• Ce diaporama est agrémenté de 4 musiques du compositeur gréco-américain Chris Spheeris extraites de sa compilation "The Relaxing Music". Elles ont respectivement pour titre : Lanotte (avec Paul Voudouris), Mediterraneo, Juliette et Psyche.

    Le Chemin des Amandiers sauvages : Saint-Estève - Baixas - Peyrestortes

    Le Chemin des Amandiers sauvages : Saint-Estève - Baixas - Peyrestortes

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    Voilà déjà pas mal de temps que je voulais partir à la découverte des communes de Baixas et de Peyrestortes que je ne connaissais pas, et ce malgré leur grande proximité de mon domicile. Faire ça à pied et en partant de chez moi, c'est-à-dire de Saint-Estève, me semblait donc un challenge intéressant. D’autant plus intéressant, que pour moi, la distance d’une quinzaine de kilomètres environ devenait un véritable défi. Défi car voilà déjà trop longtemps que mes dernières randonnées me tenaient à l’écart d’une telle distance. Restait donc à choisir le meilleur moment de l’année pour ce faire. Pratiquant régulièrement le VTT dans le maquis stéphanois, ce choix vint à moi très rapidement et comme une évidence : février bien sûr, époque où tous les amandiers sauvages (***) se parent de milliers de fleurs blanches ou roses. A cette beauté florale, et pour le passionné ornithologique que je suis, j’avais espoir que les passereaux soient déjà bien présents. J’espérais qu’entre les nombreux oiseaux désormais sédentaires et ceux dans la migration est un simple « court ou moyen courrier », l’addition des deux m’offrirait un agréable foisonnement dont je tirerais profit sur le plan photographique. Mes objectifs étaient clairs. Il ne me restait plus qu’à trouver le chemin, c'est-à-dire le « Chemin des Amandiers sauvages ». A vrai dire, ce ne fut pas le plus difficile car mes pérégrinations habituelles en VTT ont été là pour m’aider. Un minimum de bitume serait le mieux même si je savais à l’avance qu’il y en aurait quelquefois et parfois même beaucoup trop à mon goût. Mais comment éviter l’asphalte quand le but principal d’une randonnée pédestre est de partir à la découverte de villages ? Le 23 février au matin, toutes les conditions sont réunies : le ciel est d’un bleu d’une pureté incroyable, aucun nuage n’est visible quelque soit l’horizon où je me tourne et les rayons du soleil sont juste tièdes. Un temps idéal pour partir marcher. Pour couronner le tout, je suis seul à la maison car Dany vient de partir en Inde avec un groupe d’amies yoguistes. Seuls mes deux vieux chats risquent de languir mon absence de quelques heures. 10h, je sors de chez moi harnaché d’un petit sac à dos contenant un pique-nique composé d’une salade et de quelques fruits, d’un petit paquet de galettes et deux gourdes d’eau. En guise de troisième œil et de deuxième cerveau,  mon appareil photo numérique pend déjà autour de mon coup. Il est là pour ce reportage, pour les oiseaux aussi, mais plus globalement pour que je n’oublie rien de ce que je vais voir. Je devine déjà que les jolies révélations seront au rendez-vous de cette longue balade presque printanière. L’avenue de Rivesaltes, l’étang et son beau théâtre, la clinique de la Pinède, le centre éducatif « le Trèfle à quatre feuilles », la clinique Supervaltech, sur un cheminement pourtant quasiment rectiligne, il me faut presque trois quarts d’heures pour sortir de Saint-Estève. Force est de reconnaître que la commune est une cité à oiseaux et les volatiles y sont pour beaucoup dans ce délai nécessaire pour m’éloigner de la commune. L’étang en fixe certains mais ce n’est pas la seule raison. Ici, on trouve de tout : moineaux, tourterelles, pies bavardes, pigeons bisets ou ramiers mais aussi colverts, goélands, mouettes, cormorans. Les étourneaux sont de très loin les plus nombreux. Entre ceux qui sont sédentaires et ceux qui migrent encore, les rassemblements sont parfois très impressionnants. On finit par ne plus savoir s’ils descendent vers le sud ou remontent déjà vers le nord. Il y en a énormément et notamment sur une période qui s’étale de septembre à mars. Devant la clinique Supervaltech, un arbre aux bourgeons pointus ; sans doute un peuplier ou un saule ; attire une quantité incroyable d’oiseaux d’espèces différentes. Est-ce l’arbre ou bien une petite source contiguë se terminant par une flaque qui les attire ? Je ne sais pas. En tous cas, sur la carte IGN, le lieu s’intitule l’Estany et un peu plus loin l’Estanyolet. L’eau n’est donc pas là par hasard. La flaque sert de baignoire à quelques étourneaux, pinsons et bergeronnettes et j’y vois même une grenouille mais raide morte. En un quart d’heures, j’ai déjà immortalisé une bonne demi-douzaine de volatiles différents. Je suis donc ravi car je sais que les passereaux de nos campagnes sont en nette diminution et ce début de balade est un signe très encourageant.  La garrigue est atteinte et assez paradoxalement les premiers grands arbres en fleurs sont de splendides mimosas. Le chemin à suivre, je l’ai tracé sur la carte I.G.N puis enregistré dans mon G.P.S, mais je sais déjà qu’il y aura quelques imprécisions ou différences par rapport à celui que je connais voire que j’imagine quand je me retrouverais du côté de Baixas ou de Peyrestortes. Avant de partir, j’ai regardé sur Internet tout ce qu’il y aurait à découvrir dans les deux cités et j’ai même lu un peu leur Histoire, manière de partir avec un minimum de bagages et d’observer leur patrimoine avec un regard un peu moins idiot. Ma crainte ? Que les églises, principaux monuments historiques à visiter, soient fermées. Je n’en suis pas là pour l’instant et c’est un chemin rectiligne et plat qui dans l'immédiat s’offre à moi. De tous côtés, des vignobles ou des champs en jachères avec sur ma gauche  et comme toile de fond un merveilleux Canigou enneigé. Les amandiers en fleurs sont plus loin et je commence à les distinguer sur les premières élévations se trouvant alentours. Depuis mon départ, la température s’est élevée de plusieurs degrés et la chaleur est telle que le ciel s’est quelque peu embrumé. Sur cet agréable chemin, seul un casot envahi par une multitude de déchets de toutes sortes vient ternir ce décor quasi parfait. Alors que Saint-Estève est équipée d’une très pratique déchetterie, je me demande comment des personnes peuvent être à la fois si sales, si peu responsables et si indifférentes écologiquement parlant. Je continue. Le chemin zigzague un peu puis redevient rectiligne dès lors qu’il longe un petit fossé se trouvant à main droite. Des centaines de passereaux s’enfuient des vignes et des haies qui les encadrent. Je reconnais quelques chardonnerets, fauvettes,  bruants, alouettes et surtout des pinsons. Ils s’envolent et vont se poser beaucoup plus loin dans les pinèdes ou par terre dans d’autres vignes plus éloignées. Dans ces conditions, vouloir les photographier relève de l’exploit. J’y parviens parfois avec beaucoup de chance mais pas toujours parfaitement. L’itinéraire se complique un peu en longeant une parcelle récemment labourée mais je reconnais bien les lieux et plus haut, je retrouve le petit sentier traversant une vigne puis une garrigue plantée de graminées, de cistes, de genêts et de pistachiers lentisques. Quelques amandiers et des pinèdes verdoyantes complètent ce beau tableau  et ce, malgré de nombreux pins parasités par des nids de chenilles processionnaires. Je retrouve un chemin plus large débouchant sur une voie asphaltée. Je sais déjà que ce bitume va m’accompagner jusqu’à Baixas mais qu’il est évitable en marchant sur les bas-côtés.  C’est ce que je fais la plupart du temps. Dans l’immédiat, je m’arrête à cette intersection pour marquer une pause et manger une barre de céréales. J’en profite pour regarder mon bout de carte IGN et m’intéressant à la toponymie des lieux, j’essaie de trouver des explications pas toujours évidentes aux lieux-dits que j’y découvre : El Morterar, El Pilo Roig, les Franqueses, la Coma de la Mort, les Guardioles et les Templiers (*) Si les Templiers ne posent aucun problème et si la Coma de la Mort signifie la « Combe de la Mort » et n’a rien à voir avec le mot français « coma » signifiant « mort cérébrale », les autres noms méritent des recherches. Plus loin, c’est un seau plein de cartouches usagées qui heurte ma sensibilité. J’espère que chaque cartouche, ce n’est pas un animal de moins dans cette Nature si belle.  Les chasseurs sont là, pas très loin de moi sur un chemin perpendiculaire au mien. J’ai le sentiment qu’ils sont plus là à papoter que pour tuer du gibier. Tant mieux ! En traversant un petit passage à gué, quelle n’est pas ma surprise d’apercevoir un joli rapace. Il s’envole en me voyant mais choisit d’aller se poser un peu plus loin au sommet d’une butte argileuse. Caché dans des hautes herbes, il pense être à l’abri des regards mais en zoomant avec mon appareil photo, je l’aperçois parfaitement. C’est un faucon pèlerin, plutôt reconnaissable au plumage clair sur son cou et son ventre mais sombre partout ailleurs. J’essaie de m’approcher au maximum mais avec sa vue perçante, il a vite compris mon manège.  A 30 mètres de distance, c’est déjà trop pour lui.  Il s’envole. Baixas est là et le chemin débouche sur la route principale, la D.614. Je me dirige vers le centre historique. Seuls, de grands cœurs rouges accrochés deci delà freinent mon envie d’aller le découvrir. Il faut dire que chaque cœur contient la citation d’un homme célèbre sur le thème de l’Amour avec un grand « A ». Victor Hugo, Serge Gainsbourg et Saint-Exupéry sont sur mon chemin mais je suppose que Baixas tout entier bat à l’heure du grand Amour, ces cœurs rouges étant probablement les indices d’une Saint-Valentin qui perdure dans le temps. Quelle belle initiative ! Le cœur historique du village est là avec son imposante église de la Nativité de Notre-Dame, malheureusement fermée comme je l’appréhendais. Alors en désespoir de cause j’y flâne tout autour, empruntant les nombreuses portes. Portes ouvertes de nos jours mais que j’imagine aisément hermétiques au Moyen-Âge dans cette enceinte qui se voulait protectrice. De très vieux murs, certains très hauts et quelques tours rondes en pierres de pays et cairoux sont les témoins de cette fortification médiévale qui ne s’ouvrait qu’en montrant « patte blanche » et selon les besoins. D’après ce que j’ai lu du patrimoine, chaque porte à un nom et le nom apporte une explication voire un début d’explications : Saint-Joseph, de l’Hôtel de Ville, du Sacré-Cœur, de Narbonne, etc…. Ici, les ruelles partent un peu dans tous les sens et ne composent pas ce colimaçon que l’on connaît souvent dans certaines séculaires « celleras » roussillonnaises. Du coup, ressortir du village se transforme en un petit labyrinthe tortueux mais suffisamment intéressant car quelques découvertes restent encore à faire : jolies demeures, la cave la Baixanenque et un canal en font partie. Après avoir déambulé dans diverses ruelles, c’est la rue des Fours à Chaux qui me ramène sur le tracé de mon GPS avec la rue d’Espira. Puis c’est l’Hôtel-restaurant la Demeure Catalane avec son étonnante et immaculée Vierge Marie couronnée. Les bras tendus, elle accueille les clients depuis le bord d’une toiture. Quelques mètres plus loin, c’est le stade. Peu après, une croix en fer posée au sommet d’une stèle démontre, si nécessaire, que Baixas est une ville de tradition chrétienne. Au regard des nombreuses statuettes de la Vierge ou de saints, j’en étais déjà convaincu.  Ici, difficile d’éviter le bitume et même le chemin de traverse qui m’entraîne vers Peyrestortes en est revêtu. Un bel amandier tout blanc en matérialise l’intersection. Ici, un coup d’œil sur mon bout de carte I.G.N me laisse une fois de plus interrogateur des noms que j’y aperçois. Comme souvent dans le département les noms sont « hispanisés » voire « catalanisés ». El Ginestar et les Arènes sont de remarquables exemples de vieilles toponymies que l’on peut trouver sur la carte sans pour autant en comprendre la signification. Ici, pas de plantations de genêts ou si peu pour expliquer « Ginestar » et encore moins d’arènes telles qu’on peut les imaginer. Y en a-t-il eu ? Je l’ignore mais quand on sait que le mot « arènes » peut aussi signifier un endroit sableux ou une sablière, tout reste possible. Devant mes yeux et sur ce terroir plutôt plat, j’aperçois soit des parcelles de vignes soit des plantations nouvelles agrémentées d’innombrables piquets, l’ensemble, largement découpé par des chemins en terre, s’étire jusqu’aux collines les plus proches. Ces collines aux décors assez disparates forment une espèce de cuvette au fond de laquelle je me trouve. Au sommet de ces modestes collines, j’aperçois sur ma gauche les bâtiments des carrières de calcaire et sur ma droite, une végétation plutôt fournie où si les pins dominent, les amandiers en fleurs ne sont pas les moins présents. Ici, mais toujours posées à terre, les alouettes sont les plus nombreuses. Elles jouent avec mes nerfs en courant entre les ceps des vignes. Il me faut attendre qu’une d’entre-elles se perche sur un piquet pour tenter de la photographier correctement. Malgré ça, la difficulté demeure car elles ne tiennent pas en place. Baixas s’éloigne derrière moi mais Peyrestortes n’est pas encore visible. En réalité, elle ne le sera qu’à partir du moment où j’y rentrerais. Dans l’immédiat, j’ai rejoint la D.614 que je poursuis sur une piste cyclable jusqu’à une passerelle métallique verte. Sous ce pont circule un petit ruisseau intitulé « Correc de la Coma Clara ». Juste après le pont, il faut traverser la route et emprunter un large chemin qui se transforme en un étroit sentier contournant une haute haie de roseaux. De nombreuses fauvettes semblent y trouver un biotope à leur goût. Au lieu-dit Costa Rossa, le chemin s’élargit de nouveau tout en longeant sur sa gauche un premier lotissement de maisons puis il enjambe un petit passage à gué. Peyrestortes est déjà là mais sans doute dans sa partie la plus moderne car de grands travaux ; bâtiments et rues ; sont en cours de réalisation. La rue de la Révolution Française puis la rue Massenet et sa vieille porte médiévale fortifiée me ramènent vers l’église Saint-Jean l’Evangéliste mais surtout vers des années plus en adéquation avec mes objectifs de recherche. Le vieux village mérite quelques investigations mais une fois encore l’église est fermée et ma visite se termine bien plus vite que je ne l’aurais souhaitée. Elle se résume à faire le tour de l’église puis à longer les remparts de l’ancien château. Ai-je tout vu du vieux patrimoine ? Je n’en sais trop rien car tout le reste me semble d’époque plutôt moderne. Je me décide à quitter le village par l’itinéraire prévu, c'est-à-dire par la route de l’Aéroport car je sais déjà que je vais y trouver le monument le plus illustre du village, à savoir un petit obélisque commémorant la victoire de la Bataille de Peyrestortes du 17 septembre 1793 (**). Après de nombreuses photos de ce monument, je continue vers Saint-Estève par la D.5. Toutefois, je me dis que si bataille il y a eu ici, peut-être restent-ils des vestiges ? Un coup d’œil sur ma carte pour constater que le ravin de la Llabanère ; qui a donné son nom à l’aéroport ; est en contrebas, non loin désormais de l’aérogare et de la tour de contrôle. Or, je sais que ce ravin a été le lieu des plus violents combats en corps à corps. Les soldats devaient donc se diriger vers ce ravin en provenance des alentours. Si vestiges il y a, ne seraient-ils pas sur l’élévation où je me trouve et même un peu plus haut ?  Je me décide à grimper cette petite colline. J’y erre pendant presque une demi-heure mais je ne trouve en tout et pour tout qu’une casemate envahie d’innombrables détritus. Qu’est-ce au juste ? Une soute à munitions ? Un bunker ? Date-t-elle de 1793 ? Je ne sais pas et rien ne l’indique. Toutefois, certaines parties en béton armé me paraissent de conception bien trop récente. Une fois encore, je constate que les gens sont incroyablement sales et irresponsables car outre ces détritus-là, je découvre un immense dépotoir juste à côté à la croisée de plusieurs chemins. Mon chemin pour un retour vers Saint-Estève fait partie de ceux-là. Je grimpe au sein d’une pinède et retrouve au sommet une large piste que je connais bien pour y venir parfois en VTT. Près d’un réservoir, des ramasseurs d’asperges sauvages sont à pied d’œuvre. Ils n’ont pas grand-chose et juste de quoi faire une petite omelette. Nous papotons un peu et je repars. De mon côté, ce retour est synonyme de quête ornithologique. Ici aussi, les oiseaux sont très nombreux mais la végétation trop dense et la tramontane qui s’est un peu levée ne sont pas idéales pour la photographie. De ce fait, j’accélère le pas dans ces instants un peu démoralisants car vides en découvertes. Je retrouve le bitume au lieu-dit Puig de l’Aliga. L’asphalte signifie coups d’accélérateur supplémentaires qui ne sont freinés que lorsque j’aperçois des oiseaux. Ils continuent à être très nombreux et le plus souvent en de très grands rassemblements qui ne facilitent pas les prises de vue. Pinsons et linottes sont ici les plus présents. Après le lieu-dit « Coma del Ferriol », j’amorce une petite descente vers celui dénommé « Coma de la Baneci ». Ici, la descente s’entrouvre sur de vastes panoramas et je prends soudain conscience qu’il me faut être patient et endurant car Saint-Estève est encore bien loin. Par bonheur, l’asphalte se termine au bas de la descente et je retrouve de larges chemins en terre circulant entre les vignobles. Une fois encore, pinsons, chardonnerets, alouettes et pour la première fois des corneilles ralentissent mon envie d’en terminer. Après quelques zigzags, voilà enfin une ligne droite m’amenant vers la clinique Supervaltech. Le bâtiment est rapidement là et les nombreux passereaux aperçus ce matin aussi. Ils volètent toujours entre les mimosas, les arbres effeuillés et la flaque d’eau et ce, malgré un jeune homme jouant avec un drone non loin de là.  Je m’arrête et observe cet étrange oiseau pendant quelques minutes. Avec son fuselage de plastique et ses 4 hélices, cet oiseau-là est d’un aspect plutôt froid. Il est 16h30 et il me reste un bon kilomètre et demi à parcourir pour arriver chez moi. Seuls des amandiers en fleurs au bord de l’étang, un goéland impassible perché sur un pylône, un grand cormoran s’amusant à plonger retiennent mon appareil photo. L’étang est un magnifique miroir bleuté. Je m’assieds sur un banc et je reste scotché de longues  minutes à le regarder. Je me décide à rentrer chez moi. Allongés sur la pelouse de mon jardin, mes 2 chats roupillent en plein soleil. Ils ne font pas cas de ma présence. Les ayant délaissés toute la journée, me font-ils la gueule ? Je ne sais, mais je comprends leur envie de profiter de ce chaud soleil de février ! Telle que je l’ai accomplie et expliquée ici, cette balade a été longue de 18,830 km,  cette distance incluant mes visites et mes errances. On peut donc faire plus court : 15 à 16 km sans doute. Sur ce terrain plutôt plat, chiffrer un dénivelé ou des montées cumulées serait ridicule puisque l’altitude la plus élevée se trouve à 100 m au lieu-dit les Templiers à Baixas et la plus basse à 37 m à Peyrestortes. Ayant trouvé portes closes aux églises de ces deux villages mais ayant bien envie de découvrir leur intérieur, je me suis promis d’y retourner un jour de messe et ce, malgré mon peu d'enthousiasme pour les religions en général. Apparemment, il n’y en aurait que le dimanche et peut-être pas toujours ? A vérifier. Carte IGN 2548 OT Perpignan – Plages du Roussillon Top 25.

     

    (*) Les principaux toponymes du secteur : L’Estanyol est un étang. L’Estanyolet un « tout petit » étang ou une mare. Le Piló Roig : Le Piló est une pierre ou un bâton dressé qui était là pour marquer le passage d’un col, le plus souvent en altitude (Renada Laura Portet). En français, ce mot a été naturellement traduit en « Pilon » ou « Pylône ». De nos jours, le mot se confond le plus souvent avec l’élévation voire avec le sommet lui-même. Le Pilon de Belmaig ou Belmatx au dessus d’Arles-sur-Tech par exemple. Le Piló Roig, c’est donc le « pilon rouge ». Les Franqueses se traduisent en « franchises ». Au Moyen-Âge, il s’agissait de privilèges et notamment d’exonérations d’impôts ou de taxes. Il y avait des « chartes » de « franquesas » recensant ces privilèges. On peut supposer qu’ici, les terres de ce lieu-dit ou les biens situés dessus étaient dispensés d’une certaine fiscalité obligatoire ailleurs. El Morterar : la traduction française de ce mot catalan est « mortier ». Pilon, mortier, on n’en sort pas ! Il manque plus que l’aïoli ! La traduction française du même mot « espagnol » est « fossé ».Les deux significations sont donc possibles. S’il s’agit d’un mortier, une question reste en suspens : S’agissait-il du contenu ou du contenant ? Les Guardioles : D'après André Pégorier et son glossaire des noms de lieux en France, le mot "gardiola" ou "gardiole" pourraient avoir plusieurs significations : borne destinée à marquer une limite, pâturage réservé ou lieu de guet. Issu de l'occitan « gardar », verbe garder, plus globalement le mot "guardiole" a pour diminutif le mot "guardia", qui désigne au départ un poste de garde (germanique wardja). Le Puig de l’Aliga : Selon les régions et leurs dialectes, le mot « Aliga » peut avoir une signification différente. Lieu planté d’alisiers en Midi-Pyrénées, bourbier (agua) en Provence et en Gascogne. Ici, il est plus probable qu’il s’agisse d’un « aigle » catalan variante d’Aguila. (Ernest Nègre). Le Puig de l’Aliga serait le puy ou le pic de l’Aigle.

     

    (**) La bataille de Peyrestortes du 17 septembre 1793, son obélisque et la guerre du Roussillon : Evoquer en détail cette bataille, des historiens l’ont déjà fait avant moi et si parfaitement qu'il serait prétentieux de m'y essayer. Plusieurs sites Internet la relatent, certains avec force détails, d'autres plus succinctement. Quelques liens sont proposés à la fin de ce paragraphe. Toutefois, peu de personnes le savent mais cette victoire eut une influence primordiale sur la suite de la guerre dite du Roussillon mais que les historiens appellent parfois plus largement des Pyrénées, de la Convention, franco-espagnole ou de Catalogne. En effet, les espagnols en déroute arrêtèrent leurs attaques contre Perpignan mais surtout ils prirent un sacré coup au moral et ce, y compris dans les rangs de leurs plus hauts gradés. Il est vrai que pour cette seule bataille, il y eut 1.100 tués (300 côté français et 800 côté espagnol). Concernant l’obélisque de la Llabanère, outre une longue inscription mentionnant son élévation par souscription publique et ses principaux initiateurs, ce monument inauguré le 6 mars 1898 rend hommage aux vainqueurs de cette bataille de Peyrestortes avec la mention suivante « À la mémoire de l'armée des Pyrénées-Orientales qui combattirent à Peyrestortes sous la conduite des conventionnels Cassaynes, Fabre et des généraux d'Aoust Goguet ». Concernant le contexte de cette guerre, si la France dut faire face à un front espagnol de 1793 à 1795, il s’agit en réalité d’un seul et même conflit plus large intitulé « guerre de la Première Coalition » dont l’élément déterminant et déclencheur a été l’exécution du roi Louis XVI. Ce conflit a vu de nombreux empires et royaumes européens se liguer contre la France des révolutionnaires. Malgré la victoire définitive contre l’Espagne en 1795, la France révolutionnaire puis républicaine restera en guerre pendant 10 ans de 1792 à 1802. En 1799, Bonaparte arrive et se mue en Napoléon 1er en 1804. Ici commencent une nouvelle Histoire et de nouvelles guerres et batailles qui vont durer 10 ans de plus.

    Sites internet : 

    http://www.prats.fr/pratsv2/dotclear/index.php?post/2007/08/08/20-17-septembre-1793-la-bataille-de-peyrestortes

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Peyrestortes

    http://www.histoireeurope.fr/RechercheLocution.php?Locutions=Bataille+de+Peyrestortes

    (***) L'amandier : A son propos, voilà ce qu"écrit Jacques Brosse (1922-2008), naturaliste  dans son livre "Les arbres de France - Histoire et légendes" paru aux Editions Plon en 1987. Pour lire, cliquez sur la photo ci-dessous.

    Le Chemin des Amandiers sauvages : Saint-Estève - Baixas - Peyrestortes

     

     

     


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  •  Ce diaporama est agrémenté de "Reality", chanson écrite et composée par Vladimir Cosma pour le célèbre film de Claude Pinoteau avec Sophie Marceau "La Boum".

    "Reality" est ici interprétée successivement par Richard Sanderson (chant), Michael Hirte (harmonica) puis enfin par Vladimir Cosma et l'Orchestre de la Suisse Romande.

