je ne prends pas le bon chemin et la végétation trop touffue m’incite à un nouvel abandon. Dommage car je suis à 1.490 m d’altitude et certainement à moins de 150 m de la borne matérialisant le sommet. Alors, je flâne sur le col à la recherche de la moindre originalité ou diversité naturelle. Curieux, un vautour fauve vient faire un tour puis repart aussitôt. A l’instant où j’entame la descente vers Montfort en suivant une saillie rocheuse, c’est un renard que j’aperçois dans le pré se trouvant en contrebas. Il est très maigre et paraît même malingre. A coup sûr la faim le tenaille et il semble s’intéresser au terrier d’un mulot ou d’une musaraigne. Il reste longuement à observer le sol puis semble parfois très découragé. Alors, il se gratte, sans doute à cause des puces ou des tiques qui le parasitent et le démangent. Parfois, il lève la tête dans ma direction et je suppose qu’il a flairé ma présence. Mais non, il reprend sa position de chasseur. Puis le manège se renouvelle. Alors au regard de sa terrible maigreur, je me dis qu’il est préférable que je le laisse tranquille et je poursuis ma descente en évitant qu’il me voit. La suite est un songe du même acabit, avec d’autres fleurs, d’autres papillons à profusion, quelques jolis oiseaux. Ils viennent avec plaisir se rajouter à ces morceaux choisis dont j’ai déjà empli mon numérique. Par instant, je ne sais plus où donner de la tête et j’ai même du mal à orienter l’objectif de mon appareil photo vers un sujet bien précis. Je me consacre aux papillons délaissant le plus souvent les criquets qui ne sont pas moins nombreux. Plus de 880 espèces avais-je lu sur le site de l’I.N.P.N consacré à Montfort et par moment, j’ai le sentiment qu’elles sont toutes là en même temps. J’avais d’ailleurs noté que les papillons n’étaient pas si nombreux que ça dans les listes alors qu’ils constituent l’essentiel de la faune que je photographie. Il faut dire que le ruisseau des Escoumeilles que j’entends chanter tout au long de la descente n’est pas étranger à cette exubérante vitalité. Avec ses jolies vasques et cascades,  je descendrais bien pour m’y baigner mais le fond de l’air est devenu frais. Cette descente est donc une très longue flânerie et quand à 16h30, j’atterris sur un chemin en surplomb de Montfort, mes idées sont partagées, entre l’envie de continuer à observer la Nature et si possible à la photographier, le désir de passer à autre chose en consacrant un peu de temps à visiter le village et ce sentiment très fort d’avoir atteint un but….Lequel ? Je ne sais pas l’exprimer….Mais il y a de la joie et la Nature y est forcément présente……A coup sûr, le sentiment de desseins accomplis….celui d’avoir dressé un inventaire (***) aussi infime soit-il mais très personnel. Et vous ne connaissez pas la dernière ? En arrivant devant ma voiture et alors que j’ai marché des kilomètres ayant au moins photographié une quarantaine de papillons différents, ne voilà-t-il pas qu’un papillon inconnu et jamais vu jusqu’alors, est là, posé sur le pneu avant ! Il ne bouge pas et se laisse gentiment photographié…. Papillon nocturne peut-être au regard de son aspect trapu et velu ? Il n’a pas d’antennes ou bien les a-t-il repliées sous sa tête et son abdomen ? Je le prends délicatement car je ne voudrais surtout pas lui rouler dessus en démarrant. Il se laisse faire, écartant un peu les ailes. Et là, ailes dépliées, je le reconnais ! Il s’agit d’un Moro sphinx, ce petit papillon diurne ressemblant à un colibri quand il butine les fleurs. Au creux de ma main, il ne bouge plus. Il paraît mort désormais….alors je le pose délicatement sur un buisson….et là, vous savez quoi ? Il redécolle….Sans doute s’était-il endormi sur le pneu, rêvant à la belle journée qu’il avait passé au sein de cette ZNIEFF de Montfort-sur-Boulzane ? Qui sait, peut-être que ce soir vais-je faire comme lui et m’endormir avec des rêves plein la tête ?Telle que décrite ici, errements inclus, cette randonnée a été longue de 17,1 km. Vous pouvez donc aisément enlever au moins 2km. Les montées cumulées se sont élevées à 1.700 m quand au dénivelé, si j’exclus ma montée vers la Crabixa,  il est de  665 m entre le point le bas à 730 m à Montfort et le plus haut à 1.395 m entre les deux cols que sont l’Hommenadel et l’Hommenet.  Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de-Fenouillet Top 25.

     

    (*) La Montagne de Crabixa se situe dans la vallée de l’Aiguette, un affluent de l’Aude, en amont d’Axat, au sud-est de Sainte-Colombe-sur-Guette. Elle occupe une surface de près de 240 hectares. Son altitude varie de 1.100 m dans sa partie sud-ouest jusqu’à 1.595 m à son sommet. Ce massif calcaire est le dernier sommet avant les montagnes siliceuses du Dourmidou et du Madres. Il est occupé par de la forêt exploitée et des espaces ouverts et pacagés au sud. La délimitation du site s’appuie sur des critères géomorphologiques au sud, où elle suit les lignes de thalweg jusqu’au col de l’Hommenet, et sur des chemins au nord, à l’ouest et à l’est (description extraite du site de la ZNIEFF). Toponymie : On peut raisonnablement penser que la Montagne de Crabixa, c’est la « montagne de la chèvrerie», lieu où l’on héberge des cabris. Au fil du temps et à cause des problèmes de prononciation voire d’accent, la « cabritxa » voire la « cabrixa », la « cabricia » ou encore la « capricia »  est probablement devenue la « Crabixa ». La montagne de Crabixa serait donc « la montagne des chèvres » si l’on veut faire simple. Le « cabrit » est un toponyme occitan assez commun dans le midi et les Pyrénées en particulier signifiant « cabri » ou « chevreau ».

     

    (**) Toponymies des noms Couillade, Hommenadel et Hommenet : La Couillade est un nom excessivement présent dans la toponymie pyrénéenne signifiant « un col très large », certains précisant qu’il peut-être un « col herbeux ». Le col de la Couillade serait donc un pléonasme.  On retrouve son équivalent dans d’autres langues avec les mots « collade » ou « collada » ou encore « couilladou ».  La toponymie « Hommenadel » semble plus difficile à préciser. Le toponymiste pyrénéen Robert Aymard se contente de dire que dans certains lieux des Pyrénées, il cite les Pyrénées-Orientales et les Hautes-Pyrénées, « l’homme » est parfois appelé « Hommenadet » ou « Hommenadel » en Pays de Sault. Sinon, il rappelle aussi que « l’homme », c’est  «l’hombre » ou « l’ombre » ou encore « l’omi » en gascon voire péjorativement « l’houmias », citations extraites de son livre  « Les Pyrénées au miroir de leur toponymie –Atlas toponymique pyrénéen ». Dans son dictionnaire gascon-français, l’abbé Vincent Foix précise qu’un « oumias » ou « houmasse »  serait un « homme gros » voire « vilain ». Faut-il pour autant dire que « l’Hommenadel » est un « homme gros » ou « vilain » ? C’est un pas que je ne franchirais pas. Ne faut-il pas être plus simple et se rappeler que « l’hombre » castillan c’est « l’inconnu », c'est-à-dire « l’Homme » tout simplement » ? (Citation extraite du roman Le berger des abeilles d’Armand Lanoux). Dans ce dernier cas, tout devient plus simple car le suffixe « nadel » étant très proche du mot occitan « nadal » signifiant « nouveau » ou « Noël », on peut logiquement penser que « l’Hommenadel » serait « l’homme nouveau » c’est à dire « l’inconnu ».  La boucle est bouclée. Après tout, entre la vallée de la Boulzane et celle de l’Aiguette, ce col a toujours été un lieu de passage plutôt fréquenté et qu’on y ait rencontré des « hommes nouveaux » ou des « inconnus » au point que l’on en ait gardé le souvenir dans son appellation, quoi de plus normal ! Plus surprenant serait que « l’Hommenadel » soit carrément le « père Noël »  mais je pense que l’on aurait écrit « perenadel » ou « padrenadel » ! « L’Hommenet », lui, est plus simple à traduire. Il s’agit d’un « homme petit » de taille. Tous les toponymistes sont d’accord avec cette définition, y compris Frédéric Mistral dans son très célèbre dictionnaire « Lou Félibrige » où le mot en langue d’oc « ommenet » est plus souvent cité sans le « H ».

     

    (***) Je me suis amusé à dresser l’inventaire des images figurant sur mon diaporama. Il est composé des clichés les plus clairs. J’ai donc délaissé volontairement ceux qui ne l’étaient pas. On y trouve 64 fleurs, 44 papillons, 12 oiseaux, 3 lézards différents, un chevreuil, un renard roux, une limace léopard, et quelques insectes (bousier, bourdon, panorpe et oedipode). Force est d’admettre que cet inventaire n’est pas très représentatif de la zone car mon attention a été forcément attiré en priorité pas les fleurs, les oiseaux, les papillons et les mammifères. J’ai donc volontairement délaissé tout le reste car bien évidemment, il aurait fallu passer beaucoup plus qu’une simple journée pour être plus exhaustif. Parmi, toutes les espèces photographiées, il est à noter que deux d’entre-elles figurent dans la liste S.I.N.P comme « patrimoniales », il s’agit d’un Pavot du Pays de Galles (Meconopsis cambrica) et de l’Aigle royal (Aquila chrysaetos). Je n’ai photographié aucune espèce dite « déterminante » mais il est vrai que j’étais parti sans la liste et sans des photos pouvant m’aider dans une éventuelle quête à les trouver.

     

     

     


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    Diaporama sur la musique "Oblivion" d'Astor Piazzolla jouée par le violoncelliste Stjepan Hauser et le Zagreb Philharmonic Orchestra

    Le Circuit Autour du vallon de la Désix depuis Sournia

    Le Circuit Autour du vallon de la Désix depuis Sournia

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    Jeudi 25 mai 2017. Il est 10h quand nous garons la voiture sur le parking de la cave coopérative de Sournia. 4 jours après le long « Circuit des Clôtures » réalisé à Urbanya, nous voilà de nouveau d’attaque pour une autre balade pédestre. Un peu plus courte et beaucoup moins difficile, il est vrai. Le grand beau temps est toujours là et comme la forme physique aussi, autant en profiter. Pour Dany et moi, ce n’est pas si souvent que les petits bobos et parfois même les gros ne viennent pas contrarier et compromettre nos sorties conjointes. Marcher le plus souvent possible pour partager les beautés de la Nature a toujours été notre principal dessein et parvenir à le faire ensemble reste toujours un grand plaisir. Aujourd’hui, j’ai choisi un « Circuit Autour du vallon la Désix ». « Autour de la Désix », c’est le nom que la plupart des randonneurs donnent à cette jolie petite boucle au départ de Sournia. Alors bien évidemment autant conserver ce nom-là. Moi, j’y ai simplement rajouté le mot « vallon » car c’est bien autour et en balcon au dessus du vallon de cette rivière que s’effectue 99% de cette randonnée pédestre, les 1% restant représentant l’essentiel de l’objectif du jour, c'est-à-dire « atteindre les rives de la rivière et tenter d’aller s’y rafraîchir quand le temps s’y prête voire aller y pique-niquer seulement si la météo est peu moins favorable ! ». Aujourd’hui, vu la luminosité du ciel et la chaleur des premiers rayons de soleil, je pense qu’on pourra aisément faire les deux. Bien sûr, quand je parle de vallon, il ne s’agit en fait que d’une courte portion située au sud-est de Sournia car la rivière Désix, elle, est  longue de 32 km. Elle prend sa source non loin du Roc des 40 Croix et finit sa course près d’Ansignan à l’endroit même où débute le lac de barrage de Caramany. Si je veux être plus précis et vous donner d’autres références pédestres, sa confluence avec l’Agly est à quelques mètres du départ de deux randonnées que j’ai déjà décrites dans ce blog à savoir le « Sentier des Oiseaux » et le « Sentier des Dolmens en Fenouillèdes ».  Autre référence pédestre, la boucle d’aujourd’hui est en grande partie identique à celle que j’avais intitulée le « Circuit des Ponts romains », la différence se résumant au fait que dans les « ponts romains », j’avais fini au plus près de la rivière jusqu’à être contraint de la traverser déchaussé et pantalon relevé, alors qu’ici, nous aurons qu’une vue aérienne du vallon. Une vue tronquée tant ce vallon est extrêmement boisé. En tous cas, mon idée première est de le faire découvrir à Dany car j’avais pris énormément de plaisir lors des « ponts romains ». Ces ponts restant au programme, c’était là un point capital qui m’a fait choisir ce circuit. Comme indiqué en préambule, le départ depuis la cave coopérative de Sournia reste le même. La suite aussi, car après avoir emprunté la D.619 en direction de Campoussy, on délaisse la route peu après la station d’épuration. Là, il faut poursuivre sur la piste DFCI F80. Le parcours est très simple jusqu’à atteindre une barrière où là, il faut prendre à gauche en direction du lieu-dit La Ribasse. Un étroit sentier vient prendre le relais de la piste. Ce sentier descend dans le ravin de la Ferrère où le premier pont romain se découvre. C’est le pont dit des Mandres ou des Renardes. Ici, malgré un chaud soleil,  la fraîcheur est de mise car le pont est en sous-bois, mais la profondeur de la Ferrère bien insuffisante pour un bain intégral. Dany s’en moque car un bain de pieds lui suffit mais moi, j’ai passé l’âge de « faire trempette » et seule une vraie immersion en eaux profondes me ravit. Elle me tente d’autant  que cette journée printanière s’y prête pleinement ; et en outre, j’estime que me baigner loin de la foule bruyante des plages roussillonnaises reste un privilège bien trop rare. En tous cas, peu de personnes la mettent à profit. Alors avec Dany, nous décidons de « couper la poire en deux » ou si vous préférez « de nager entre deux eaux ». Les deux expressions sensiblement similaires vont bien, puisque on décide de pique-niquer ici et j’irais ensuite me baigner au second pont romain dès le casse-croûte terminé. Aussitôt dit aussitôt fait tant je languis la baignade  Ce second pont, c’est celui dit « des Chèvres » et quoi qu’il arrive, il faudra le traverser pour poursuivre cette balade. Dans l’immédiat, la balade attendra que je me sois baigner et Dany aussi. Il faut dire qu’après le « Circuit des Clôtures » et sa vingtaine de kilomètres, la baignade, les bains de soleil et le repos sont des primautés qui ne se discutent pas. Dany acquiesce. Quoi qu’il arrive, nous finirons cette boucle mais dans l’immédiat, le temps est au « bon temps » et l’heure à la « bonne heure », celle de mettre la pédale douce ! C’était notre objectif en venant ici, d’être au plus loin de la performance sportive. Aujourd’hui, ce ne sont  ni les gros et petits poissons filant entre les pierres, ni les gerris planant à toute vitesse à la surface, ni les gros crapauds bubonneux empressés de rejoindre les berges, tous apeurés par mes « ploufs », qui vont changer mon envie de baignade. Je n’ai pas peur d’eux. J’ai envie de me baigner et comme l’eau n’est pas si fraîche que ça, j’ai bien envie d’y passer quelques temps. Un agréable et chaud soleil semble en accord avec cette savoureuse visée et aide à combler les intervalles entre deux immersions. Après un bain plein de fraîcheur, quoi de mieux qu’un brin de sieste au soleil ? A bien y réfléchir, avec son joli nom, me rafraîchir dans la Désix est presque devenu un rituel. Pour moi, après celle d’Urbanya, elle est sans doute devenue la rivière des Pyrénées-Orientales la plus régénératrice de mes balades. Je me souviens notamment d’un arrêt fraîcheur indispensable lors de la dernière étape du Tour des Fenouillèdes réalisé en 2014. C’était au lieu-dit les Albas, entre Pézilla de Conflent et Ansignan, mais en réalité, il y a eu bien d’autres lieux et d’autres occasions où la Désix s’est trouvée là à point nommé. Lors d’une randonnée à la Foun del Loup ou d’une sortie photos sur le Sentier des Oiseaux par exemple. Simple et pure coïncidence mais surtout la rivière a très souvent des eaux claires,  accessibles et profondes pas endroit .Deux heures plus tard, l’eau a coulé sous le pont et nous décidons qu’y dormir ne doit pas devenir une habitude.  Nous levons le camp et franchissons le pont. Dessus comme le faisaient sans doute les chèvres qui lui ont donné son nom. Un sentier dallé de pierres s’élève et ce pavement laisse à penser que si des chèvres l’ont jadis emprunté, elles n’ont pas été les seules. Etroit, escarpé et donc peu aisé à cheminer, ce sentier entouré d’un murets en pierres sèches a tout les attributs du « vieux chemin muletier ». Certains prétendent que ce chemin serait aussi médiéval que le pont et certainement ont-ils raison au regard de tous les vestiges moyenâgeux dont dispose cette contrée. En regardant la carte cadastrale, on y découvre son nom : « Chemin de Prats à Trévillach » et le lieu-dit qu’il traverse ici : « Ouratori de Saissa ».  D’ailleurs, la montée se termine à proximité d’un oratoire dédié à la Vierge Marie et plus spécialement à Notre-Dame de Lourdes. C’est bien l’oratoire de Saissa.  Faut-il voir une corrélation entre le sentier et l’oratoire ? Probablement. La statuette de la Sainte Mère n’est pas là innocemment et les gens qui avaient pris l’habitude d’emprunter ce mauvais sentier trouvaient cet oratoire pour se recueillir et implorer la Vierge si nécessaire. Nous poursuivons, non sans avoir eu au préalable quelques tendres pensées à l’encontre d’êtres chers. Le chemin se stabilise et devient très rapidement une voie asphaltée. Cette voie, il faut la quitter dès lors que l’on aperçoit un cabanon sur la droite. Un large chemin de terre file dans sa direction. Il passe devant ce dernier et continue en longeant des amandiers, un verger puis une oliveraie.  Un panneau désigne ce chemin comme étant sans issue, mais n’ayez aucune crainte, il faut néanmoins l’emprunter. Effectivement, le chemin se perd et force est de constater qu’il n’y a pas d’issue, sauf qu’en continuant sur quelques mètres, on arrive au pied d’un muret qui n’est ni plus ni moins que le soubassement d’un autre chemin. Il est perpendiculaire au premier et file aussi bien à gauche qu’à droite et de ce fait, je me dis que nous avons du louper quelque chose quelque part bien avant et qu’il n’était peut être pas utile de pénétrer dans cette propriété. Je me promets de vérifier sur la carte I.G.N. Ce n’est pas trop grave puisque tout est désert aujourd’hui. Nous gravissons le petit muret puis prenons à main gauche ce nouveau chemin. Il file en balcon au dessus du vallon de la Désix et de la D.619, ouvrant ainsi à nos regards de nouvelles et belles perspectives. Il finit par atteindre la départementale mais manque de bol, il reste encore plus d’un kilomètre avant de rejoindre le centre de Sournia. Comprenant qu’il n’y a pas d’autres alternatives que celles d’emprunter le bitume sur plusieurs centaines de mètres, mais surtout très fatiguée par la répétition des kilomètres effectués en quelques jours, Dany décide de stopper au pied d’une carrière. Je lui propose de se reposer. Mais non, elle me dit  « j’arrête là, sois gentil va chercher la voiture ! ». C’est donc en solitaire que je finis cette jolie balade, Dany n’ayant pas d’autre solution que d’attendre que je vienne la chercher.  Ce « Circuit Autour du Vallon de la Désix »  est long de 9,5 km pour des montées cumulées de 780 mètres et un dénivelé de 215 mètres. C’est donc une randonnée plutôt facile à faire de préférence aux beaux jours afin de profiter de la fraîcheur ambiante au bord de la Désix. Une fois encore, cette balade a été l’occasion d’être en symbiose avec la Nature. Nous y avons découvert une quantité incroyable de fleurs, d’oiseaux et de papillons dont le plutôt rare « Damier des Knauties », lépidoptère diurne essentiellement présent en France dans les départements des Pyrénées-Orientales et de l’Aude et dont le statut de « vulnérable » le contraigne à être sur les différentes listes rouges des espèces menacées. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de-Fenouillet Top 25.