    Le Circuit de la Montagne brûlée depuis Rodès (le Sentier des Carrières et du village médiéval de Ropidéra)

    Le Circuit de la Montagne brûlée depuis Rodès (le Sentier des Carrières et du village médiéval de Ropidéra)

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    C’est en lisant un livre que m’est venue l’idée puis l’envie de cette balade au départ de Rodès que j’ai appelée « le Circuit de la Montagne brûlée », sous titrée « le sentier des Carrières (*) et du village médiéval de Ropidera (**) ». Ce livre intitulé « Archéologie d’un montagne brûlée  – Massif de Rodès – Pyrénées-Orientales » est un incroyable travail d’explorations et d’analyses d’un grand nombre de chercheurs après le terrible incendie survenu dans ce massif le 22 août 2005. En mettant à nu ce massif et en révélant un riche patrimoine multiséculaire, ce sinistre, ravageur d’une végétation de maquis qui s’était totalement appropriée cette colline, a été un véritable émerveillement pour bon nombre de ces spécialistes et notamment pour les archéologues. Certes ils ont été émerveillés, mais parce qu’ils y ont immédiatement décelé la source d’un travail de recherches jamais accompli jusqu’à présent. Plus de 13 ans plus tard, et la nature ayant sans doute amplement repris ses droits, et malgré un autre incendie en 2016, que restait-il à voir de cette « montagne brûlée » pour le novice  en archéologie que j’étais ? Novice en archéologie certes mais vieux briscard des curiosités en tous genres, j’avais le sentiment que cette randonnée était parfaite pour moi. Parfaite aussi car la distance et la déclivité étaient dans « les cordes » de mes problèmes dorsaux aléatoires mais patents. Le 4 janvier 2019, me voilà donc à garer ma voiture sur un parking à l’entrée de Rodès. Malgré un ciel bleu d’une incroyable pureté, j’ai un étrange sentiment. Ce ciel, j’ai comme le sentiment de l’avoir mérité. En effet, en roulant depuis Saint-Estève, assez tranquillement pourtant, j’ai eu l’impression de faire la course contre une petite brise maritime désireuse de voiler à tout prix le firmament. Très vite, la suite météorologique va me donner raison. Je n’ai rien gagné de cette course or mis quelques photos de Rodès sous un ciel immaculé. Mais cette météo merveilleuse ne va pas durer. Peu importe, je suis déjà le nez en l’air, non plus à regarder le ciel mais à observer tous les décors alentours et surtout à photographier des oiseaux. Tourterelles et moineaux, plutôt communs un peu partout, mais également un rougequeue noir, une mésange charbonnière, des pinsons, j’ai comme la vague sensation que les oiseaux se sont donnés le mot « Gilbert, l’amateur photographe ornithologique est là et on va lui faire plaisir ! ». Pourtant si les oiseaux m’intéressent bougrement, un autre intérêt me préoccupe, c’est celui de trouver le vrai départ montant vers les anciennes carrières de granite (*). Je traverse le bas du village, suis la direction des Gorges de la Guillera ; que je connais déjà pour y avoir baladé ; et me voilà sur le pont qui enjambe la Têt. Si le bruit torrentiel du déversoir du barrage de Vinça tout proche se fait entendre, ici la rivière est plutôt calme et deux bergeronnettes sautillent d’une berge à l’autre. Leurs sautillements incessants me contraignent à laisser tomber l’envie que j’ai de les photographier. G.P.S allumé en mains, j’avance mais le tracé que j’ai enregistré semble mauvais. Finalement, 250 à 300 m après le pont, le départ de cette montée vers les carrières est relativement facile à trouver. Bordé de murets en pierres sèches, le sentier s’élève assez vite et offre de superbes vues vers le village et les Gorges de la Guillera malgré un ciel qui se voile peu à peu. Derrière moi et sur ma droite, et sous un ciel encore bleu, le Massif du Canigou et quelques autres sommets enneigés, dessinent un très bel horizon. Du bleu, du blanc et le roux d’une végétation au repos, je me dis que l’hiver dans notre belle région est un artiste qui n’est pas dénué de talents. Dans cette montée, somme toute régulière, les observations d’une fauvette, d’un papillon et de quelques rares fleurs de saison sont les seules causes à ralentir ma flânerie. Les décors changent au fil de l’élévation. A l’approche des premiers bâtiments de l’ancienne carrière de granite, les décors se font plus abrupts. Un étrange mélange de terre et de roches où poussent graminées et de rares arbustes descend jusqu’à la Têt. C’est le Devèse, mot que j’avais longuement explicité lors d’une randonnée intitulée « La Cabane de la Devèse de Valbonne depuis Léca ». Au bout de cette descente pentue, tout n’est que minéralité. Ici, le fleuve Têt, très étroit, tente tant bien que mal de se frayer un passage dans un magma minéral. De ce fait, vu depuis le sentier, il ressemble à un modeste ruisseau. Alors que j’en suis à observer ces paysages ; tout en regardant où je pose mes pieds ; d’innombrables hirondelles tournoient dans un ciel devenu carrément laiteux. Tels des engins volants téléguidés, certaines foncent vers moi et dévient leur trajectoire au tout dernier instant. Pas de doute, dans ce meeting aérien, les bâtiments sont leurs hangars et leurs aires de repos, hangars parce que j’en vois quelques unes entrer par des fenêtres, et aire de repos pour les autres car je les vois se plaquer contre les façades. Alors, bien sûr, cet étrange manège excite ma curiosité et voilà une raison supplémentaire d’aller visiter ces vestiges de l’exploitation passée du granite. De manière assez surprenante, je ne note aucune interdiction quand à l’accès au site, même si son approche génère automatiquement une certaine prudence. Prudence car les énormes et impressionnants pierriers qui me dominent sont des obstacles psychiques mais toutefois bien réels et palpables dès lors qu’on les a devant soi. Leur énormissime masse engendre de la crainte et donc du respect. Prudence aussi car au sein d’une végétation le plus souvent exubérante, les nombreux ronciers m’obligent soit à les éviter en slalomant soit à carrément les enjamber quand les slaloms ne suffisent plus. Dans ces conditions, avancer vers les premiers bâtiments s’effectue au ralenti, mais en définitive, moi qui suis surtout là pour observer les hirondelles, cette lente approche sert complètement mes desseins. Quand j’atteins l’intérieur de la première bâtisse, dans une espèce de couloir avec sur ma droite plusieurs trémies, je ne vois aucune hirondelle ni aucun nid. Tout à l’air de se passer à l’extérieur. Je m’y avance avec silence et prudence mais les hirondelles m’ont déjà repéré. Comme elles semblent un peu effarouchées de ma présence, je m’éloigne et m’assieds sur l’herbe face au bâtiment mais en prenant soin d’un minimum de mouvements. Très vite, elles retrouvent de la confiance et reviennent à tour de rôle s’agglutiner contre la paroi du bâtiment. Quelques minutes à se reposer ou à plonger le bec dans leur plumage puis elles repartent sans doute en quête d’un insecte à se mettre dans le gosier. Je ne fais des gestes que pour les photographier. Je ne décèle aucun nid, ni récent ni plus ancien. Je n’en vois pas se diriger vers la colline où des parois rocheuses pourraient être un lieu idéal de nidification. Elles ne semblent là que pour un passage migratoire temporaire et le site avec ses hautes falaises de granite, ses appentis ouverts, ses gorges profondes et sa rivière est le théâtre idéal pour un arrêt éphémère mais sans doute indispensable à un voyage plus lointain. Ce sont des Hirondelles des rochers, en latin Hirundo rupestris, les mêmes que j’ai déjà pu observer, mais avec beaucoup moins de facilité et de précision, du côté de l’abbaye de Saint-Martin du Canigou ou bien encore au château de Peyrepertuse. Après plus d’une demi-heure d’observation et de multiples photos, il est temps de me remettre en route. Par une rampe assez raide, je m’élève vers les vestiges les plus hauts. Ils se résument à quelques « casots » bétonnés et aux ruines d’abris disparates dont certains ressemblent à des transformateurs électriques. Pas d’hirondelle dans cette partie la plus haute de l’extraction du granite et or mis de magnifiques vues encore plus aériennes qu’auparavant, rien d’autre à figer dans mon appareil photo. Le sentier longe la falaise, l’épouse dans sa partie la plus compliquée et finalement j’arrive en surplomb d’un petit cirque verdoyant. Je crois savoir que c’est dans ce lieu que se déroule le désormais bien connu spectacle « rando-jazz » de Rodès. Aujourd’hui pas de jazz et seulement quelques grives criardes qui s’enfuient à tire d’ailes alors que je tente de photographier une de leurs congénères. Au fond du cirque, un certain Mateo a dessiné quelques motifs symboliques avec des cailloux alignés. Symbole de la paix, le yin et le yang, une fleur et un soleil, des signes encourageants dans cette France si tourmentée actuellement. Je continue mon chemin. Tout au fond des gorges, le pont-aqueduc médiéval d’en Labau apparaît et sa vision me rappelle qu’une vie antérieure a existé ici, dans ces décors si austères de nos jours. Troncs calcinés et buissons entièrement noircis apparaissent. Ils sont les premières cicatrices visibles de l’incendie d’août 2005, à moins que ce ne soit celui de 2016. Le contraste est saisissant car ces branches entièrement desséchées et totalement noirâtres se dressent comme des fantômes au sein d’une basse végétation soit déjà bien verte soit jaunie quand il s’agit de graminées. Au même instant, les premiers orris sont là également. Cabanes parfaites en pierres sèches ou abris sommaires contre le vent, j’en compte un puis deux, trois, quatre puis finalement il y en a tant que j’arrête de les compter. Il y en a de tous les côtés où que l’on regarde. Ils se mélangent aux « feixes » que la garrigue a déjà amplement colonisé ou à d’imposants chaos granitiques sur lesquels ils s’appuient parfois. Les terrasses, on les devine plus qu’on ne les voit quand aux chaos rocheux, aucun n’est pareil mais je vais constamment y chercher ce que Dame Nature a bien pu y sculpter. Là, c’est un immense et étonnant cairn composé de roches massives, là une paire de fesses karstique qu’une diaclase a créé, ici un bonhomme chargé d’un lourd fardeau, là une tortue ou un visage bouffi, plus loin c’est un menhir identique à celui d’Obélix, là une simple roche en équilibre. Quand se présente le Correc de Borboner ; ou Ravin d’al Bosc Negre sur les vieilles cartes IGN, j’avoue que je suis bluffé. Alors que dans ce milieu calciné où poussent seulement des plantes de la garrigue, j’en étais à m’imaginer un biotope totalement sec,  j’ai devant moi un petit ruisseau qui s’écoule gaillardement au milieu d’une profusion de laîches. Par endroits, le ruisseau a au moins un mètre de profondeur et quand je l’enjambe, j’entends même un plouf. Je scrute le fond à la recherche du plongeur coupable et là j’aperçois une grenouille brune et verte. Le temps d’une photo et elle a déjà disparu. Au même instant, j’aperçois sur la gravière ce que j’appelle une puce d’eau. Elle monte vers la surface mais s’accroche à une brindille avant même de l’atteindre. Je tente de la photographier mais le léger mouvement de l’eau à cet endroit et sa taille minuscule compliquent les choses. Dans une nage peu orthodoxe, elle disparaît elle aussi. Sur une pierre, c’est un syrphe, jolie mouche ressemblant à une abeille, qui se chauffe au soleil. Manifestement, et en venant ici, jamais je n’aurais imaginé un tel ruisseau avec une faune aussi présente. A l’instant où je repars, c’est une étrange créature que j’aperçois au sommet d’un arbre calciné. Mais à quoi ressemble-t-elle au juste ? Grâce à un rapproché photographique, j’ai la quasi certitude que j’ai déjà vu cette « étrange chose » quelque part. Il me faudra attendre d’être à la maison pour trouver la réponse. Elle me rappelle ces sculptures animales ou gargouilles que l’on voit dans certaines cathédrales. On les appelle des striges ou plus simplement des chimères. Oui, c’est bien ça, c’est bien un tel démon que j’ai eu au bout de mon téléobjectif en enjambant le Borboner. Je repars avec le sentiment d’avoir déjà fait un maximum de découvertes. Le chemin se fait plus large et bifurque plein ouest. Des vues s’entrouvrent sur la vallée, le village de Bouleternère et des collines arrondies et très boisées qui me font face. Contreforts du Canigou puis Canigou lui-même, voilà les prémices  de la longue échine pyrénéenne. L’itinéraire se faufile au sein d’une végétation très bizarrement disparate. Parfois le sentier est encadré de magnifiques ajoncs d’un jaune flamboyant et parfois c’est bonjour tristesse avec essentiellement des couleurs ternes comme le noir de l’incendie ou les verts sombres de plantes arbustives naines. C’est l’instant que choisit un Monticole bleu pour me faire tourner en bourrique. Je le vois assez loin sauter d’un rocher à un autre, alors bien sûr j’essaie de m’en approcher pour mieux le photographier. Mais l’oiseau est fantasque et ne se laisse pas approcher si facilement. Il s’éloigne mais se perche toujours au sommet d’un gros rocher comme pour me narguer. En outre, dans ma quête d’être au plus près de lui, les plantes de garrigues ne facilitent pas les choses. Alors comme l’heure du déjeuner a presque sonné, je décide de pique-niquer au sein d’un énorme chaos rocheux où je l’ai aperçu. J’ai beau me planquer, rester silencieux, rien n’y fait. Il pressent ma présence, me tourne autour mais ne s’approche jamais. De lui, je n’ai que des photos rapprochées mais bien trop lointaines et donc peu nettes. Cette investigation m’a néanmoins permis de découvrir un séculaire chemin creux qu’ici on appelait « carrerade ». Au temps jadis, les bergers y faisaient circuler leurs troupeaux. Je repars. Je n’ai pas fait 20 mètres de plus que c’est un faucon crécerelle qui vient me tourner autour. Lui aussi s’éloigne et va se percher au sommet d’un arbre calciné. J’essaie de m’en approcher mais là aussi il recule sans cesse et passe d’un arbre brûlé à un autre. Le problème est que je suis entrain de randonner à reculons. Lui aussi est bien trop loin pour être photographié correctement mais un peu plus tard, je vais être récompensé de mes efforts. Peu de temps après, je retrouve le bon sentier à proximité d’un point d’eau ressemblant à une « mouillère ». Ici, s’écoule une source et j’y aperçois les mêmes laîches que j’avais vu au bord du Correc de Borboner. La vue d’un panneau indiquant la direction « Borboné » me fait comprendre que je n’ai fait que longer ce ruisseau.  L’observation de mon bout de carte I.G.N me le confirme comme il me confirme aussi la proximité de la vraie source un peu plus haut, au lieu-dit Les Balmettes. Un large et bon chemin s’élève entre les flancs du Roc Sabardanne et un vallon creusé par le Borboner. C’est le Ravin d’al Bosc Negre. Assez paradoxalement et alors que je vois très bien que l’incendie est passé par là, certains endroits très boisés semblent avoir été complètement épargnés par le feu. De très grands chênes verts sont encore là, bien vigoureux comme si rien n’était survenu. La proximité du Roc Sabardanne offre des vues à presque 360 degrés. Des panoramas se dévoilent sur le Conflent, les Aspres, le Ribéral et le pays Fenouillèdes, autant de régions se réunissant ici et dont le rocher sur lequel je suis debout serait la clé de voûte. A mes pieds, le lac de Vinça miroite sous les rayons d’un soleil faiblard mais tentant de revenir au premier plan. Grâce à mon tracé G.P.S, je quitte le large chemin au profit d’un étroit sentier se dirigeant vers Ropidera. Le plus souvent en descente, le sentier ne tarde pas à offrir une jolie vision des ruines de l’ancienne église Saint-Félix de les Cases. Jolie vision car le Canigou sert de toile de fond. L’unique sentier facilite l’approche du vieux village médiéval même si pour l’atteindre un nouveau ravin est à franchir. S’agissant bien évidemment de ruines, les vestiges de l’ancienne église romane et de sa tour de guet n’ont rien d’exceptionnels pour mon œil non averti. Toutefois, j’ai lu tellement de choses à propos de ce village dans « Archéologie d’une montagne brûlée » que je n’ai aucune difficulté à m’imaginer un retour vers le passé. Je m’assieds sur un tas de pierres et tente de revoir une vie médiévale passée. En fermant les yeux, j’imagine des femmes en robe longue et des hommes avec des vêtements plus courts et en cuir comme on en voit dans certains spectacles médiévaux, au Puy du Fou par exemple. Par contre, dès que j’ouvre les yeux toutes ces visions m’échappent. Dans cet incroyable pierrier constitué par l’effondrement de l’église et dans cette végétation incroyablement envahissante de nos jours, comment continuer à imaginer des femmes en robes longues et des hommes chaussés de poulaines ? Je tente bien évidemment de partir à la découverte du village tel que j’en ai longuement lu sa description et aperçu une vue aérienne, mais la végétation s’oppose sans cesse à moi. Impossible de rejoindre le bas du village où se trouve l’essentiel des « cases », c'est-à-dire des maisons. Les végétaux épineux sont les meilleurs archers de ce petit « fief médiéval », et après quelques égratignures rapidement sanguinolentes finalement je renonce à aller plus bas. Je quitte Ropidera par un étroit sentier démarrant au pied de l’église et filant vers l’ouest. Par la force des choses, la suite et la fin de la balade deviennent plus monotones même si j’arrive à surprendre et à photographier le faucon crécerelle déjà vu auparavant. Après la découverte de quelques nouveaux orris dont je profite pour finir mon casse-croûte, j’emprunte une longue piste DFCI qui descend vers le barrage de Vinça. Cette piste descend plutôt rectiligne au début puis se termine en virages successifs mais à part de nouvelles vues vers Ropidera et de nouveaux panoramas vers la vallée de la Têt, je n’observe rien de vraiment notable jusqu’au barrage. Heureusement, l’approche de Rodès et son arrivée me réconcilient avec les oiseaux : chardonnerets, mésanges, bruants, pinsons, fauvettes, avec plus ou moins de réussite, je passe presque un heure à mon bon plaisir de la photo ornithologique. A la sortie de Rodès et grâce à un petit espace consacré à la géologie, je finis ce circuit par un brin de culture. Ainsi se termine cette balade vers une montagne qui a brûlé plusieurs fois mais qui peu à peu renaît de ses cendres. Renaissance grâce à sa végétation pyrophile et pyrophyte mais également à sa faune qui est déjà bien de retour 13 ans plus tard. L’animal serait-il plus clairvoyant que l’Homme qui a tant et tant exploité cette montagne pour finalement la laisser choir ? Vu l’évolution des choses, il y a peu de chance que l’Homme retourne un jour vers cette montagne pour y gagner sa vie. Pourtant en toutes choses et selon l’expression consacrée, n’est-il pas plus prudent d’affirmer « qu’il ne faut jamais dire jamais » ? Cette balade a été longue d'une dizaine de kilomètres environ. Cette distance incluant mes sorties de route (carrière, oiseaux, Ropidera, barrage, etc...). Les montées cumulées sont de 650 m environ. Le dénivelé est de 283 m entre le point le plus bas à 183 m à Rodès et le plus haut à 466 m sur le chemin à proximité du Roc Sabardanne. Le livre « Archéologie d’un montagne brûlée  – Massif de Rodès – Pyrénées-Orientales », ouvrage dirigé par Olivier Passarrius, Aymat Catafau et Michel Martzluff aux Editions Trabucaires est lisible sur Internet sur le site https://www.academia.edu. Carte IGN 2448 OT Thuir - Ille-sur-Têt Top 25.

     

    (*) Les carrières de granite : A partir de 1915, et grâce au démarrage d’une carrière de granite située au lieu-dit la Devèse (*), Rodès devient une petite cité industrielle. Le granite, d’excellente qualité, est exploité à la fois comme bordures de trottoirs mais également pour paver les rues des grandes villes (Perpignan, Toulouse, Sète, Marseille, Port-Vendres...) mais aussi pour consolider ou revêtir de très nombreuses routes. Le gisement est d’abord exploité par Jean Puig ; entrepreneur de travaux publics a Perpignan, qui exploite déjà une carrière à Vernet-les-Bains ; puis à partir de 1921 la Société Anonyme des Carrières de Granit du Canigou est créée. La famille Puig s’associe à Albert Rougier. L’exploitation du gisement a réellement commencé en février 1916. Elle s’effectue aux explosifs puis le minerai est acheminé vers Rodès grâce à des câbles aériens auxquels sont suspendus des wagonnets.  Les wagonnets parviennent à une trémie de réception située à la gare de la Compagnie du Chemin de Fer du Midi. Les commandes affluent, l’activité est très florissante et le nombre d’ouvriers décuple très rapidement. En 1926, à son apogée, on compte jusqu’à 150 ouvriers, dont de très nombreux immigrés italiens, espagnols et algériens notamment. Rodès tente tant bien que mal de loger cette population nouvelle. Des logements réservés aux ouvriers de la carrière sont créés. En 1923, dans son supplément sur l’industrie dans les Pyrénées-Orientales, l’Indépendant présente la carrière de Rodès comme le fleuron départemental de l’extraction minière. A partir de 1930, l’arrivée du goudron et le développement de la technique d’enrobés bitumineux pour revêtir les rues et les routes freinent brutalement cette activité puis la stoppent carrément à la fin des années 30. En 1939, une trentaine d’ouvriers signe le texte d’une pétition contre la fermeture définitive de la carrière, soulignant au passage qu’il s’agit de la plus ancienne carrière du département. Malgré tout, la carrière ferme puis est démolie juste avant la guerre de 39/45, laissant néanmoins les vestiges des bâtiments que l’on peut voir encore de nos jours et de nombreux ouvriers qui sont devenus Rodèsiens. (*) En 1832, une vaste devèze s’étendait à l’emplacement actuel de la carrière de granit de Rodès. Cette vaste pâture est à cette époque subdivisée en plusieurs parcelles dont cinq sont la propriété de la commune de Rodès, ce qui représente un total de 11,4 hectares. Il convient d’ajouter à ce chiffre les pâtures privées qui sont attenantes et qui forment un ensemble homogène, ce qui accroît la surface formant une vaste zone de pâturage enclose d’environ 19 hectares. Cet ensemble est aujourd’hui en partie occulte par l’incision de la carrière de granit de Rodès, en service durant la première moitie du XXe siècle (extrait du livre « Archéologie d’une montagne brûlée).

     

    (**) Le village médiéval de Ropidera : Aucun autre livre que celui intitulé « Archéologie d’une montagne brûlée » ne vous parlera aussi bien de Ropidera. Je vais donc tenter d’en faire un bref résumé le plus parlant possible. Sur le plateau de Ropidera aucune trace d’une présence romaine n’a été décelée. Toutefois un lieu-dit élevé et constitué d’un chaos granitique a été nommé « oppidum » par l’archéologue Yves Blaize. Divers tessons de céramiques y ont été trouvés ainsi que les preuves d’une exploitation ancienne du granite et notamment pour la confection de meules de moulins. Le lieu de Ropidera apparaît dans les textes quand il est cité en 955 comme voisin de l’alleu Monte Nero, sur le territoire d’Ille. Puis en 1011, une bulle de confirmation du pape Serge IV en faveur de Cuxa mentionne, entre autres, un alleu dans la villa Ropideria. Le plus ancien acte notarié date de 1266. Le village à la fin XIVe siècle, c’est-à-dire grosso modo dans sa dernière occupation et dans son état d’abandon, nous est connu par un document d’un type fréquent en Catalogne, le capbreu. Les chercheurs estiment qu’il y avait une trentaine de constructions incluant les maisons, la forge et le presbytère. L’église de Ropidera est installée sur un promontoire qui domine les ruines du village. Elle est mentionnée pour la première fois en 1204, quand Pierre de Domanova reconnaît tenir en fief pour Guillaume, vicomte de Castelnou, les églises d’Ille, de Vinca, de Ropidera, d’Espira, d’Estoher, de Seners, de Mosset, de Fulla, de Nyer et le lieu de Creu. Au siècle suivant est mentionné le vocable de l’église, Saint-Pierre et Saint-Félix. Malgré la première mention assez tardive, les éléments architecturaux conservés sont ceux d’une église romane dont les éléments décoratifs du choeur évoquent le second art roman. Malgré sa mention tardive, l’église est donc sans doute aussi ancienne que le village lui-même. On peut penser que Ropidera est déjà doté d’une église à cette époque, comme toutes les « villae » des Xe et XIe siècles qui sont des villages aux siècles suivants. L'église est surtout remarquable par sa fortification, dont la tour, probablement de guet, s’élève à 15 mètres de hauteur. Le village était sans doute entouré d’un mur d’enceinte dont certains pans sont encore bien visibles de nos jours. L’étude très poussée du capbreu et des différents actes notariés confirme si besoin qu’une vie villageoise rurale y a été longtemps présente. Le village était socialement structuré et possédait ses propres consuls. L’incendie a révélé que toutes les maisons étaient situées au sud de l’église sur la pente naturelle du terrain et que trois chemins partaient dans différentes directions. Un rejoignait l’église en traversant le hameau, un autre vers Rodès (chemin de Les Cases) et un autre vers les crêtes où se trouvent des terrasses. En 1570, plusieurs témoins déclarent que le village est totalement abandonné, que personne n’y vit plus « de mémoire d’homme ». (Nombreux extraits textuels du livre).


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    Ce diaporama est agrémenté de 5 musiques interprétées par le duo irlando-norvégien "Secret Garden". Elles ont pour titre : "Atlantia", "Chaconne", "Pastorale", "Nocturne" et "Adagio", oeuvres de l'auteur-compositeur Rolf Løvland et extraites de l'album "Songs From A Secret Garden".

    Le Circuit des Bornes frontière de 1258 depuis Montalba-le-Château

    Le Circuit des Bornes frontière de 1258 depuis Montalba-le-Château

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    15 décembre 2018. Ragaillardis par une forme physique un peu meilleure, nous voilà au départ de Montalba-le-Château pour une petite randonnée de ma composition. Cette randonnée, je l’ai intitulé « Circuit des bornes frontières de 1258 » (*). Si j’en revendique la paternité, c’est parce qu’après avoir dessiné ce circuit sur mon logiciel CartoExploreur, j’ai cherché sur Internet si quelqu’un l’avait déjà décrite avant moi et je n’ai trouvé personne. Bien sûr et pour être honnête jusqu’au bout, il y a bien le site « Un catalan en rando » qui évoque ces bornes-là dont une sur la commune de Montalba, mais il n’y a pas de tracé et les photos ne sont pas très parlantes quant au lieu de son départ. Enfin si certains sites évoquent ces bornes, je n’ai trouvé personne les proposant lors d’un circuit au départ de Montalba. Pourtant dieu sait si ma liste des randonnées connues dans le département des P.O est longue quand à celle dédiée aux sites de randonnées, elle ne l’est guère moins. Alors certains me diront que les bornes frontières c’est du déjà vu et ils n’auront pas tort. J’en veux pour preuve cette balade au départ de Bélesta que j’avais intitulée « À travers les âges et le parcours d’eau », balade qui m’avait déjà permis de découvrir ces mêmes bornes en solitaire. Cette fois-ci bis repetita, mais au départ de Montalba et avec Dany, mon accompagnatrice préférée. Alors que Météo France nous avait promis un grand ciel bleu, Montalba nous accueille sous un ciel plutôt voilé. Mais peu importe, l’envie de marcher et d’être au grand air est là. D’ailleurs de l’air, il n’y en a pas. Pas la moindre brise, pas le moindre souffle de vent et c’est tant mieux ainsi car la marche s’effectue sur un plateau qui sans aucun doute doit être un corridor idéal pour notre décoiffante tramontane. Après avoir rangé notre voiture sur un grand parking à l’entrée du village, me voilà déjà, GPS en mains, à chercher la ligne de départ. Rue du Barry puis rue de l’Eglise sont les premières voies qu’il faut emprunter. On tourne carrément le dos au village et l’église dédiée à la Vierge de l'Assomption est rapidement visible au bout de cette rue plutôt rectiligne. Mon appareil-photo est entré très vite en action avec un rassemblement de pigeons picorant un champ labouré, avec des paysages presque à 360°, quelques étourneaux sur des arbres effeuillés, un oratoire blanc, un bel amoncellement de gros blocs granitiques dont je cherche toujours si l’un d’entre-eux n’aurait pas une quelconque silhouette. L’église est fermée, alors je me contente de quelques photos. Nous en faisons le tour, passons derrière le petit cimetière et la suite de l’itinéraire est déjà là, très rectiligne une fois encore. Rectiligne, le chemin l’est sur 2 km environ mais avec un revêtement varié et très inégal. Parfois herbeux, parfois sableux puis carrément asphalté puis terreux, il y en a pour tous les goûts. Parfois, il est même très humide car le secteur regorge de « mouillères ». Des panonceaux précisent qu’il s’agit de pistes DFCI. Dany, qui aujourd’hui, n’a apparemment pas l’intention de speeder, me laisse tout le loisir de me livrer à ma passion pour la photo ornithologique. Alors j’en profite, même si quand on est deux la photo naturaliste est toujours bien plus compliquée que quand on est seul. A hauteur du Serrat del Sastre, le massif du Canigou fait son apparition. Très enneigé, j’en suis déjà à regretter d’être venu avec ce ciel laiteux voire carrément gris qui écrase toutes les perspectives. Cette météo blafarde ôte cette belle luminosité qui m’a si souvent permis de photographier le Canigou dans des conditions optimales, c'est-à-dire avec un blanc des cimes immaculé et un ciel bleu azur d’une pureté incroyable. Aujourd’hui, rien de tout cela et le seigneur catalan fait grise mine. Même en zoomant, le gris-blanc délavé du ciel se confond avec les cimes enneigées. Je ronchonne après cette météo hivernale pourtant somme toute normale pour la saison. Derrière nous, Montalba apparaît dans sa vision la plus belle et la plus conforme à ce qu’il est, celle d’un minuscule village fortifié plutôt ramassé sur lui-même et perché au sommet d’un petit promontoire. Après un bref ralentissement du aux véhicules de nombreux chasseurs terminant leur battue, nous reprenons notre marche et finalement le chemin rectiligne se termine et débouche devant un grand champ verdoyant. Sur notre gauche, le Roc del Mut. Dans le creux d’une petite dépression, des petits bouts de panoramas apparaissent : la Plaine du Roussillon, la Méditerranée, le Massif des Albères. Il faut longer le champ par la gauche jusqu’à trouver un étroit sentier filant au sein d’une végétation essentiellement broussailleuse et contournant le Roc del Mut. Quelques petits chênes verts, des chênes kermès, des bruyères arborescentes, beaucoup d’ajoncs, dont quelques uns déjà fleuris, de rares romarins, voilà à quoi se résume ce maquis broussailleux et sauvage dans lequel les hommes ont décidé d’installer un immense champ de panneaux solaires. Un jour, j’ai lu qu’on appelait ça des fermes photovoltaïques. Moi, le mot « ferme » me renvoie à mon enfance, à la campagne marseillaise où des animaux s’égayaient dans une basse-cour mais aussi à des petites figurines d’animaux avec lesquelles je jouais quand j'étais gosse. Alors quand je lis « ferme photovoltaïque », j’ai les poils qui se dressent. Et pourquoi pas « métairies solaires » pendant qu’on y est ? Le mot « ferme » n’a-t-il pas suffisamment de significations différentes pour qu’on se complaise à en rajouter avec des fermes « marines », « éoliennes », « solaires » et que sais-je encore ? On débouche sur une piste qui se faufile entre les panneaux solaires et le Pilóu d’en Gil. C’est au sommet de ce petit dôme que se trouve la première de nos bornes frontière. Il s’agit d’une élévation cylindro-conique, et donc en forme d’obus, maçonnée assez grossièrement avec des pierres du secteur et du mortier sableux.  Elle n’a rien d’exceptionnelle et d’ailleurs, la première question que l’on se pose est « date-t-elle vraiment de 1258 ? ». On est en droit d’en douter tant cette borne paraît moderne dans sa « maçonnerie ». Si borne de 1258 il y avait, sans doute celle-ci a-t-elle été amplement restaurée. Outre le fait qu’elle marquait la frontière, on peut se demander « pourquoi a-t-elle été élevée au sommet de cette butte ? » « Pour qu’on la voit de loin ? » « Etait-elle un lieu d’observation ? » « De jonction ? » « De rassemblement de soldats en faction ? » Sans doute tout cela à la fois. Pour Dany et moi, et outre ma curiosité personnelle, elle n’a qu’une seule fonction : être un lieu de repos et de pique-nique avant de se lancer dans la suite du parcours. La suite, c’est d’abord la piste qui longe puis passe derrière les panneaux solaires. Toutefois, dès lors qu’on la quitte (mais rien ne vous y oblige mais nous ne le savions pas !) il s’agit de chemins très pentus, ravinés à l’extrême mais qu’il nous faut descendre. Sur le cul parfois, tant les difficultés sont grandes et la peur de débouler omniprésente. Finalement et par bonheur, nous arrivons en bas sans encombre, au niveau d’une intersection. La suite de l’itinéraire est en face sur un autre mamelon où se trouvent les deux autres bornes de 1258. Il s’agit des bornes dites de Bélesta. Bélesta-la-Frontière la bien nommée. Il se dit que bien d’autres bornes seraient présentes dans le secteur mais le plus souvent inaccessibles. Je connais celle du Puig Pédrous pour y être aller randonner, mais c’est tout. Alors je me dis quel dommage de ne pas être en mesure de voir à quoi elles ressemblent. Ces deux-là, en tous cas, sont parfaitement mentionnées sur des panonceaux et les découvrir est un jeu d’enfant. La première est plus massive que celle du Pilóu d’en Gil mais elle a la même forme cylindro-conique et exactement la même maçonnerie. On y décèle une croix que certains spécialistes décrivent comme « pattée », l’attribuant ainsi au Royaume d’Aragon. En grimpant sur les roches qui se trouvent derrière la borne, j’aperçois la seconde, environ 100 mètres plus loin, direction nord-ouest. Un petit sentier fait la jonction entre les deux. J’y file pendant que Dany m’attend. Cette troisième et dernière borne de notre circuit est la plus élancée mais a toujours la même forme et le même conglomérat maçonné. C’est celle qui permet la meilleure observation aérienne des lieux alentours. J’y observe une espèce de gros pied maçonné servant de patte et d’assise comme si les constructeurs avaient voulu la protéger de la violence de la tramontane en y adjoignant une jambe de force. Son petit air penché est-il la cause de cet étrange pied et donc une sécurité supplémentaire pour ne pas qu’elle tombe ? On est en droit de le croire en observant l’ensemble. En tous cas, outre les questions déjà soulevées précédemment, ici la question principale que l’on se pose est de savoir « quel était l’intérêt d’avoir deux bornes si proches l’une de l’autre ? » Je ne vois qu’une seule réponse : « elles n’étaient peut-être pas dans le même royaume ? », ce que confirmerait la fameuse croix pattée de la première. « La frontière passait donc au milieu et les bornes étaient des postes frontières comme on en voit de nos jours ? » Cette dernière thèse semble peu probable compte tenu de la configuration du terrain et de la végétation telle qu’on l’observe de nos jours. Pourquoi les voyageurs voulant passer d’un royaume à une autre seraient-ils passer par là, dans un endroit aussi peu praticable ? « Mais il y a 760 ans, tout était-il pareil ? » « Rien n’est moins sûr ! » Finalement toutes ces questions restent sans réponse car cette frontière de 1258 (*) entre royaumes de France et d’Aragon a toujours été une énigme aux yeux des historiens. « D’où partait-elle ? » « Sigean ?» « Leucate ?» « Fitou ? » « Où passait-elle exactement ? » « Sur la crête des Corbières maritimes correspondant grosso-modo à la présente frontière entre Aude et Pyrénées-Orientales ? » « Et puis après ?»  « Où se poursuivait-elle ? » Voilà de nouvelles questions qui subsistent quand on se lance dans la lecture des rares ouvrages évoquant cette frontière et le Traité de Corbeil qui l’avait entérinée. D’ailleurs, « cette ligne existait-elle  vraiment ? » Durant les 400 ans où ce traité a prévalu, les nombreuses guerres et la multitude d’échauffourées entre les deux royaumes sont là pour prouver que leurs limites étaient floues et parfois même fluctuantes au gré des victoires et des annexions d’un camp ou d’un autre. Dany peu intéressée par ces phallus « bruts de décoffrage » et par leur Histoire m’attend sagement. Quand je finis par la rejoindre, et dans une transmission de pensée incroyablement similaire, nous nous disons « et si nous allions voir le genévrier remarquable ? ». Nous voilà donc partis vers cet arbre vénérable dont nous avions vu la mention sur un panonceau indicatif. L’arbre étant très proche des bornes, nous y parvenons très vite et force est d’avouer que nous sommes un peu déçus. Le genévrier est certes beau mais il n’a rien d’exceptionnel. Il faut dire que d’emblée nous le comparons à celui d’Opoul se trouvant au lieu-dit Vall d’Oriola et bien sûr la comparaison ne peut pas tenir tant celui d’Opoul est extraordinaire à tous points de vue. Cet arbre, j’ai déjà eu l’occasion de le présenter lors de deux autres balades : « Le Sentier du myrte et du genévrier depuis le château de Salveterra » et le « Sentier de la roche insolite ». Après cette dernière découverte, il est temps de prendre le chemin du retour direction l’intersection précédemment traversée puis le lieu-dit « Roc de Naut ». Les possibles découvertes consistent désormais à observer les décors, décors certes pour nous deux, mais également quelques oiseaux pour moi, même s’il faut reconnaître qu’ils sont assez rares dans ce biotope typiquement méditerranéen. Ça se résume à quelques fauvettes occupant le maquis et à des alouettes, lesquelles, ont une nette préférence pour les terrains fraîchement défrichés. Apparemment, les pistes ont beaucoup évoluées par rapport au bout de carte I.G.N que je trimballe dans ma poche mais que je sors régulièrement tant les chemins sont légions dans ce secteur. Un panneau explique la raison de ces nouvelles pistes DFCI : « investissement en réponse à la sécheresse et au changement climatique ». Je garde mon GPS allumé et nous empruntons la piste DFCI F170. C’est apparemment la bonne direction et mon tracé GPS me le confirme. Après quelques virages sur cette très large piste, dès le premier ruisseau traversé, il faut la quitter et prendre un chemin qui, à gauche, monte dans la garrigue. Ce ruisseau, est-ce celui de Bellanouse ? Je ne saurais le certifier mais en tous cas l’eau y coule à flot. On retrouve la large piste un peu plus haut mais on continue de l’ignorer au profit d’un large et bon chemin sableux qui file à gauche en direction d’amples vignobles. Dès les premières vignes, le chemin les contourne par la droite puis par la gauche. A partir de là, l’itinéraire devient plus simple. D’abord parce qu’il est rectiligne et qu’il suffit de suivre celui le plus emprunté. Ce chemin continue de longer et de traverser dès vignes le plus souvent en s’élevant sur une très légère déclivité. Cette modeste montée offre néanmoins de jolies vues à presque 360%. Droit devant le Canigou fait office de point de mire. Dès lors que l’on atteint un coteau planté d’une amanderaie, le chemin bifurque à droite mais retrouve très vite sa rectitude. Ici, les vignobles se partagent l’espace avec d’immenses champs verdoyants. Un trio de corbeaux y cherche une pitance puis à notre approche, les volatiles s’envolent à poussant des cri rauques et puissants. Finalement, nous retrouvons du bitume et une première maison au lieu-dit Prat d’en Fosse. Il suffit désormais de suivre cette route asphaltée et après deux virages, Montalba-le-Château apparaît presque droit devant. On retrouve l’itinéraire emprunté au départ et le village est très vite là. Nous partons quitter le sac à dos dans le coffre de la voiture avant de repartir pour une visite plus approfondie du village dont nous connaissons mal le patrimoine. Petites ruelles, jolies placettes, les fameuses voûtes « balendras » typique des villages médiévaux avec leurs escaliers et leurs  terrasses, un beau beffroi avec son horloge et son clocher en fer forgé si distinctif du midi de la France, la maison de l’économiste et sociologue de renom Alfred Sauvy dont une plaque commémore son existence ici, l’agréable jardin Sistach avec son espace de repos et sa vue splendide sur le Canigou, des sculptures métalliques si étranges représentant presque essentiellement des chèvres (**), des portes en arcades ou poternes, les fortifications tout autour du château avec son ancienne tour à signaux et sa chapelle St Jean dont on ne voit malheureusement que le joli clocher-mur, de vieilles maisons où certains linteaux gravés d’une date ne laissent planer plus aucun doute quant à leur ancienneté. Oui, il y a un très beau patrimoine à découvrir à Montalba-le-Château mais une fois de plus, nous notons le peu d’intérêt que l’on prête aux visiteurs de passage que nous sommes car le château et les églises sont fermés. Montalba n’est malheureusement pas un cas isolé et nos déceptions à vouloir découvrir le patrimoine roussillonnais s’enchaînent à chacune de nos sorties. Telle qu’expliquée ici, cette balade a été longue de 10k700 pour des montées cumulées de 280 m et un dénivelé de 140 m environ. Assez paradoxalement le point le plus haut est le village de Montalba lui-même, c'est-à-dire la ligne de départ. A moins d’avoir un sens de l’orientation excessivement développé, un tracé G.P.S est fortement recommandé. Carte IGN 2448 OT Thuir – Ille-sur-Têt Top 25.

    (*) Le traité de Corbeil et la frontière de 1258 : Signé le 11 mai 1258 au prieuré de Saint-Jean-en-l'Isle,  près de Corbeil, entre les représentants du roi d'Aragon, Jacques Ier et ceux du roi de FranceLouis IX, plus connu sous le nom de Saint-Louis, ce traité de paix est ratifié à Barcelone le 13 juillet suivant. Il est d’abord là pour régler des problèmes de territoires et mettre fin à de vieilles querelles la plupart du temps liées à des doléances anciennes de part et d’autres. C’est ainsi que Louis IX a la nostalgie de la vieille Marche d’Espagne fondée par Charlemagne en 806 incluant entre autres les comtés de Barcelone et du Roussillon, alors que la Maison d’Aragon prétend  depuis très longtemps à des suzerainetés sur Montpellier, Millau et Carcassonne. Ce traité est donc là pour entériner plusieurs engagements de bonne volonté dans les deux camps. C’est ainsi que le roi de France renonce à ses droits de suzeraineté sur le comté de Barcelone et les autres comtés catalans dont le Roussillon et la Cerdagne. En contrepartie, Jacques Ier renonce, d'une part, au Fenouillèdes et au Peyrepertusès cédant ainsi les châteaux de PuylaurensFenouilletCastel FizelPeyrepertuse et Quéribus mais il renonce aussi à ses droits de suzeraineté sur les comtés de Toulouse et de Saint-Gilles ainsi que sur le Quercy, la vicomté de Narbonne et l'Albigeois, les comtés de Carcassonne, de Foix et du Razès, Béziers, le Lauraguais et le Minervois, Nîmes et Agde, Millau, le Gévaudan, une partie du Rouergue mais également la Provence. Il ne conserve que la seigneurie de Montpellier, la vicomté de Carlat et la baronnie d'Aumelas. A l’époque et comme on le voit au travers de ces renoncements, on parle peu de frontière mais plutôt de territoires et de limites. Toutefois, ces acquisitions dessinent d’elles-mêmes une ligne qui va faire office de frontière. Celle qui nous intéresse ici c’est celle qui passe au sud des Corbières désormais protégée côté français par les forteresses des Termes, d’Aguilar, de Niort-de-Sault, de Quéribus, de Peyrepertuse et de Puilaurens. Cette nouvelle ligne va être bénéfique pour les deux parties car des deux côtés, on n’avait pas attendu le traité pour protéger ses possessions et de nombreuses villes, villages, églises avaient été fortifiées. On peut citer des villes comme Perpignan, Ille-sur-Têt et Vinça mais il y en a bien d’autres. Il y a aussi des petits villages aux forts d’importances parfois inégales disposant le plus souvent de tours défensives comme Périllos, Castelvell, Palmes, Roquevert, Trémoine, Lansac, Bélesta, Montalba, Latour-de-France, Cuxous, Caladroy, Corbous, Arsa, Le Vivier, Fenouillet. Des églises comme celle de Saint-Martin de Latour-de-France ou de Saint-Barthélémy de Jonqueroles. Le traité va engendrer de nouvelles forteresses comme celle de Salveterra à Opoul ou bien Salses un peu plus tard. Les historiens parlent parfois de « ligne Maginot médiévale ». La frontière se poursuit vers l’ouest et sépare désormais les deux royaumes car outre le comté de Barcelone, les renoncements du roi de France sur la Catalogne permettent à Jacques 1er de posséder les comtés du Roussillon, du Conflent, de Cerdagne, d’Urgel, de Berga, de Ripoll, du Bésalu, d’Empuries, d’Ausona et de Girona. Le but louable qui était de faire la paix est atteint mais celui d’éviter des enclaves subsiste malgré tout. La pire des enclaves est sans doute celle qui a consisté à séparer des populations aux langues différentes. C’est ainsi que des catalans se sont retrouvés dans le royaume de France et vice-versa. En restant peu claire et donc floue, cette frontière ne sera jamais trop respectée et sera constamment l’objet de malentendus entre les deux royaumes, engendrant des conflits quasi permanents, et ce jusqu’en 1659 et le Traité des Pyrénées…..mais ça c’est une autre Histoire.

    Les bornes sur le terrain ont-elles matérialisées cette frontière ? C’est la thèse la plus souvent admise par les historiens. Outre celles présentées dans ce reportage, il se dit qu’il y en aurait également du côté de Fitou, Fitou ayant pour origine le latin « fita » signifiant « limite » ou « borne ». Il se dit également qu’il y en aurait quelques autres perdues dans la nature, nature où la végétation trop dense ne permettrait pas d’y accéder ou de les retrouver. Tout est possible. En tous cas, les plus connues sont celles présentées ici dites de Bélesta et du Pilóu d’en Gil auxquelles il faut rajouter celle du Puig Pédrous. Quand à la plus remarquable c’est sans doute celle de Montner que l’on appelle la « Roque d’en Talou ». Elle ne ressemble pas du tout aux précédentes puisqu’il s’agit d’une simple roche gravée d’une croix pattée aragonaise d’un côté et de l’autre du blason avec les armoiries des Montesquieu, seigneurs de Latour-de-France. Ce blason est surmonté de la date de 1617 qui serait probablement la date de son burinage. Cette roche marque-t-elle la frontière de 1258 ? Les historiens le pensent car la croix pattée ressemble très étrangement à celle qui se trouve au pied de la borne de Bélesta. Est-ce suffisant ? Voilà une question à laquelle comme bien d’autres je n’ai pas de réponse……

    (**) Fête de la chèvre : Apparemment, chaque année Montalba-le-Château fête la chèvre au mois d'octobre. C'est en tous cas ce qui transparaît de divers articles et reportages que j'ai pu lire sur Internet. Cette fête explique sans doute les étranges sculptures métalliques les représentant au sein du vieux village. 


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    Ce diaporama est agrémenté de la musique "Maléna" de Ennio Morricone composée tout spécialement pour le film éponyme, oeuvre du réalisateur Giuseppe Tornatore avec comme acteurs principaux Monica Bellucci et Giuseppe Sulfaro