     

     


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    Diaporama avec la musique "Beautiful Love" de Wayne King, Victor Young, Egbert Van Alstyne et Haven Gillespie

    jouée successivement ici par Didier Lockwood et The Tribute to Stephane Grappelli puis par Nels Cline

    Le Circuit des Clôtures (1.798 m) depuis Urbanya (856 m)

    Le Circuit des Clôtures (1.798 m) depuis Urbanya (856 m)


     

    A partir d’Urbanya, cette boucle que j’ai intitulé le « Circuit des Clôtures » est une version un peu plus longue et un peu plus difficile que celle qui avait pour nom le « Balcon d’Urbanya ». A l’époque, en 2009, nous n’avions pas de maison à Urbanya et nous avions démarré de Nohèdes empruntant presque exclusivement des pistes forestières. Cette fois, le circuit s’effectue un peu plus haut en altitude et vous l’aurez compris, les sentiers sont en réalité des layons, lesquels pour la plupart longent des clôtures. Certains de ces layons sont balisés de bleu ou de jaune et sont donc de véritables sentiers, d’autres sont parfaitement matérialisés par les clôtures mais sont sans balisage, d’autres sont un peu moins évidents mais dans l’ensemble, ils sont tous praticables. En tous cas, ils l’étaient quand nous avons effectué cette longue balade au printemps dernier. Alors bien sûr, un tracé G.P.S n’est pas superflu pour les personnes ne connaissant pas ces montagnes. Assez souvent ces clôtures délimitent les communes, ici Conat, Mosset, Nohèdes et bien évidemment Urbanya, mais autant l’avouer ce circuit n’a jamais eu l’ambition formelle de suivre très exactement ces frontières communales. Non, mes objectifs premiers étaient d’aller prendre un grand bol d’air, de monter le plus haut possible pour observer les panoramas, d’aller découvrir et photographier la flore et la faune toujours très présentes et belles au mois de mai  et pour ce faire de profiter que les journées sont très longues à cette époque de l’année. Je ne souhaitais ni compter mon temps ni les kilomètres. J’avais d’ailleurs averti Dany qu’aujourd’hui la flânerie serait le seul leitmotiv si son souhait était de m’accompagner. La balade étant très longue mais la journée aussi, les périodes de pause le seraient également. En ce 21 mai, nous voilà donc partis tous les deux par le chemin de Saint-Jacques, direction une liste de cols et de sommets déjà vus à plusieurs reprises mais dont nous ne nous lassons pas quand nous résidons à Urbanya : Serrat de Miralles, Serrat Gran, Col de les Bigues, Serrat de la Font de la Barbera, Pic et Col del Torn, Pic de Portepas, Roc de Peirafita, Pic de la Moscatesa, Pic Lloset, Col et Pic de la Serra et enfin retour vers Urbanya. Depuis 6 ans que nous résidons dans le village, c’est la toute première fois que Dany et moi relevons un tel défi ensemble. La météo est excellente mais fluctuante avec un ciel bleu hésitant à se parer d’un voile blanc et une douce tramontane à amener quelques nuages et un peu de fraîcheur. Nous avons tout prévu y compris des sweets un peu plus chauds que les tee-shirts mis au départ. Dany a même prévu une polaire et deux foulards plus ou moins chauds. Pas de poncho car aucune pluie n’est annoncée par Météo France. Comme je m’y attendais flore et faune sont omniprésentes dès le départ et mes arrêts photographiques se succèdent à une cadence infernale ne convenant pas vraiment à Dany qui, elle, n’a pas d’appareil photo. Je lui rappelle simplement que le circuit prévu est très long, plutôt difficile et qu’il est bon de paresser car au fil de la journée nous aurons sans doute d’autres bons motifs pour ronchonner.  De toute manière, elle monte à son rythme, moi au mien mais on finit toujours pas se retrouver aux vraies pauses qui se succèdent car à quoi bon marcher si on ne prend pas le temps de la contemplation et de l’observation ? Un Canigou encore un peu enneigé décore magnifiquement l’horizon et cette seule vision nous fait oublier les difficultés et les menues discordes. En un peu plus d’une heure, nous avons atteint les vraies premières clôtures, celles qui montent rudement vers le Serrat de Miralles puis se poursuivent vers le Serrat Gran et le col de Les Bigues. Moi, je n'aime pas trop les clôtures, surtout quand elles sont électrifiées. Elles perturbent les animaux sauvages et les empêchent de circuler sur leurs lieux de passage traditionnels. Je pense que leur présence, outre de délimiter les communes, est d'empêcher les querelles entre chasseurs ou éleveurs. Les seuls avantages que je trouve à leur présence sont les layons et le débroussaillage que ces derniers nécessitent me permettant d'assouvir ma passion de la marche. C'est le cas ici, dans cette rude montée. Les genêts ont été ratiboisés et d’amples vues se dévoilent sur la vallée du Têt et à l’horizon vers la Méditerranée. La pente étant plutôt raide, c’est de manière plutôt cool que nous égrenons ces clôtures.  Les premières séparent les communes de Conat et d’Urbanya quand aux secondes, elles servent de frontière avec le domaine privé de Cobazet. Ici, depuis la fameuse rébellion puis mobilisation de septembre 2012 à propos de l’accès au Madres avec le propriétaire Groupama, on sait que privé ne signifie plus interdit. Depuis 1068, la fameuse Loi Stratae qui régit les Usatges de Barcelone n’a rien perdu de sa verdeur et de sa vigueur en Catalogne nord. Toutefois, l’autorisation de randonner dans le domaine n’empêche nullement le respect des consignes données, à savoir interdiction de ramasser les champignons, de couper du bois ou de prélever quoi que ce soit, le but louable de tous étant apparemment de préserver la nature. Enfin c’est ce qui avait été dit et comme la préservation de la nature nous convient parfaitement, nous la respectons au mieux même s’ils nous arrivent parfois de couper un peu de gui ou de houx pour la Noël ou de déguster quelques fruits sauvages en automne. Pour le reste, je ne pense pas que photographier la nature soit un délit punissable d’interdiction de circuler ?  Une nature qui aujourd’hui ne nous fait pas défaut car bien présente et visible. Si les papillons sont déjà très nombreux depuis le départ, les oiseaux ne sont pas en reste quand aux mammifères, leur rareté rend encore plus agréable leurs fugaces apparitions. Ces dernières se sont déjà présentées sous les traits d’une biche et d’un petit attroupement de sangliers que j’ai tenté de photographier tant bien que mal, mais sans la certitude quand à la qualité des clichés qui se sont enregistrés.  Alors, bien sûr l’arrivée au col de Les Bigues nécessite que l’on est déjà enjambé la clôture, puis une fois à l’intérieur du domaine de Cobazet, on poursuit la piste sur quelques mètres avant de rejoindre une autre clôture qui file vers un large chemin montant directement jusqu’au Serrat de la Font de la Barbera. Ce chemin est également récupérable par la piste menant au col de Tour ou del Torn se trouvant sur la droite et hors du domaine. Ici, ce sont les bûcherons et les chasseurs qui créent les itinéraires, et si clôtures il y a, rien n’interdit qu’on s’en écarte pour faire le choix de chemins plus empruntés. Il va en être ainsi jusqu’au col de Tour ou del Torn, où divers sentiers et chemins nous obligent à de multiples hésitations. Mon G.P.S pallie à nos errements et incertitudes. Finalement, nous faisons le choix de monter toujours plus haut, restant dans nos objectifs premiers que sont l’observation, la découverte et l’envie de faire un peu de sport.  C’est ainsi qu’on fait le choix de monter au pic de Tour (1.632 m) plutôt que d’emprunter un autre chemin filant directement vers le col éponyme. Je connais un peu ce parcours pour être déjà venu en juillet 2013. La chance nous sourit encore quand un chevreuil détale d’un bosquet de genêts où il devait dormir paisiblement. C’est assez étrange car en 2013, j’avais déjà surpris plusieurs chevreuils et même des faons ressemblant étrangement à des daims compte tenu de leur taille déjà bien développée. Au col de Tour, je connais bien la suite de l’itinéraire qu’il faut prendre pour me diriger vers le pic de Portepas. Il n’est pas évident pour celui qu’il ne le connaît pas d’où l’intérêt d’un grand sens de l’orientation ou mieux d’un tracé G.P.S. Après avoir emprunté la piste DFCI C060 qui redescend directement vers Urbanya, il faut rapidement prendre à droite celle numérotée C056. Zone d’estives avec un enclos dès le départ,  j’ai eu bon nombre de fois l’occasion de prendre ce chemin mais cette fois, il faut le quitter 200 mètres après, partir en montant vers la droite pour rejoindre une clôture. Cette clôture permet de rejoindre le pic de Portepas sans trop de difficultés, si l’on a les qualités d’orientation citées plus haut ou l’appareillage GPS adéquat. Au col de Portepas, il faut redescendre plein sud en direction du canal d’Urbanya. En général, une caminole plus profonde que les autres dans la prairie permet de se diriger dans la bonne direction par l’itinéraire le plus court mais quoi qu’il arrive, en filant vers le sud, on ne peut que rencontrer le canal. Là, il faut le suivre par la gauche jusqu’à la forêt du Bac de la Pinosa. Inévitablement en suivant le canal, lequel ici devient Correc de la Pinosa, on tombe sur un étroit sentier lequel part à droite en direction du Roc de Peirafita. Le mieux est de rester au plus haut de la crête en suivant une clôture, car on profite pleinement des vues s’entrouvrant sur le vallon de Nohèdes et les massifs du Coronat et du Madres.  Le layon s’élargit en descendant et s’entrouvre offrant de jolies vues sur le pic de la Moscatosa qui est notre objectif suivant. Au pied de ce pic, il faut délaisser la large piste partant à gauche et poursuivre en continuant à longer la clôture. Le pic de la Moscatosa est un dôme débonnaire se trouvant très légèrement sur la droite. Une fois encore, et malgré ce relief de type « montagnes russes », le blanc et merveilleux Canigou est le centre d’intérêt de tous les regards. Au sommet du Moscatosa, on bénéficie d’époustouflants panoramas à 180 degrés sur la très longue vallée de Nohèdes. Cette vallée est très souvent mentionnée comme celle dite de l’Arche Perdue, car selon la légende Noé y aurait amarré son arche au sommet du Roc des Salimans. Un roc bien visible depuis cette crête mais pour l’arche nous arrivons trop tard. Elle est repartie mais personne ne sait où ? Peut-être au Mont Ararat ? Dommage car elle aurait pu emporter de nombreux animaux sauvages. Des animaux bien trop souvent en péril, non pas en raison du déluge mais à cause de la chasse, laquelle, à mon goût, s’étend sur une période bien trop longue, ici dans les Pyrénées comme partout en France. La suite est assez simple puisqu’en continuant la clôture, on va descendre vers le pic Lloset, autre sommet qu’il faut atteindre avant une nouvelle descente qui se termine au col de la Serra puis au pic éponyme. Entre les deux, vous aurez constatez que le sentier est désormais balisé en jaune. Ce balisage est la terminaison de la randonnée que j’avais intitulé « le Balcon de Nohèdes », balade qui emprunte longuement l’ancien canal de ce village. Entre le col et le pic de la Serra, un joli orri rappelle que ce secteur a toujours été une zone pastorale prisée des bergers du coin. Elle l’est encore, alors gare aux patous qui sont parfois très agressifs et n’hésitez à faire une entorse au parcours si vous apercevez un troupeau et des chiens. Il y a deux ans, je me souviens avoir rencontré un couple avec deux jeunes enfants, lesquels étaient tétanisés par l’expérience qu’ils venaient de vivre face à plusieurs patous qui les empêchaient de redescendre sur Nohèdes à partir du col de la Serra. J’avais été contraint de leur demander de me suivre jusqu’au col de Marsac afin de les remettre dans le droit chemin. Voilà déjà deux fois qu’à cet endroit je suis confronté à ce devoir car les troupeaux et les patous semblent très souvent livrés à eux-mêmes, de ce fait, les chiens deviennent les maîtres de la montagne. Aujourd’hui encore, le col de Marsac est bien la bonne direction, sauf qu’avant d’y arriver et à hauteur d’une clôture se trouvant sur la gauche, il faut arrêter de descendre pour se diriger vers cette dernière. Il faut se débrouiller pour la franchir puis on poursuit par la piste qui file à droite, celle de gauche correspondant à l’ancien tracé du Tour du Coronat qui monte au col de Tour. Cette piste de gauche permet de rejoindre une intersection mais dans le deux cas, à droite ou à gauche, on rejoint Urbanya. Nous, non loin de cette intersection, nous avons pris un raccourci, lequel à travers bois, mais sur un terrain accidenté, rejoint plus directement notre petite maison. Alors bien sûr, je ne vous conseille pas ce tronçon même si une dernière clôture qu’il faut longer finit de légitimer le nom de cette balade. Elle a été longue de 21 à 22 km pour des montées cumulées de 1.700 à 1.800 mètres environ. Si je ne fournis pas de chiffres précis et simplement des fourchettes, c’est parce que je n’ai pas enregistré de tracé en cours de route sur mon G.P.S, me fiant à un tracé préenregistré qui n’a pas été exactement celui accompli. Le pic de Portepas avec ses 1.798 m d’altitude est le point culminant de cette randonnée, cela j’en suis sûr. Urbanya étant le point le plus bas à 856 m, le dénivelé est de 942 m entre le village et le pic. Arrêts nombreux inclus et longues pauses comprises, nous avons accompli cette boucle en 9 heures, démarrant à 9 h du matin et finissant vers 18 h. Bien évidement, il est probablement réalisable en beaucoup moins de temps pour des randonneurs plus jeunes et en bien meilleure forme. L’ensemble de ce parcours, que certains trouveront sans doute trop long, peut être, bien évidemment, accompli en 2 jours soit avec tente et bardas soit en réservant un logis dans un gîte d’Urbanya. Il y en a plusieurs qui se feront un grand plaisir de vous y accueillir. Cartes IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet, 2248 ET Axat – Quérigut – Gorges de l’Aude, 2249 ET Font-Romeu - Capcir Top 25.