     Le Hameau et le château de Cuxous depuis Latour-de-France

    Le Hameau et le château de Cuxous depuis Latour-de-France

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    7 décembre 2018. Pour Dany et moi, en effectuant cette courte randonnée vers « le Hameau et le château de Cuxous (*) à partir de Latour-de-France », nous en sommes à vérifier si une marche pédestre d’une dizaine de kilomètres est toujours dans nos cordes. Elle, à cause de sa prothèse au genou droit, et moi en raison de problèmes dorsaux aléatoires mais bien trop récurrents à mon goût. C’est donc presque sur un coup de tête qu’en ce vendredi nous sommes partis réaliser cette balade quasiment « thérapeutique ». Idéaux pour les « convalescents » que nous sommes, un chaud soleil et un grand ciel bleu sont de la partie. Nous avons quelques heures à tuer. Il est presque 15 heures quand Latour-de-France nous accueille. Le départ s’effectue indifféremment de la terminaison du Boulevard du Lieutenant Pruneta ou de la rue de la Fontaine. La fontaine est là, à l’endroit même où nous garons notre voiture sous un immense eucalyptus. Fontaine ou source captée ou peut-être les deux, allez savoir ? En tous cas, le lieu est assez étonnant car la fontaine est à semi enfouie et agrémentée à ce qui ressemble à deux fenêtres. Un linteau de marbre en indique probablement son ancienneté : 1841. Bien qu’il suffise de poursuivre à pied le chemin de Roucatille qui est le prolongement des rues citées plus haut, j’analyse par précaution le tracé que j’ai enregistré dans mon G.P.S. Le départ est bien là et le parcours aussi, assez simple mais asphalté sur sa partie première sur une longueur que j’estimerais à moins de 2 km. Pendant que j’indique à Dany la route à suivre, je file photographier un oratoire que je viens d’apercevoir un peu plus haut. Composé de cayroux et de pierres de schistes, si l’oratoire est plutôt joli dans ce décor de vignobles presque à perte de vue, l’absence de toute mention et sa niche vide le rendent sans grand intérêt pour le curieux que je suis. En tous cas, on ne sait pas à quel saint ou à quelle sainte il est dédié, ce qui n’empêche en rien une éventuelle prière. Je file retrouver Dany qui a déjà pris pas mal avance. Apparemment l’élévation et l’asphalte de la route ne semblent pas être des freins au rythme plutôt soutenu qu’elle a choisi en ce début de balade. Son genou a l’air de fonctionner convenablement mais je croise les doigts et attends la suite. Moi, et à cause des passereaux très nombreux que je tente de photographier, j’ai déjà oublié qu’il y avait une route, une montée et de l’asphalte. Pinsons, chardonnerets, verdiers et bruants en très grand nombre et quelques fauvettes, je fais constamment le yoyo entre mon envie d’immortaliser les oiseaux et celui de ne pas me laisser distancer. Finalement, en arrivant en haut de la côte, fin de la principale mais modeste déclivité, c’est le soleil qui a raison de tous mes desseins, mettant fin à ce choix cornélien. Ses puissants rayons dans les yeux m’enlèvent toutes possibilités raisonnables de photographier correctement les oiseaux. Alors, je me rabats sur les paysages qui ne sont pas moins attrayants, loin s’en faut. Il y a Latour-de-France d’abord, comme sortie d’un puits de lumière, puis tout autour des horizons que je commence à bien connaître : la Tourèze dont on a dit qu’elle était mystérieuse, plus loin la Tour del Far, les carrières comme autant de cicatrices faites aux paysages, les collines dominant Estagel ; Monts d’Estagel, Cimetière des Maures, Coumes de Calce, Serrat d’en Bouguadé et Força Réal. A ces décors bien connus pour les avoir cheminés voire approchés, viennent se rajouter toutes ses étonnantes élévations en pierres qu’il y a au bord du chemin : murets simples ou démesurés, capitelles, cabanes, casots ou simples amoncellements anarchiques, ici la pierre sèche a toujours été le matériau de construction le plus usité mais aussi le mauvais caillou dans la chaussure du paysan laboureur. Le bitume se termine et on délaisse la route qui part à gauche au profit d’un étroit sentier filant tout droit et dans un corridor de garrigue. La Tuilerie Vieille indique mon bout de carte IGN, mais rien ne vient étayer cette appellation. Il faudrait peut-être chercher mais le temps nous manque. Ici, le maquis et les vignes sont les souverains végétaux et les oiseaux que je me suis remis à photographier semblent en être les seuls serviteurs. Pour se servir, ils se servent ! Toujours en de très grands rassemblements, ils « grapillonnent » aussi bien les raisins secs que toutes les baies comestibles sauvages qu’ils ont à se mettre sous le bec. Les pinsons sont de très loin les plus nombreux mais il y a aussi des petits groupes de chardonnerets et de serins. La plus jolie des surprises est une magnifique huppe fasciée dont j’ai lu récemment qu’elle aussi était entrain de devenir sédentaire dans notre belle et chaude région. Le grand nombre de volatiles, réjouissant de surcroît, démultiplie la difficulté de les approcher pour les photographier. L’étroit sentier laisse la place à un chemin plus large puis carrément à une piste terreuse dès lors que Cuxous apparaît. En arrivant dans le hameau, et malgré la présence d’une voiture et les portes ouvertes d’un mas, j’ai comme le vague sentiment d’arriver dans un lieu abandonné. Il est vrai que le premier bâti rencontré et visité est un vieux petit local professionnel ouvert à tous les vents dont la fonction exacte, mais sans doute agricole, m’échappe un peu. Ce n’est pas le seul ! On y découvre des plans de travail carrelés de blanc, des éviers, des bidons, des télécopies et beaucoup de poussière et de feuilles mortes. Un peu comme si la vie s’était arrêtée, sans prévenir, à cause d’un fléau foudroyant et inattendu.  Le reste du village dans lequel on flâne est presque du même acabit avec des volets clos et une horloge que ne fonctionne plus depuis très longtemps. Oui, le temps semble s’être arrêté et le lieu complètement désertique prend des allures de petit hameau fantôme. La chapelle fermée, dédiée à Saint-Cyprien et Sainte-Corneille elle aussi est plutôt simple d’aspect. J’y note, outre le fait quelle a perdu ses cloches, un petit pin poussant dans son clocher. L’histoire d’un arbre poussant au sommet d’une église se répète comme à Mosset, à Estagel ou à Sournia. Alors que reste-t-il quand les vivants ne sont plus là ? Les morts bien sûr ! Eux nous parlent au moins ! Enfin, leurs sépultures nous parlent. Le minuscule cimetière est presque bien plus parlant qu’un guide touristique. Il y a certes des tombes toutes simples, mais toujours fleuries, petits carrés remplis de graviers, mais on y découvre surtout les pierres tombales de baronnes, d’un marquis et d’un chevalier, et l’on peut, sans trop de risques, imaginer qu’il s’agit des châtelains du hameau. M’intéressant un peu à l’Histoire, un seul nom de famille me parle celui de « Villaret de Joyeuse (**) ». Maréchal, général ou amiral, je ne me souviens plus très bien ? Etant parti faire cette balade sans rien préparer, je suppose que s’agissant d’une famille de la noblesse française, je n’aurais aucun mal à découvrir un arbre généalogique sur Internet et quelques informations sur le château. Si le château ne paraît pas fermé, mais tout de même privé dans son accès, nous y sommes accueilli par trois magnifiques chiens noirs venant vers nous en vociférant. Si ce ne sont pas vraiment des molosses, la puissance qu’ils dégagent, leurs aboiements répétés, leurs regards pleins de méfiance et surtout leurs babines écumeuses redoutablement dentées les rendent terriblement effrayants. On en mène pas large ! Finalement et par bonheur, ils s’arrêtent à deux mètres de nous, s’arrêtent d’aboyer aussi et sur les trois, il y en a même un qui vient se laisser caresser. Quelques minutes à observer le château presque autant que les chiens qui continuent de nous regarder, et nous voilà rapidement hors du hameau sur la petite D.17. C’est le moment que choisit une buse pour venir se faire tirer le portrait avant de se raviser. Un coup d’oeil sur mon G.P.S et ma carte, un tracé quelque peu sinueux que nous ne trouvons pas et un col de l’Arque déjà là nous laisse quelque peu songeurs.  Ne serions-nous pas allés trop loin ? Seul les paysages grandioses vers le pays Fenouillèdes et les Corbières nous retiennent quelques instants. Nous rebroussons chemin et le tracé enregistré dans mon G.P.S nous remet sur le bon itinéraire. Des passereaux toujours en grand nombre, quelques rares papillons, des casots ruinés, une vieille borne et un vieux puits et surtout de biens jolis capitelles à encorbellements ; pas toutes solides d’ailleurs, alors attention ;  la suite du parcours est agréable et très intéressante. Intéressante, elle l’est d’autant plus que la chapelle Saint-Martin se présente. Nous la connaissons bien cette chapelle ruinée, pour y être venus plusieurs fois et notamment en 2010, mais c’est la toute première fois que nous l’abordons par le haut et de ce côté. Si la chapelle romane ruinée est à bien des égards intéressante, par sa taille imposante, sa toiture en tuiles rouges et sa construction en pierres de schistes pas trop bien équarries, le plus surprenant reste ce porche médiéval ouvert aux quatre vents. En réalité, on observera que la chapelle était entourée d’une enceinte et que ce porche était probablement la seule issue pour y pénétrer. Alors cette chapelle a-t-elle eu un usage militaire ? On peut logiquement l’imaginer. Par la force des choses, la fin du parcours très rectiligne et sans nouvelle vraie trouvaille est un peu plus lassante. Si lassante que Dany finit même par prendre un petit bouledogue noir pour un marcassin. Heureusement quelques très beaux panoramas sont toujours là pour nous sortir d’une évidente torpeur qui a tendance à nous gagner. Sans nécessité d’accélérer les foulées, Latour-de-France se rapproche à grands pas. Eclairé par les derniers rayons du soleil, son clocher opalin se dresse tel un phare au milieu de tous les remparts couleur brique qui l’entourent. Il est 18h quand nous retrouvons notre voiture près de la fontaine. Petits handicaps et donc flânerie oblige, nous avons mis 3 heures, haltes et visites incluses, pour accomplir cette courte mais agréable et enrichissante balade de 9,8 km pour un dénivelé de 227 m et des montées cumulées de 336 m. Enfin tout va bien à l’arrivée et c’est bien là l’essentiel. Il faut noter qu'il existe une version un peu plus longue consistant à partir de la chapelle Saint-Martin à descendre vers le fleuve Agly et à revenir en longeant sa rive droite. Carte IGN 2448 OT Thuir – Ille-sur-Têt Top 25.

     

    (*) Cuxous :  Que dire du hameau et du château du Cuxous qui n'ait été déjà dit et surtout écrit ? Le hameau dépend de la commune de Cassagnes. Le nom Cuxous, que l'on peut aussi écrire "Cuchoux", "Cuchous" ou encore "Cuxus" est cité pour la première fois en l'an 845. Un site a écrit l'an 84, mais je pense qu'il s'agit d'une erreur. Sa chapelle est alors une possession de l'abbaye de Lagrasse (Aude). Le château, lui, daterait peut être du XIIIeme siècle. Les deux édifices seraient désormais des biens privés, lesquels malheureusement ne se visitent pas. Je vous donne quelques liens bien plus parlants que ce que je pourrais en dire : 

    http://jeantosti.com/villages/cassagnes.htm

    http://cassagnes66.pagesperso-orange.fr/village/general.html

    https://www.les-pyrenees-orientales.com/Villages/Cuxous.php

    http://messor-capitatus-histoire.blogspot.com/2017/04/cuxous-chapelle-saint-cyprien.html

    http://autourde.over-blog.com/article-le-chateau-de-cuchous-cuchoux-cuixos-cuxus-86369799.html

    http://jctruffet.com/Consultation/Consult_chateau_formulaire.asp?Nom_chateau=Cuxous_Cuchous

    https://monumentum.fr/chateau-de-cuxous-pa66000002.html

    (**) Noms mentionnés sur les pierres tombales de Cuxous : Parmi tous les noms mentionnés sur les pierres tombales du cimetière de Cuxous, celui de Villaret de Joyeuse est de loin le plus connu dans l'Histoire de France. Idem dans les sites généalogiques où 45.193 données sont par exemple présentes sur le site MyHeritage. C'est ainsi que Wikipédia nous rappelle aux bons souvenirs de Louis Thomas Villaret de Joyeuse (1747 ou 48-1812), vice-amiral français de son état et de son frère Jean-Marie de Villaret-Joyeuse (1757-1847) qui lui était général de la Révolution française et de l'Empire. Notons que les deux frères sont côte à côte dans le conflit qui oppose la France et l'Angleterre pour la possession de la Martinique après la Révolution française. Après différents soubresauts, cet épisode martiniquais se termine bien pour eux. Notons aussi que le nom de Villaret n'aurait rien d'aristocratique et que le rajout "de Joyeuse" aurait été usurpé par leur père (source Wikipédia). Si les Villaret ont été des serviteurs de la France, la famille de Lorgeril n'est pas en reste. Il suffit de compulser la longue liste familiale présente sur le site Wikipédia pour en être convaincu. Si les "de Boixo" ne sont pas des inconnus, le destin de cette famille apparaît comme plus régionale. On retrouve cette famille sur Wikipédia dans "les Familles subsistantes de la noblesse française" sous le patronyme "de Boixo de Méritens" comme sur la pierre tombale de la baronne Symmone de Lorgeril (1889-1965) aperçu à Cuxous. De fil en aiguille et depuis le site Wikipédia, un lien permet de les retrouver dans le "Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXeme siècle". On peut y lire : "la famille de Boixo appartient à la noblesse du Roussillon. Elle a été inscrite en effet en 1712 au nombre des familles des bourgeois de matricule de la ville de Perpignan qui jouissaient des privilèges nobiliaires. Ignace de Boixo et Dominique de Boixo de Noell prirent part en 1789 aux assemblées de la noblesse du Roussillon." . Enfin la famille d'Alexandry d'Orengiani n'est pas inconnue non plus. Originaire du Piémont italien, puis installé en Savoie au XVIIeme siècle, le plus connu d'entre-eux est le baron Frédéric (1829-1894), homme politique, fervent défenseur d'une Savoie française puis maire de Chambéry. Bien évidemment, ayant axé mes recherches généalogiques sur les noms aperçus sur les tombes de Cuxous, j'ai retrouvé la plupart des personnages sur les sites dédiés (Généanet, Filae, Myheritage). J'ai noté que certaines dates des décès n'avaient pas fait l'objet de mises à jour. Comme pour toutes les familles aristocratiques qui se respectent, on retrouve assez facilement leurs blasons sur le Net. Pour les hommes gisant à Cuxous, leurs principaux états de service sont déjà inscrits sur leurs pierres tombales. Il faut néanmoins noter que certains membres de la famille de Boixo ont été des hommes politiques de renom quand d'autres ont oeuvré dans les domaines de la mer ou de l'agriculture. Certainement qu'ils étaient tous des héritiers du château de Cuxous.

     

     

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la chanson "What a Wonderful World" des compositeurs Bob Thiele et George David Weiss. Elle est successivement jouée ou chantée ici par "Malin" Villagran (guitare) et son orchestre, Michael Bublé (chant), Stacey Kent (chant), Sounds Orchestral (orchestre), Hinterland Jazz Orchestra (chant) et enfin par le maître Louis Armstrong accompagné de Kenny G (saxo). 

    La Boucle de Port-Mahon depuis Sigean

    La Boucle de Port-Mahon depuis Sigean

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    Le 1er décembre dernier, en roulant vers Sigean, lieu de départ de cette randonnée pédestre intitulée « Boucle de Port-Mahon », j’en suis à me demander depuis quand je ne suis plus venu randonner dans ce secteur. Je me souviens de diverses balades effectuées en 2016 dans l’Aude, et notamment celles non loin de là intitulées la « Boucle de Canto-Perdrix depuis Portel-des-Corbières » ou la « Boucle de La Palme », je me souviens bien évidemment d’un mémorable mais « énervant » tour sur le « Sentier du Golfe Antique (*) », effectué en 3 jours et en septembre, mais l’année de ce passage à Sigean lors de la dernière étape de ce tour continue de m’échapper. Ce n’est pas en 2013, année d’un inoubliable Tour du Capcir avec mon fils.  2014 ou 2015 restent donc en balance ? Je ne sais plus exactement ! Je finis par arrêter de me poser la question en me disant « Le temps passe si vite pour le retraité que je suis ! ». En arrivant à Sigean et sachant que le départ pour Port-Mahon n’est pas très loin du centre-ville, je réussis par chance à garer ma voiture à proximité. Là, déambulant à la recherche de la ligne de départ, je retrouve le bistrot où je m’étais attablé en terrasse pour y manger un énorme pan-bagnat agrémenté d’une non moins volumineuse chope de bière. Très affamé ce jour-là et un peu lassé de boire l’eau de ma gourde, j’avais rêvé de tout ça et ce menu était tombé à pic ! Mais c’était en quelle année au juste ? Allez savoir pourquoi, mais cette question continue de me tarauder la tête ?  De ce Sentier du Golfe Antique, je me souviens de beaucoup de choses pourtant, mais cette question d’année, dont la réponse est forcément bien inutile, reste constamment en suspens. Alors je rentre dans le bistrot pour prendre un café et là les souvenirs resurgissent comme un diable sortant de sa boîte. 2014 bien sûr ! D’un seul coup, en regardant ce petit coin du comptoir où les gens viennent tenter leur chance, je me souviens de cette grille du Loto que j’avais faite, jeu plutôt inhabituel chez moi et pourtant si spontané ce jour-là. Même les numéros reviennent à ma mémoire. C’était les numéros 25-26-27,  jours de ma balade sur le sentier du Golfe Antique auxquels j’avais ajouté le 9 de septembre, plus le 29, jour de naissance de Dany et enfin j’avais joué le 1 et le 4 en numéros de chance pour l’année 2014 soit une grille à 4 euros. Je me souviens qu’en rentrant à la maison, je m’étais aperçu que j’avais gagné 5 à 6 fois plus que ma mise. Ce n’était pas le gros lot certes mais j’avais eu 3 bons numéros. Voilà ce dont je me souviens tout à coup en regardant ce coin du comptoir où j’avais joué mon jeu voilà 4 ans. Je bois mon café, rejoue une grille identique à celle de 2014 et démarre ma balade.  C’est sans doute idiot, mais en sortant du bar, je prends la direction de l’église Saint-Félix avec le cœur léger et un peu comme si j’avais du poids en moins dans mon sac à dos. Ce problème d’année sur le Sentier du Golfe Antique est définitivement sorti de ma tête. L’esprit tranquille, je peux me consacrer à cette « Boucle de Port-Mahon ».  Après des photos de l’église, de quelques oiseaux qui l’occupent, de l’étonnante demeure où ont séjourné les rois Louis XIII et Louis XIV, je trouve aisément le départ c’est à dire la rue de la Barbecanne (ou Barbacane), le panonceau directionnel de ma balade puis la rue des Abattoirs. Voilà, je suis déjà sur le bon chemin et mon G.P.S que j’ai pris soin d’allumer me le confirme. Je l’éteins car comme tout bon P.R, l’itinéraire est bien balisé de jaune. Malgré un départ sous un ciel voilé, mais parfois carrément laiteux ou bleu plus loin, selon le point cardinal vers lequel je me tourne et regarde, malgré le bitume de la route et des décors peu folichons car trop industriels, je reste néanmoins optimiste car je sais que mes véritables cibles sont beaucoup plus loin. J’entends par « cibles », les paysages palustres que je dois cheminer, c'est-à-dire les salins et les étangs, et bien évidemment les « cibles photographiques », avec les oiseaux qui les occupent généralement. Outre celui de retrouver le goût de la marche après quelques problèmes de dos, voilà quels sont mes objectifs principaux. Les petits passereaux étant déjà très présents, je flâne plus qu’il ne faut. Après tout peu importe car j’ai tout mon temps et au moins quelques heures devant moi largement suffisantes pour effectuer les 13 km annoncé. De rares fleurs, des rouges-queues noirs et des tariers pâtres en grand nombre plus quelques autres passereaux joueurs qui ont envie de me distraire, je mets 40 minutes pour atteindre le Grand Salin, à l’endroit même où des vestiges ; transformateur, réseau hydraulique et vannes ; sont les témoins de l’ancienne production du sel. Là, juché sur un ponton bétonné situé derrière le transfo, je photographie des flamants roses. Il y en des roses pales, de très roses et même certains presque rouges. Ils dorment en groupe, la tête enfouie dans leur plumage et perchés semble-t-il sur une seule patte. Un peu à l’écart de ce groupe de « couche-tôt », d’autres flamants, le popotin en l’air,  en sont déjà à l’heure du déjeuner. Tout en avançant comme une armée de soldats roses, ils se balancent comme des culbutos perpétuels plongeant leur gros bec sous la surface et dressant leur postérieur vers le ciel. Ce manège se répète inlassablement et quand par hasard, ils sont plusieurs à le faire en même temps, ça ressemble à une jolie chorégraphie aquatique. Peu après, je quitte enfin le bitume au profit d’un chemin boueux entamant le tour du salin direction le lieu-dit Le Mourillon. C’est l’instant que choisissent deux fauvettes pour me faire courir alors que je suis en quête de leur tirer le portrait. Course bien inutile car je ne parviens pas vraiment à les photographier correctement. Finalement, le chemin s’éloigne très vite du bord du marais et c’est le moment où un faucon crécerelle se lance dans un vol stationnaire parfaitement maîtrisé. Que lorgne t-il au juste ? Un petit rongeur ? Un oisillon ? Un batracien ? Un petit reptile ? Ici, tout est possible dans ce décor étrange où les paysages lagunaires et humides se mélangent si rapidement à la sécheresse du maquis et de la garrigue et aux verdoyantes pineraies. Un chevalier, au bec droit et pointu comme une aiguille, s’égaye dans une mare. Le large chemin que je poursuis se faufile au milieu de ce milieu si variable, mais également au sein de vignobles où chaque pied de vigne affiche des feuilles aux jolies nuances automnales. Jaunes et vertes, vertes et oranges, rouge et parfois même carrément écarlates, les vignes apportent une touche de couleur sous un ciel indécis mais le plus souvent lactescent. Un oiseau jaune sort de son bain tout ébouriffé, se perche en boule sur une branche et se laisse gentiment photographier. Un bruant zizi peut-être ? Bruants, pinsons, chardonnerets, verdiers et bien d’autres passereaux semblent se complaire dans ces décors paysagers si variés. S’ils sont parfois reconnaissables, les photographier reste bien compliqué. Paradoxalement, leur grand nombre m’offre néanmoins de multiples possibilités mais complique parfois la tache. Le large chemin débouche sur une nouvelle route asphaltée, et si le lieu-dit les Cabanes n’est pas très loin selon moi, je juge qu’il est temps d'examiner mon bout de carte IGN car je trouve le macadam bien trop présent en ce début de circuit. Avant de venir, et pour avoir analyser les lieux sur Géoportail et les itinéraires d’autres randonneurs, je sais que d’autres parcours plus lagunaires sont possibles pour atteindre Les Cabanes. Après la lecture de ma carte, je fais le choix de couper à travers champs et vignobles pour me rapprocher au plus près du salin Grimaud. Chemins herbeux mais parfois boueux, sentier dans les roselières puis grande bâtisse à l’abandon cachée dans une pinède; dont je me demande pourquoi elle est dans cet état et quelle était sa véritable fonction ? ; je prends beaucoup de plaisir à marcher dans ces décors bien différents car les oiseaux sont encore très nombreux. Finalement, ce plaisir trouve sa plénitude dès lors que je traverse le Salin Grimaud sur les deux terre-pleins qui le coupent de parts en parts. Si un panneau du Conservatoire du Littoral préconise la tranquillité des oiseaux, je sais que début décembre n’est pas, ni la période de reproduction, ni celle de la nidification des oiseaux dans ce secteur mais elle est parfois celle de la migration. Et puis, je ne fais que passer ! Un petit groupe de tournepierres colorés que j’aperçois sur la berge, et donc je réussis tant bien que mal à photographier un exemplaire, est la preuve évidente de cette migration.  Ici aussi, beaucoup de flamands roses, mais également des goélands, des aigrettes, des hérons et toujours ces passereaux qui ne tiennent pas en place. Tout au bout, le chemin devient presque plage dès lors que je longe l’étang de Bages-Sigean. Sur ma droite, l’île de Sainte-Lucie et derrière moi, Port-la-Nouvelle et son complexe industriel qui s’éloigne. Dans mon envie de marcher toujours plus près de l’eau ; pour ne pas dire obsession ; je finis par me retrouver à patauger sur un chemin herbeux de plus en plus humide car de plus en plus envahi par les eaux et donc de plus en plus profond. Encadré de hauts joncs formant une haie naturelle mais infranchissable, il est temps pour moi de trouver une autre solution que celle qui consisterait à ôter mon « futal » et mes godillots de marche. Je rebrousse un peu chemin, et retrouve un sentier plus sec filant vers un champ en jachères puis des vignes. Là, j’enjambe une clôture, traverse la vigne en question, saute un muret et comme par enchantement, me voilà près de cabanons de pêcheurs. Voilà les véritables cabanes faites de planches ! Quelques minutes plus tard, je débouche sur une vaste esplanade, de nouveau en bordure de l’étang que dans mon entêtement j’avais l’intention de suivre. Un bon chemin se dirigeant vers le hameau des Cabanes en est la continuité naturelle. Un tronc d’arbre planté droit dans une petite barque, tel un gros crucifix, démontre l’originalité et un sens de l’humour très prononcé des gens du cru. Le village que je traverse est calme et très tranquille et si ce n’étaient les piaillements de nombreux moineaux, les cris de quelques étourneaux, le pleur enfantin mais déchirant d’un goéland que je fais fuir à tire d’ailes et le clapotis de l’eau sous la coque des bateaux au mouillage, le silence y serait des plus complets. Je traverse le hameau et son minuscule port de pêche sans presque m’arrêter et poursuis l’étang toujours au plus près de l’eau. Seuls les oiseaux ont réussi à m’arrêter mais il faut dire aussi qu’ils sont les seuls êtres vivants aperçus. Tamaris, prés en jachères, chemin herbeux et toujours des oiseaux à profusion auxquels viennent s’ajouter quelques papillons, criquets et libellules, je n’avance pas très vite dans ce bord du rivage devant me mener vers Port-Mahon. Peu après le très beau domaine de Saint-Michel, je m’arrête pour déjeuner sous les pins et près d’une stèle surmontée d’une croix en fer. En réalité, cette stèle en forme d’obus ressemble très étrangement à ces bornes frontière telles que l’ont peut en voir du côté de Bélesta-la-Frontière ou de Fitou. Sachant que Sigean a également été concerné par cette frontière entre royaume de France et d’Aragon, formalisée par le Traité de Corbeil de 1258, j’en suis à me demander s’il ne s’agit pas d’une borne frontière à laquelle on aurait donné une autre destination en y rajoutant une croix ? Ici, face à l’étang, déjeuner est un réel plaisir. Pas de vent, la surface de l’eau lisse comme un miroir, des petits passereaux que le silence laisse venir gentiment vers moi, un essaim de mouettes rieuses qui viennent doucement se poser avant de se raviser en me voyant, un héron cendré que ma présence ne perturbe pas plus que ça car je le vois simplement hésitant à venir se mouiller les pattes ou bien à aller se percher sur un grand pin puis en définitive il choisis de faire les deux, et enfin un cormoran très noir planant en rase-mottes et venant vers moi comme un oiseau de mauvaise augure avant de repartir. La Nature à l’état brut comme j’aime l’observer ! Or mis quelques pinsons jouant dans les pins, une grande aigrette au bec jaune et un chevalier guignette picorant les algues de la rive, la suite vers Port-Mahon est forcément moins divertissante. D’abord parce que les oiseaux finissent par disparaître ou presque, ensuite parce qu’une brise du nord se fait légèrement sentir mais surtout à cause de la base nautique à laquelle je parviens. Bien qu’elle soit déserte, elle me ramène, avec son centre de voile, ses pontons et ses bateaux, à un début de civilisation que j’avais fini par oublier. Par bonheur, le sentier s’élève dans les pins en direction d’une falaise crayeuse où se trouve une table d’orientation. Si la table en elle-même, avec ses quatre supports cimentés, n’a rien d'insolite, les vues, elles, sur l’étang de Bages-Sigean, ses presqu’îles et ses îlots, sont vraiment superbes. En regardant plus loin, on distingue les Corbières maritimes sur la gauche, plantées quelles sont d’innombrables éoliennes, et sur la droite le Massif de la Clape. En dessous, pointé vers le large et vers l’île de l’Aute, j’observe ce qui ressemble à un terre-plein, voire aux vestiges d’un très vieux débarcadère. Ce terre-plein que l’on appelle le Clamadou s’avance sur quelques mètres puis disparaît dans les eaux, terre-plein sur lequel les chercheurs semblent en désaccord quand à son origine que certains disent antique, d’autre médiévale ou bien encore carrément moderne car supposant que sa fonction unique était de décharger du sel. Certains historiens vont plus loin et prétendent que ce débarcadère serait le dernier vestige d’un port aujourd’hui disparu, celui de Port-Mahon, mais sans pour autant être d’accord sur son ancienneté, qui elle demeure apparemment incertaine autant que sa toponymie (**). La suite, sans consulter mon G.P.S, et ayant perdu le balisage, se transforme en un égarement non souhaité mais pas pour autant désagréable. La falaise vu d’en bas, avec ses strates marneuses et blanches, car calcaires, permet de se faire une meilleure idée de sa géologie. Elle ressemble bien sûr à toutes les falaises du secteur et notamment à celles que l’on trouve à Sainte-Lucie ou bien à la Franqui. Après ce petit entracte involontaire, je me ravise, remonte la falaise dans sa partie la plus accessible et retrouve le tracé balisé de jaune un peu plus haut. Ici, commence une toute autre balade, plus loin des salins et des étangs, mais où les pinèdes et les vignobles se partagent l’espace de manière alternée. Saint-Joseph et Saint-Michel sont les noms des lieux que je lis sur des panonceaux. Les saints semblent souverains sur cette petite péninsule de Port-Mahon car je découvre aussi un oratoire en bordure d’un mas. Malgré quelques mas, des murets en pierres sèches et un chemin qui se mue en un parcours sportif, les décors restent plutôt sauvages. Les passereaux continuent d’être présents mais presque essentiellement dès lors qu’il y a des clairières et des vignobles. Finalement, au lieu-dit Caussagues, un chemin dominant le Grand Salin descend vers le bien nommé Domaine de Bellevue. Il s’agit d’une grande bâtisse, mi-bastide provençale, mi-maison de maître aux volets clos et donc on peut raisonnablement penser qu’elle est en réalité une résidence essentiellement secondaire. Un peu par erreur mais voulant m’approcher pour la voir de plus près, j’emprunte un chemin qui file vers elle mais les très hauts buissons ardents qui font office de clôtures m’empêchent de la voir. Je fais demi-tour et poursuis la route passant devant la belle bâtisse puis l’itinéraire tourne à droite en direction du lieu-dit Les Cavettes. Un panonceau « retour village » valide l’itinéraire à emprunter.  Ce chemin rectiligne est le repaire de très nombreux petits groupes d’étourneaux qui apparemment attendent que le soir tombe pour se rassembler et partir vers la ville. On sent déjà chez eux une certaine effervescence dès lors que je tente de les photographier. Ils s’envolent, se lancent dans des arabesques aériennes avant de se reposer comme un seul homme dans le premier arbre venu. Ce secteur semble également propice aux bruants zizi et aux pouillots véloces. A partir des Cavettes, commence la partie la plus astreignante de cette « Boucle de Port-Mahon », astreignante car définitivement bitumée jusqu’à la ligne d’arrivée. Pour moi, si la longueur du bitume peut parfois être contraignante pour mes pieds, ici les décors bien variés, avec l’étang des Estagnols ou du Lagunage, le Pech de la Ginestelle, les vignobles de Chante-Perdrix et de Las Combetos, auxquels viennent s’ajouter les oiseaux qui fréquentent tout ces lieux, sont autant de moyens d’oublier les contraintes. A l’intersection du lieu-dit la Croix Blanche, une belle et ample vue de Sigean est synonyme d’arrivée toute proche. Par contre, les dates ; 17/08/1861-03/03/1878 ; inscrites au pied de cette croix gardent tout leur mystère. Dans cette approche finale de Sigean, une fois encore ce sont des oiseaux qui ont ma préférence. Ils se présentent sous la silhouette grise et soyeuse d’un nombre incalculable de tourterelles turques. Il y en a partout. Sur le sol mais aussi sur de très hauts cyprès, sur des grands pins ou bien encore sur des grands arbres effeuillés. C’est bien la toute première fois que j’envoie autant. C’est simple mais celles qui volent et veulent se poser sont parfois contraintes de redécoller au dernier instant par manque de places. Quelques photos des doux volatiles et me voilà déjà à l’entrée de Sigean au lieu-dit la « Clauze » où un panonceau indique la touche finale à suivre. Rue de Sérignan, rue de la Vieille Fontaine, Grand-rue puis le centre-ville est déjà là. Il est 16h30 et sur un panneau lumineux, Sigean me souhaite la bienvenue. Je retrouve ma voiture. En septembre 2014, j’avais réalisé le Sentier du Golfe Antique, sentier dont j’étais sorti ravi à cause des décors arpentés et des nombreux oiseaux que j’avais vu et parfois photographier mais un peu déçu par tout ce bitume que parfois par contrainte j’avais été obligé de cheminer. En 2018, l’histoire se répète avec cette « Boucle de Port-Mahon » où mes yeux ont vu énormément d’oiseaux mais mes pieds beaucoup trop de bitume. Malgré tout, cette balade donnée pour 13 km mérite d’être accomplie. Il y a sans doute des variantes moins asphaltées et celle qui m’a conduit à faire une entorse au milieu du Salin Grimaud en est déjà un exemple. Elle a rallongé d’un ou deux kilomètres l’itinéraire originel mais je ne l’ai pas regretté. Errements volontaires et égarements inclus, mon GPS a totalisé 16,2 km pour un dénivelé de 50 m maxi et des montées cumulées de 250 m. Le point culminant se situe au lieu-dit Caussagues juste avant d’arriver à Bellevue à 50 m d’altitude. Carte I.G.N 2546 OT Narbonne Top 25.