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  • Le diaporama est agrémenté de la chanson "My Way", en français "Comme d'habitude" de Gilles Thibaut et Claude François, musique de Jacques RevauxElle est  interprétée ici par The Mantovani Orchestra, l'Acoustic Sound Orchestra, Elvis Presley, Frank Sinatra et Sergey Brazhnik

    Le Circuit de Saint-Martin-Lys et le Prat del Rei

    Le Circuit de Saint-Martin-Lys et le Prat del Rei


     

    Saint-Martin-Lys (1) 9h30. Voilà bien 20 ou 25 ans que je n’étais plus revenu randonner à partir de ce joli hameau audois. Si je suis là aujourd’hui, c’est à cause d’un bouquin dont je viens de terminer la lecture : « Félix Armand et son temps – Un siècle d’histoire dans le Pyrénées Audoises 1740-1840 ». Un livre d’histoire de Louis Cardaillac édité par l’auteur, historien, professeur et chercheur de son état.  Ce bouquin m’a remémoré une randonnée que nous avions faite dans la forêt des Fanges (2) avec Dany au cours de laquelle nous avions été scotchés par une faune omniprésente. De cette balade, je n’ai gardé que cela comme souvenirs et celle d’un hameau agréable et paisible.  De ce côté-là, rien n’a vraiment changé or mis peut-être le nombre de voitures stationnées devant la mairie. C’est simple, le parking est plein. Il n’y a plus de place pour ma voiture et pourtant je ne vois pas la moindre âme qui vive. Le hameau semble désert. Tout est calme. A l’époque, je m’étais garé sans problème mais aujourd’hui, je suis contraint de suivre un fléchage m’indiquant d’aller me garer derrière l’hôtel de ville. La ruelle est très étroite et ma voiture y passe d’extrême justesse. Avec cette étroitesse, je comprends mieux que ce parc de stationnement en bordure du fleuve Aude soit vide.  Ici, il n’y a ni voiture ni aucune activité humaine. En réalité, la seule animation est celle engendrée par une variété incroyable de passereaux. Je suis aux anges et avant même d’harnacher mon sac à dos, mon appareil photo est déjà entré en action. Geais, merles, sitelles, rouges-queues, moineaux, bergeronnettes, mésanges et quelques autres pas toujours reconnaissables s’égayent tout autour de cet espace vert, mi-parking, mi-aire de pique-nique auquel s’ajoutent un pré verdoyant et un petit bout de forêt juste à côté. La rivière Aude, plutôt débonnaire ici, pénètre cet ensemble d’une agréable fraîcheur.  Ça volette dans tous les sens et cette activité intense ne facilite pas les prises de vues. Au bout d’une heure à guetter et à courir les oiseaux, je rends les armes avec néanmoins quelques clichés que j’espère réussis. Je charge mon sac à dos, prends mon bâton de marche et retourne devant la mairie où j’ai aperçu une panneau informatif. Je suis plutôt surpris car il décrit succinctement la randonnée que nous avions réalisée au temps jadis et que je compte bien refaire aujourd’hui, à une variante près qui a pour nom le Prat del Rei (2). Le lieu-dit Planèzes et la forêt des Fanges (2) en sont les deux pôles principaux mais pour être franc, j’avoue que je garde peu des souvenirs de cette randonnée or mis la faune sauvage. C’est donc surtout à cause de ça que je suis là en solitaire aujourd’hui : pouvoir approcher et photographier les animaux. La flore ne sera pas oubliée non plus car depuis j’ai appris que cette forêt avait été très prisée par les grands botanistes des siècles précédents. Le temps de lire le panneau et je me mets en route sans plus attendre estimant que j’ai déjà perdu beaucoup de temps. Je monte vers le haut du hameau et découvre très vite un panonceau indicatif « Planeses », rehaussé d’un balisage jaune. Voilà, le bon chemin. Il se faufile à travers les ruelles puis redescend vers la rivière. Je file d’un pas si alerte que je suis déjà hors du hameau.  Tout à coup, je réalise  que j’ai oublié d’aller rendre visite à Félix Armand (3). Je me ravise, fais demi-tour et rebrousse chemin en direction de l’église et du cimetière. Les deux sont mitoyens. L’église et le presbytère sont fermés mais la tombe de Félix Armand est là, toute simple, et en tous cas aussi simple que les autres. Seule une stèle explique trop brièvement quel homme il a été.  Cette sépulture est bien à l’image du personnage que j’ai gardé à l’esprit avec la lecture du bouquin. J’estime que venir randonner ici sans venir lui rendre hommage aurait été irrespectueux et ce d’autant, que je n’ai plus l’excuse de ne pas connaître son histoire. Félix Armand, curé de Saint-Martin-Lys  pendant 49 ans, ballotté très jeune dans la tourmente révolutionnaire, n’eut de cesse de sortir ses ouailles de la misère. Pour ce faire, il n’eut qu’une seule conviction en tête : désenclaver le hameau en creusant un passage dans le défilé et les gorges que seule la rivière Aude avait réussi à percer au cours des millénaires. Un travail de toute une vie, besogne titanesque qu’il réalisa avec l’aide de ses fidèles ouailles.  Je les remercie tous, car sans eux je ne serais probablement pas là aujourd’hui. Le temps de plusieurs arrêts sur quelques tombes et je repars. Pas pour très longtemps, car la boutique d’un ferronnier d’art  m’arrête déjà. Le temps d’une courte visite et me voilà de nouveau hors du hameau. Hors du hameau mais encore tout près de la civilisation car ma curiosité freine mes ardeurs. Cette dernière est attirée par un sentier qui file à droite en direction d’un pont se terminant par un tunnel. Une voie ferrée oubliée apparemment.  Le pont me paraissant abandonné ça m’intrigue et là, ô surprise en me retournant, je découvre un autre tunnel où sommeille un train étrange. Etrange car force est de reconnaître qu’il n’est pas là depuis hier ! En réalité, il a été abandonné dans ce tunnel depuis des années et bien évidemment quelques imbéciles se sont acharnés sur lui, brisant ses vitres, dégradant son matériel  et le tagguant de tous côtés. Je me dis que même ici, dans un coin aussi reculé et perdu au fin fond d’un défilé montagneux du Pays de Sault, la sauvagerie et la médiocrité humaine ont eu cours.  Quelle tristesse ! Quelques photos souvenirs et je redémarre en me faisant la promesse de tenter d’en savoir un peu plus sur ce train oublié de tous (4), sauf des vandales apparemment. Le sentier s’élève doucement offrant dès le début quelques vues sur la gare de Saint-Martin-Lys. Déserte, elle a un petit air de ressemblance avec la gare que l’on aperçoit dans le western de Sergio Leone « Il était une fois dans l’ouest ». Même désoeuvrement, même silence, les seules différences sont l’absence d’un train qui arrive,  des tueurs et du joueur d’harmonica.  J’imagine que le train aperçu dans le tunnel, et probablement mis au rebut, est le résultat de cette inactivité ferroviaire, qui elle aussi ne date pas d’hier. De ce vallon, je distingue la voie ferrée et la route. Au milieu, l'Aude se devine, enfouie qu'elle est sous la verdure. Au bout, le double cassure de la colline me laisse imaginer la confluence d'une autre rivière. Mon bout de carte I.G.N m'apprend qu'il s'agit du Rebenty. Je flâne plus que je ne marche, passant mon temps à photographier quelques fleurs des bois et à tenter de faire de même avec quelques remuantes mésanges, de très loin les plus nombreuses dans cette partie basse de la forêt. Sur la carte I.G.N, elle a pour nom le « Sarrat » mais en réalité je suis déjà au sein de la forêt domaniale des Fanges, ancienne forêt royale exploitée sous Louis XIV pour la fabrication des mâtures de la flotte royale. On y trouve des sapins multi centenaires que j’avais découvert lors d’une précédente balade intitulée « la Foret des Fanges  au départ du col Saint-Louis ». A cette altitude encore modeste se mélangent le gazouillis des mésanges, la musique rugueuse de l’Aude roulant ses galets et le bruit des voitures passant tout en bas sur la route. Tout en marchant, je me dis que cette dernière sonorité,  je la dois à Félix Armand et que même si elle peut paraître désagréable au milieu des chants d’oiseaux, il faut que je garde à l’esprit tous les avantages que la création de cette route a engendré. Creuser les gorges de la Pierre-Lys en ouvrant ainsi une incroyable voie de communication vers Quillan, Limoux, Carcassonne et vers le reste de l’Aude et de la France a changé la vie d’un nombre incalculable de gens.  Il faut donc être reconnaissant à l’abbé et à ses ouailles du bruit des voitures. Sans ce bruit, sans doute n’y aurait-il pas eu de randonnée ? Une marche pour mon plaisir, je ne l’oublie pas non plus !  De toute manière, ce bruit s’estompe au fil de  l’élévation. Les chants des mésanges laissent rapidement la place aux innombrables roucoulements des ramiers. Les pigeons semblent avoir élu domicile dans cette partie du « Serrat » et plus spécialement au sommet des résineux les plus hauts. Les photographier semble impossible car à mon approche, ils s’envolent systématiquement. Une fois encore, la chance est avec moi, car j’arrive à en surprendre un. Il semble dormir du sommeil de juste ou bien est–il sourd car trop âgé voire malade ? Toujours est-il qu’il paraît bien indifférent à ma présence et j’ai tout loisir de le photographier. Je reprends ma marche en avant, photographiant des fleurs ou rêvassant le plus souvent. De temps à autres, quelques jolis fenêtres s’entrouvrent sur Saint-Martin-Lys. Sur une d’entre-elle, j’arrive même à distinguer la tombe de l’illustre curé. En contrebas, côté ruisseau de la Borde, le bruit des sabots d’une cavalcade me sort de ma léthargie. Sans doute s’agit-il d’un troupeau de cervidés en débandade, mais la forêt est bien trop épaisse pour que je puisse les voir ? J’aurais plus de chance un peu plus tard et encore dans la journée. L’itinéraire zigzague et se met à emprunter un chemin pierreux dont on voit bien qu’il a été construit de toutes pièces par l’homme. Surélevé comme une terrasse et parfaitement aligné,  ce chemin sort un instant de la forêt et offre les premiers vrais panoramas. J’y photographie quelques fleurs, deux papillons et un lézard des murailles, des espèces bien différentes mais dont le dénominateur commun est d’apprécier la lumière et le soleil. Je profite des deux moi aussi pour faire une pause et observer les paysages qui se sont entrouverts.   Peu après, un sentier étroit prend le relais et se faufile dans un véritable tunnel végétal. Quelle n’est pas ma surprise d’apercevoir un chevreuil planté au milieu de cette corne d’abondance arbustive à une vingtaine de mètres de moi. Il a l’air de se régaler des jeunes feuilles d’un petit arbuste. Surpris, il me regarde fixement, sans bouger, le regard dans le vide apparemment ? Toujours est-il qu’il est là immobile au beau milieu du sentier et que j’ai largement le temps de le photographier. Prenant sans doute conscience que je peux être un prédateur, il détale d’un bond sec et prodigieux avec des aboiements longs, rauques et successifs. Je suis ravi car c’est bien pour ces visions-là que je suis venu. Peu de temps après, à une intersection de sentiers, se présente un panonceau « Point de vue ». Je n’en suis pas surpris car cette petite entorse vers Planèzes est inscrite au programme et ce tracé du chemin est parfaitement enregistré dans mon G.P.S. Le sentier file sous d’immenses arbres où feuillus et conifères se partagent l’espace, puis ces derniers finissent par supplanter toute autre végétation. Sur le sol, leurs aiguilles forment un tapis brun où rien ne pousse hors mis de longues lianes et un peu de mousse deci delà. Au sommet de grands sapins, quelques rouges-gorges lancent des appels de détresse. Détresse parce que je les dérange ou bien parce que la saison des amours a commencé ? Je ne sais pas. En tous cas, leurs chants stridents et métalliques sont les seuls audibles. Alors que je m’apprête à sortir de la forêt, une fois encore la chance me sourit quand j’aperçois un nouveau cervidé. Il broute tranquillement dans un pré se trouvant droit devant moi. Un peu loin, ce qui me permet de me cacher, mais suffisamment près pour que je puisse le photographier en zoomant. Une biche ? Un chevreuil ? Difficile à dire dans la position délicate où je me trouve mais il a un pelage très roux. Je m’allonge pour mieux l’observer mais le voilà déjà qu’il regarde dans ma direction, tête dressée et oreilles en éventail. Il ne me voit pas mais a compris que quelque chose ne tournait pas rond. Il quitte les lieux mais plutôt tranquillement, disparaissant dans un petit bosquet de feuillus. Je traverse le pré et suis étonné par quelques rassemblements de pierres ressemblant à des sépultures sommaires. Certaines sont recouvertes d’ardoises. J’essaie de comprendre ce que ça peut être car mes lectures ne m’ont fourni aucune explication à ce propos. Trop petites et trop rudimentaires pour être des tombes humaines, quelques chasseurs ou bergers auraient-ils choisi ce lieu pour y enterrer leurs fidèles chiens ? Au regard de la taille des édifices, je n’imagine que ça. Je sais seulement que le lieu-dit Planèzes a longtemps servi de pâturages pour les ovins et caprins mais également de champs de patates au temps de Félix Armand. En effet, dans le livre de Louis Cardaillac, j’ai lu que le curé avait réussi à se procurer des semences de pommes de terre et qu’il avait choisi ce terrain lui appartenant pour les planter. A l’époque, la patate était une denrée rare quand aux semences, elles étaient encore plus difficiles à se procurer. Félix Armand, avait réussi à en avoir auprès de l’évêque de Saint-Pol de Léon. Les deux religieux avaient été parmi les premiers à comprendre que la pomme de terre serait une plante facile à cultiver et viendrait aisément réduire la misère et les périodes de famines de leurs paroissiens.  Là, comme dans le creusement du défilé, l’abbé de Saint-Martin-Lys fut donc un pionnier et un précurseur. Toutefois et ayant mis plus d’une heure pour arriver là, je me dis quel courage ils avaient tous ces hommes pour venir planter puis récolter des patates si loin de leur village. Le pré de Planèzes se termine au bord d’un précipice calcaire vertigineux offrant d’incroyables vues plongeantes sur le lieu-dit Pont d’Aliès et sur une petite partie d’Axat dont j’aperçois quelques toitures. Au dessus, les panoramas se résument à une mer végétale très houleuse, immensité forestière amplement excavée et plissée où se dressent le pic d’Estable et quelques autres sommets aussi boisés les uns que les autres. Dans ce dédale arbustif et rocheux, il n’y a qu’un seul grand sillon, celui où l’Aude et la route ont réussi à se frayer un chemin. Tout au loin,  émerge le pic Dourmidou, seul sommet de ce panorama olivâtre à conserver quelques traînées neigeuses. Au bord du précipice, quelques « originaux » ont élevé un trépied muni d’un balancier, lequel ensemble poussait par la brise ou le vent se met en branle en faisant tourner des jantes de vélos, le tout faisant à la fois office de girouette et de boites à musique agrémenté qu’il est par des carillons fabriqués dans des  bambous et des boites de conserves. C’est au pied de ce trépied et devant ce fabuleux décor que je grignote une barre de céréale avec comme spectacle supplémentaire, les envolées virevoltantes d’un rapace jouant dans la falaise de la Soula d’Aliès. Quelques bouquets de fleurs, oeillets roses et laitues bleues décorent cette table à manger improvisée. Je quitte Planèzes en rebroussant chemin. Le rapace lance des cris et m'accompagne juste le temps de traverser les prés. Dans le bois de résineux, les rouges-gorges continuent de chanter à tue-tête.  Je retrouve l’itinéraire principal. Il s’éleve sèchement sur un sentier caillouteux, lequel par bonheur est plutôt court et se termine sur une vaste esplanade herbeuse où démarre une large piste. A partir d’ici, et à l’exception d’un court raccourci et de la fin du circuit descendant vers Saint-Martin, les larges pistes sont les fils conducteurs de cette balade. Fils conducteurs mais pas fil d’Ariane car les pistes sont nombreuses et de ce fait, on a vite fait de s égarer. Un tracé G.P.S est donc vivement recommandé, à moins d‘avoir un grand sens de l’orientation et une carte I.G.N récente. Le tracé G.P.S plus mon bout de carte I.G.N me permettent de continuer à flâner sans aucune inquiétude, profitant de cette sérénité pour photographier une flore nouvelle et les quelques papillons qui l’occupent. Quand les papillons disparaissent, je m’empresse d’accélérer le pas afin d’essayer de gagner le temps que j’ai perdu à flemmarder mais finalement je m’arrête encore car cette fois, c’est mon ventre qui crie famine. Un ventre qui sans le savoir va m’apporter le clou du spectacle de la journée. Alors que je me suis installé pour déjeuner à proximité d’arbres abattus, j’ai le bonheur de m’être arrêté non loin d’un peuplier noir, lequel est largement en fruits. Ces fruits en grappes ont la particularité de libérer et de laisser échapper une espèce de bourre cotonneuse ressemblant à une barbe à papa. Par instant, on dirait qu’il neige. J’ignore si cette dernière est sucrée mais deux écureuils et de magnifiques bouvreuils pivoine s’en gavent littéralement. C’est donc avec un immense plaisir que j’observe et photographie le déjeuner incroyable de cette gente animale. Un des deux écureuils va finir par partir mais le second complètement repu s’endort sur une branche, le ventre bien arrondi. Quand aux bouvreuils, ce n’est qu’un va et vient incessant entre leur nid qui ne doit pas être bien loin et cette « barbe à papa » dont ils se remplissent le bec. C’est donc à regret que je quitte ce spectacle ayant passé en ce lieu beaucoup plus de temps à son observation et à le mitrailler de mon numérique qu’à vraiment déjeuner. Je continue. La maison forestière du Prat del Rey ou Pré du Roi  dont j’ai fait mon principal objectif n’est plus très loin mais mon étourderie est telle que je la dépasse sans m’en apercevoir. Je fais demi-tour en pestant tout seul, m’en prenant qu’à moi-même et me disant « quelle utilité d’avoir un tracé G.P.S ! L’ancienne maison forestière de 1863 est là, magnifiquement plantée au milieu d’une superbe clairière verdoyante avec tout autour des sapins très impressionnants. La bâtisse est fermée bien évidemment, mais comme aujourd’hui, la chance à décider de me sourire, j’y débusque, dans sa partie arrière, un petit sanglier, lequel détale à l’instant même où je le photographie. Il disparaît à jamais dans les hautes herbes et la photo ne me délivrera que son seul postérieur. C’est le dernier mammifère que je vais voir de la journée même si dans la descente vers Saint-Martin, je vais encore entendre le bruit reconnaissable d’un piétinement de plusieurs sabots. Là, sur un puits faisant office de table, je finis mon casse-croûte, tranquille, me souvenant encore du bouquin où j’avais lu que Félix Armand et ses paroissiens avait également sauvé cette forêt d’un terrible incendie. C’était lors de l’année 1800 et une fois encore, le curé avait fait la preuve de ses grandes qualités d’homme : détermination, charisme, courage, opiniâtreté, sang-froid, maîtrise, management du travail et des hommes. Malgré un vent violent, l’incendie avait été éteint en deux jours et deux nuits, ce qui lui avait valu de nombreuses félicitations des autorités publiques, de sa hiérarchie et même l’empereur Napoléon le remercia plus tard pour l’ensemble de son œuvre. Je quitte le Prat del Rey pour un retour vers l’endroit même où j’ai aperçu les écureuils et les bouvreuils pivoine. L’écureuil dort toujours sur sa branche et les bouvreuils continuent leur manège mais cette fois, je préfère les laisser à leurs occupations.  Peu après, à une intersection, je pars à droite en direction du col de Saint-Martin. Rien  de notable sur cette portion or mis quelques oiseaux, papillons et fleurs nouvelles à photographier. A hauteur d’un bois de noisetiers, dont on voit bien qu’il n’a rien de naturel, je pars à la découverte de vieilles ruines oubliées, sans doute celles de quelques cabanes qui furent habitées au temps jadis par des paysans et des forestiers. Ils avaient élu domicile ici,  dans cette forêt de la Comtesse, vivant probablement du bois et de leurs noisettes.  Ils n’étaient pas très loin du principal chemin de communication qui permettait de rejoindre Belvianes, Quillan ou encore Caudiès par le col Saint-Louis. Une fois au col de Saint-Martin, j’hésite un peu entre la piste principale et un petit chemin,  lequel par la gauche entre dans une hêtraie. A l’instant même où je m’apprête à faire un point cartographique et G.P.S, un couple de randonneurs arrive et me montre des panonceaux que je n’avais pas vus, leur tournant le dos. Le premier mentionne Saint-Martin-Lys, le second Planèzes.  C’est bien le sentier partant à gauche que je dois prendre. Il est balisé de marques jaunes. L’homme est tout sanguinolent et m’explique qu’ils ont passé la journée à chercher de vieilles bornes royales gravées de la fleur de lys (3), suite au topo d’une randonnée qu’ils avaient trouvé et découpé dans un journal local. Il peste car selon ses dires, les informations et notamment les coordonnées des bornes à la fleur de lys ne sont pas d’une grande exactitude et ils ont pas mal galéré ne trouvant qu’une seule borne plus une roche gravée. L'homme saigne abondamment car les bornes en question sont désormais enfouies sous une végétation difficile à pénétrer. La conversation s’installe et chacun y va du parcours accompli. Finalement, je lui conseille plutôt de se soigner que de continuer à bavarder. Je les laisse à leurs égratignures et à leurs pansements et emprunte le sentier, lequel tout en descente, file vers la ligne d’arrivée. C’est le Chemin des Fanges. D’abord dans la hêtraie où il est plutôt bon, il se transforme très vite en un « casse-pipes » caillouteux à souhait. Je redouble de vigilance, me souvenant que je suis allé me recueillir au conjurador de Serralongue pour ne plus tomber. Jusqu’ici ça a marché et je n’ai pas envie que ça cesse aujourd’hui, d’autant que tomber ici serait probablement très douloureux. Le planté de bâton fonctionne à tout berzingue. Il faut dire que le chemin file sous les collines calcaires qu’on appelle le Lauset et les Soulasses. Elles sont constitués de hautes falaises mais également d’innombrables et imposants pierriers dont certains ont franchi le petit ruisseau de la Forêt qui se trouve sur ma droite, modeste Rubicon où l’eau ne s’écoule que par temps de fortes pluies. C’est dans ce petit ravin que j’entends des bruits de sabots mais une fois encore sans aucun discernement. La fin de ce Chemin des Fanges et l’approche de Saint-Martin-Lys sont pour moi un vrai soulagement. Je mets à profit cet instant de relâche pour mes toutes dernières photos animalières. Et quelles photos ? Celle d’un superbe lézard ocellé puis celle encore plus surprenante d’une « Carte géographique », papillon encore jamais vu ni photographié. Et pour cause ? Il est absent des Pyrénées-Orientales et très rare dans l’Aude ! Il me faut y courir derrière pour l’avoir mais quelle belle satisfaction de voir enfin un cliché parfaitement enregistré. Je finis guilleret cette balade, enchanté de ma journée et ravi de mes visions et photos animalières. Décidément, je ne remercierais jamais assez l’abbé Félix Armand et ses fidèles ouailles, sans lui, moi l’incroyant, je n’aurais jamais vécu tout ces petits bonheurs que ce circuit m’a offert. Un circuit dont ses paroissiens ne seraient pas étrangers à sa création semble-t-il, car la forêt des Fanges faisait partie depuis très longtemps de leur quotidien et de leur gagne-pain avant même le creusement du défilé. Ils allaient y chercher leurs fagots de bois pour leur propre usage mais également pour les vendre dans tous les villages alentours. Un peu plus tard, ils sont montés y débiter des arbres, lesquels ensuite étaient descendus jusqu’à l’Aude, constitués en radeaux qu’on appelait « carras » puis acheminés jusqu’aux scieries les plus proches voire parfois jusqu’à la mer. Les sentiers muletiers et les chemins étaient donc vitaux mais souvent difficiles d’accès. Les hommes qui les empruntaient franchissaient de hautes montagnes mettant parfois leur existence en péril, une existence dure et miséreuse. Il faut en avoir conscience, nous qui aujourd’hui  les empruntons uniquement pour notre seul plaisir. Cette balade telle qu’expliquée ici a été longue de 16 km environ. Les montées cumulées sont de 1.500 mètres quand au dénivelé il est de 600 m entre le point le plus bas à 365 m au village et le plus haut à 965 m au col de Saint-Martin. Carte I.G.N 2248 ET Axat – Quérigut – Gorges de l’Aude et 2347 OT Quillan – Alet-les-Bains Top 25.