    (*) Le Sentier du Golfe Antique : les 25, 26 et 27 septembre 2014, j’ai réalisé ce tour pédestre qui s’intitule le Sentier du Golfe Antique (non encore disponible sur mon blog mais à paraître). Il s’agit d’un G.R.P (Grande Randonnées de Pays). Long de 75 km environ, j’ai démarré de Port-la-Nouvelle, direction Narbonne en suivant d’abord le canal de la Robine puis l’étang de Bages-Sigean le premier jour. Le deuxième jour, toujours en longeant une partie de cet étang, j’ai finalement atterri à Portel-des-Corbières après être passé à Bages puis à Peyriac. La dernière étape m’a amené de Portel à Port-la-Nouvelle en passant pas Sigean. Que dire de ce sentier ? D’abord qu’il m’a été très difficile de trouver un couchage pour seulement deux soirs sans être contraint d’aller jusqu’à Narbonne ou de payer excessivement cher et ce malgré que la saison estivale ne battait plus son plein. L’absence de couchage à un prix raisonnable voire bon marché m’a bien entendu contraint à changer mes plans quand à l’organisation que j’avais initialement envisagée, à modifier les étapes initialement prévues au nombre de 4 et de ce fait à rallonger les distances de marche. Si ces distances ne m’ont pas permis de flâner et d’observer la Nature, et notamment les oiseaux, comme je l’aurais voulu, ce Sentier du Golfe Antique, sans gros dénivelé, est pour autant facilement réalisable en 3 jours. Il faut noter que ce tour de l’étang de Bages-Sigean comporte pas mal de portions bitumées, portions que j’ai toujours essayé d’éviter dès lors que je le pouvais. Il est donc plus propice aux vététistes qu’aux randonneurs pédestres. Tout ça pour vous dire que si un topo-guide a existé dans son temps, épuisé et donc quasiment introuvable de nos jours (moi, je ne l’ai jamais trouvé !), il ne propose pas au prima abord d’effectuer ce tour tel que je l’ai effectué moi-même. Apparemment, il s’agit de 7 petits P.R distincts les uns des autres même si une liaison entre eux reste toujours envisageable. En résumé, l’organisation de ce Sentier du Golfe Antique a été plutôt compliquée, les portions d’asphalte y sont trop nombreuses à mon goût et ce d’autant que les alternatives existent, les explications quand à sa dénomination de « golfe » et d’ « antique » sont totalement et donc tristement absentes, quand au topo-guide, j’attends de voir ce qu’il propose au juste car depuis des années, j’entends dire, mais en vain,  qu’il va être réédité. Vous pouvez en trouver quelques explications sur les 3 sites suivants :

    http://www.parc-naturel-narbonnaise.fr/decouvrir/nature-et-patrimoine/activites-pleine-nature/randonnees/reseau-de-sentiers-golfe-antique

    http://www.auderando.fr/grp/grp-sentier-du-golfe-antique/

    http://www.ot-portlanouvelle.com/pages/19,36,25,88/le_sentier_du_golfe_antique.html

     

    (**) La toponymie de Port-Mahon : J’ai beaucoup cherché sur le Net d’où pouvait venir cette appellation de « Port-Mahon » et force est d’avouer que j’ai fait quasiment « choux blanc », même si j’ai beaucoup appris. Rappelons d’abord qu’il y a sur notre terre deux « Port-Mahon » et que celui de Sigean n’est pas le plus connu, loin s’en faut. Notons aussi qu’il s’agit essentiellement de toponymes traduits en français et que la notion de « port » disparaît dès lors que l’on évoque le plus connu d’entre-eux, c'est-à-dire cette commune espagnole située à Minorque, île de l’archipel des Baléares dont elle est la capitale et la ville la plus importante avec ses 29.000 habitants. Là, si la toponymie est donnée par le site encyclopédique Wikipédia, il faut noter que la notion de port disparaît dans la dénomination castillane qui est « Mahón », dans la catalane aussi avec «Maó » et pour ne pas qu’il y ait de jaloux, en espagnol elle s’appelle tout simplement «Maó-Mahón » depuis 2012.  Malgré ça, le site Wikipédia, allant sans doute dans le sens de quelques historiens, affirme que la ville tiendrait son nom de celui de Magon Barca, l'un des frères d'Hannibal, qui aurait fondée celle-ci (Portus Magonis)  en 206 av. J.C. Notons que cette thèse est réfutée par l’immense linguiste et toponymiste catalan Joan Coromines dans son ouvrage « Onomasticon Cataloniae »  qui écrit que cette hypothèse manque de base phonétique et historique, même s’il admet que l’histoire de Magon Barca est globalement bien connue et admise.  En effet, il trouve trop simpliste qu’avec le désir de trouver des toponymes plausibles, l’on rapproche trop facilement les noms romains voire grecs de personnages connus pour émettre des hypothèses. C’est ainsi que l’on a commis l’erreur de penser que Bàrcino, c'est-à-dire Barcelone aurait été fondée par Amílcar Barca, père d’Hannibal, Rome par Romulus, Olissipo, c'est-à-dire Lisbonne, par Ulysse ou Paris par Pâris. Juan Ramón Goitia Blanco, toponymiste basque amateur pense plus simplement que le mot « Mahon » aurait pour origine la racine « MA » signifiant « pierre calcaire », « O », ce qui est excellent et « NA » ce qui est plat. A partir de là, il pense que le mot « MAONA » aurait pour origine les falaises plates et calcaires que l’on aperçoit de Minorque quand on s’approche depuis un bateau.  Au fil des temps, le mot aurait perdu son « A » final donnant « MAON » puis sans doute « MAHON ». Il souligne que dans les anciennes mers tropicales, un calcaire du miocène est appelé « MAO » (il est vrai que l’on retrouve ce préfixe dans le mot « maori »). Enfin, il conclut en disant que son opinion est la plus plausible car le nom du lieu « MAO », "le grand mur de calcaire", a l’avantage de se présenter avec la grande probabilité d’une affirmation certaine car c'est ce qui est visible encore aujourd’hui alors que toutes les autres versions ne sont que des occurrences. Alors bien entendu, si je laisse Juan Ramón Goitia Blanco seul juge de ses opinions car bien évidemment tous les toponymes ne sont plus ou moins que des éventualités, il faut reconnaître que cette idée de « mur de calcaire » est loin d’être idiote puisqu’on trouve le même mur de calcaire ici au Port-Mahon de Sigean. Toutefois, il n’est pas interdit de penser que ce Port-Mahon serait un deuxième « Portus Magonis » que l’on devrait au cadet des Barcides. En effet, Hannibal et son frère Magon sont passés tout près de Sigean lors de leur campagne vers l’Italie en 218 av.J.C, puisque l’Histoire admet un passage entre le  col du Perthus et Narbonne lors de la 2eme guerre punique. Alors peut-on imaginer une toponymie identique à celle de la capitale minorquine ? Oui on peut l’imaginer, sauf qu’aucun élément concret ; texte historique ou vestige, ne vient étayer cette thèse. Henri Rouzaud, découvreur du site archéologique de l’Oppidum du Pech Maho en 1913, en conteste même l’idée dans son ouvrage de 1914 « Notes sur les ports antiques ». Voici ce qu’il écrit « Port Mahon lui-même m'apparaît comme une malencontreuse traduction française du roman « Port mau », qui doit avoir réellement existé jadis comme « Pech mau » (Pech Maho), éminence voisine, dont j'aurai à parler longuement un jour prochain. Un de nos savants, bien connu parmi nous et encore regretté, M. le président Cauvet, a cru que ce nom de « Pech mau » signifiait « puy mauvais », en souvenir des carnages de la bataille de la Berre (734), dont il a traité longuement dans sa substantielle Étude historique sur l'établissement des Espagnols dans la Septimanie (Montpellier 1898). Je croirais volontiers que cette désignation, aussi bien que celle de « Port mau » pourrait venir simplement du nom même de « Mahomet », qui a laissé des traces assez nombreuses dans la toponymie des cantons de la France du sud où passèrent les Sarrazins. « Mahumet » (prononcé Mahoumet), « Mahou » sous la graphie « Mau », par confusion ou assimilation à « mau » (= mauvais), peuvent très bien expliquer ces curieux noms de lieu, sur le point même de notre territoire où les mahométans furent réellement vaincus sur terre et sur eau »  Puis il rajoute : « Enfin, en admettant même que la graphie Port-Mahon fût la bonne, et il faudrait pour cela la trouver dans des actes du XVe ou du XVIe siècles, je croirais encore qu'on devrait y voir simplement une allusion ou une trace du commerce récent des gens de Mahon, qui venaient nous apporter leurs citrons et poncires, plutôt qu'un nom rappelant véritablement de vieilles incursions puniques ». Alors comme on le voit le mystère reste entier. Port-Mahon est-ce le « Portus Magonis » des Carthaginois ? Est-ce le port mauvais ? Est-ce le port à la falaise calcaire blanche et plate bien présente ici aussi ? Est-ce le port Mahomet ? Aurait-on donné le même nom à cause des Mahonnais de Minorque qui venaient y décharger leurs agrumes au Moyen-Âge ? Si on sait pertinemment ce qu’est un port, toutes ces éventualités-là restent possibles. On pourrait même en rajouter quelques autres quand on sait que le mot « Mahon » a bien d’autres interprétations selon les lieux et les dialectes. C’est ainsi que dans l’Oise, on lui donne ce nom pour désigner un coquelicot voire une fleur rouge, qu’en Normandie, il était un pot à beurre de forme cylindrique ou bien encore ailleurs un métal rouge comme le cuivre, qu’en botanique c’était aussi le nom de la Mélampyre des champs et que dès lors qu’on lui rajoute l’adverbe « par » il devient une injure. « Par Mahon ! » en évoquant Mahomet signifie « c’est grand pitié d’elle ! ». Il ne faut pas oublier qu’il est également un nom propre que l’on retrouve dans le monde entier tant comme nom de famille que prénom que comme nom de lieux. Enfin, et parce qu’après toutes ces vaines recherches, la moutarde me monte au nez, il se dit que la mayonnaise ou mahonnaise tirerait son nom de « Mahon » également. Voilà ce que l’on peut dire de Port-Mahon et de Mahon mais tout reste encore ouvert et permis.

     

     

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de le jolie musique "Emmanuel" de Michel Colombier jouée ici et successivement par 3 virtuoses de leur discipline respective à savoir Toots Thielemans (Harmonica), Antonio Onorato (guitare) et Kristina Cooper (violoncelle) accompagnée ici de Laura Frautschi (vilon) et John Novacek (piano)

    La Chapelle Saint-Michel de Sournia depuis Sournia

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    En ce samedi 24 novembre 2018, et pour décompresser un peu, Dany et moi avions décidé de joindre l’agréable à l’agréable. Le premier « agréable » était de se trouver un bon petit resto sympa le midi et le deuxième était de faire suivre ce déjeuner d’une petite balade pédestre la plus agréable possible. Après l’analyse de diverses solutions, nous avions jeté notre dévolu sur Sournia et son auberge. Quand à la balade, nous nous étions fixés de partir à la découverte de la « chapelle Saint-Michel » de Sournia (*) que nous ne connaissions pas. Enfin, nous ne la connaissions que de haut et de loin et simplement pour l’avoir aperçue lors d’une randonnée intitulée « le Pic Garrabet et Terre Majou ». En réalité, moi, je l’avais déjà aperçu de loin également lors d’un mémorable Tour des Fenouillèdes effectué en septembre 2011 et lors de la 2eme étape entre Eus et Sournia. Alors pourquoi vouloir décompresser de cette façon-là me direz-vous ? Parce que depuis de longues semaines, Dany et moi étions sur le pont de l’association de yoga que nous gérons dans notre commune de Saint-Estève, elle comme présidente et moi comme trésorier. Être sur le pont, cela avait commencé en septembre avec une participation à un forum puis depuis tout s’était enchaîné très rapidement et sans presque aucun répit. Nouvel exercice et nouvelles inscriptions pour Dany, bilan précédent à clôturer, nouvelle comptabilité à ouvrir et nouvelle gestion des adhérents pour moi, une ribambelle de chèques d’adhérents à remettre en banque, les nouvelles cartes d’adhésions à imprimer puis l’assemblée générale prévue le 23 novembre s’était rapidement profilée, avec les achats à prévoir pour un apéritif où nous devions accueillir 70 à 80 personnes, la convocation à rédiger puis à poster à une centaine d’adhérents, les discours, les différents rapports, les futurs P.V à rédiger plus tard mais d’ores et déjà à envisager, les bulletins de vote, les messages sur le site Internet de l’association, le 40eme anniversaire à cogiter car à fêter, les médailles commémoratives de cet anniversaire à imaginer et à faire fabriquer pour nos plus anciens adhérents, les élus à accueillir comme il se doit car la remise d’une médaille de la ville était prévue pour le fondateur de l’association, etc…etc.. Dans cet inventaire à la Prévert, j’oublie sans doute pas de mal de choses. Tout cela pour dire qu’en ce lendemain d’A.G, A.G qui s’était formidablement bien passée, la pression était certes un peu retombée, mais un relâchement définitif et dans la Nature loin de tout ça n’était pas un luxe. Le 24 novembre, et après une modeste mais bénéfique grasse matinée, il est 12h30 quand nous garons notre voiture sur la place centrale de Sournia. L’Auberge de Sournia, nous la connaissons bien désormais car nous y sommes allés une bonne demi-douzaine de fois. Elle a d’agréables menus aux rapports qualité/prix très intéressants.  Les aubergistes ; un couple très gentil ; sont des gens très réservés mais sympathiques et même plutôt chaleureux intérieurement dès lors que les conversations s’engagent et qu’on les connaît un peu. Quand à la balade, dès le déjeuner terminé, nous sommes partis de l’auberge même, en empruntant la D.2, route principale, direction Rabouillet. La chapelle étant plutôt bien mentionnée sur quelques panneaux signalétiques, cette très courte balade reste réalisable même sans tracé GPS et sans carte IGN, encore qu’un minimum requis n’est jamais superflu. Après avoir visité assez rapidement l’hôtel de ville, l’église et d’autres éléments intéressants du patrimoine, nous sommes sortis de Sournia toujours par la D.2. En réalité, nous sommes sortis du centre de la commune car cette dernière étant bien étendue, les habitations restent longtemps présentes. A la sortie de la ville et à une intersection, nous avons pris la direction du quartier du Puigt, ancien fief des Templiers nous apprend l’Histoire de Sournia, puis nous avons poursuivi le chemin dominant le centre équestre qui est mitoyen avec le joli centre de vacances Le Moulin, joli car dans un cadre boisé et verdoyant au bord même de la rivière Désix. A partir de là, l’itinéraire longe la rivière. Voilà les principaux jalons puis le chemin dit de Saint-Michel, tout en longeant la Désix, continue vers Courbous et Arsa ou vers Fargasse et Aichoux. Toutefois, nous ne sommes pas allés aussi loin, car un petit panonceau mentionnant le vieil édifice religieux s’est présenté et nous a arrêté. Au même endroit, un autre panonceau mentionne le « Gouffre Saint-Michel ». En fait de gouffre, il s’agit, à cet endroit-là, d’un « pertuis », c'est-à-dire d’un rétrécissement rocheux de la rivière Désix formant une toute petite gorge se terminant par une modeste cascade. Il est fort probable, que tombant de cette petite chute rocheuse, d’une dizaine de mètres de large et d’une hauteur d’un  mètre cinquante tout au plus, l’eau a fini par creuser au pied de celle-ci, une espèce de petite fosse d’une profondeur un peu plus importante que nulle part ailleurs dans la rivière, d’où son nom de « gouffre ». Après la chute, la rivière s’élargit de nouveau, l’eau se calme avant de retrouver son lit quelque peu torrentiel. Après la découverte de ce joli lieu de baignade, l’ancestrale chapelle Saint-Michel est juste à côté, perchée sur un petit promontoire herbeux. Lorsqu’on l’aperçoit depuis le sentier qui y mène, elle présente de prime abord, c'est-à-dire vers sa face sud, un aspect plutôt satisfaisant pour une chapelle préromane que l’on sait du Xeme siècle. En réalité, il faut en faire le tour et y entrer pour se rendre compte qu’elle est encore bien ruinée sous certains aspects même si plusieurs façades et sa  toiture  ont été amplement restaurées et rénovées dans les années 80 par les services des Monuments Historiques. Son autel rudimentaire, enfin ce qu’il en reste, copieusement décoré de nombreux objets pieux démontre, si nécessaire, qu’une foi et même une ferveur religieuse sont encore bien ancrées dans cette région du pays Fenouillèdes. On note des ouvertures en arc outrepassé plutôt rares dans nos régions et rappelant des architectures bien antérieures au Xeme siècle : fin de l’empire romain, hispano-arabe et wisigothique. Après la visite de l’ancestrale chapelle, dont le cadre champêtre apporte une certaine poésie à ce lieu,  il faut, si l’on veut effectuer une boucle, emprunter le large chemin qui file derrière elle, direction nord-ouest. Cette piste forestière monte dans une pineraie puis retrouve plus haut la route départementale D.2. Après un ou deux virages et les blanches carrières de marbre que l’on aperçoit à main gauche, on délaisse cette D.2 au profit d’une voie rectiligne qui file derrière le cimetière et nous ramène le plus directement possible vers Sournia. La boucle se referme mais si vous ne connaissez pas Sournia, une ample visite est vivement recommandée. Vous ne verrez probablement pas tout en novembre, et même en hiver plus globalement, mais la cité est belle et son patrimoine très intéressant et fourni. Citons l’imposante église paroissiale de la Nativité de Notre-Dame possédant un joli mobilier, de remarquables retables, des tableaux, des statuts et des croix (visible sur le site www.tourisme-canigou.com), le tout plutôt ancien, la jolie fontaine de la Pou et ses canaux qui en découlent arrosant les jardins de la commune, quelques oratoires, les restes du château féodal, quelques portes en arches très anciennes et le musée de la Vie Quotidienne. Si l’on s’éloigne de la ville, les autres chapelles sont légions mais le plus souvent ruinées. Il y a les chapelles Sainte-Félicité et del Mené sur la route filant vers Pézilla-de-Conflent, les vieilles église de Saint-Just de Courbous et de Saint-Laurent d’Arsa, sans  oublier les fameux « ponts dit romains », vieux ponts moyenâgeux sans doute, que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer et de vous faire découvrir lors de deux récentes balades : « Le Circuit autour du Vallon de la Désix » et « le Circuit des Ponts Romains ». Notre promenade d’aujourd’hui a été longue de 5,6 (visites incluses) pour un modeste dénivelé de 90 m environ. Dénivelé modeste certes mais amplement suffisant pour Dany, laquelle après son opération du genou droit avec la mise en place d’une prothèse totale au mois d’avril dernier, n’avait plus randonné depuis le « Sentier du Berger à Leucate », c'est-à-dire depuis le 17 mars 2018, soit plus de 8 mois sans marcher. Une belle et gentille reprise, qui je l’espère, servira de reprise à beaucoup d’autres dans le futur. Dany ayant accepté que je flâne afin de photographier les nombreux oiseaux qui étaient présents ce jour-là (geais, merles, rouges-queues noirs, serins, bruants mais surtout énormément de pinsons partout), nous avons pris tout deux un grand plaisir à effectuer cette courte et facile randonnée.  Cartes IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.

     

    (*) La Chapelle Saint-Michel de Sournia : Pour en savoir plus sur cette chapelle, je vous propose d'aller sur un des deux liens suivants :

    https://www.les-pyrenees-orientales.com/Patrimoine/ChapelleStMichelDeSournia.php

    http://www.baladesromanes66.net/index-edifices-en-acc%C3%A8s-direct/fenouill%C3%A8des/st-michel-%C3%A0-sournia/

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la sublime musique "Moon River" du compositeur Henri Mancini, paroles de la chanson de Johnny Mercer. Musique et paroles destinées au film de Blake Edwards "Diamants sur canapé", en anglais "Breakfast at Tiffany's" (1961) dont les acteurs principaux étaient Audrey Hepburn et George Peppard. Ici la musique et la chanson sont respectivement jouées ou chantées par Audrey Hepburn (chant), Henry Mancini and son orchestre (version cha cha cha), Alfredo Sadel (musique et chant), Fred Schultheiss (harmonica), The Hollywood Strings (orchestre), Danny Williams (chant).