    1) Saint-Martin-Lys :

    Située dans le pays de Sault et dans la haute vallée de l’Aude, au bord même de cette rivière qu’il faut franchir par un pont pour y accéder, la commune ne compte de nos jours qu’une vingtaine d’habitants pour une superficie de 9,99 km2. 29 habitants en 2014 selon Wikipédia. On les appelle les Martinlysois(e)s. Le hameau est tout proche des gorges que l’on appelle le « défilé de Pierre-Lys », défilé dans lequel une route fut creusée par les habitants du village sous l’égide du curé Félix Armand.  49 ans furent nécessaires, entre 1774 et 1823, pour venir à bout de cette entreprise mais elle  permit le désenclavement du petit hameau et de bien d'autres. La toponymie est intéressante puisqu’à l’origine le nom provient d’une abbaye fondée à la fin du 8eme et au début du 9eme siècle ayant pour nom Saint-Martin de Lénis. Ce monastère disparaît définitivement en 1573, suite aux guerres de religions. Il semble que cette période coïncide avec la création du village, lorsque les travailleurs sont contraints de quitter les dépendances de l’abbaye pour construire leurs propres habitations. Ensuite et on ne sait par quel mystère, on retrouve dans les textes, le hameau sous diverses dénominations. Ainsi derrière l’évocation  de Saint-Martin, nous trouvons parfois :  de Les en occitan, de Lez ou de Leez, des Lys, Pierre-Lys, de la Pierre-Lis, de la Peyrelis et même de la Pierre Lisse. Les philologues sont d’accord pour penser qu’à partir de « lénis » signifiant doux ou suave ; les moines fondateurs de l’abbaye ayant été probablement sensibles à la douceur du vallon ; ce mot latin aurait évolué selon les époques en lez, leez puis en lis ou en lys tous ces mots étant des hydronymes dérivé de « leize » signifiant « torrent ». Notons que le village s’est également appelé Saint-Martin en 1793, puis Saint-Martin-de-Teissac en 1801, le lys lié à la royauté ayant carrément disparu avec la révolution.

     

    2) La forêt des Fanges et le Prat del Rei ou del Rey ou Pré du Roi :

    Située sur un plateau calcaire à l’est de Saint-Martin-Lys, la forêt domaniale des Fanges s’étend sur une surface de 1.320 hectares à des altitudes comprises entre 800 et 1.100 mètres. Ancienne forêt royale, elle a connu son apogée quand Louis de Froidour de Sérizy commence à organiser un vaste inventaire forestier à partir de 1662. A cette époque, les forêts françaises sont livrées à elles-mêmes,  c'est à dire à tous ceux qui en tirent un intérêt aussi minime soit-il.  De ce fait, elles sont dans un état alarmant et il devient urgent de s’en occuper. En 1670, des mesures très sévères sont prises pour protéger les forêts royales. Le bois devient un patrimoine national qu’il faut savoir gérer et sauvegarder. Nous sommes au temps de Louis XIV et de Colbert et les rectilignes et colossaux sapins multiséculaires de la forêt des Fanges sont transformés en matures pour les vaisseaux de guerre du Roi Soleil. Les forêts royales sont délimitées par des bornes gravées d’une couronne ou d’une fleur de lys. Toute personne commettant un acte délictueux ou prise à voler du bois dans ce périmètre peut être punie d'une forte amende, aux galères an cas de récidive voire de mort dans les cas les plus graves. Des gardes forestiers sont chargés de leur surveillance et cette protection va crescendo au fil des différents régimes. Malgré ça les délits continuent à être très nombreux, est outre de sévères amendes, il y a désormais la confiscation de tout élément ayant servi au délit. C'est ainsi que le garde forestier a le droit de confisquer aussi bien une hache, une scie mais également la charrette et les boeufs ayant servi au transport du bois. Dans le Pays de Sault, on note que la forêt des Fanges est celle où les délits sont les plus nombreux. En 1739, afin d'assurer la repousse des jeunes arbres du Pays de Sault, décision est prise d'interdire les forêts comme lieux de pâtures aux caprins.  En 1754, les bovins sont autorisés à pâturer dans les forêts dites "défensables" c'est à dire qu'on délimite les lieux de pâture en fonction de l'âge des arbres : 6 ans pour les hêtraies et 15 ans pour les sapinières. On tente d'organiser au mieux et dans des périmètres précis, le passage des animaux sauvages. La révolution de 1789 bouleverse tout et les vastes propriétés forestières ayant appartenu à la noblesse ou au clergé sont rachetées par des particuliers. De très nombreuses bornes royales sont burinées par les révolutionnaires. La forêt n'est plus aussi bien gérée qu'auparavant et l'avènement des forges par exemple fera quasiment disparaître le hêtre en Pays de Sault. Cette matière première naturelle qu’est le bois, abondante et proche de certaines communes, n’aura de cesse de développer une économie forestière créant de très nombreux métiers et emplois au fil des siècles. Au 19eme siècle, avec le développement des forges nécessitant de plus en plus de bois, l’activité forestière est telle, qu’elle suscite des convoitises et oblige à la création de maisons forestières où logent à plein temps des gardes habilités. C’est ainsi que la maison forestière du Prat del Reyvoit le jour en 1863, date encore mentionnée sur son fronton. Le brigadier garde la forêt mais reçoit également les nombreux visiteurs. La maison du Prat del Rey dispose d'un poulailler, de son propre jardin potager et est entourée de vergers. Les 18 et 19eme siècle étant en plein essor dans toutes les sciences de la nature, la forêt est amplement fréquentée par un grand nombre de scientifiques (botanistes, géologues, zoologistes, naturalistes, entomologistes, etc…). L’épouse du brigadier concocte les bons petits plats pendant que son époux est occupé à de très nombreuses tâches. qui vont bien au delà de la simple surveillance forestière. Sur Internet, de nombreuses cartes postales prises dans la forêt des Fanges à la fin du 19eme et au début du 20eme siècle permettent de se faire une idée de l’activité forestière et de la maison des gardes. Avec sa centaine d’avens, ses très nombreux sentiers, chemins et pistes, la forêt des Fanges est un paradis pour les spéléos, les randonneurs et les amoureux de la nature en général. On peut seulement regretter que la chasse s’y pratique encore malgré qu’elle soit gérée par l’Office National des Forêts et classée comme forêt de protection. En réalité, ce statut n’interdit pas la chasse et n’est là que pour garantir la conservation du territoire forestier et pas les animaux qui l’habitent. Rappelons enfin qu'une fange est un lieu boueux très liquide, cette toponymie pouvant s'expliquer par le fait qu'il y a un  grand nombre de dolines dans ce secteur.

     

    3) Félix Armand :

    Pour mieux connaître le curé de Saint-Martin-Lys sous forme de résumés, je vous renvoie sur les pages Internet qui lui sont consacrées sur les sites de la commune de Quillan en cliquant ici et sur celle de Limoux en cliquant là. L'essentiel y est mentionné. Moi, je garde de cet homme la phrase qu’il a écrite au ministre de l’Intérieur Jacques-Joseph Corbière à l’instant où celui-ci lui annonce qu’il allait être honoré de la Légion d’Honneur : « Voilà une faveur que je n’ai provoquée ni ambitionnée ; qui me la procure ? Je l’ignore complètement ; si j’avais l’honneur de connaître la personne, je me ferais un devoir de lui en témoigner ma reconnaissance. Toute mon ambition dans le travail que j’ai fait faire pour le chemin, mes peines, mes dangers n’avaient pour motif que le bien public et celui des mes paroissiens. Ni récompenses, ni faveurs, ni honneurs ne sont jamais entrés dans mon esprit. La gloire de Dieu et le bien du prochain, voilà mon ambition. ». Pour mieux le connaître encore, il faut lire les différents ouvrages qui lui ont été consacrés : « Vie de Félix Armand » de J.P de la Croix de 1837 et « Félix Armand, sa vie son œuvre » de Louis Amiel de 1859, les deux sont très anciens mais sont lisibles sur Google et enfin celui que j’ai lu dernièrement « Félix Armand et son temps – Un siècle d’histoire dans le Pyrénées Audoises 1740-1840 » de Louis Cardaillac. Rappelons que depuis le percement de cette fameuse route dans le défilé de Pierre-Lys, un tunnel porte le nom de « Trou du curé ». Voilà au moins un homme qui aura réussi à faire son trou dans l'Histoire, au sens propre et au sens figuré.....ils ne doivent pas être si nombreux dans son cas ?

     

    4) Le train oublié de Saint-Martin-Lys :

    Il s’agit de l’autorail X.4709 de type Caravelle ou EAD mis en service le 6 janvier 1976 et radié le 2 juillet 2010. Il fut exploité par la SNCF sur la ligne TER Rhône-Alpes à partir de la gare de Lyon - Vaise. En raison de l'âge de ces autorails de la série X.4630, la plupart avait été comme bien d'autres caravelles modernisées dans les années 2004 et suivantes. Le site Internet Lyonrail nous apprend que l'autorail X.4709 est modernisé et mis en réserves avec 2 autres trains. L'article est daté de 2013. Pourquoi est-il là ? Le site Wikipédia nous apprend qu’il fait partie des trains préservés au bénéfice de l’association « Train du Pays Cathare et du Fenouillèdes - TPCF ». Que signifie "préservés ? Attente d'une réfection ? Je n’ai rien trouvé de concret à ce sujet malgré la ribambelle de sites Internet consacrés aux trains. Le tunnel dans lequel il se trouve s’appelle le « tunnel des Oliviers ». En venant de Quillan, il est précédé du tunnel et du pont de Rebuzo, là même où j’ai pris des photos. Ces ouvrages sont situés sur la ligne Carcassonne/Rivesaltes. En raison des difficultés du terrain, cette ligne a été mise en service par tronçon : Carcassonne/Limoux en 1876, Limoux/Quillan en 1878, Rivesaltes/Saint-Paul de Fenouillet en 1901 et enfin Saint-Paul-de-Fenouillet/Saint-Martin-Lys/Quillan en 1904. La ligne voyayeurs de Quillan à Rivesaltes a été fermée dès 1939. Une ligne de bus l’a remplacée. En 1951, la route Quillan/Axat étant fermée suite à un éboulement, la voie ferrée retrouve de manière éphémère un peu d’activité. En 1955, cette voie est définitivement neutralisée pour cause de faible rentabilité et un coût bien trop élevé pour l’entretien de la ligne et de ses nombreux ouvrages d’art qui la jalonnent. Le tronçon n’est plus utilisé que pour le fret. Le tronçon Quillan/Saint-Martin Lys pour le fret a été déclassé le 26 décembre 1991. La gare de Saint-Martin-Lys, côté Axat et Rivesaltes, elle, est restée active jusqu’en juin 2015 mais au fil des ans, les fermetures successives de très nombreuses usines de pondéreux présentes dans le secteur ont définitivement eu raison de l’activité industrielle de cette gare. En 2016, la gare est déserte comme j’ai pu le constater.  Notons toutefois que depuis 2002, le trajet complet de Rivesaltes à l'ancienne gare de Saint-Martin-Lys est emprunté par les jolis trains touristiques rouges du « Train du Pays Cathare et du Fenouillèdes ».  L’autorail X.4709 attend-il d’être réparé pour entrer en fonction ou est-il définitivement mis au rebut ? Je n’ai pas la réponse à cette question.  Toutefois, des projets sont à l’étude pour que les trains touristiques de TPCF continuent leur voyage au-delà de Saint-Martin-Lys. Des associations de la Haute-Vallée de l’Aude se battent pour cette réouverture. La voie déferrée serait donc rouverte et amènerait les touristes français et espagnols jusqu’à Carcassonne par ce Pays de Sault si magnifique. Une deuxième vie de cette ligne en quelque sorte, ce qui permettrait de sortir cet autorail de ce sombre tunnel où il est entrain de périr. Le plus triste c’est qu’il périt à la fois du désintérêt que plus personne ne semble lui porter mais également des dépravations que lui font subir des saccageurs. Il serait temps de s'en occuper.