    Le Petit Balcon d'Urbanya depuis Urbanya

    Le Petit Balcon d'Urbanya depuis Urbanya

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    Avec ce « Petit Balcon d’Urbanya », voilà une nouvelle balade de ma composition à partir de mon village devenu désormais fétiche. Une balade à la fois originale dans son parcours, et inédite sur mon blog, mais qui emprunte des chemins qui eux ne sont pas , ni inédits, ni originaux : chemin de Saint-Jacques, Serrat du Calvaire et de Miralles, col de Les Bigues et chemin de l’Ourriet. Voilà quelques noms, si vous suivez régulièrement mon blog, qui sonneront à vos oreilles car ils sont loin de vous être inconnus. Si cette randonnée, je l’ai intitulée le « Petit Balcon d’Urbanya », c’est en référence à une autre que j’avais intitulée « Le Balcon d’Urbanya ». Cette randonnée-ci est bien moins longue, moins haute en élévations et démarre d’Urbanya et non pas de Nohèdes comme la précédente. Mais attention, moins longue et moins haute ne signifie pas facile et sans dénivelé. Non, ce « Petit Balcon d’Urbanya » est une vraie balade pédestre avec ses sentiers, ses pistes forestières, sa déclivité, ses difficultés et une distance qui est tout de même de 10,5 km pour un dénivelé de 500 m environ. Comme souvent à Urbanya, en ce jeudi 2 août, le Chemin de Saint-Jacques fait office de ligne de départ. Ensuite le sentier s’élève au sein de la garrigue vers les lieux-dits Serrat de Calvaire, Serrat de l'Homme, Clot del Baro, Cubera et Serrat de Miralles. Comme toutes mes balades, l’objectif, outre celui physique de marcher et de prendre un grand bol d’air, est d’aller à la rencontre de la Nature avec un grand « N ». La Nature m’offrira ce qu’elle veut et dans tous les cas et quoi qu’il arrive, je suis preneur. Aujourd’hui encore, les papillons sont de sortie en très grand nombre et je me demande si cette hyper présence n’est pas directement proportionnelle à la rareté des oiseaux ? Moins d’oiseaux, plus de chenilles et résultat plus de papillons ! C’est en tous cas, le constat permanent que je fais cette année et ce, depuis que je séjourne à Urbanya soit 2010. Dans le Haut-Conflent, je ne suis pas le seul à délivrer cette analyse. En France non plus et des organismes comme la Ligue pour la Protection des Oiseaux et le Muséum d’Histoire Naturelle s’en inquiètent bougrement. Au lieu-dit, les pommiers du Clot Baro, et au pied même d’un pommier largement chargé de fruits, je découvre un marcassin mort. Ce n’est pas un nouveau-né loin de là ! De quoi est-il mort ? A priori rien ne permet de le dire car son décès paraît récent et il est presque intact. Il semble avoir une petite plaie au cou que la vermine a déjà légèrement entamée. Rien d’autre apparemment. Acte de braconnage car la chasse est fermée ? Maladie ? S’est-il accidentellement saigné à une clôture de barbelés ? Je reste avec mes questions et laisse le jeune animal à son destin que la nature va se charger de faire disparaître si vite. Les insectes vont continuer à s’occuper de lui, puis les charognards le termineront. Ici, ce n’est pas ce qu’il manque : vautours et autres rapaces comme le milan et le gypaète par exemples, ou bien encore des corbeaux ou des corneilles. Chez les mammifères, il y a des opportunistes comme le renard, la fouine voire le blaireau ou plus rarement le chat sauvage. Après cette triste découverte, je poursuis la montée vers Miralles. Panoramas grandioses, jolie flore et faunes hétérogènes mais presque essentiellement entomologiques sont comme toujours au rendez-vous de cette fin de montée. Quand je finis par atteindre la piste au pied du Serrat de Miralles, c’est un beau troupeau de vaches gasconnes qui m’y accueille. Toujours prudent dès lors que les mères ont leurs veaux près d’elles, je marche lentement et m’écarte au maximum pour éviter de les effrayer. Tout se passe bien. Une fois encore, cette piste qui file vers le col de Les Bigues se transforme pour moi en un inventaire des lépidoptères du Haut-Conflent. Seuls un beau lézard vert, un renardeau malingre, quelques oiseaux et de jolies fleurs viennent changer cet agréable mais sempiternel recensement La faune est désormais si présente que j’en oublie de photographier les paysages pourtant si amples. Sur ma droite, le flanc du Serrat Gran déroule sa merveilleuse forêt aux essences si variées et donc si différemment colorée. Si quelques fleurs subsistent encore, les cistes à feuilles de laurier sont en fin de floraison et leurs fleurs blanches aux corolles si fines et si légères tombent comme des flocons de neige dès lors que je les touche à peine. Comme souvent aussi, et comme je l’avais fait lors de ma précédente balade à la « Font de la Serra de la Barbera », le col de Les Bigues fait office de table de pique-nique sinon improvisée, tout du moins souhaitée. Mon estomac crie famine. Je m’installe à l’ombre de pins à crochets et sur un tapis de ramilles que je prends soin de recouvrir d’un épais papier-bulles. Si ce n’était la présence d’opulentes fourmis des bois qu’on appelle « formica rufa », c'est-à-dire « fourmi rousse », je me ferais bien une petite sieste. Un trop copieux déjeuner comme celui que je viens d’engloutir n’est jamais trop bon pour marcher et le silence et le calme ambiant sont des provocations à se laisser tomber dans les bras de Morphée. Mais non ! Ce lit en « formica » est bien trop inconfortable et surtout agressif. Je repars, cette fois tout en descente par la piste DFCI C057. Elle m’entraîne sur ce large chemin qui se termine dès lors que l’on aboutit dans le Correc du col del Torn et à la côte 1234 sur la carte I.G.N. Dans l’immédiat, il me faut descendre sur ce large chemin que j’avais pris l’habitude de découvrir si bien débroussaillé mais sur lequel aujourd’hui me voilà contraint de zigzaguer au milieu des hauts genêts, des fougères et des cistes quand ce n’est pas des ronciers qui s’entortillent dans mes chevilles. Cette végétation expansive, je ne l’avais jamais découverte ainsi et notamment lors de ma balade que j’avais intitulée « le Chemin de l’Ourriet ». Par bonheur, quelques mésanges sédentaires et des serins de passage me font oublier ces difficultés végétales. Un peu plus loin, dans le Correc de la Sardana, c’est une autre musique que se fait jour. Elle prend la forme non pas d’une danse mais d’une laie accompagnée de quatre ou cinq de ses rejetons. Caché que je suis dans les fougères du bord du chemin, ils ne peuvent pas me voir mais comme ils déambulent dans le bois se trouvant en contrebas, les photographier au travers des arbres devient hypothétique. Comme le ferait un Indien, je me laisse glisser doucement le long du talus et dans un silence de cathédrale, je descends dans le bois moi aussi. Ils sont à une quinzaine de mètres seulement mais dans ce sous-bois bien sombre peu propice à une parfaite exposition photographique, faire une bonne mise au point est assez galère. C’est d’autant plus galère que les marcassins assez vifs courent dans tous les sens et le plus souvent dans les hautes fougères qui encadrent le ruisseau. La mère, elle, paraît plus paisible. Elle erre en fouinant le sol de son groin sans jamais s’alerter de ma présence si proche. Le manque de luminosité et les arbres sont les seules entraves aux photos que j’ai bien envie de faire et de réussir. Ce joli spectacle va durer 10 bonnes minutes mais peu à peu la petite harde descend en longeant le correc jusqu’à disparaître dans une végétation bien trop dense en contrebas. Je m’empresse de vérifier si quelques-unes de mes photos sont correctes puis plutôt satisfait je remonte le sous-bois puis le talus. Hyper joyeux de ce divertissement faunique que je viens de vivre, il ne me reste plus qu’à poursuivre ma balade. La présence d’une ruine sur ma gauche m’indique que le Correc du col del Torn n’est plus très loin. Ici, près de ce correc, je sais les difficultés qui m’attendent car le minuscule sentier qui descend vers l’Orriet n’est jamais facile à cheminer. Il est plus ou moins parallèle au ruisseau. Si ce sentier a bien existé ; la présence de murets en pierres sèches qui l’encadrent parfois en étant les preuves formelles ; il n’a jamais été réellement ni défriché ni retracé. Du coup, il faut surtout ne pas speeder et être vigilant à rester sur le sentier le plus emprunté. Ce sont les seules conditions pour atteindre sans trop d’encombres la clairière qui se trouve à la confluence des correcs de Gimelles et du col del Torn. Pas si simple, même quand comme moi on y est passé à diverses reprises. Le perdre, c’est se créer un challenge supplémentaire mais comme il faut continuer à descendre en gardant à l’esprit le correc del Torn, on finit toujours pas y parvenir. Par la suite, le sentier devient nettement plus visible même si le débroussaillement n’est pas toujours au top. Un chevreuil détale, s’arrête entre les arbres puis détale à nouveau. Son bref arrêt ne m’a laissé que quelques secondes pour faire une photo, mais par chance, sa tête apparaît bien droite entre deux troncs. Après cette vision si furtive, je laisse sur la droite l’imposante ruine de l’Orriet puis je continue de descendre sur cette étroite sente qui file en balcon au dessus de la rivière d’Urbanya. Ici, le « tyran d’eau » que je suis ne peut jamais s’empêcher d’aller piquer une tête dans une petite « marmite du diable ». C’est ce que je fais aujourd’hui tant la chaleur est de mise et ce malgré une météo orageuse qui a pris le dessus. Ici les cascades et les petites cuvettes d’eau claire, mais toujours un peu fraîches, sont légions. On a l’embarras du choix, même si la descente vers la rivière puis sa remontée nécessitent toujours une grande prudence. Pour moi, en été, c’est toujours un grand plaisir d’aller me baigner en amont du village et ce d’autant que j’y photographie toujours une faune et une flore qui ne sont très souvent qu’aquatiques : libellules qu’on appelle « demoiselles », grenouilles et certains papillons des bois humides. Après la baignade, j’adore aller visiter ce que j’appelle désormais la « maison des Draculas », un orri  oublié des hommes mais très souvent occupé par une colonie de Rhinolophes. Ces chauves-souris, sont des animaux extrêmement vulnérables et bien évidemment protégés, et de ce fait, j’essaie de les déranger le moins possible. Deux à trois fois dans l’année au maximum car j’ai le sentiment qu’il y a les grands rhinolophes au printemps et les plus petits en été. Dès lors que j’ai quelques photos correctes, cela suffit à mon bonheur. Je m’assieds à l’entrée de l’orri et je tente de les photographier sans utiliser le flash. Ce n’est pas évident mais c’est la seule condition pour qu’ils ne se sauvent pas en plein jour de leur habitat où ils s’accouplent. Une fois encore, grâce à cette faune bien diversifiée, où sangliers, chevreuil, renard, papillons, lézards ont été de la partie, ce « Petit Balcon d’Urbanya » a tenu toutes ses promesses. En définitive, quand j’observe mes photos, les oiseaux avec une belle variété ont été bien plus présents que je ne l’avais craint au départ. Quand aux papillons toujours les plus nombreux sur les photos, j’en ai recensé 46 différents si je ne tiens pas compte du sexe de certains dont la femelle et le mâle sont parfois bien différents. Cela signifie, qu’en ce 2 août et si je tiens compte des papillons que je n’ai pas pu photographier, c’est au moins 60 voire 70 papillons d’espèces bien différentes qui étaient présents autour et dans ce vallon d’Urbanya. Un chiffre record sans doute ! La déclivité modérée de 503 mètres et les amples panoramas que l’on aperçoit constamment tout au long du circuit justifie pleinement son nom de « Petit Balcon ». Il faut enfin noter que cette balade n’emprunte que la partie ensoleillée du vallon, c'est-à-dire la « solona » ou « soulane ou adret » en français. Ce qui veut donc dire que si vous partez avec une prévision météo donnée comme « ensoleillée » pour toute la journée, au printemps et en été, les rayons du soleil vous accompagneront tout au long de la balade. Alors prévoyez de l’eau suffisamment, des lunettes de soleil et la crème dermique protectrice appropriée. Cette randonnée telle qu’expliquée ici a été longue de 10,5 km. Selon mon G.P.S, les montées cumulées ont été de 1.010 m. Le dénivelé est de 503 mètres entre le point le plus bas à 856 m à Urbanya et le plus haut à 1.359 m au col de Les Bigues. Cartes IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la sublime chanson "Alone Again (Naturally)" du chanteur-compositeur irlandais Gilbert O'Sullivan. Elle est ici interprétée et jouée 6 fois et successivement par "Tommy Moreno and The Devil's Group" (chant), par Harano Young Yoshi Kazu (harmonica chromatique), par Rob Preston (chant), par Ong Cmu (orgue électronique), par un groupe composé de Trang Tooc (chant), Duy Khang (chant) et Khoa Le (guitare) et enfin par le maître Gilbert O'Sullivan (chant).

    Le Balcon de Villefranche-de-Conflent

    Le Balcon de Villefranche-de-Conflent

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    Cette randonnée au départ de la gare de Villefranche-de-Conflent ; mais il faudrait dire « gare de Fuilla » ; on la trouve le plus souvent dans les topo-guides sous l’intitulé de « Balcon de Villefranche-de-Conflent ». Si cette appellation n’est pas usurpée car conforme à la réalité, elle est néanmoins assez réductrice. En effet, perché sur ce long, sinueux et escarpé balcon, c’est bien plus que Villefranche-de-Conflent que l’on découvre. Faire la liste des noms de lieux seraient bien trop fastidieux mais citons néanmoins les plus visibles car les plus proches comme le Massif du Canigou, celui des Tres Estelles, la Vallée de la Têt des deux côtés, celles du Rotja, du Cady et du Callau, les petites collines d’Ambouilla, des Canalettes et du Pla de Vallenso et même le Massif du Madres se révèle dès lors que l’on arrive à Belloc. Tous les autres lieux ne sont pas inintéressants mais sont bien trop loin et disséminés pour mériter une citation. A tous ces lieux offerts par d’époustouflants panoramas, il ne faut pas oublier le patrimoine que l’on découvre en marchant, avec bien sûr le Fort Liberia (*) par lequel on démarre puis les chapelles Saint-Etienne de Campilles (**) et Saint-André de Belloc (***) jalonnant le parcours. Alors comme on le voit, il y a de quoi voir et de quoi faire et si la distance de 9,9 km n’a rien de rebutant, la déclivité de 660 m ne laisse personne indifférent. D’abord parce qu’il faut sans cesse lever la tête pour voir où l’on va puis où l’on arrive quand on approche du point culminant. Pour moi, ajoutons-y que mon temps est aujourd’hui compté et que de ce fait, hors de question que je flâne comme à mon habitude. Après la balade je dois encore aller faire des courses à Perpignan puis retourner à Urbanya où Dany m’attend, car le séjour là-bas n’est pas tout à fait terminé. D’un autre côté, je n’ai pas du tout l’intention de laisser échapper la moindre découverte y compris le Fort Libéria que je veux absolument visiter. J’y suis déjà venu une première fois il y a très longtemps, mais ma visite s’était résumée à descendre le fameux escalier souterrain des 1000 marches. Aujourd’hui, j’ai bien l’intention d’en voir un peu plus. Enfin et bien évidemment, il est hors de question que j’ignore la faune et la flore qui seront visibles. Voilà quel est mon état d’esprit quand en ce 3 septembre, jour de la rentrée scolaire, je pars vers une école buissonnière que j’espère merveilleuse. Le temps est superbe et il est 9h quand je range ma voiture devant la gare Sainte-Eulalie. Ce joli prénom, il m’est impossible de l’oublier car c’est celui de ma petite-fille. Ecart générationnel oblige, elle rentre en classe et moi je pars me balader. Devant la gare, premier tracas avec l’obligation de payer le parking pour la journée soit 4 euros. Je peste un peu mais pense surtout qu’un parking payant dans un endroit qui se veut le départ d’attractions touristiques ; celle en l’occurrence du « Petit Train Jaune » et du « Fort Libéria » ; est probablement un frein à accueillir plus de touristes. Je ne suis pas un touriste ; enfin pas pour ce matin ; et je me plie à cette contrainte mais en continuant à râler car j’ignore où se trouve le départ de ma balade.  Très gentiment, un employé de la gare finit par m’expliquer avec force détails que le départ est plus loin après le parking des camping-cars mais qu’il est payant lui aussi. Je décide de laisser la voiture là et démarre à pied ce « Balcon de Villefranche ». Premier coup d’œil vers  le ciel pour juger de ce qui m’attend. Si le Fort Libéria paraît tout proche que dire de cette haute falaise du Roc Rouge que je suis censé atteindre et même dépasser puisque la chapelle Saint-Etienne de Campilles est située juste au dessus. C’est assez impressionnant. Je traverse le parking des camping-cars, emprunte le sentier longeant la voie ferrée puis enjambe cette dernière par un petit pont de pierres typique des voies ferroviaires. De l’autre côté, et de prime abord, une pancarte ne manque pas de me surprendre car j’y lis écrit en gros  «Fort Libéria – propriété privée – passage réservé aux riverains et aux visiteurs payants ». Il faut tout lire car en dessous, il est écrit en plus petit « way – cami – weg et accès sentier 20mn ». Ça me rassure mais d’un autre côté, ces 20 minutes sont assez surprenantes car voilà déjà 8 à 10 bonnes minutes que je marche depuis la gare, que j’ai déjà vu un autre panneau « Fort Libéria 20 mn » sur le pont enjambant la Têt et donc j’en suis déjà à me demander quelle est la bonne pancarte ? J’emprunte à gauche cette direction comme indiquée. Un peu de la piste terreuse, un balisage jaune peint sur un rocher, un autre panonceau « Fort Libéria sentier 20 mn » ; décidemment ! » ; une vieille borne octogonale en granit gravée, des rampes cimentées bordées parfois de très hauts murs, rien n’arrête mon « diesel matinal »  et le fort est là en moins de 20 minutes. D’ici, la gare ressemble déjà à celle « miniature » avec laquelle je jouais lorsque que j’étais enfant. Seule différence, mes trains et mes wagons Jouef n’étaient pas jaunes mais noirs.  Le temps que j’ai gagné dans la montée, je le perds presque immédiatement à vouloir photographier des roitelets qui occupent un cèdre qui est planté là juste devant l’entrée du fort. Puis, c’est autour de deux monticoles bleus de me faire tourner en bourrique. Ils volent d’une échauguette à un autre, d’un rempart à un autre et parvenir à les photographier devient très rapidement un jeu dont ils ont pipé les dés. Les dés sont pipés car ils ne volent jamais ensemble et jamais dans la même direction comme si eux aussi jouaient à un jeu ; espèce de « quatre coins » dont je ne connais pas les règles. Je finis par comprendre qu’ils prennent leur p’tit déj fait d’insectes volants et qu’en réalité leur seule règle c’est de manger coûte que coûte. Finalement, après avoir perdu plus d’une demi-heure, je parviens en moins de 5 minutes à immortaliser plutôt correctement les deux jolis volatiles : un monticole bleu, un mâle, puis un roitelet triple-bandeau. Le château est encore fermé. Il est temps de me remettre en route. Un orri sur la gauche du sentier m’arrête juste pour une photo. Puis c’est autour de la Nature d’éveiller mon attention et celle de mon appareil photo. Elle se révèle d’abord sous la forme d’une quantité incroyable de criquets sautant à chacun de mes pas. Un peu comme s’ils s’étaient donnés rendez-vous au même endroit. Pourtant, il y en a de bien différents.  La flore en fleurs est assez réduite et se résume ici à des buplèvres ligneux, des pieds de céphalaires aux jolies boules blanches et à de fines odontites dont la plupart des fleurs ne sont pas encore ouvertes. Avec les buplèvres et les odontites, un joli jaune vert citron prend néanmoins le dessus dans cette végétation la plus basse. Quelques pins et des petits chênes d’un vert beaucoup plus soutenu colorent la partie supérieure.  Il va en être ainsi toute la journée. Finalement et en tous cas bien plus vite que je ne l’aurais imaginé, j’atteins l’intersection me proposant de continuer vers Belloc avec un panonceau mentionnant « 2,1 km – 1h05 ». N’ayant pas envisagé cette possibilité sauf pour le retour, je continue le sentier et ce, malgré l’absence de tout autre panneau indicatif. Par précaution, j’allume mon G.P.S et regarde si je suis bien sur le bon tracé que j’ai enregistré. Je poursuis dès lors que j’en ai la confirmation. Ce sentier est bien celui qui doit m’amener vers Campilles et sa chapelle. J’éteins mon G.P.S dès lors qu’aucun autre itinéraire ne me paraît possible. Sur un sentier devenu très étroit mais plutôt bon car sans caillou, plat et parfaitement aménagé sur de solides murets, je m’élève très rapidement au sein d’une pineraie qui occupe de plus en plus de place au fil de la déclivité. Seule son étroitesse mérite que l’on regarde où l’on met les pieds. Grâce à quelques courts lacets, l’élévation, elle, est absolument étonnante et l’on a en réalité, ce merveilleux sentiment de monter bien plus vite que l’on ne marche. Est-ce l'exiguïté et le profond encaissement de la vallée, mais ce sentiment perdure tout au long de la montée vers Campilles. Il est vrai que ce sentiment de s’élever très vite et très haut est en grande partie en corrélation avec les panoramas époustouflants et aériens s’offrant à ma vue. Plus j’avance et plus la dénomination de « Balcon de Villefranche » se justifie car la cité fortifiée est de plus en plus à l’aplomb du sentier que je chemine. Un lavis de toitures rouges et plusieurs tours bien différentes, le tout entouré d’une chemin de ronde, voilà ce qui s’offre à me yeux. D’autres lacets bien plus longs prennent le relais dans des décors un peu plus changeants et donc variés. Ils permettent une élévation plus en douceur et de ce fait une attention bien meilleure de ce que je peux voir autour de moi. Quand je dis « autour de moi », c’est bien évidemment les paysages proches ou lointains, les décors qu’offrent le chemin, mais aussi la Nature pour laquelle je suis constamment aux aguets. C’est ainsi que s’offrent à moi, et à trois reprises, le plutôt rare lézard psammodrome puis plusieurs papillons dont le plus commun ici est la magnifique et reconnaissable Chevron blanc. Quelques piéridés, azurés, une mouche à toison et un très surprenant Pacha à deux queues viennent compléter cette « animalerie photographique » aperçue au cours de la montée. Si je dis « surprenant » pour le Pacha à deux queues, c’est parce que je ne me souviens pas avoir rencontré d’arbousiers ici, la plante-hôte à partir de laquelle il est censé exister et survivre. Les oiseaux, eux, sont très rares et j’en aperçois dès lors que les résineux sont d’espèces plus variées. Je les compte néanmoins sur les doigts d’une main : un couple de choucas qui s’enfuit d’un grand cèdre en poussant des cris aigus, un ou deux pinsons seulement, une mésange noire peu craintive et un gobe-mouches dont j’ignore s’il est noir ou gris, voilà à quoi se résume les photos ornithologiques que je vais réussir à prendre au cours de la journée. Outre les photos, je m’amuse, tout en montant, à compter les longs lacets car sachant qu’il y en a 7, cela me permet d’analyser ma progression sans avoir besoin de recourir au bout de carte I.G.N dormant dans ma poche. Finalement, et après une courte pause en-cas, il est 12h quand la chapelle Saint-Etienne de Campilles laisse entrevoir son clocher roman. Il ne me reste plus qu’à la rejoindre sauf que jamais je n’aurais pu imaginer l’incroyable quantité de papillons que ce plateau allait recéler. Voilà déjà 5 fois que je viens ici et si j’y ai  toujours aperçu de nombreux papillons, c’est bien la toute première fois que j’en vois autant et d’espèces parfois bien disparates. Seul gros problème : je ne peux pas me permettre de trop traîner à les photographier tous. Dommage ! Je me mets en quête d’immortaliser ceux qui veulent bien se laisser photographier le plus facilement. Mais là encore, c’est encore trop et donc bien trop long ! Je file vers la chapelle, visite son refuge, la photographie sous tous les angles et pars m’installer sous les pins pour déjeuner. De manière assez surprenante, un merle puis un geai viennent à ma rencontre avant même que j’ai pu déplier mon casse-croûte. Je réussis à me cacher derrière un haut buisson pour les photographier. Le merle à terre et le geai perché dans un pin. Ils partent et je peux enfin déjeuner tranquille. Tout en mangeant, ce lieu soulève en moi d’excellents souvenirs, ceux de ma dernière étape sur le Tour du Coronat en 2007. Ici même, à cet endroit, sous les pins et assis sur l’herbe, tout comme aujourd’hui, j’avais rencontré un couple de touristes, accompagné de leurs enfants ; trois jolies jeunes filles très sages et parfaitement éduquées. Pendant la longue conversation qui s’était installée avec le père, la mère m’avait gentiment proposé un café et un bout de gâteau. Malgré ma légendaire gourmandise, j’avais gentiment refusé et avais bien fait car tout en parlant, j’avais constaté que le gâteau ne suffisait pas à ces cinq sportifs, si beaux et si gaillards. Ces songes reviennent agréablement dans ma tête et je pourrais presque m’y abandonner mais l’heure n’est pas à une sieste aussi doucereuse fut-elle. Je repars aussitôt vers Belloc, sur ce sentier, que pour cause,  je connais désormais par cœur. Les papillons sont toujours aussi nombreux et je m’essaie à photographier seulement ceux n’ont encore pris. Vaste et difficile programme ! Beaucoup parmi eux arrivent en bout de vie car leurs couleurs sont ternes ou bien alors leurs ailes sont en lambeaux. Certains sont carrément méconnaissables mais ils butinent encore et volètent avec vigueur. De très nombreuses fauvettes m’arrêtent également dans mon désir d’accélérer le pas mais les photographier est si compliqué que je renonce assez vite sans trop savoir ce que seront mes quelques tentatives de photos que j’ai prises en mode rafales. C’est la toute première fois que j’en vois autant sur un si restreint périmètre et même si elles sont très rapides, ils me semblent bien apercevoir celle à tête noire, la mélanocéphale et celle des jardins à moins que ça ne soit la grisette. Cette présence n’est sans doute pas étrangère aux nombreuses baies rouges ou noires déjà mûres. Comme toujours, ce petit sentier tout en descente et sous les immenses pins, dont la plupart sont désormais fracassés, me ramène à la tempête Klaus de 2009 qui a mis à mal et en grande partie à terre cette superbe forêt que j’avais découverte en 2007. Il m’est arrivé parfois de comparer mes photos de 2007 puis celle d’une balade ici même en 2012, balade que j’avais intitulée « les chapelles du Coronat » et le constat est tout simplement consternant : 80 à 90% des arbres de cette combe ont été fauchés. Evidemment rien n’a changé depuis 2012. Quelques arbres disséminés sont encore debout, d’autres demeurent brisés sur pied et seuls ceux à terre ont réellement pris un coup de vieux, bouffés qu’ils ont été par les insectes et les fourmis. Dans la descente, la jolie chapelle de Belloc est en vue et elle me fait d’autant plus oublier les stigmates de la forêt ravagée qu’ici elle a un peu moins souffert. Si Belloc, que je connais pas cœur aussi, mérite une visite, je suis surtout attentif à trouver l’itinéraire qui doit me ramener à Villefranche. Il n’est pas encore 14 heures, j’ignore le temps qu’il faut et surtout la qualité du sentier. Finalement, sur la petite esplanade du hameau ruiné, intersection de plusieurs pistes, les panonceaux indicatifs sont bien là et trouver le sentier qui retourne vers Villefranche est un jeu d’enfant. « 3,8 km et 1h45 » mentionne un panonceau. Le sentier se faufile parallèle à la piste qui monte vers le pylône TV et celle qui descend vers Conat. L’esprit tranquille, je pars photographier la chapelle mais surtout les panoramas qui se dessinent vers la Vallée du Callau jusqu’au massif du Madres en passant par toutes ces crêtes que je connais désormais par cœur : Pla de Vallenso, Serrat de Miralles, Roc de Jornac, Serrat Gran, Serrat de la Font de la Barbera, Pic de Tour, Pic de Portepas, Pic Lloset, Pic de la Moscatosa, Pla dels Gorgs, etc…..Certains sommets, je les devine plus que je ne les vois, alors j’ajuste mes jumelles. Elles me permettent d’avoir un humble regard sur mes dernières randonnées et notamment celle sur le « Sentier d’Arletes » dont j’aperçois la ruine ou bien encore le hameau de Llugols et sa chapelle Saint-Christophe. A tous ces lieux viennent s’ajouter d’autres plus lointains encore comme les « serres » dominant la Vallée de la Castellane ou bien encore celles des Fenouillèdes, du côté de la forêt de Boucheville. Oui, ici, je tourne sur moi-même à 360° et je pourrais presque me remémorer plus de la moitié des randonnées de mon blog, Canigou en tête bien évidemment. Après une vingtaine de minutes consacrée à la chapelle et à ces observations, je me remets en route en me disant que Belloc ou Belloch porte bien son nom de « Beaulieu » (***) c'est-à-dire « un endroit agréable, bien situé » comme le précise le site Wikipédia. Le sentier vers Villefranche descend au milieu des chênes verts et offre encore des vues inédites sur la chapelle de Belloc et sur les stériles des anciennes carrières de marbre rouge de Ria/Conat. Ce sentier est plutôt bon mais se termine au bout d’un angle droit où démarre un nouveau balcon aussi époustouflant que celui de Villefranche mais bien plus périlleux. Bien plus périlleux car le sentier a été élevé sur des murets le plus souvent bien plus hauts, quand  aux à-pics, ils sont bien plus verticaux et donc bien plus impressionnants car ils descendent au sein d’une végétation et d’une forêt bien plus clairsemées . Un faux-pas et c’est la chute quasi assurée dans les éboulis se trouvant 10 ou 15 mètres en contrebas. La suite de la dégringolade, il ne vaut mieux pas y penser. De ce fait, je privilégie la vigilance plutôt que de me fier aux temps et aux kilométrages indiqués sur les différents panonceaux jalonnant cette fin de balade. Une fois encore, le terme de « balcon » est ici amplement légitimé. Si Villefranche n’est pas immédiatement visible, de larges panoramas s’entrouvrent sur la très rectiligne Vallée de la Têt, sur Ria-Sirach et Prades et sur le versant opposé de la Trancade d’Ambouilla. A l’approche du Fort Liberia, la piste serpentine qui y monte depuis la gare captive le regard. La vue sur la cité, la gare, le fort et la confluence des rivières entérinent définitivement l’appellation de « Balcon de Villefranche-de-Conflent ». Il n’est pas encore 15 heures quand j’entre dans le fort moyennant la somme de 7 euros. Accueilli de manière charmante par deux hôtesses, l’une d’entre-elles me remet une topo-guide tenant sur une feuille recto - verso plastifiée pendant que la deuxième m’explique le cheminement qu’il va me falloir suivre pour effectuer la visite. Je les remercie mais comme j’ai une énorme pépie, je file d’abord au bar faire remplir ma gourde d’une eau fraîche tant désirée. Ma soif parfaitement étanchée, me voilà lancé dans une visite au pas de course loin d’être évidente car les escaliers se succèdent et finissent irrémédiablement par me « casser les pattes ». A ces montées, s’ajoutent des couloirs très étroits où doubler d’autres visiteurs est impossible. Finalement, il me faut une demi-heure pour avoir une meilleure idée de ce qu’est ce fort et me retrouver au départ du fameux souterrain des mille marches. Là, par chance, plus personne n’est devant moi pour arrêter cette « descente infernale » et c’est 25 minutes plus tard que je débouche à l’air libre sur les rails du « Petit Train Jaune ». Entre les deux, quelques ouvertures en arcades permettent de s’offrir quelques dernières et magnifiques vues plongeantes sur la belle cité chère à Vauban. Dans ma précipitation à filer vers la ligne d’arrivée, je ne m’aperçois pas que l’objectif de mon appareil-photo est embué d’une condensation qui va voiler mes toutes dernières photos. Une rapide visite dans l’église Saint-Jacques, un sprint dans les ruelles, une pinte de bière au bistrot « Le Canigou » et il est 16h10 quand je retrouve ma voiture devant la gare de Sainte-Eulalie. Il m’a donc fallu 7h10 tout inclus (arrêts, pauses, visites, flâneries photos) pour réaliser cette sublime randonnée d’un peu moins de 10 km (9,9 km) et de 664 m de déclivité. Le point le plus bas est la gare Sainte-Eulalie à 457 m et le plus haut est situé à 1.091 m juste avant d’arriver à la chapelle Saint-Etienne de Campilles. Comme toujours, bonnes chaussures de marche à tiges hautes sont recommandées sur ce type de terrain. Emportez suffisamment d’eau car pour avoir négligé cet élément en ayant pris une seule gourde d’un litre, je me suis retrouvé sans eau avant même mon arrivée à Belloc. Cartes IGN 2349 ET Massif du Canigou et 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.