     


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    Diaporama agrémenté de la chanson "Caruso" de Lucio Dalla jouée et chantée par Lucio Dalla, l'Orchestre de chambre Arcangelo Corelli d'Aldo Sisilli et Luciano Pavarotti. (Extrait de l'album Pavarotti and Friends)

    Le Sentier de la Roche Insolite depuis Opoul-Périllos

    Le Sentier de la Roche Insolite depuis Opoul-Périllos 

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    8 jours après le « Sentier du myrte et du genévrier », retour à Opoul, pour un petit circuit pédestre que j’intitule « le Sentier de la Roche Insolite (*) ». Au temps vous prévenir de suite, cet itinéraire circulant au sein d’un vaste terrain militaire qu’on trouve sur la carte I.G.N sous la dénomination de « champ de manœuvres de Rivesaltes », il est vivement recommandé d’abandonner toutes idées de balades si vous apercevez le moindre soldat, le moindre véhicule couleur kaki ou tout élément ou matériel pouvant laissé penser à des déploiements ou à des exercices militaires. Dans le cas contraire, je sais que les risques peuvent être présents malgré tout, même si la zone est bien calme comme ce fut le cas en ce 13 avril 2017 et si la portion interdite de mon itinéraire est vraiment très réduite : 1,5 km tout au plus . Il y a le risque d’une forte amende pour avoir enfreint la loi et celui d’avoir la malchance de tomber sur une munition ou un engin non explosé, éventualité plutôt rare mais pas impossible. Alors prudence et regardez où vous mettez les pieds si vous devez y aller. Il existe la possibilité de demander une dérogation aux institutions militaires. Je précise que la roche est en dehors de la zone militaire et qu'il est donc possible de la découvrir lors d'un simple aller et retour. Mon erreur est d'avoir imaginé un circuit pour pouvoir terminer par la grotte de la Nantella, objectif secondaire de cette sortie. Tout ça, je l’ignorais au départ et ma curiosité est telle que j’ai sans doute enfreint la loi en voulant aller voir cette insolite roche que j’avais découverte sur le Net. Une formation géologique si remarquable que des ingénieurs géologues et géophysiciens de l’Université de Perpignan sont venus étudier avec beaucoup de professionnalismes prélevant au passage des échantillons aux fins d’analyses en laboratoire. Trois vidéos Dailymotion de ces observations, de ces prélèvements, de ces analyses et de leurs résultats sont visibles sur Internet. Vous les trouverez sur le site « www.opoul.com ». Pour être franc, ce n’est pas sur ce site-là que j’ai découvert cette roche pour la toute première fois mais sur un autre qui a pour adresse « www.chronodrome.fr ». En réalité, les liens renvoient vers "Chronodrome" mais vers des pages différentes. Chronodrome est un mot inexistant en français mais on peut le traduire en la « course du temps », du grec « chrono » signifiant « temps » et « dromos » signifiant « chemin ou course ». Chronodrome, c’est donc un site Internet mais également le nom d’une curieuse association dont l’objectif peut paraître un peu dingue de prime abord, mais pas utopique du tout quand on approfondit la manière de l’atteindre : utiliser un satellite pour laisser une trace quasiment ineffaçable de l’humanité présente. Ce satellite, on lui a déjà trouvé un nom : Keo ! Il sera mis en orbite et tournera autour de la Terre pendant au moins 50.000 ans. Chargé d’un maximum de données numérisées de toutes sortes et de toutes provenances et de messages divers représentatifs de toute l’humanité actuelle, il finira sa longue course et reviendra sur Terre au bout de son périple offrant ainsi aux terriens du futur, une belle idée de ce qu’étaient notre monde actuel et nos civilisations. Ce projet ambitieux a été avalisé par de très nombreux acteurs de la communauté spatiale mais voilà déjà plusieurs années qu’il est renvoyé aux calendes grecques, sans doute à cause de son coût élevé mais de sa rentabilité inexistante. De nos jours, on ne fait rien pour rien, et même si le futur de notre humanité est dans la corbeille de la mariée, il semblerait que la dot ne soit pas suffisante. Le site Wikipédia l’annonce pour 2017.  Nous y sommes mais 10 mois sont déjà passés ! Alors président Macron, êtes-vous disposé à investir dans notre futur ? Comme toujours le curieux invétéré que je suis a été intéressé par le programme Keo mais également par tout ce qu’il y a sur le site « Chronodrome » et c’est ainsi que je suis tombé sur cette fameuse formation géologique si insolite. Insolite car d’une forme circulaire quasi parfaite de 50 cm de diamètre, et donc en forme de hublot, dans lequel de nombreux mystiques n’ont pas manqué de s’engouffrer. Ils y voient un tombeau, du Christ pour certains bien évidemment, ou attribué à d’autres personnages parfois, une entrée vers un autre monde, un monde meilleur bien sûr, un accès possible vers un autre espace temporel ou l’éventualité d’un contact avec des extra-terrestres, la liste des échappatoires est longue mais jamais personne ne s’est procuré la clé pour pénétrer dans ce soi-disant passage virtuel mais surtout essentiellement minéral….Enfin je ne crois pas ! Voilà, ce que je me proposais d’aller voir en ce jeudi 13 avril. Le départ s’effectue à la côte 207 de la carte I.G.N, située sur la D.9, non loin d’Opoul en direction Vingrau. Sur le côté droit, il y a une citerne DFCI verte, déjà mentionnée lors de ma balade au Château de Salveterra. Cette fois, on va démarrer de l’autre côté de la route. Un vaste terre-plein permet de garer sa voiture. Je ne note pas d’interdiction particulière pour les randonneurs et la piste qui démarre en direction du lieu-dit Mas d’En Cabota ne fait qu’allusion à une piste DFCI 15 interdite aux véhicules des non-ayant droits.  Ici, en tous cas, pas de mention d’un quelconque terrain militaire que nous ne rencontrerons que beaucoup plus loin et beaucoup plus tard. Le large chemin descend dans le paysage de garrigue méditerranéen habituel puis à hauteur d’une citerne jaune se trouvant sur la gauche, l’itinéraire tourne à gauche, toujours sur la piste DFCI 15. Il faut surtout éviter de poursuivre tout droit. Les décors changent quelque peu, le chemin se colore de rouge et circule désormais entre les pins. Un peu plus bas, vers le lieu-dit la Bassetta, si les pins restent bien présents, une végétation de maquis partage cet espace aux pineraies. Sur notre gauche, le Serrat del Majoralet dresse ses futaies quasi impénétrables. Finalement un radier se présente enjambant le ruisseau de Robol. Asséché à cet endroit, je pars faire un tour dans son lit car de nombreux passereaux semblent y avoir élu domicile. Il faut dire que tout semble réuni pour les attirer et les maintenir. Il y a de petites vasques d’eau claires pour y boire et se baigner et d’autres plus minuscules et plus verdâtres retenant têtards mais surtout insectes de toutes sortes, tout ça au sein d’une dense végétation et d’un nombre incalculables de rochers où il est facile de se camoufler. Dany m’attend et en profite pour une pause pique-nique ensoleillée, toujours agréable en cette saison car la chaleur n’est jamais excessive. Au bout de presque une heure, j'ai seulement deux photos d'oiseaux réussies sur la douzaine de tentatives. Après cet entracte ornithologique et le pique-nique, nous repartons. Le chemin s’élève et laisse apparaître les premières vignes. Elles sont entourées de murets en pierres sèches aussi rouges pour la plupart que la terre du chemin. Quelques mètres plus loin, la roche insolite est là, sur la droite, et sa vision si soudaine, presque inattendue, nous laisse quelque peu circonspects. Ce n’est pas de la déception mais les images que nous avions vues sur le Net et gardées en mémoire nous laissaient imaginer un cercle au diamètre une peu plus important. Pour le reste, force est de reconnaître que ce cercle jaune ocre quasi parfait enchâssé dans une roche presque pourpre a un aspect plus qu’étonnant. On comprend mieux que des géologues aient pu s’intéresser à cette curiosité pour comprendre comment cette forme circulaire avait pu se produire. Que des illuminés y trouvent une quelconque raison de s'exciter, là je l’avoue, ça me laisse pantois ! Je veux bien que cette formation géologique soit vieille de -110 millions d’années mais est-ce une raison pour imaginer les plus fous et farfelus scénarios ? Après tout, les montagnes qui nous entourent ne sont-elles pas beaucoup plus anciennes ? Enfin, moi aussi je joue aux hurluberlus en essayant de pousser cette mystérieuse porte minérale, photo à l’appui. Après la découverte de notre principal objectif, nous poursuivons la boucle. Enfin, nous essayons car au virage suivant, plusieurs pistes se présentent. J’en dénombre au moins trois sans compter de petits sentiers descendant dans le ravin de Malevent. Un coup d’œil sur mon bout de carte I.G.N et nous voilà fixés et rassurés, c’est le premier chemin qu’il faut prendre, celui qui file vers le nord. Il monte dans une pinède touffue, composée de petits arbres souffrant d’une plantation bien trop serrée où le soleil a du mal à pénétrer. De ce fait, la photosynthèse a du mal à s’effectuer et de nombreuses branches sont déjà sèches, et seuls les faites présentent un peu de verdure, une verdure d’autant plus amoindrie que les chenilles processionnaires sont déjà bien présentes, organisant leurs dégâts deci delà.  Au bout de cette pinède, l’itinéraire débouche devant une espèce de auvent en tôles ondulées couvrant partiellement une petite mare.  Quelle n’est pas notre surprise de tomber nez à nez avec un rapace nocturne dormant sur une poutre du auvent ? Le temps qu’il réalise que nous sommes là et je l’ai déjà figé dans mon numérique. Je suis ravi de ce cliché car c’est bien la première fois qu’une telle manifestation ornithologique se produit devant mon appareil photo. Le temps d’une seule photo et il décolle dans notre direction, déployant ses ailes impressionnantes, pour un vol lourd et bruyant, si lourd, si bruyant et si impressionnant qu’à son passage nous baissons machinalement la tête alors qu’il est déjà bien haut. La photo m’apprendra plus tard qu’il s’agit d’un Hibou grand-duc ou Grand-duc d’Europe, volatile plutôt abondant dans les Corbières mais prédateur d’autres oiseaux y compris d’autres rapaces nocturnes plus petits que lui. En réalité, il mange de tout, n’est pas difficile dans ses goûts et je me demande même si sa présence près de cette mare n’est pas essentiellement alimentaire, cette dernière contenant de nombreux gros têtards. Après cette belle surprise, nous poursuivons la montée et finalement, atterrissons sur la crête d’une colline où les vues s’entrouvrent enfin. Le large chemin laisse la place à un sentier rocailleux. Les reboisements de pins cessent et la garrigue prend le relais. Ici le calcaire et la garrigue sont rois. D’un côté, vers le nord, c’est le Planal de la Salina, petite plaine alluvionnaire que le ruisseau de Robol a modelé et de l’autre, vers le sud, il y a des combes et d’autres collines blanches que ce même ruisseau tout en méandres a continué de façonner. Malgré ça, la proche vision reste limitée car la végétation écrase tous les reliefs. Au loin, on aperçoit Salveterra et les ruines de son château perché sur le plateau. Encore plus loin, c'est le Montolier de Périllos et sa station radar. Ici, le premier panneau « terrain militaire – défense d’entrer N°63 » se présente avec ses avertissements d’usage « tirs en cours – danger de mort » et « articles 413-5 et R-644-1 du Code pénal ». Alors, on s’arrête sur l’instant puis on s’avance un peu car les vues sont telles que le moindre mouvement militaire serait inévitablement visible puisque ici les arbres ont disparu et la végétation se résume à un maquis plutôt bas. Tout n’est que silence autour de nous et la moindre détonation d’armes de guerre  s’entendrait à des kilomètres à la ronde. Il n’y a pas de militaires, c’est un fait. A moins de faire demi-tour, il n’y a pas d’autres sentiers alors on continue un peu car le sentier descend dans une combe. Je m’arrête pour jeter un coup d’œil à mon bout de carte I.G.N et constate que la départementale 9 n’est plus très loin, ayant déjà accompli au moins les 2/3 de cette courte balade. Alors, on continue en pressant un peu plus le pas, un peu par crainte d’avoir enfreint une interdiction mais beaucoup par peur d’une amende sans doute inévitable en cas d’un éventuel contrôle. Mais non, tout est calme et seul le chant de quelques oiseaux de garrigue et le bruit de quelques voitures sur la D.9 rompt ce savoureux silence. Finalement, après être descendus sur un sentier très caillouteux, nous débouchons au Planal de la Salina, à l’endroit même où un pont de la D.9 enjambe le correc de Robol. Je me souviens de ce pont et de la grotte de la Nantella se trouvant à proximité. Je l'avais découverte l'an dernier lors de ma balade au château de Salveterra. Alors, je propose à Dany d’aller découvrir cette étonnante « cauna », site d’autant plus singulier qu’il est assez perdu et régulièrement squatté par des vagabonds. Il n’est donc pas recommandé pour une femme seule. En effet, ce lieu, insolite lui aussi, mi-grotte, mi-cortal en ruines, est régulièrement habité par des S.D.F comme le prouvent les nombreux vestiges d’une occupation plus ou moins récente : matelas, canapé, vêtements usagés et  restes de bivouacs. Dany soulève les mêmes interrogations que celles que je m’étais posées quand j’avais découvert cette grotte pour la première fois : A quoi pouvait bien servir cette bâtisse dans ce lieu si âpre situé au bord de ce ruisseau le plus souvent asséché ? La question reste en suspens car toutes mes recherches sur le Net n’ont rien donné. Il ne reste plus qu’à rejoindre la côte 207 où se trouve notre voiture, beaucoup par la D.9 et un peu dans la garrigue par un raccourci peu évident mais présentant l’avantage indéniable de quelques photos florales et fauniques permettant de finir en beauté et dans la nature. Les fleurs sont belles et colorées. Elles ont pour noms glaïeuls sauvages, ophrys, coquelicots, céphalanthères, liserons. La faune se sont quelques papillons et criquets qu’une météo printanière favorable a fait sortir de leurs cocons et de leurs oothèques. Il y a aussi des serins d'un jaune bien évidemment "canari". Pour Dany, une autre belle nature reste à découvrir : le genévrier séculaire de la Vall Oriola que j’avais découvert tout seul, il y a 8 jours. Nous voilà donc partis vers la Belle Auriole, mais en voiture cette fois….alors bien évidemment je ne vous raconte pas….. Cette balade à la « roche insolite » est longue de 6 km environ pour de modestes montées cumulées de 300 mètres et un dénivelé de 76 m. Des chaussures à tiges hautes sont fortement conseillées à cause des caillasses qui sont le revêtement principal. Carte I.G.N 2547 OT Durban – Corbières - Leucate Top 25.

     

    (*) Roche insolite d’Opoul : Si l’on veut décrire de manière assez simple cette curiosité, on peut dire qu’il s’agit d’une roche d’origine sédimentaire s’inscrivant dans un faciès calcaire argilo – gréseux. Elle date de la période géologique que l’on appelle le crétacé inférieur aptien, formation estimée entre moins 108 et moins 114 millions d’années. Comme très souvent dans le calcaire, on y trouve quelques cristaux de quartz et des filons de calcite. Selon leur teneur en calcaire, on attribue à ces roches sédimentaires des terminologies différentes (calcaire, marne, argile) voire la réunion de deux d’entre-elles (calcaire argileux ou argile calcaire). Dans le cas présent, la forme cylindrique contient un peu plus de grès (grains de sable consolidés) que l’enveloppe qui l’entoure, laquelle contient plus d’argile. Son aspect insolite, elle le doit bien évidemment à sa forme circulaire quasi parfaite de 50 cm de diamètre et aux couleurs bien différentes des deux structures, le cercle presque ocre et la roche tout autour couleur lie de vin voire presque pourpre à certains endroits.


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  •  Ce diaporama est agrémenté de 5 musiques du compositeur Alexandre Desplat tirées du film de Terrence Malick "The Tree of Life", "L'Arbre de la vie" en français. Dans l'ordre de leur écoute, elles ont pour titre "Motherhood", "Skies", "River", "Clouds" et "Emergency of life".

    Le Sentier du myrte et du genévrier depuis le château  de Salveterra (Opoul-Périllos)

    Le Sentier du myrte et du genévrier depuis le château  de Salveterra (Opoul-Périllos)


     

    J’ignore pourquoi mais chaque fois que je vais randonner du côté d’Opoul, la tramontane est déchaînée. Une simple mais troublante coïncidence sans doute. 80, 90, 100 km/h, je ne sais pas mais une chose est sûre, ça décoiffe. Bon d’accord, je n’ai pas beaucoup de cheveux mais ce n’est pas une raison ! C’est le cas en ce 5 avril 2017 quand je laisse ma voiture au pied des ruines du château de Salveterra, au bord de la petite route filant vers le hameau de Périllos. Sur ma carte I.G.N,  j’ai dessiné une boucle, laquelle passant par le Serrat de la Murtra, doit m’amener vers Périllos, puis bien après, vers la Vall d’Oriola où paraît-il se trouve un genévrier multi séculaire. Vénérable est le terme le plus souvent employé. A son propos, circulent les chiffres les plus fous. 4 à 5.000 ans pour certains mais au moins 2.000 ans pour les botanistes. Sa circonférence est de 4,60 mètres et encore, les avis sont également divergents selon la méthode employée pour le mesurer. Il aurait même obtenu un label « arbre remarquable de France » par l’association A.R.B.R.E.S qui se charge de répertorier tous les arbres exceptionnels de France méritant des mesures de protection et de sauvegarde.. Il faut le voir pour le croire, voilà ce je me suis dit quand j’ai appris son existence. Un ancêtre en tous cas, que l’on peut aborder en voiture, mais comme très souvent quand il s’agit de découvrir, ma préférence est allée en priorité vers l’approche pédestre.  Il y a donc plusieurs objectifs à cette longue balade que j’intitule assez naturellement le « Sentier du Myrte et du Genévrier », le mot catalan « Murtra » signifiant « myrte », qui comme chacun sait, est une plante aux multiples attraits, médicinaux mais gustatifs aussi, servant par exemple à la confection d’infusions digestives, de liqueurs ou bien à parfumer des viandes en sauce. A ce propos, notons d’ailleurs de nombreuses similitudes avec les baies de genièvre, fruits du genévrier, utilisées depuis très longtemps en médecine, pour ses propriétés digestives, dans la fabrication d’alcools et en cuisine.  Je viens d’enfiler mes godillots, d’harnacher mon sac à dos et démarre d’un petit collet séparant les lieux-dits Coma del Mir et Planal del Sorbier, ce dernier étant le premier jalon qu’il me faut franchir sur la carte I.G.N. La tramontane est si forte que parfois je recule au lieu d’avancer, pourtant le chemin que j’emprunte est tout en descente. Ma casquette, que j’ai pourtant pris soin de visser très fort sur ma tête, s’envole très loin derrière moi et je suis déjà contraint de rebrousser chemin pour aller la rechercher. Ce n’est pas tant pour sa valeur, ni pour mes cheveux et encore moins pour ma coiffure, étant plutôt dégarni. Non, je n’ai rien de tout cela, mais à vrai dire, je crains les premiers coups de soleil sur la « cabeza ».  A l’instant où je récupère ma casquette, j’en suis presque à me décourager et à deux doigts de faire demi-tour car je me dis que « marcher avec un tel vent toute la journée sera inéluctablement très désagréable ». J’insiste néanmoins, remplace ma casquette par un bonnet ayant moins de prise au vent et là, ô surprise, la tramontane faiblit au fur et à mesure que je descend dans un paysage de garrigue. Une garrigue déjà très fleurie. Comme toujours, je démarre un inventaire végétal photographique : ajoncs, prunelliers, thyms et romarins, sont les plantes fleuries les plus présentes et donc visibles, avec quelques crépides jaunes et de petits bouquets de muscaris bleus. Mais en cherchant bien, d’autres fleurs plus rares se font jour au regard du curieux que je suis. Le vent n’est pas propice aux clichés des petites fleurs car elles sont ballottées en tous sens alors je n’insiste pas. Quelques oiseaux et papillons occupent cette végétation et s’envolent à tire d’ailes lors de mon passage. Impossible de les photographier eux aussi, la force du vent me déstabilise et empêche tout cliché nécessitant une immobilité parfaite. C’est le cas de la photo animalière et quand je dis « qu’ils s’envolent à tire d’ailes », ce n’est pas vraiment la bonne expression, car en réalité et dès lors qu’ils s’élèvent, ils sont, pour la plupart, emportés comme des fétus de paille par la violence des bourrasques. Les grives et les alouettes sont les plus reconnaissables car celles qui s’opposent le mieux aux rafales. Ailes déployées, elles luttent et se posent quelques mètres plus loin. Idem pour un couple de perdrix que le vent ne semble pas freiner dans leur quête à s’éloigner de moi. Quelques battements d’ailes lourds et bruyants et les voilà déjà, 100 mètres plus loin au fin fond d’une ravine. Le vent faiblit toujours car le large chemin continue de descendre dans un vallon dominé par le Serrat de la Murtra. Cette colline sert de paravent. J’atteins et enjambe une petite combe asséchée puis le chemin remonte en direction d’une vaste ruine. C’est le Cortal de la Murtra. Des panoramas se dévoilent sur d’autres ravines entourées de basses collines. Au fond de l’une d’entre elles, et sur un terrain limoneux et dénudé, un vignoble rectangulaire aux souches parfaitement alignées détonne dans ce paysage disloqué de maquis. Derrière la ruine, un étroit sentier prend le relais du large chemin, et toujours à l’abri du vent, s’élève en douceur sur le flanc est du « serrat ». Il est jalonné de nombreux cairns, petits et grands,  faciles à ériger, tant les cailloux sont sur le sol le revêtement le plus commun. J’ajoute mes propres pierres aux édifices déjà constitués. Au sein de cette minéralité croissante, une flore nouvelle apparaît. Les magnifiques orchis géants en sont les plus beaux représentants mais il y a aussi de nombreux pieds d’ajoncs et de luzerne aux fleurs d’un jaune flamboyant ainsi que des prunelliers aux jolies petites fleurs blanches. Il vaut mieux éviter de se frotter à ces derniers arbustes à cause de leurs épines noires dont elles tirent leur autre nom. J’y observe les premiers plants de « murtra », le fameux myrte qui donne enfin un sens au patronyme de cette colline essentiellement calcaire et donc bicolore. Le blanc du calcaire et le vert de la végétation, sous un ciel que la tramontane tente de colorer d’azur, je trouve ça beau. Le vent faiblissant au fil du jour, les nuages resteront présents, s’étiolant parfois ou bien devenant carrément menaçants au fil de leur passage du nord-ouest vers le sud-est. Là où je me trouve, il fait très beau pour l’instant et c’est bien là l’essentiel, mais au loin, au sommet de la colline du Montolier, une longue écharpe nuageuse s’accroche à cette modeste élévation à 717 mètres d’altitude. Dans cet horizon grisâtre, apparaît le globe opalin de la station radar. Lors d’une jolie et ludique balade au départ de Périllos, j’avais gravi cette colline voilà 2 ans. D’ailleurs, en contrebas et sur ma droite, je reconnais la minuscule chapelle Sainte Barbara, également découverte en cette occasion. Le sentier s’aplanit quelque peu et soudain, au bout du « serrat », le hameau de Périllos semble surgir de la garrigue comme une étrange apparition. A cet instant, me reviennent à l’esprit, les nombreuses lectures le plus souvent mystiques à son propos. Il faut dire que vu d’ici, avec la tour ruinée de son vieux château et le clocher-mur de son église romane, il a tout du hameau fantôme.  Ces premiers éléments sont les plus apparents et le peu de vie autour, voire l’absence totale de toute humanité pendant de longues années, ont probablement contribué à ce mysticisme. Quelques petites sauges échappées d’un jardin colorent de mauves les bas-côtés du sentier. Avec les moutardes sauvages aux fleurs jaunes, elles forment de très beaux massifs.  Le minuscule village est rapidement là, mi-magnifiquement restauré, mi-toujours ruiné. J’en apprécie toujours les quelques textes, de bienvenue ou historiques, écrits à l’attention des visiteurs.  C’est une belle initiative que malheureusement on ne rencontre que trop rarement dans les hameaux. Les premiers occupants que j’aperçois se résument à des volées de moineaux et à des rouges-queues noirs plus solitaires jouant sur les toitures et les murets. Or mis, quelques menues restaurations nouvelles, rien n’a vraiment changé depuis ma dernière venue, alors je n’ai pas vraiment envie de m’éterniser. Je me contente d’une nouvelle visite, presque au pas de course, que seules quatre dames très sympathiques arrivent à enrayer. Tout comme moi, elles déambulent dans le hameau. Une conversation s’engage, au cours de laquelle j’apprends que la plus âgée des quatre, qui est sans doute nonagénaire,  a fait jeunesse ici et y a longtemps vécu, avant de déménager sous d’autres cieux, poussée par un exode rural inéluctable. Les autres dames, un peu plus jeunes, la soutiennent et de ce fait, je comprends aisément que notre rencontre et notre conversation ne soient pas leur priorité. Je ne les retiens pas plus que ça et préfère les laisser partir vers leur quête de souvenirs. Des souvenirs pour cette très vieille dame qui se balancent sans doute entre les bons de son enfance et de plus douloureux liés au déracinement ultime. Je me souviens avoir lu bien des raisons et bien des calamités à cette désertification lente mais inexorable de Périllos : le phylloxera à la fin du 19eme siècle, la guerre de 14/18, la grippe espagnole, puis de nouveau la guerre de 39/45, la sécheresse et l’éloignement. Eloignement de la révolution industrielle et de l’urbanisation des villes. Loin des grands axes routiers et économiques, il n’en fallait pas plus et le hameau a vu partir son dernier habitant en 1970. Aujourd’hui le milieu associatif solidaire s’évertue à tenter de lui redonner un peu de vie. Un « hostal », c'est-à-dire une auberge, en est la preuve même si elle est fermée à la mauvaise saison. Je poursuis ma balade toujours grâce au tracé G.P.S que j’ai enregistré. Il m’entraîne en contrebas du hameau, en direction de la route bitumée que je délaisse très vite au profit d’un chemin bien évident qui se faufile au milieu des buis puis de hauts genévriers. Depuis ce chemin, je surprends un énorme sanglier. Il déboule dans les éboulis d’un ravin se trouvant en contrebas et s’engouffre sans coup férir dans des bosquets où il disparaît. Au même instant et au même endroit, un rapace s’élève dans le ciel et j’en suis à me demander si les deux épisodes fauniques ne sont pas liés. Le rapace, sans doute une buse, a-t-elle dérangé le sanglier dans son sommeil ou peut-être est-ce le contraire ? Le parcours descend dans ce petit ravin, la Coma d’En Canaval, puis remonte aussitôt, ôtant toute monotonie et le transformant en une courte mais rude « montagne russe ». La dernière de ces montagnes offre quelques paysages nouveaux presque à 360 degrés. Vers la Serre de Vingrau, vers  Périllos dont la vision d’ici est bien différente et plus loin, vers la colline tabulaire de Salveterra » où a été érigé le château d’Opoul. Cette dernière image me donne une petite idée du chemin déjà parcouru. Très étonnamment, si la garrigue reste typiquement méditerranéenne, la végétation a quelque peu changé et j’observe par exemple et pour la première fois, des cistes cotonneux et des lauriers-tins, tout deux fleuris. Ici, les plants de ciste sont très nombreux et entièrement recouverts de ces fleurs roses si belles mais qui ont toujours cet aspect chiffonné si curieux. Il y a aussi des euphorbes, de minuscules jonquilles  jaunes et des tulipes sauvages orange. Les buis, les genévriers, les nerpruns, les pins sont également plus nombreux mais dans l’ensemble cette végétation reste plutôt rase. Un œil sur mon bout de carte I.G.N pour constater que l’eau a toujours été une obsession et si les combes sont nombreuses, elles sont le plus souvent asséchées. Elles ne se remplissent et s’écoulent que lors d’orages violents mais à condition qu’ils soient durables dans le temps. L’Aiguera de Nyerra, les Aiguerasses, la Font de l’Ase, la Fonteta, autant de noms qui sont le reflet de l’importance de l’eau et de cette hantise à en manquer.  Dans les Corbières, de l’eau il y en a beaucoup, mais elle est souterraine et si on en veut, il faut aller la chercher, parfois très profondément. Ici, le sourcier était le sorcier. On l’appréciait mais on le craignait. La crainte était qu’il ne trouve pas l’eau tant espérée. Un puits asséché était considéré comme un grand malheur. L’exode rural n’est pas étranger à ces difficultés d’approvisionnements en eau et les quelques bergeries en ruines qui parsèment mon parcours sont les témoins abandonnés de ce passé, loin d’être simple. Il est 12h30, je m’arrête à proximité de l’une d’entre elles. Il s’agit du Cortal Botet. Envahi par la végétation, il m’offre un ombrage propice au pique-nique envisagé et quelques pierres gisant à terre pour y poser mes fesses.  La tramontane a carrément cessé. Les oiseaux sont de sortie mais les photographier reste compliqué car le chant de mes appeaux ne semble pas convenir à ceux qui logent ici, dans les arbres et les murailles. Du coup, je pars à l’aventure, sandwich en mains pour tenter d’en surprendre quelques uns. Une mésange et un bruant sont les perdants de cette partie de cache-cache. J’abandonne le cortal. Les papillons se font plus présents et si la plupart se résument à de gros et beaux Flambés, qu’elle n’est pas ma surprise de découvrir pour la première fois autant de « Proserpines ». Je me souviens que la dernière fois où j’avais photographié cette jolie espèce bariolée de blanc, de rouge et de noir, c’était lors d’une balade à la « Trancade d’Ambouilla », non loin de Villefranche-de-Conflent. Le spécimen aperçu et photographié était plutôt décati car sans doute en fin de vie. Ici, je suis ravi,  car ces superbes papillons volent en tous sens, et en plus ils semblent peu craintifs, se posant sur de nombreux supports, minéral ou végétal. Au loin et en contrebas, j’aperçois la Vall d’Oriola, les toitures rouges de ses quelques bâtisses et ses vignes qui l’entourent sur sa partie nord. Au beau milieu de l’une d’elles, j’y distingue clairement le genévrier séculaire. Un rapproché photographique me le confirme, « oui, il semble bien que ce soit lui ! » Il ne me reste plus qu’à partir à sa découverte. Le chemin est désormais tout en descente et atteindre la « Belle Auriole » en traversant le lieu-dit l’Iglesieta n’est qu’une simple formalité. L’Iglesieta, signifiant « petite église », je suis étonné de n’avoir rencontré en chemin aucun vestige d’un vieil édifice religieux, à moins que le nom fasse référence à cette petite chapelle que je découvre ici au Vall d’Oriola, dédiée à Saint-Joseph.  Parmi les panonceaux indicatifs, il y a celui mentionnant le « Vieux Genévrier », alors je traverse la propriété déserte sans trop me poser de question, entrant même dans la minuscule chapelle, toujours entraîné par ma curiosité immodérée. Je m’assoie et y médite de très longues minutes, sans prier, mais en ayant comme très souvent en pareil cas de tendres pensées pour les êtres qui ne sont plus de ce monde mais qui continuent à être chers à mon coeur. Après cet instant de recueillement, le vieil arbre n’est plus très loin et de surcroît, un vigneron occupé à des replantations m’en  indique gentiment le plus court chemin. Après quelques courts zigzags dans la garrigue, le genévrier est effectivement là, incroyablement majestueux,  car solitaire au milieu du vignoble. Ma première réflexion est de me dire « mis dans un petit pot, quel extraordinaire bonsaï il ferait ! » et il serait sans contestation aucune, « le plus beau de ma collection ! » mais aussitôt une deuxième pensée me traverse l’esprit : « comment cet arbre a-t-il pu si durablement et si magnifiquement franchir tous les affres du temps ? ».  Je ne vois qu’une explication à cette interrogation. Toutes les personnes qui l’ont côtoyé ou croisé, l’on trouvait si remarquable et si admirable que personne n’a jamais osé s’en prendre à lui et l’abîmer. Oui, vénérable est le terme le mieux approprié car il inspire le respect. Plus tard, le père du propriétaire de la « Belle Auriole », parlant de lui, me dira qu’il pense qu’il était déjà là au temps des Romains et que très probablement, il se trouvait au milieu d’un vignoble déjà existant. Alors, ils n’étaient pas si fous que ça les Romains qui ont trouvé que cet arbre ne gênait en rien la culture de la vigne ! Sa vision plus proche ne fait que confirmer ce que l’on pense de loin. Il est très beau. Creux pour ne pas dire caverneux comme la plupart des vieux arbres qui ont souffert du temps et de la sécheresse. Noueux à souhaits, son écorce entièrement rainurée est bien celle du genévrier mais elle a un aspect parfait et lisse que n’ont pas les arbres plus jeunes dont la surface des branches est rêche. Ici, les branches sont bien épaisses et donc solides, avec cette ramification et cette coiffe végétale quasi irréprochables, ce petit air penché que des siècles de tramontane lui ont donné, lui offrant ainsi un port si naturellement somptueux. Un vrai « bonsaï » grandeur nature que les hommes ne sont capables de reproduire qu’artificiellement, à l’aide de matériels et de techniques de « tortures » infligées aux arbres qu’ils manipulent. Le fan de « bonsaïs » que je suis sait que l’aspect sec ou mort s’appelle « jin » ou bien « sharimiki » et consiste à ôter de force mais toujours avec prudence l’écorce du tronc qui est censée protéger l’arbre. Les branches, penchées ou tortueuses,  sont obtenues grâce à des poids où à des liens en cuivre que l’on laisse un temps suffisant pour qu’elles prennent les formes voulues. Les genévriers se prêtent bien à toutes ces techniques, mais ici, rien de tout ça. Tout est naturel et ç’est bien cela qui est si beau et si insolite en sus de son âge hors du commun si prodigieux. La Nature est la plus douée des artistes, je le savais déjà mais voilà un bel exemple supplémentaire ! Avant de repartir, je ne peux m’empêcher de le photographier sous toutes les coutures, puis je m’assoies en m’adossant à son tronc, occasion d’y manger une compote, mais surtout prétexte à recueillir un peu de son énergie et de sont influx qui lui ont permis de traverser les siècles. Je ne sais pas si c’est vrai mais j’ai lu ça il y a peu de temps : « se mettre en contact avec un arbre par en recueillir un peu de sa vitalité ». Toujours incrédule à ce genre de choses, je me dis que l’arbre est si exceptionnel que ça ne coûte rien d’essayer. « Auprès de mon arbre, je vivais heureux, je n’aurais jamais du m’éloigner de mon arbre.... » chantait Brassens et je pense que les propriétaires de la Belle Auriole doivent la fredonner souvent cette chanson. Heureux de cette belle découverte, je m’éloigne du vieux genévrier en traversant une vigne et en rejoignant une piste dont un panonceau m’a appris qu’elle se dirigeait vers Vingrau. Au milieu de cette vigne, mon regard est tiraillé entre le vieil arbre qui s’éloigne derrière moi et les nombreux oiseaux très occupés à se délecter des graines de graminées que la tramontane a jeté à terre. Je fais le choix de m’intéresser aux deux en les photographiant. Force est de reconnaître que l’arbre est un modèle plus docile. Je retourne vers la Vall d’Oriola et me venge sur quelques oiseaux qui gambadent sur un petit amas de fumier et de copeaux de bois. Sous d’immenses pins, sans doute séculaires eux aussi,  j’ y rencontre en cette occasion le père du propriétaire. Or mis la conversation déjà évoquée à propos de l’ancienneté du genévrier, j’apprends qu’il vient aider son fils dans quelques travaux de restauration. Outre l’activité vinicole et agricole, son fils s’est spécialisé dans la fabrication et la distribution de spiruline, cette algue si vivifiante paraît-il. Quand à la « Belle Aurore », elle fait gîte et chambres d’hôtes, non sans difficultés car l’électricité n’est obtenue qu’à l’aide d’éoliennes et surtout de panneaux solaires qu’il faut acheter, installer, maintenir et rentabiliser car il s’agit d’un lourd investissement. Quand à l’eau et comme je le disais plus haut, elle continue à être une denrée rare dans ce secteur des Corbières. Je quitte ce lieu si agréable car si paisible, qui se veut si loin du monde et de la civilisation. Un monde et une civilisation qu’il faut néanmoins séduire et attirer car  il faut y survivre et ce n’est sans doute pas facile. J’emprunte la route asphaltée. Un couple de touristes un peu paumés arrête leur voiture à ma hauteur : « Bonjour Monsieur, il se trouve où le vieil arbre ? ». Je leur indique le chemin tout en pensant qu’un gros travail de marketing, bien en profondeur,  doit être accompli avant que la « Belle Auriole » devienne un lieu bien plus connu et fréquenté pour autre chose que son genévrier. Après tout, c’est bien à cause de l’arbre que je suis là moi aussi ! Je ne suis pas un spécialiste mais je verrais bien le genévrier comme logo d’une campagne publicitaire en faveur du gîte mais d’un autre côté, je me dis que ça serait faire prendre un risque à ce trésor végétal qu’il faut impérativement préservé de toute agression. Notre monde est si fou ! Dans un pré bordant la route, deux superbes chevaux retiennent mon attention et celle de mon numérique. Ils tournent la tête mais restent indifférents à mon passage préférant mastiquer du foin qu’en faire. Dans ce coin si silencieux et si pacifique, je les comprends. Mon G.P.S m’intime de partir à gauche sur un large chemin qui entre à nouveau dans le maquis. Des alouettes sautillent dans ce qui ressemble à un ru asséché. Quelques mètres plus loin, valse hésitation car une intersection se présente mais par bonheur, deux randonneuses, à peine entrain de déjeuner, m’indiquent le bon chemin qui est censé rejoindre le château et donc la ligne d’arrivée. Je les écoute et leur fait confiance tant elles semblent sûres de leur fait. Je leur fais d’autant plus confiance que mon G.P.S est indécis et imprécis et en outre, je n’ai pas trop envie de m’éterniser car l’énorme molosse qu’une d’entre-elles tient seulement par le collier a l’air grognon. Il grogne en m’observant fixement, naseau en l’air, gueule ouverte, crocs apparents et babines gluantes. Il est très dissuasif et je comprends que ces deux jeunes dames n’aient aucune crainte à se promener toutes seules dans cette garrigue si déserte. J’appréhende que sa maîtresse en perde le contrôle car à coup sûr il se jetterait sur moi. Du coup, je les remercie et les quitte sans tarder et en accélérant le pas, pourtant la pente qu’il me faut gravir est de très loin la plus sévère de la journée. Si sévère qu’arrivé à son terme, je m’allonge tout essoufflé contre un vieux muret en pierres sèches, bien à l’abri de la petite brise qui a remplacé la tramontane. J’en profite pour finir les restes de mon casse-croûte sous les circonvolutions d’un épervier. Quelques vues s’entrouvrent magnifiquement, sur la mer et le Canigou enneigé et comme le terme de cette balade n’est plus très loin, j’exploite au mieux cette pause ensoleillée. Quelques minutes plus tard, accompagnées de leur gros chien, les deux serviables randonneuses arrivent vers moi. En les voyant approcher, je me dis qu’à coup sûr, le molosse va se ruer sur moi mais non, une laisse agrémentée d’une longe l’en dissuade et d’ailleurs, sans doute trop occupé à flairer des odeurs animales, il passe sans aucun regard vers moi.  Ouf ! Ma mémoire est toujours vivace et elle garde profondément enfouie les deux expériences où j’avais été confronté à de redoutables dobermans. Tout s’était bien terminé les deux fois, mais l’expression bien connue : « N'est pas sage qui n'a pas peur », je la fais mienne. Je termine cette balade par un feu d’artifice photographique floral car ici les fleurs sont légions : centranthes, muscaris, ails roses, narcisses, phalangères, laitues, cynoglosses, lamiers. Un bouquet final que je clôture par l’étrange photo d’une voiture complètement rouillée, déjà vue ce matin, et dont je me demande encore comment elle a pu atterrir ici, si loin dans ce désert essentiellement rocailleux et végétal ? J’en cherche en vain la marque et je repars. Le col, où j’avais tant lutté contre le vent pour démarrer cette randonnée, est là, à quelques encablures. Une faible brise me pousse vers lui. Le Roc Redon, est là, sur ma droite, mais bien trop loin du sentier pour que l’envie de m’y rendre se matérialise. Il s’agit d’un insolite bloc rocheux solitaire servant en même temps de cabane et de lieu de varappe pour débutants. J’ai lu également qu’il y aurait une citerne, l’eau remontant d’un puits souterrain naturel. Finalement, je garde cette découverte pour une prochaine fois et je continue me disant que j’ai bien fait de ne pas m’être laissé intimider par la tramontane et d’avoir insisté tant j’ai pris plaisir à cette jolie balade. Telle qu’expliquée ici, errements inclus, elle a été longue de 13,4 km pour des montées cumulées de 532 mètres. Le dénivelé est de 184 m entre le point le plus bas à 216 m sur la route menant au Vall Oriola, non loin du Cortal Sanyes et le plus haut à 400 m au lieu-dit Les Ières sur le Serrat de la Murtra.  Carte I.G.N 2547 OT Durban – Corbières - Leucate Top 25.