     

    (*) Le fort Libéria est situé sur la commune de Villefranche-de-Conflent dans le département des Pyrénées-Orientales, au confluent des vallées de la Têt, de la Rotja et du Cady. Il a été construit par Vauban après la division de la Catalogne entre la France et l'Espagne par le traité des Pyrénées, à compter de 1681, en même temps que la citadelle de Mont-Louis qui est plus en amont dans la vallée de la Têt. Le fort est relié à la cité de Villefranche par un escalier souterrain de 734 marches. Il domine ainsi le village d'une hauteur de 150 mètres environ. Le fort sert un temps de prison d'État notamment pour les responsables de l'affaire des poisons (1682-1683) sous Louis XIV. Après le départ des troupes, le « Domaine » met le fort en vente. Un premier propriétaire privé fait son apparition en 1925 : M. Laurens. Cette personne, ancien armateur à la retraite, avait dans l'idée d'en faire une maison de retraite pour les marins. Dans le but d'aménager le fort pour ses pensionnaires, M. Laurens fit raser la caserne des officiers située au premier niveau de la forteresse afin d'aménager une cour d'honneur. Du fait de l'accès difficile et de l'éloignement de la mer, son projet n'eut pas le succès escompté. Le fort fut remis en vente et acheté en 1955 par M. Marcel Puy, qui en fit cadeau de mariage à son épouse. Finalement, M. Puy signa en 1984 un bail emphytéotique avec quatre commerçants de la cité et, après trois années de restauration, le fort a été ouvert au public en 1987. (Extrait du site Wikipédia)

    Pour en savoir un peu plus de son Histoire, rendez-vous sur le cité dédié en cliquant ici.

    Pour en savoir un peu plus de l'Histoire de Villefranche et de ses alentours, rendez-vous sur le remarquable site Internet des "Pyrénées-Catalanes sur mesure" en cliquant ici.

    (**) La chapelle Saint-Etienne de Campilles est citée pour la première fois en 906. Elle date donc vraisemblablement du Xeme siècle. C’est un simple rectangle couvert d’une voûte en berceau plein cintre. Sa porte est remarquable par ses claveaux en marbre rose et rouge griotte, venant des carrières de Villefranche-de-Conflent toute proche. La chapelle a été restaurée en 1990 par une association de bénévoles Sur la face Ouest de la chapelle, un petit refuge construit selon le même appareil a été ajouté ; il contient un four à pain qui déborde sur la face Sud. La base du clocher-mur a été masquée par cet ajout. Mais l’emplacement de la cloche unique s’impose toujours au dessus des toits. Par beau temps, la vue s’étend de la plaine du Roussillon (E) au pic Galinas (O) en passant par le Canigou (S-E), le Sept Hommes, le Pla Guilhem ou encore les hauteurs de Mantet au Sud. Pour atteindre la chapelle depuis Villefranche il y a 2 chemins. Il faut en partant de Villefranche, 2 bonnes heures de marche pour y arriver, et ça monte raide (600 m. de dénivelé), mais la vue en arrivant est époustouflante. D26 au nord de Ria, puis à gauche, 1 km avant Conat. (Extraits du site « Balades romanes »).

    (***) La chapelle Saint-André de Belloc (c'est à dire Beau lieu) est citée en 1217 comme une annexe de la collégiale Sainte Marie de Corneilla-de-Conflent. Elle fut le siège d'une paroisse. L'édifice a un style roman catalan mais n’a pas d’abside. Sa voûte, effondrée, à été remplacée par une charpente en bois et le toit recouvert de lauzes. Son clocher mur à deux arcs est très imposant par rapport à la taille de la chapelle. La porte principale présente des claveaux très colorés, taillés dans des matériaux différents tels que grès rouge, marbre rose, marbre blanc. Elle est implantée sur un palier d’une crête entre les vallées de Ria et de Conat. Elle peut faire partie d’une belle balade depuis Conat, en y montant directement par un sentier à l’aller, et en passant au retour par une piste et les ruines de la chapelle romane de Sainte-Croix au lieu-dit du même nom. (Extraits du site « Balades romanes »). Toponymie de Belloc : Comme le précise le site Wikipédia, la toponymie de Belloc ou Belloch signifie « un endroit agréable, bien situé ». Bien situé signifie probablement que l’on a aussi une « belle vue » car tous les étymologistes s’accordent à penser que le paronyme du mot « œil » est « oil » signifiant « oui » tout comme le lexical « oc » puisqu’en latin l’œil c’est « oculus ». "Bel oc" est probablement le "bel oeil", la "belle vue". 

     

     

     


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  •  Ce diaporama est agrémenté du légendaire standard de jazz "Misty" d'Errol Garner, joué ici et successivement pas 4 groupes de jazz que sont le "New York Jazz Lounge", le "Studio Jams", le "New York Jazz Moods" et le "Smooth Jazz Colours"

    .Le Serrat de la Font de la Barbera depuis Urbanya

    Le Serrat de la Font de la Barbera depuis Urbanya

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    En été, quand je séjourne à Urbanya, inventer des randonnées pédestres est toujours un vrai plaisir. Sur mon ordinateur, grâce à Géoportail et au logiciel CartoExploreur, j’analyse la carte I.G.N top 25 et j’imagine des parcours, sinon sur des chemins inédits, tout du moins sur des itinéraires que je suppose séduisants. C’est ainsi que m’est venue cette idée de monter vers le « Serrat de la Font de la Barbera » que je connaissais déjà, mais avec cette fois-ci, une belle variante par le domaine de Cobazet. « Pourquoi ce sommet en particulier ? » me direz-vous. Parce que j’y étais déjà passé trois fois et que par trois fois, j’y avais aperçu des cervidés, soit dans ce secteur près du sommet, soit sur cette série de crêtes qui filent vers le Pic del Torn en passant par le Puig del Rocater. J’avais donc bon espoir d’y découvrir cette faune si sauvage et une autre qui l’est peut être un peu moins mais pour laquelle je me passionne, à savoir les oiseaux et les papillons. La flore de montagne venant s’ajouter à cette faune espérée, photographier la Nature, voilà quelle était la première de mes motivations. La deuxième raison était plus éducative puisque j’avais lu sur Internet, qu’un tronçon que j’allais cheminer correspondait au tracé de l’ancienne voie ferrée faisant la liaison entre la carrière de Callau, le domaine de Cobazet et la gare d’Estardé. Cette voie ferrée avait vu le jour à l’époque où l’on exploitait le talc dans ces merveilleuses montagnes. L'histoire avait commencé en 1883 quand le baron De Chefdebien avait racheté l'essentiel de cette montagne mossétane. Grâce à quelques photos aperçues sur un site Internet assez remarquable consacré aux anciennes voies ferrées, j’ai bon espoir de découvrir quelques vestiges de ce temps, aujourd'hui révolu, où l’industrie française battait encore son plein. Mon troisième motif était carrément plus sportif, puisque la déclivité étant de 693 m entre Urbanya (856 m) et ce sommet (1.549m), j’avais bien envie de monter un peu plus haut, histoire de me dégourdir les jambes et surtout de faire la pige à cette canicule qui nous anesthésie à longueur de journée, dès lors que l’on reste à flemmarder au village. Enfin et pour terminer, ce nom de « la Barbera » (*) m’intriguait un peu et j’avais bien envie de me lancer dans des recherches toponymiques pour tenter de l’élucider. 18 juillet à 8h30, me voilà déjà à pied d’œuvre. Je quitte ma maison, direction le bas du village. Moi, qui m’inquiète de la raréfaction des oiseaux, me voilà agréablement surpris puisqu’en quelques minutes, c’est trois oiseaux bien différents que je viens de photographier. Un rouge-queue noir, une hirondelle et un merle. Les hirondelles sont déjà bien présentes et très actives car elles nichent sous le préau de la mairie. Celle que je photographie se repose sur un fil. Je poursuis sur le chemin de Saint-Jacques et à cette heure-là, je profite encore de l’ombre du Serrat du Calvaire. Ce sentier pas trop bien débroussaillé à cette époque, je le connais désormais par cœur. Je connais les broussailles où s’égayent les fauvettes, les affleurements de schistes où les lézards sommeillent, les ronciers où poussent les grosses mûres, les vieux pommiers de jadis aux pommes si juteuses, les hautes fougères et les hauts genêts où dorment les cervidés, les sous-bois frais où les laies amènent leurs rejetons de marcassins s’endurcir le groin, les endroits herbeux où poussent quelquefois les rosés des prés, les hauts résineux où gambadent des écureuils, les chemins envahis par les graminées où se cachent des lièvres et des compagnies de perdrix et de perdreaux, les clairières et les chemins fleuris où les papillons sont légions. Oui, je connais bien tout ça, et tout en montant, je suis constamment aux aguets de cette Nature qui ne demandent qu’à être observée. Si les beaux papillons sont de très loin les plus présents aujourd’hui, les nombreuses fleurs et quelques oiseaux viennent parfaire ma passion pour la photo. Quelques insectes très intéressants car colorés complètent ce bestiaire. Au lieu-dit Clot del Baro, une belle et première récompense se présente quand  un chevreuil sort des fourrés et s’échappe en direction d’un petit mamelon. J’ai néanmoins le temps de la photographier avant qu’il ne bascule de l’autre côté. C’est pour de telles images que je marche, appareil photo autour du cou. J’atteins la crête qui monte le long du Serrat de Miralles puis vers le Serrat Gran. Ici, je stoppe car les vues s’ouvrent à 360 degrés dont certaines très lointaines. Dessous, je devine, plus que je ne vois, les ravines descendant vers Conat où je marchais très récemment sur le « Sentier d’Arletes ». Juste au dessus, le Massif du Canigou dessine sa longue et haute silhouette bleutée. A ma droite, le boisé Mont Coronat me rappelle à son bon souvenir, celui du tour de son massif effectué en 2007 puis une montée vers son sommet si peu fréquenté ; si ce n'est par les cerfs ; à 2 reprises. Il y aura bien d’autres souvenirs de ce tour aujourd’hui.  Derrière moi, la belle piste filant vers le col de Les Bigues attend que je me remette en route. Je redémarre. Sur cette piste, les variétés de papillons y sont encore plus nombreuses que nulle part ailleurs. J’avance avec l’espoir de tomber sur un papillon rare voire inédit. Mais non, je les connais à peu près tous où alors les identifications sont si peu faciles que je n’hésite pas à me lancer à leur poursuite quand j’ai le moindre doute. Quelques fauvettes très difficiles à photographier viennent m’aguicher. Plus loin, perchés comme deux frères sur un groupe de buissons épineux, un tarier pâtre et une pie-grièche chantent à s’égosiller. Face à mon appareil-photo, ils sont plus accommodants. Plus je m’élève et plus les cistes à feuilles de lauriers sont en fleurs. Par endroits, c’est une véritable nappe blanche qui s’étire et descend vers le bas de la vallée. Dans un ciel bleu et pur, un puis deux vautours fauves viennent jouer les boucaniers de service. Le col des Bigues est là. Il est 12 heures tapantes et j’ai beaucoup flâné. Je déjeune avec l’incroyable chant d’une grive. S’agit-il d’une « grive musicienne » qui porterait bien son nom ? D’où je me trouve, c’est difficile à dire ! Perchée au faîte d’un grand pin, elle cherche probablement un compagnon et chante de manière plutôt saccadée. Ses chants faits de sifflement et parfois même de cris sont d’une incroyable variété, à la fois dans la manière de les émettre mais également dans les sonorités. Cette année, je n’ai pas encore vu de grands rassemblements de grives comme il m’arrivait d’en voir les années précédentes. S’est-elle aperçue elle aussi de cette raréfaction de son espèce ? Y –a-t-il réellement moins de grives que les années précédentes ? Aura-t-elle la chance de trouver un partenaire et ainsi de créer un couple fertile permettant la continuité de l’espèce ? Voilà les quelques questions que je me pose en l’observant et en l’écoutant chanter. Pourtant, quand je repars, la chance me sourit car je réussis à photographier, coup sur coup, un geai puis un pigeon ramier. Urbanya est bien loin désormais, mais je vois le village au fond de sa vallée et je vois ma petite maison. Quelques photos puis je quitte la piste qui file vers le col del Torn au profit d’un large layon qui zigzague puis file rectiligne vers mon objectif du jour. La grimpette est douce au départ et plus sévère sur la fin mais comme toujours je l’appréhende très cool. Comme souvent, j’alterne efforts et instants de pause. Les pauses sont la plupart du temps des arrêts photographiques très justifiés car la faune et la flore sont omniprésentes. Scabieuses, campanules, brunelles et un vaste champ de sèneçons jaunes attirent une incroyable variété de papillons et d’insectes. De l’autre côté de la clôture que je longe, de nombreuses vaches accompagnées de leurs veaux me regardent passer. Pour les bovins pas de doute, je suis un tortillard qui n’a pas du tout envie de jouer au T.G.V. Le sommet est presque là et comme un grand ballot que je suis, je me laisse surprendre par deux cervidés qui détalent. J’avais pourtant l’expérience des fois précédentes. Le plus petit ; sans doute un jeune chevreuil ; détale et s’engouffre dans les hauts genêts et l’autre, le plus grand, sans doute la mère, continue dans la clairière en direction du Puig del Rocater. Je photographie le premier puis je me mets à courir derrière le second. Mais quand on est tortillard, difficile de devenir T.G.V en quelques secondes. Du premier, je n’ai qu’une photo partielle de son flanc et de son arrière-train entrant dans les genêts et du second, une photo un peu trop lointaine aux fins fonds de la clairière. Si le « jamais trois sans quatre » des cervidés déjà aperçus, c’est certes vérifié, je n’ai pas vraiment su en profiter. Il m’aurait fallu être plus méfiant et aux aguets à l’approche du sommet. Je fulmine tout seul puis rebrousse chemin car le hayon que je dois suivre est à droite du sommet et non pas à gauche. J’enjambe le clôture ; par bonheur non électrifiée ; et me fraye un passage tant bien que mal au milieu des hauts genêts. Le hayon qui descend n'est pas bien défriché mais j’y circule néanmoins sans trop de difficultés. Quelques selfies souvenirs au sommet du serrat et je me lance dans la descente. A l’instant même où je croise une bonne piste, j’ai désormais la certitude d’être sur le chemin menant vers Cobazet. Mon G.P.S que j’allume me le confirme. Une fois encore ma curiosité légendaire m’entraîne sur des chemins bien incertains. De cette « Font de la Barbera » je veux tout savoir. Pour cela, j’ai enregistré ses coordonnées dans mon G.P.S et au lieu de partir à gauche vers Cobazet, je file à droite à sa recherche. La « font », c’est la source mais c’est aussi la fontaine. Alors cette « Font de la Barbera, est-ce une simple émergence d’eau, une source captée ou carrément une jolie fontaine ? Grâce à mon G.P.S, je le sais assez vite et je le sais d’autant plus vite que je m’embourbe dans un petit réseau de tourbières. En réalité, il y a plusieurs résurgences qui sortent du sol et qui en descendant de la montagne forment un petit entrelacs de fanges et de rus se transformant peu à peu et un peu plus bas en un petit ravin d’à peine un mètre de profondeur. Je longe la petite ravine et finalement arrive un peu déçu sur une autre piste qui se trouve en contrebas. Déçu car j’avais l’espoir qu’un brin d’humanité voire au moins un signe de la présence de l’homme seraient présents dans cette fontaine. Malheureusement, le seul signe visible est une vieille baignoire renversée ayant jadis servi d’abreuvoir et gisant dans le ravin. Voilà la seule captation que l’on a jugé bon de faire avec l’eau de cette Font de la Barbera. Déçu ou pas, il me faut désormais remonter. Je longe à nouveau le ravin, m’embourbant une fois encore mais sans rien trouver de plus que quelques têtards dans une poche d’eau un peu plu profonde que les autres et cette « barbe » liquide qui suinte de tous les côtés. Alors cette « Barbera » est-ce cette barbiche de filets d’eau et de tourbières ? Est-ce le nom d’une personne ayant habité par là ? Je ne le saurais peut-être jamais mais je suis bien décidé à chercher ? Enquêter, j’adore ça ! Si la « Font de la Barbera », telle que je viens de la découvrir, n’a rien dévoilé de son nom et seulement des suppositions, cette petite incartade m’offre des vues grandioses que je n’aurais pas vu en filant directement vers Cobazet. Vallée de la Castellane, Plaine du Roussillon, Canigou et juste à mes pieds, le Bosc d’Estardé déroulant sa belle et sombre forêt sur les flancs et la colline arrondie du Serrat Gran. Quand on connaît un peu l’histoire de Cobazet et de Callau, le chemin que j’emprunte ne laisse que peu de place à des doutes quand à sa fonction antérieure. Oui, ce chemin, c’est bien celui qui était commun à l’ancienne voie ferrée qui amenait le talc ; en réalité de la stéatite ; depuis la « carrière de Callau » jusqu’à la « gare d’Estardé ». D’ailleurs, dès le premier virage, on aperçoit à contrebas quelques « bigues » rongées par le temps, probables traverses rudimentaires de l’ancienne voie ferrée et un éparpillement de pierres, dont on peut raisonnablement imaginer quelles servaient de ballast. Sur la gauche, quelques murs de pierres et des ruines perdues sous la végétation viennent compléter de ce qu’était le décor de l’époque. Il suffit d’ôter quelques arbres de sa vision et d'avoir un peu d'imagination pour se rendre compte pleinement de ce qu’était cette exploitation de la stéatite. Bâtisse, gare, trémie, câbles, amas de ferrailles et de poutrelles jetés en contrebas du chemin, tous ces signes bien que désormais envahis par la forêt et la végétation sont encore très visibles. C’est assez marrant car presque à chaque fois j’en ramène des petits vestiges que j’accroche à un muret de ma maison : clous, clavettes, rivets, vieux outils rouillés, attaches, etc…. Cette fois, c’est un double crochet de câblage un peu lourd mais que je fourre néanmoins dans mon sac. Dans l’immédiat, le chemin bien herbeux et ombragé incite à la flânerie puis à une pause bien méritée. Pendant cet en-cas, une mésange charbonnière vient sautiller tout près de moi. Quand je redémarre, c’est le bruit fracassant d’un bulldozer qui vient rompre le silence jusqu’ici total. Ecrasant la végétation, il est entrain, apparemment, de tracer une nouvelle piste. Enfin je crois ! D’ailleurs, ce n’est pas la seule besogne, car quand je regarde en contrebas en direction de l’ancienne métairie de Cobazet, j’y aperçois un grand nombre de véhicules utilitaires et une agitation jamais aperçue jusqu’à présent. La métairie, que j’ai toujours vue sans réelle activité, or mis quelques magnifiques taureaux reproducteurs, serait-elle en cours de rénovation ? En tous cas, une de ses façades est déjà bien plus blanche qu’auparavant et parfaitement restaurée. La métairie serait-elle entrain de devenir cette vitrine de la chasse, tant souhaitée par Monsieur Amaury Cornut-Chauvinc, président de Groupama et pour charmer les « Tartarin » qui l’accompagnent au tarif de 3.750 euros (tarif 2012) l’autorisation annuelle de chasser sur ce magnifique et gigantesque espace allant jusqu'au Massif du Madres. Face à eux, les amoureux de la Nature ne seront jamais gagnants. Faisant partie de ces derniers mais demandant aux premiers d’être respectueux des animaux, ces travaux ne m’intéressent guère et j’aurais nettement préféré qu’on réhabilite le refuge de Callau pour les randonneurs. Je poursuis ce chemin, ancien tracé du Tour du Coronat, que je connais si bien et dont je ne garde que de merveilleux souvenirs. Oui, ce périple que j’avais intitulé « des Merveilles au pays d’Alysse » porte résolument bien son nom car au moment où j’approche du col del Torn, ce sont deux nouveaux cervidés qui traversent la piste, un plus petit et un plus grand comme au sommet du « Serrat de la Font de la Barbera ». Est-ce les mêmes ? Bien que difficile à concevoir, ce n’est pas impossible car n’importe quel chevreuil est bien plus rapide que moi. Une fois encore ma promptitude à photographier cette faune si peureuse des hommes n’est pas suffisante et je n’enregistre qu’un animal sur les deux dans mon numérique, et encore parce que le second a stoppé quelques secondes. Quand je visionne la photo sur l’écran de mon appareil photo, j’ai le sentiment que ce cervidé est bien trop grand pour être un chevreuil ! Une biche peut-être ? Ils ont disparu dans l’épaisse forêt située en contrebas. Le col del Torn est là et si d’innombrables souvenirs se bousculent dans ma tête, tant j’y suis déjà venu randonner, je ne m’éternise guère. Seule la stèle avec cette croix en fer retient encore plus mon attention qu’à l’habitude car désormais j’en connais l’histoire grâce à un ami blogueur et accompagnateur en montagne qui a eu la gentillesse de me la communiquer. Cette histoire (**), c’est celle de deux gardes forestiers qui ont d’abord disparus le 22 juillet 1806 puis sont retrouvés assassinés le 4 août 1806 et cette stèle a été dressée pour leur rendre un impérissable hommage. Il s’appelait Jean Serrat et Gaudérique Fabre et cette histoire vous est contée par Jean Parès sur l’incroyable et remarquable site Internet consacré à l’Histoire de Mosset. S’il ne reste plus qu’à refermer cette boucle en retournant vers le col de Les Bigues, cette balade est très loin d’être finie. La piste vers le col est longue quand à la descente vers Urbanya par la piste DFCI C057, puis par les Escocells et la clôture du Correc del Menter, elles ne le sont guère moins. Les journées sont longues, j’ai tout mon temps et j’ai bien l’intention de flâner encore. J’ajuste mon baladeur MP3 sur mes oreilles et me voilà sur le chemin du retour, bonnes musiques en tête. Fleurs, papillons toujours en grand nombre, lézards des murailles assez nombreux, un écureuil, les vautours toujours là et de rares oiseaux m’accompagnent vers la ligne d’arrivée. Plus surprenant toutefois, un lézard vert, un magnifique mâle bleuté, se chauffe au soleil sur un monceau de gravas négligemment jeté dans cette belle Nature par un irresponsable. Le reptile se laisse gentiment photographié avant de détaler dès lors que je tente une approche plus restreinte. C’est bien la toute première fois que j’aperçois un lézard vert à une telle altitude. Un coup d’oeil sur mon bout de carte I.G.N et je constate que je suis encore sur une courbe de niveau d’au moins 1.400 à 1.410 mètres. La descente qui longe la clôture parallèlement au Correc del Menter n’est déjà pas facile mais se complique encore à l’approche du village à cause d’un embroussaillement expansif plutôt inattendu. J’enjambe pour éviter les ronces et les prunelliers si redoutables, à la fois pour les vêtements mais surtout pour ma peau. Ayant évité toutes les anicroches, c’est plutôt ravi que j’atterris en surplomb de la rivière Urbanya. Le village n’est plus très loin  et cette balade se termine avec comme toujours cette terrible montée vers ma petite maison. Cette montée, c’est toujours, pour mon plus grand bonheur, la dernière de la journée. Bonheur dans ma tête aussi, car la Nature s’est offerte à moi sous les traits d’une incroyable variété de fleurs et de papillons, de quelques oiseaux dont la quantité et la diversité semblent encourageantes pour l'avenir. Et puis que dire des cinq cervidés aperçus dans cette même journée, c’est si rare ! Si rare de parvenir à sortir quelques photos convenables ! Bonheur également de retrouver Dany. Bonheur d’apercevoir mes deux chats qui sont là à me regarder arriver comme s’il attendait le Messie. Cette randonnée telle qu’expliquée ici a été longue de 17,5 km. Selon mon G.P.S, les montées cumulées ont été de 1.690 m. Le dénivelé est de 693 m entre le point le plus bas à 856 m à Urbanya et le plus haut à 1.549 m au Serrat de La Barbera. Carte IGN 2348 ET Prades-St-Paul-de-Fenouillet Top 25.