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  • Diaporama agrémenté de la musique d'Ennio Morricone "Il était une fois dans l'ouest", titre original

    "C'era une volta il west" et bande originale du film de Sergio Leone de 1968 "Once Upon a Time in the West" .

    Notre-Dame de Coral en boucle depuis le col d'Ares (Prats-de-Mollo)

    Notre-Dame de Coral en boucle depuis le col d'Ares (Prats-de-Mollo)

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    Cette magnifique randonnée vers l'ermitage Notre-Dame de Coral au départ du col d’Ares, réalisée le jeudi 30 mars 2017, est le résultat d’un double fondement. Le premier est d’être passé au col d’Ares le dimanche auparavant pour une virée en Espagne et là, nous avons été scotchés par les panoramas époustouflants que nous embrassions à 360 degrés sur les montagnes enneigées.  Vers le nord, il y avait bien sûr l’inévitable Massif du Canigou, la montagne la plus imposante et la plus resplendissante d’entre toutes, avec comme assise, la longue crête des Esquerdes de Rotja, également toute de blanc vêtue. Vers le nord-ouest et du haut de ses 2.465 mètres, le pic de Costabonne, pyramide immaculée toute proche, était le maître incontesté d’un long chapelet de sommets se perdant dans l’infini de la chaîne pyrénéenne. La meilleure vision que l’on pouvait en avoir était le Mont Falgas, sommet à 1.610 m d’altitude dominant le col et servant à la fois de borne géodésique et de frontière. France Espagne ou Espagne France, ici la frontière avait connu les pires détresses, les pires souffrances, les pires horreurs en 1939 avec la Retirada mais aujourd’hui peu importait, ici comme ailleurs, seule la beauté avait repris ses droits, n’ayant jamais eu de démarcation. Nous en profitions. Ces belles visions avaient commencé en voiture, et tout en montant vers le col depuis Prats-de-Mollo, nous nous sommes arrêtés une demi-douzaine de fois pour observer ce spectacle grandiose. Il faut dire que le temps était superbe et que le blanc des montagnes contrastait merveilleusement avec le bleu du ciel. Aucun nuage pour ternir ce tableau. Tout n’était que pureté autour de nous et j’ai bien senti que Dany était en extase devant tant de splendeur. Elle a fini par me dire « il n’y a pas des randos par ici ? ». Et sans trop réfléchir, je lui ai répondu « oui, ça doit pouvoir se faire ! ». L’idée était lancée et dans ma tête, elle a immédiatement fait son chemin. Tout en poursuivant la route vers le col frontière, je me souvenais de randonnées antérieures.  Il y avait mon Tour du Vallespir d’août 2009 bien sûr, dont je gardais de ce secteur de Prats-de-Mollo, un goût d’inachevé, à cause des nombreuses forêts couchées par la tempête Klaus qui m’avaient meurtri, mais surtout qui m’avaient empêché d’effectuer l’itinéraire authentique et programmé,  passant par la Tour de Mir et le col d’Arès. J’avais été contraint d’emprunter un court P.R passant par le col de la Guilla. Au fond de ma tête et malgré la certitude d’avoir effectué le bon choix, j’ai toujours gardé de cette seule entorse au Tour du Vallespir, sinon un regret au moins une contrariété.  Il y avait aussi la Tour de Mir, gravie plusieurs fois et un génial Cami de la Retirada effectué trois ans auparavant. Dans la voiture, nous avons évoqué les différentes possibilités, pesant les « pour » et les « contre », analysant au pif les distances, les dénivelés, etc.… La conclusion, c’est qu’en réalité, nous n’avions pas trop envie de refaire une balade déjà accomplie. J’ai fini par dire à Dany « ne t’inquiètes pas, je trouverais bien une rando à faire ! ». En arrivant au col, nous avons garé la voiture puis avons longuement erré de tous côtés, ne voulant rien manquer des scènes qui s’offraient à nous. Finalement, nous nous sommes arrêtés près de la stèle en hommage aux républicains espagnols et là, nous avons gravi un chemin montant en direction du Mont Falgas. Tout en montant, et outre quelques paysages déjà vus, il y avait un autre décor à nos pieds, sur notre droite, peut être moins attractif au prime abord car sans neige mais il était long, vaste et presque insondable. En tous cas, et au plus loin que portait la vue, ce magnifique panorama disparaissait dans des vapeurs bleuâtres.  Le regard se déployait sur une longue succession de « montagnes russes » constituées de petits ravins, de forêts plus ou moins sombres, de prairies verdoyantes, de monts dénudés ou boisés, de profonds vallons et d’élévations dont les plus hautes formaient la frontière entre Vallespir et Espagne. Un paysage devant lequel nous sommes restés de très longues minutes à nous répéter « que c’est beau ! ». La vue portait entre autres vers quelques lieux bien connus, souvenirs d’autres jolies balades : Baga de Bordellat, col de Malrems, Tours de Cabrens,  Mont Nègre, Pilon de Belmatx, Roc de France. De l’autre côté, versant Canigou, j’essayais de montrer à Dany, quel avait été l’itinéraire de mon Tour du Vallespir, mais de trop nombreux obstacles et la trop longue distance qui nous en séparait en limitaient mon exposé.  En redescendant du Mont Falgas, un vieille pancarte « Volta del Vallespir » cloué à un pin m’envoya le dernier déclic, ce fameux deuxième fondement  et je dis à Dany : « ça te dirait de randonner en partant d’ici ? »  Elle me répondit « oui » sans hésiter, et chose rarissime, ni même sans me demander quel était mon objectif, ni sans poser aucune question. De toute évidence, elle aimait l’idée et le coin. Mon objectif, c’était d’aller à Notre-Dame de Coral et de réaliser ainsi, ce petit bout du Tour du Vallespir que je n’avais pas pu accomplir en 2009. Voilà comment est née cette randonnée. Quatre jours plus tard, nous voilà à pied d’œuvre au col d’Ares. Il est 10 heures et ô miracle, la météo est quasi identique à celle du dimanche. Un anticyclone domine tout le sud de la France et le Vallespir n’y fait pas exception. Ciel bleu et pur et même si la neige a du fondre un peu, les montagnes continuent d’être merveilleusement blanches. Nous laissons la voiture près de la stèle et empruntons le fameux chemin «« Volta del Vallespir », balisé de jaune et de rouge, comme tout bon G.R.P. Il s’élève un peu puis tout en descente se met à longer la clôture matérialisant la frontière. Il évite ainsi le Mont Falgas, encore que monter à son modeste pinacle ne soit pas vraiment une corvée. L’itinéraire très bien balisé ne présente aucune difficulté, les seules complications se résumant à quelques pentes très abruptes nécessitant un peu plus d’attention et de prudence. Le sentier court sur une pelouse où poussent les genévriers, des genêts flétris et des fougères couchées car encore sèches en cette fin mars. Il y a aussi de petits pins à crochets, de rares sapins et la plus présente végétation se compose de feuillus aux branches dénudées. Quelques petits oiseaux les occupent et sont pour moi, l’occasion d’haltes photographiques régulières.  Un grand rapace au plumage noir mais à la face blanche entre également dans la partie. Plus petit qu’un  vautour fauve, il joue au voltigeur, s’amusant à tournoyer puis à zigzaguer sur la ligne frontière comme un contrebandier s’amuse à déjouer les pièges tendus par les douaniers. Jamais il ne me laissera l’occasion de l’identifier disparaissant à jamais sur le versant espagnol. Côté passereaux, les mésanges sont les plus nombreuses mais il y a aussi quelques alouettes et des grives qui s’enfuient au dernier moment et toujours à quelques mètres de nous seulement. Tout ce petit monde sauvage reste difficile à photographier. Comme je l’avais imaginé, cette descente à cheval entre Vallespir et Espagne embrasse constamment des vues grandioses.  De rares fleurs et quelques papillons viennent compléter ce tableau naturaliste. L’itinéraire coupe une piste qu’il est bon d’ignorer. Ce chemin de traverse, outre son évident privilège qu’est le raccourcissement, présente sans doute l’avantage de moins de monotonie. Descentes plus douces, sous-bois tapissés de feuilles, chemins verdoyants car herbeux, le parcours se modifie agréablement et finit par atteindre le lieu-dit Case d’Amont. La « Maison du Mont ». Quel joli nom pour cette belle masure, mi en ruines, mi-restaurée mais si authentique car essentiellement en pierres sèches ! Elle tire son nom par la fait même qu’elle est joliment posée au sommet d’un tertre et coiffée de quelques arbres. Tout autour, il y a des prairies ondulantes et verdoyantes, entrecoupées de haies et de murets, et surtout depuis sa terrasse quelle vision sur ces paysages incroyablement beaux et reposants ! On a qu’une envie : l’acquérir ! Une halte est d’autant plus inévitable que ce lieu si solitaire, si retiré, si désert de toute présence humaine, et donc si paisible, est, pour mon bonheur,  occupé essentiellement par les tariers, les pinsons,  les rouges-queues noirs et quelques bruyants corbeaux. Chacun son territoire. Les corbeaux occupent les prairies où paissent quelques bovins. Les plus nombreux volent autour de Cal Poubill, petit hameau tout proche que l’on aperçoit en contrebas, posé sur une autre éminence, celle d’El Tossal. Avant de venir ici, j’ai voulu connaître la toponymie de « Cal Poubill » et j’ai appris qu’en français, on pouvait le traduire en la « maison de l'aîné ou du jeune enfant » ou « la maison des héritiers ». Perchés au plus haut des cimes, les pinsons des arbres portent bien leur nom et chantent à tue-tête car la saison des amours vient de commencer. Les rouges-queues sautillent un peu partout mais avec une nette préférence pour les piquets des clôtures. A chaque arrêt, ils entament cette étrange danse consistant en une vacillation sur leurs pattes, de haut en bas et de bas et haut, animation si caractéristique de leur espèce. Les tariers des prés sont les plus indécis, hésitant constamment entre un point le plus bas, sur la pelouse où il trouve pitance, et le plus haut sur un rocher ou un arbre mort, où ils aiment à se retrouver en couple ou à plusieurs pour déguster l’insecte qui a eu la malchance de tomber dans leurs becs. Après ce long entracte ornithologique que Dany a mis à profit pour se restaurer d’une barre de céréales et de quelques fruits secs, nous poursuivons vers Notre-Dame de Coral. Les vues s’entrouvrent sur le vallon du Col d’Ares et du Coral et sur quelques demeures isolées : Coste de Dalt et Can Moulins.  Le chemin toujours aussi simple évite Cal Poubill et atterrit sur une large piste. Cette piste, fraction la plus monotone de la randonnée, c’est celle qui permet de rejoindre la chapelle en voiture depuis la D.115. A pied, cette portion est relativement courte et heureusement nous la quittons assez vite au profit d’un petit sentier, lequel, dans un sous-bois de résineux, descend directement vers l’édifice religieux. Un chevreuil, qui devait y dormir, s’enfuit en détalant, non s’en avoir au préalable joué à l’indiscret. Station et posture suffisantes pour l’immortaliser dans mon numérique. Voilà déjà 8 longues années que je ne suis plus revenu à Notre-Dame de Coral. Depuis mon Tour du Vallespir exactement, et pour Dany c’était un an auparavant lors d'une sortie avec le club de notre commune. Pourtant, le lieu est toujours aussi paradisiaque. Rien n’a changé ou presque, or mis l’aubergiste qui nous fait visiter les lieux et la disparition des deux gros Saint-Bernard qui gardaient l’entrée. Le maître des lieux a changé, mais il est aussi sympathique que le précédent, et les gentils molosses semblent avoir disparus. J’en serais presque à regretter leurs signes d’affection et de bienvenue qui consistaient pourtant en de grands coups de langue si désagréables car si baveux et si collants. Bien sûr, je retrouve avec enchantement la belle chapelle si sobre, ses ornements et ses beaux retables, car si l’Éternel me laisse perplexe, la chrétienté et ses trésors me tiennent à cœur. Je retrouve aussi la salle du restaurant, où j’avais soupé et petit-déjeuné si merveilleusement, étant même surpris d’un rapport qualité prix si séduisant dans un coin si retiré. Mais autant l’avouer, c’est la vue du porche d’entrée et de la fenêtre de la chambre que j’avais occupée qui me laissent le plus de nostalgie. Elles me renvoient toutes deux à un maximum de souvenirs bien plus marquants et liés entre eux d’ailleurs à cause de chats noirs. Ils sont restés fortement ancrés dans ma mémoire. Ce porche où assis sur son perron, j’avais longuement conversé avec une charmante randonneuse de passage, évoquant entre autres les aléas de nos marches respectives, aléas provoqués par la tempête Klaus de janvier 2009, 8 mois auparavant. Elle marchait en étoiles autour de la chapelle et moi, j’en étais à la quatrième étape du Tour du Vallespir qui allait en compter six. Malgré cette différence de programmes, nos difficultés dues à Klaus avaient été sensiblement les mêmes : des arbres couchés entravant bons nombres de chemins et mettant à mal nos organisations et les plans prévus. De cette agréable conversation et de nos difficultés similaires, j’en avais conclu qu’avoir emprunté le col de la Guilla pour venir de Prats-de-Mollo jusqu’ici avait été une sage décision. Pendant que nous parlions, deux chats noirs, aux airs innocents, étaient venus se frotter gentiment dans nos jambes pour se faire câliner. Ces chats noirs, en réalité au nombre de trois, ressemblant si terriblement à ma jolie petite Milie,  avaient été, avec Klaus,  les « chats noirs » de mon périple. Je regardais presque avec obsession, la fenêtre de cette chambre, chambre où l’après-midi, j’avais longuement fait la sieste, récupérant ainsi de mon épuisante étape de la veille entre Saint-Guillem de Combret et Prats-de-Mollo.  Mais cette fenêtre était surtout synonyme d’une tragédie que j’avais vécu en direct le soir venu. Tragédie pour un pauvre petit mulot que ces mêmes chats noirs, si dociles l’après-midi, se lançaient de l’un à l’autre comme on joue avec une balle de caoutchouc.  Entre les griffes de ces horribles matous, aussi noirs dehors que dedans, la petite souris, longtemps vivante et toujours prête à s’échapper, avait fini par abdiquer et devant tant de méchanceté gratuite, j’avais préféré partir me coucher,  incapable d’assister à la fin de  cette exécrable bestialité.  Cet homicide en direct m’avait inspiré un poème. Un poème violent dont la morale était douce pour le mulot et terrible pour les chats (**). Ce poème-là, je l’avais voulu ainsi, bien que la violence et la brutalité n’étaient pas, loin s’en faut,  les subtilités préférées de mes poésies. Mais que voulez-vous ? Je m’étais promis que chaque étape serait l’objet d’un ou plusieurs poèmes selon mon vécu, mon humeur et mon ressenti. Le lendemain matin, je l’avais ressenti ainsi et avant de démarrer l’étape suivante vers Lamanère, les Tours de Cabrens puis Saint-Laurent de Cerdans, je m’étais mis à l’écrire. Une premier jet bien sûr, que j’avais finalisé en rentrant à la maison. A l’instant même où je retrouvais Notre-Dame de Coral, voilà ce que me rappelait ce lieu : de très nombreux souvenirs, certains magiques et d’autres plus amers.  L’aubergiste nous ayant accueilli avec sympathie et prévenance, Dany et moi aurions bien déjeuné au restaurant, étant les seuls clients, mais pour une fin mars, il faisait déjà très chaud et c’était à coup sûr, jeter les salades et le reste du pique-nique qui attendaient sagement notre appétit et notre bon vouloir au fond de nos sacs à dos respectifs.  La table du pique-nique était là, devant l’entrée de la chapelle, alors on fit la promesse de revenir un jour et bien plus vite, sans attendre 8 ans de plus, et l’on se contenta du dépliant annonçant les menus et leurs prix. Le pique-nique terminé, Dany s’est allongée sur un banc pour une sieste improvisée et moi, je suis parti pour quelques photos animalières dont les premières étaient très simples. C'était celles des animaux de la ferme. Ils étaient là tout proches et ne bougeaient pas. Coq, poules, canards, oie et ânons, ces animaux me ramenaient à mon enfance, au temps où le dimanche nous allions en famille, chez mes grands-parents paternels qui habitaient la campagne marseillaise. Animaux sauvages en période nuptiale avec des sittelles et des mésanges qui sautent et piaillent dans les grands arbres et semblent se donner le mot pour déjouer l’objectif de mon appareil photo.  Cette fois, ma patience l’emporte. Il est temps de repartir. Le chemin file devant l’entrée de la chapelle, légèrement sur la droite, sous les grands arbres et en direction de la Font del Coral. Il s’agit du P.R.12 comme indiqué sur un tronc. Il va jusqu’à Prats-de-Mollo mais nous l’abandonnerons bien avant et à hauteur de la D.115. La fontaine Font del Coral se découvre peu après le départ, avec deux petites tables en forme de champignons. En réalité, il s’agit d’une source émergeant d’un muret et sur lequel une plaque de marbre évoque la Vierge et l’enfant. Outre la sculpture, des gravures indiquent « Maria – Bons gratiae » et une date incertaine, sans doute 1948, année où la frontière fut rouverte entre la France et l’Espagne. Notre Dame de Coral connaît de très nombreuses processions depuis fort longtemps et les fidèles sont depuis toujours venus des deux pays. Il n’y a jamais eu de différence car la Catalogne formait un tout et les croyances étaient les mêmes et c’est le Traité des Pyrénées de 1659 qui a scindé la région. La fontaine existait déjà et en 1948, la plaque de marbre a sans doute été l’occasion de rendre hommage à la Vierge et à ses ouailles qui faisaient l’effort de l’honorer en parcourant des kilomètres. Les sources avec leur eau fraîche étaient toujours bienvenues après de si longues marches. D’ailleurs, l’Histoire (*) de Notre-Dame de Coral est assez bien restée dans les annales mais comme très souvent quand il s’agit de religion, elle oscille entre légende et authenticité. Après la source, le chemin file essentiellement en sous-bois puis descend en direction du Ravin du Col d’Ares.  Un ruisseau éponyme s’y faufile, puis il est rejoint guère plus loin par ceux du Vall d’Aques et de Sabric pour devenir le torrent de Coral. A l’endroit où il faut l’enjamber, il est large de deux mètres tout au plus et surtout peu profond, permettant un passage sur l’autre rive relativement aisé en marchant sur quelques gros galets. Ici, commence le début de la déclivité qui doit nous ramener au col d’Arès, soit 500 mètres de dénivelés environ. Toujours en sous-bois, mais au sein de décors assez variés, le bon chemin monte en alternant ravins, hautes falaises calcaires puis vertes prairies, en direction de la Coste de Dalt. Or mis des vaches, des taureaux et des veaux en grande quantité, et qu’il nous faut éviter en zigzaguant pour pallier à toutes réactions aussi soudaines qu'inattendues, le lieu est désert et seule la postière qui est de passage nous délivre un signe d’amitié depuis sa voiture. La bâtisse semble vide mais sans doute que les propriétaires sont bien trop occupés à leurs tâches agricoles. Du coup, on ne fait que passer ne trouvant pas utile de les déranger. Pourtant, si j’en crois ce que j’ai lu sur Internet, il s’agit d’un coin très agréable et très apprécié des visiteurs. La Coste de Dalt fait partie des réseaux « Gîtes de France » et « Bienvenue à la ferme ». Il est vrai que l’endroit est très calme et que depuis la terrasse de biens jolies vues se dévoilent sur la crête frontière du Vallespir, le vallon du Coral et sa chapelle. Nous poursuivons puis nous arrêtons sur l’herbe pour prendre un en-cas et un peu de repos. Ici, je connais l’itinéraire qui nous attend, tout en montée et je pense opportun de recharger les accus. Sous le regard incrédule de quelques vaches, nous repartons mais le P.R 12 nous amène très vite sur la D.115. J’observe mon bout de carte I.G.N pour constater que nous sommes non loin du Pla de l’Espinasse, vaste paradis herbeux pour les chevaux et les bovins et d’une partie boisée du nom d’Homme Mort. Cette dernière appellation me laisse songeur mais correspond-elle à un épisode tragique de cette terrible retraite des républicains espagnols ? On peut seulement l’imaginer. Je reconnais un peu le lieu car j’y suis passé lors d’une balade sur le « Cami de la Retirada » voilà 3 ans. D’ailleurs, un panonceau « Cami de la Retirada » se présente et pour nous, il est désormais synonyme de fin du bitume. Avant et pendant la guerre de 39/45, ce chemin n’avait pas d’appellation et tous les sentiers passant par cette frontière avaient un seul nom : « El Camino de la Libertad ! » Liberté, pour les Républicains espagnols fuyant les exactions de Franco et liberté aussi quand l’offensive allemande de 1940 obligea bon nombre de persécutés et de résistants à fuir la France et le régime nazi. L’itinéraire grimpe sur une pelouse encadrée de pins à crochets, la plupart bien envahis par les chenilles processionnaires lesquelles ont déjà quitté leur nid douillet et s’éclatent avec nous à la queue leu leu.  Quel dommage tous ces arbres qui sont entrain d’agoniser à cause de ces petites bêtes ! Nous atteignons la chapelle ruinée de Sainte Marguerite. Elle a servi de refuge pendant très longtemps à de très nombreux pèlerins et bien évidemment aux réfugiés de 1939. Elle a perdu son clocher et sa toiture est désormais envahie par une végétation hétéroclite, allant de la menue herbe folle au petit pin en passant par les genévriers et des feuillus. Nul doute que les racines de ces arbres auront raison de sa voûte et qu’elle finira par s’effondrer si rien n’est entrepris pour modifier le cours des choses. Pourtant et contrairement à d’autres chapelles bien plus ruinées, une belle restauration semble encore envisageable. Nous laissons la chapelle à ses blessures, montons sur une butte herbeuse où les paysages s’entrouvrent vers un merveilleux Canigou. Toujours en extase devant cette magnificence, Dany en profite pour réaliser quelques postures yogi. Une manière de se relaxer avant d’en terminer. Il est temps de repartir mais comme la déclivité s’accentue, les jambes deviennent plus lourdes et le souffle plus court. Alors, on flâne comme jamais depuis le départ, regardant sans cesse vers ce vallon du Coral toujours aussi captivant et plus amplement vers ce Vallespir dont on ne se lasse pas. Une dernière petite grimpette et le col d’Arès est enfin là. Nous sommes un peu fourbus mais heureux de cette formidable balade. Je le suis sans doute un peu plus que Dany car j’ai réalisé plusieurs rêves : D’abord celui de lui faire plaisir en organisant pour elle cette randonnée dont elle avait tant envie. Ensuite accomplir un bout du Tour du Vallespir que je n’avais pas pu réaliser en 2009.  Retrouver Notre Dame de Coral et quelques souvenirs que j’y avais laissé lors de mon passage. Oui, dimanche dernier, j’avais vu juste, cette randonnée méritait bien d’être réalisée. Elle a été longue de 10 à 11 km pour des montées cumulées de 1.200 mètres, ces deux chiffres étant approximatifs mais sans doute très proches de la vérité, les piles de mon GPS m’ayant lâché dans les derniers kilomètres. Le dénivelé entre le point le plus bas et le plus haut étant de 502 mètres. Le plus haut étant le col d’Ares à 1.513 m d’altitude et le plus bas à 1.011 m au niveau du ravin du col d’Ares. Carte I.G.N 2349 ET Massif du Canigou Top 25.

    (**) L'Histoire de l'ermitage de Notre-Dame de Coral est très bien relatée sur le site de l'Histoire des Pyrénées-catalanes et vous la trouverez en cliquant icimais en cherchant un peu sur Internet, on arrive à trouver d'autres informations très intéressantes sur le lieu El Coral ou bien encore orientées mysticité comme le site de la Société Périllos dont une page est dédiée Sainte Angelina et par ce biais à ce lieu. Rajoutons simplement que l'édifice religieux du 17eme siècle est classé aux Monuments Historiques depuis le 18 avril 1990. Ces annales historiques, nous les devons à plusieurs écrivains de la fin du 19eme siècle et du début du 20eme et notamment à Joan Baptista Moli, abbé de son état et curé de Prats-de-Mollo, lequel en 1871 a écrit un petit ouvrage d'une trentaine de pages intitulé "Récit historique de Notre-Dame de Coral". En 1862, mais sous la forme poétique, Alphonse Blanc écrit un ouvrage intitulé "Le Vallespir et Notre-Dame de Coral" puis en 1925, c'est l'abbé Joseph Gibrat, lui aussi curé de Prats-de-Mollo qui consacre un recueil à l'ermitage. La plupart de ces ouvrages sont épuisés et seulement présents dans de rares bibliothèques. Enfin, il faut savoir qu'il existe une Association pour la Sauvegarde de Notre Dame du Coral, l'A.S.C.O.R. C'est elle qui organise les pèlerinages, aplecs et toutes les manifestation religieuses vers la belle chapelle.Elle a également édité un petit ouvrage en catalan intitulé "L'ermitatge Nostra Senyora del Coral".

     

    (*) Trois petits « Tom » et un pauvre Jerry

    Au cours de la 4eme étape du Tour du Vallespir, je suis arrivé tôt et sans encombre à Notre-Dame de Coral. La 3eme étape, elle, avait été terrible pour mon organisme à cause de chutes provoquées par les conséquences de la tempête Klaus. A l'ermitage, je ne pense qu'à une chose, me reposer et récupérer pour les étapes suivantes. Le soir, alors que je prends le frais à la fenêtre de ma chambre, j'observe trois chats noirs qui jouent avec un pauvre mulot. Comme une balle, ils se renvoient ce pauvre animal. La pauvre petite bête cherche en permanence à s'échapper mais son sort semble déjà scellé. Devant tant de bestialité, je préfère partir me coucher. L'après-midi même, deux de ces trois chats étaient venus se faire câliner et paraissaient si dociles. Ce terrible jeu du chat et de la souris m'amène à écrire cette poésie où j'inverse le dénouement.

     

     

    Trois petits " Tom " jouaient dans le parc ombragé.

    Noirs étaient leurs pelages, leurs esprits, leurs pensées.

    Et ce pauvre " Jerry ", que le diable tirait

    Par une fine queue, était désespéré.

     

    Un homme à la fenêtre regardant ce spectacle,

    Espérait du hasard, une étoile, un miracle.

    Mais la dure nature le fit pleurer soudain,

    Les petits " Toms " noirs étaient des assassins.

     

    Il partit se coucher, sensible à sa faiblesse,

    Les petits " Toms " noirs avaient tant de rudesse.

    Croquer une souris, tel était leur dessin,

    Un " Jerry ", un mulot ce n'est pas un festin.

     

    Puis l'homme s'endormit, mais les rêves l'éveillèrent.

    Sur son lit, un p'tit " Tom " dormait tel un pépère,

    Sans cauchemar aucun, sur ce qu'il avait fait,

    Le " Jerry " dans son ventre avait ressuscité.

     

    Dans leurs songes, ils sautèrent dans le parc ténébreux,

    Le P'tit " Tom " et " Jerry " avaient l'air si heureux.

    Toute la nuit, ils jouèrent jusqu'au petit matin,

    Comme de bons copains, de gentils diablotins.

     

     

    Puis le jour se leva et son lot de tracas,

    Les petits " Toms " noirs cherchaient comme un en-cas.

    Point de pauvre mulot pour leur combler la faim,

    Mais un " Jerry " ailé tel un beau séraphin.

     

    Les Petits " Toms " noirs scrutaient en vain le ciel,

    En quête d'un oiseau, de leurs airs criminels,

    Mais le frêle " Jerry " s'était changé en aigle

    Sur les chats, il tomba emportant le plus faible.

     

    Il faut vivre la vie comme un chat, un mulot,

    Caresser les p'tits " Toms ", ignorer les salauds,

    Et si la vie est dure, croque-là doublement,

    Comme une petit " Jerry " si tendre et si fondant.

     


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