    (*)Toponymie de La Barbera : Quand j’ai voulu comprendre pourquoi cette source (font) s’appelait « de La Barbera », je suis parti avec l’idée préconçue qu’il s’agissait d’un personnage. Le nom de la personne qui l’avait découverte ou bien encore le nom d’une famille paysanne qui avait résidé dans le secteur de ce « serrat ». Alors oui, La Barbera ou Barbera, avec ou sans le « La », avec ou sans accent sur le dernier "A", sont bien des noms de famille et les toponymistes se rejoignent pour affirmer que ce nom désigne celui qui est originaire de « Barberà del Vallès », localité de Catalogne dans la province de Barcelone.  Cette imputation essentiellement catalane, qui ressemble presque à une affirmation, me paraît plutôt étonnante car on retrouve de nombreux Barbera aussi bien en Espagne qu’en Italie et notamment en Sicile ou des familles de mafieux en ont laissé une triste image et en tous cas bien plus triste que le vin piémontais éponyme. En France, beaucoup moins. En général, après cette assertion, les toponymistes rajoutent que le nom a pour origine le latin « Barbarius », personnage romain ayant laissé son nom à un domaine du nom de « Barberiacum ». Si on creuse encore un peu plus ce « Barbarius », on découvre qu’il  pourrait avoir pour origine le gentilice tiré du cognomen "Barbarus", c'est-à-dire « le barbare ». On sait que le « barbare », du grec ancien « barbaros », c’étaient d’abord « l’étranger » pour les Romains et les Grecs.  Il en fut de même pour les Egyptiens puis pour les Chrétiens, lesquels traitaient de « barbares » puis plus tard de « barbaresques » tout ceux qui ne parlaient pas leur langue. Si on pousse les recherche un peu plus loin encore, on finit par supposer que le « barbare » était celui qui possédait une « barbe », du latin « barbatus » ou plus rarement « barbutus ».  En relation avec ce raisonnement, il serait bien trop long  de citer tous les mots qui ont dérivé de ces noms-là, à commencer par tous ceux qui commencent par « barb ». Comme on le voit, ce cheminement étymologique paraît bien inutile et surtout nous éloigne de la toponymie recherchée pour la « font » en question. Rappelons que l’étymologie est la science qui étudie l’origine des mots alors que la toponymie est celle qui est chargée d’expliquer les noms de lieux. Si l’étymologie peut parfois être une aide précieuse à la toponymie, elle n’est pas la seule solution. A cet instant, je suis loin d’avoir trouvé. Je continue de chercher et finit par trouver qu’il y aurait eu des preux chevaliers qui auraient participé à la bataille de Las Navas de Tolosa le lundi 16 juillet 1212, bataille qui vit s’affronter une immense coalition chrétienne contre les Almohades, c'est-à-dire des musulmans, commandés par le calife Muhammad an-Nâsir. Parmi ces preux chevaliers, Aymar de Mosset et Pero de Barberà, deux croisés, qui avec quelques autres, se sont mis vaillamment au service de cette coalition qui finalement sortira vainqueur. Ici, dans le cas qui m’intéresse, Mosset et Barberà sont deux noms si proches l’un de l’autre dans le temps et l’espace que finalement je me dis que je touche peut-être au but. Malheureusement rien de plus ne vient étayer cette thèse. Je repars à zéro, jusqu’à trouver la solution la plus rationnelle qui soit car avancée par le toponymiste pyrénéen Robert Aymard dans son ouvrage « L’Aragon, berceau de l’hydronymie ibéro-pyrénéenne ». Voici ce qu’il développe à propos des mots  « bulla » et « bullire » :  « bulla, bullire ‘bulle, bouillir’, arag. bolligar.  REW, 1385, 1389. Cette étymologie figure évidemment dans Bouillouse, Bouillousette, eaux en Cerdagne.  Mais  aussi dans Bouridé (source), Bouridis (cascade en Azun), Bouren ‘bouillant’ (appliqué  à un gave). Pour les termes en borb-, barb-, deux origines se juxtaposent: a) le gaulois borvo (Lebel, Coromines, Nègre, Wartburg: FEW, I, 442b); le dérivé catalan barb ‘boue’ doit expliquer les fontaines de Barbe et Barbadou (Porta), Barbère (Mosset), le Barbot de Talau… b) le latin à redoublement *BULBULLIARE < BULLA (DCECH, burbujar; FEW, I, 445a) > cat. borbollar, arag. borbullir, esp. *burbujar, barbuja (1575), borbotar; en dépendent Bourbouille (fontaine, ruisseau, Roussillon), Bourbourou (montagne, Perles), Bourbourride ou Barbouride (fontaine, Oô), Barbouillère (combe, Mijanès), sans doute Estany dels Borbs (Ratera) ».

    Comme on le voit très clairement, il cite la Fontaine de la Barbère, notre fameuse "Font de la Barbera", précisant « Mosset », pour nous dire qu’il s’agit probablement et d’abord d’une source boueuse. Il n’y a donc aucune ambiguïté et je crois qu’on peut lui faire confiance et se souvenir que la boue voire la vase sont également utiles pour se « barbouiller », pour les poissons qu’on appelle « barbue » et « barbeau » vivant sur des fonds vaseux, dont certains ont des « barbillons », pour les canards qui aiment bien y « barboter », j’en passe et oublie volontairement bien d’autres mots commençant par « barb », « borb » ou « berb ». Oui, on peut faire confiance à Robert Aymard, la Font de la Barbera est bien la source boueuse telle que je l’ai découverte avec d’abord son réseau de rus ressemblant à une grande barbe, puis se transformant peu à peu en un seul ruisseau finissant par creuser un peu plus bas encore le Correc de la Solana ou Ravin de la Soulane. La Soulane débouche au lieu-dit La Carole (La Querola) où elle rejoint la rivière La Castellane. Victor Hugo dans son superbe poème « Booz endormi » n’a-t-il pas écrit en évoquant le vieillard Booz que « sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril » ? Celle de "La Barbera" était marron ; encore que son eau était plutôt limpide ; mais elle ressemblait bien à un ruisseau quelques mètres plus bas.

     

    (**) Histoire des gardes forestiers assassinés : Avec force détails, vous trouverez l’histoire de ces deux gardes forestiers assassinés pour avoir été trop consciencieux, certains diront trop pointilleux.  Ils s’appelaient Jean Serrat et Gaudérique Fabre. L’histoire de leur assassinat nous ait magnifiquement conté par Jean Parès dans l’Histoire de Mosset. Retrouvez-là en cliquant sur ce lien.

     

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la musique de John Barry tirée du film "Proposition Indécente" réalisé par Adrian Lyne,

     musique jouée ici par The City Of Prague Philharmonic Orchestra

    Le Sentier d'Arletes et autres hameaux perdus depuis Conat

    Le Sentier d'Arletes et autres hameaux perdus depuis Conat 

    Pour agrandir les photos, cliquez dessus. Deux fois pour un plein écran


     

    Quand j’ai envisagé ce « Sentier d’Arletes » au départ de Conat, j’avais imaginé un tracé bien plus court que celui que vous trouverez ici. Initialement, j’avais prévu de monter vers l’ancien hameau d’Arletes (*) en passant par Le Ribéral, la Carrerada, La Falguerosa, Arletes, puis mon idée était de poursuivre par Catllorenç, le Roc de les Creus puis redescente vers Conat par le Roc de l’Home Mort, la chapelle ruinée de Sainte Marguerite de Nabilles et Millares, l’objectif d’une telle balade étant que je ne connaissais pas la première partie, c'est-à-dire cette montée qui s’effectue jusqu’à Roc de les Creus par ce chemin que le cadastre intitule du Ribéral. Puis, après maintes réflexions et connaissant très bien l’autre partie, c'est-à-dire la descente, d’autres envies sont venues à moi comme des évidences. Parmi ces évidences, il y avait cet énorme désir de retourner à Llugols, d’essayer de voir Mr et Mme Naulin, hôteliers hors pairs qui m’avaient accueilli dans leur gîte si merveilleusement lors de Mon Tour du Coronat de 2007. Il y avait cette envie de rencontrer celle que j’ai toujours appelée Nina de Llugols (*) pour lui laisser cette « fameuse » photo qui avait scellée notre amitié, amitié certes essentiellement virtuelle jusqu’à présent mais donc je gardais espoir qu’elle se concrétise enfin par un contact cordial bien réel. Voilà déjà des années que cette photo que j’avais dédicacée à son attention sommeillait sur une étagère de mon bureau à Urbanya et elle n’attendait qu’une chose : que je retourne à Llugols ! Il était peut être temps qu’elle rejoigne sa destinataire ? Voilà quels sont mes objectifs quand en ce 9 juillet, je me lance dans cette longue balade pleine d’espoirs et d’incertitudes. Incertitudes car voilà presque 3 mois que je ne randonne plus à cause de trois pincements aux vertèbres, probables séquelles lointaines mais bien ressuscitées d’une terrible chute sur « les Chemins d’Adrienne » en octobre 2016. Nombreuses séances de kiné et anti-inflammatoires ont finalement tordu le cou à ces misères qui m’empêchaient de marcher et me voilà plutôt en forme. A tous ces desseins, un autre objectif est venu se greffer, celui involontaire mais contraint d’examiner si l’immense raréfaction des oiseaux que je constate à Urbanya se vérifie ici à Conat et dans ses amples alentours où je pars marcher. J’estime à 90% cette diminution des passereaux les plus communs par rapport aux années précédentes, années précédentes au cours desquelles j’avais déjà constaté une réduction évidente des effectifs et des espèces coutumières. Cette année, à titre expérimental, une boule de graisse qui était mangée en moins de 2 jours est encore presque entière au bout de 15. Le matin, nous étions réveillés aux chants des oiseaux mais cette année c’est un silence angoissant qui prédomine quand je prends mon café sur la terrasse. Voilà mon constat. A l’instant même où je démarre, ce bilan semble faux pour Conat, car d’emblée j’aperçois dans le village des rouges-queues noirs, une sittelle torchepot, quelques moineaux et deux hirondelles posées sur une fenêtre. Plus haut dans les ruelles, un merle chante à tue-tête en jouant les équilibristes au sommet d’un poteau mais il s’envole avant que je ne puisse le photographier. Si les chants de ces oiseaux m’enchantent, une fois sur le sentier, je déchante bien vite car les oiseaux disparaissent carrément. Seul un accenteur mouchet, voltigeur à souhait mais peu craintif, me fait courir en direction des ponts à dos d’âne.  A partir d'ici, la seule vraie musique que j’entends est celle d’un étonnant duo formé par la rivière d’Orbanya (Urbanya) et d’innombrables cigales. Ce duo inattendu va m’accompagner un bon bout de temps car la rivière reste longtemps parallèle au sentier qui désormais s’élève peu à peu en balcon. Le sentier du Ribéral, c'est-à-dire de la rivière, porte bien son nom. Après cet égarement volontaire vers les ponts romans, je reviens sur mes pas pour prendre le bon chemin. Il s’élève au dessus de jardins potagers en direction d’un casot ruiné. Les cigales, elles, sont moins nombreuses au fil de l’élévation, mais elles restent néanmoins présentes une grande partie de la journée et ce, jusqu’à ce que le ciel se couvre de gros nuages gris. Par les paysages et les panoramas qu’elle propose, toujours plus aériens, cette montée en balcon est une vraie merveille et de surcroît, elle m’offre une bien inattendue rencontre du 3eme type dans les falaises du bien nommé lieu-dit « Malbaus ». En occitan « Malbaus » signifie les « mauvais rochers escarpés » et là, j’avoue que je crois comprendre pourquoi ! Une photo en rapproché d’une roche plus blanche que les autres me fait tomber sur le cul. Oui, sur une roche escarpée, j’ai bien vu un « gremlins » tel que j’en ai vu dans le film du même nom ou quelque chose de très ressemblant en tous cas ! Vérification faite, c’est bien un « gremlins » que j’ai au bout de mon objectif ! « Gremlins » très laid mais par bonheur exclusivement minéral et donc inoffensif ! Après cette petite frayeur que je finis très vite par relativiser, la montée s’effectue sans problème jusqu’à atteindre la crête sommitale car le sentier est remarquablement débroussaillé. Cette crête continue de m’offrir des panoramas magnifiques sur les deux profondes ravines ; Orbanya d’un côté et El Riberot de l’autre ; sur Conat, sur le Pla de Balençou (ou Vallenso), sur les Massifs du Canigou et du Coronat et droit devant moi sur le Roc de Jornac. Les oiseaux, complètement absents lors de la montée, montrent enfin le bout de leurs becs dès lors que j’aborde le plateau de La Falguerosa. Ils se résument à quelques rares fauvettes et tariers pâtres essentiellement. Par bonheur, cette rareté des oiseaux est largement compensée par une multitude de papillons mais surtout par la présence d’un chevreuil et de deux sangliers que j’aperçois plus tard dans le pré d’Arletes.   Dès lors que les ruines de La Falguerosa sont en vue, l’itinéraire devient vraiment galère, et par moment le sentier disparaît carrément sous la dense végétation, végétation de surcroît très cuisante. Je suis tout heureux d’avoir enregistré un tracé dans mon G.P.S. Mon seul regret avoir un bâton de marche à la place d’un coupe-coupe ou d’une faucille car les ronciers touffus succèdent aux prunelliers qui eux-mêmes font la pige à d’autres buissons aussi agressifs les uns que les autres. Il va en être ainsi jusqu’à Catllorenç (Catllaurens) où là tout redeviendra praticable à l’instant même où je rejoindrais une bonne piste. Dans l’immédiat et dans ce guêpier végétal, mon seul bonheur est d’y trouver une incroyable variété de papillons que je peux photographier à loisirs. Les pluies très soutenues de ces derniers temps ont sans doute contribué à amplifier cette végétation de maquis où les fleurs sont légions. Envahie par les ronciers, la ruine du cortal de la Falguerosa est difficilement accessible. Je n’insiste pas pour la découvrir. D’ailleurs, et malgré un balisage jaune, le sentier est parfois très difficile à trouver dans cette confusion végétale où les graminées et les broussailles se livrent une lutte sans merci pour gagner leur place au soleil. Par chance, quelques cairns élevés par des visiteurs précédents restent encore visibles et quand ce n’est pas le cas mon G.P.S suppléait cette absence. Finalement, j’arrive à deviner puis à trouver ce « Sentier d’Arletes », dont la ruine apparaît bien loin de l’autre côté du ravin d’El Riberot. C’est de cet endroit bien trop éloigné que je distingue le chevreuil et les deux sangliers. Je tente bien de les photographier mais l’éloignement est bien trop important pour obtenir des photos correctes. Je poursuis le sentier qui file en balcon puis le hameau perdu d’Arletes est finalement atteint. Enfin dans l’immédiat, je stoppe au bord d'un ruisseau. Je dépose mon sac à dos sur l’herbe puis face au Canigou je déjeune là sous le regard intrigué de quelques mésanges qui occupent les feuillus. Les mésanges disparaissent et me voilà captivé par une Nature qui n’est pas moins intéressante. Tout en mangeant, mon attention est attirée par un manège dès plus curieux, celui d’innombrables papillons et diptères, c'est-à-dire des mouches, des syrphes et autres espèces d’insectes volants ressemblant plus à des abeilles ou à des guêpes, venant butiner les fleurs d’une menthe sauvage qui pousse les pieds dans l’eau. De cette observation, je note une quantité incroyable d’espèces différentes qui cohabitent sans jamais montrer la moindre agressivité les unes envers les autres. A tour de rôle, elles viennent butiner les mêmes fleurs, laissant la place au nouvel arrivant. Je me dis « quel bel exemple de partages et du vivre ensemble ! ». Ravi de cette Nature si merveilleuse et captivante, je ne peux m’empêcher d’en immortaliser quelques belles photos macros. Je quitte le bord du ruisseau et pars manger mon dessert sous le grand cèdre qui domine les ruines. Là, assis sous cet arbre, je ne peux m’empêcher d’imaginer ce qu’a été la vie de cet hameau oublié où les vérités, les légendes et les histoires au coin du feu viennent se mélanger pour expliquer son déclin puis sa disparition définitive. La trop grande sécheresse pour certains, la peste pour d’autres (*), l’exode rural, voilà toutes les raisons que l’on invoque pour éclairer cet amas de pierres que je visite aujourd’hui. Pourtant, dans ce lieu si isolé et si sauvage de nos jours, il est assez facile de concevoir un habitat bien occupé,  avec tout autour des bois mais également de grands espaces bien défrichés. Deux ou trois bâtisses hautes et bien imposantes, avec autour quelques cabanes en pierres sèches, avec des terrasses où poussent des vergers, des céréales et des vignes. Des enclos rudimentaires où l’on aperçoit des chèvres, quelques moutons et des vaches bien utiles à une existence si autarcique. Un grand potager situait au plus près du ruisseau. Une petite basse-cour où s’égayent quelques poules, des canards et l’indispensable nourrain que l’on sacrifiait pour le « jour du cochon », moment si convivial et si festif qui en engendrait bien d’autres dès lors que les préparations confectionnées étaient mises sur les tables. On peut aisément imaginer des clapiers et une étable au rez-de-chaussée et ce lieu à vivre qui se situait toujours à l’étage car par ce biais, on bénéficiait gratuitement d’un chauffage au sol avant même l’invention de l’électricité. Une grande cheminée et un four à pain venaient compléter ce système de chauffage si archaïque. Oui, je peux très facilement imaginer tout cela ! Un cairn dominant le hameau m’incite à y monter mais or mis les panoramas encore plus beaux vers le Canigou et sur le hameau, je n’y décèle rien de concret. A l’instant même où je m’apprête à redescendre, un autre randonneur, venant de Catllorenç, traverse le hameau sans s’arrêter. Marchant d’un très bon pas, je le vois disparaître dans cette végétation si compacte que je viens moi-même de franchir. C’est un peu idiot, mais dans un coin aussi reculé, je me satisfais toujours de voir que je ne suis pas seul, même si la marche solitaire ne me pèse pas. Après quelques photos souvenirs, l’instant est venu de me remettre en route. Toujours aussi galère, le summum des difficultés arrive juste avant Catllorenç, avec à la place du sentier, un étroit corridor encadré de très hauts genêts. Malgré mes difficultés à avancer, je me dis que l’homme que je viens d’apercevoir est nécessairement passé par là. Je mets mon sac à dos et mon bâton devant ma poitrine et fonce tête baissée dans ce « tas » végétal, essayant de passer ma tête et mes épaules avant tout le reste dans la petite ouverture qui s’offre à moi. J’en ressors 50 mètres plus loin sous une haie de cerisiers mais avec la vision libératrice d’une barrière qui s’ouvre sur une large et bonne piste. Sur ma droite, et toujours enfouie dans la cerisaie, j’y découvre un mas en partie bien restauré mais fermé, avec sur sa porte et ses fenêtres, des mentions « pièges à feu » qui n’incitent pas à la curiosité. La mienne se résumant à tenter de photographier quelques oiseaux attirés par les cerises, je n’y campe pas. La piste, désormais boisée de quelques pins à crochets, m’amène assez facilement jusqu’au Roc de les Creus où je retrouve avec plaisir cette roche si exceptionnellement gravée en forme d’éventail ou de cadran solaire. Ici se termine la déclivité et voilà désormais la partie que je connais si bien, et pour cause, car cette piste était le fil conducteur d’une étape lors de la 5eme étape de Mon Tour du Coronat. Depuis le refuge de Caillau, elle m’avait amené à Llugols et au gîte de Mr et Mme Naulin. C’était en 2007. Si je suis revenu ici à de multiples reprises, c'est-à-dire sur ces chemins, ce retour à Llugols est plutôt inédit car voilà déjà 8 ans que je n’y suis plus retourné. C’était lors d’une balade que j’avais intitulé « les Chapelles du Pla de Balençou ». C’est dire si je connais bien cette piste qui descend vers Llugols et les raccourcis qui permettent d’en éviter les quelques sinuosités. Or mis quelques papillons nouveaux, rien ne m’arrête dans cette descente peu fréquentée par les oiseaux. Pourtant dieu sait si j’y ai toujours découvert une avifaune très exubérante, avec parfois même de grands rassemblements, mais aujourd’hui c’est un vide presque sidéral qui semble prédominer. Ignorant les pistes DFCI, j’emprunte des raccourcis longeant le plus souvent des clôtures. Ces clôtures m’entraînent non loin du Roc de l’Home Mort puis de la Font de l’Aram. Ici, dans ce secteur, je retrouve le début d’une nouvelle piste près de cette étonnante cabane que j’avais déjà découverte lors de ma balade aux « Pierres gravées et dressées de Conat ». Elle ressemble à un blockhaus rudimentaire, espèce de tertre aménagé de planches, de tôles et d’argile amalgamée. Cabane de berger ?  Poste de chasse ? Abri anti-atomique édifié par un fou ? Je ne sais pas ! Aujourd’hui il n’y a personne et seulement un beau lézard vert qui profite des derniers rayons du soleil. Le temps se gâte, de gros nuages gris arrivent de toutes parts. Canigou, Coronat et Madres sont déjà bien ennuagés. Si la météo était magnifique ce matin, désormais le plafond est déjà bien bas et bien gris, et une humidité ambiante se fait sentir. La piste encadrée de hauts résineux et descendant vers le Pla de Vallenso arrive à point nommé. Alors que j’accélère le pas, ayant dans ma tête déjà fait une croix sur d’éventuels oiseaux, quelle n’est pas ma surprise d’y observer un petit rassemblement de pipits. Ils s’envolent dans les résineux mais parmi eux, il y en a un qui se laisse gentiment photographier. Les pipits, quelques merles, un rouge-queue noir, une buse dans un ciel devenu bien gris et de nombreux papillons, la descente vers Llugols me réconcilie quelque peu avec cette Nature pour laquelle j’aime marcher. Llugols est là et si deux itinéraires se présentent, je n’ai aucune hésitation à prendre très machinalement celui qui descend direct au gîte Naulin. Une table et des chaises de bistrot de couleur rouge face au Pic du Canigou, pas de doute me voilà arrivé. Comme en 2007, je m’assieds pour une photo souvenir identique à celle de 2007 puis je tape à la porte. Aussitôt Mr. Naulin m’ouvre. « Vous me reconnaissez ? » lui dis-je. « Bien sûr ! » me répond-il  puis il rajoute aussitôt « je ne me souviens pas de votre nom mais sauf erreur de ma part, il s’agissait d’un prénom ? » puis d’un air interrogateur, il rajoute encore « vous avez deux prénoms, c’est bien ça ? ». « Gilbert Jullien ! » lui dis-je et sous forme d’exclamation, je rajoute « Quelle belle mémoire, vous avez Mr. Naulin ! ». Il me propose une bière en m’indiquant gentiment que c’est offert par la maison car il rajoute ne plus faire gîte depuis quelques années, me précisant qu’il ne reçoit plus que des amis de passage ; cavaliers en transhumance la plupart du temps ou bien des randonneurs égarés. « Je ne suis pas égaré ! ». « Je suis venu exprès pour vous voir ! ».  « En souvenir des instants merveilleux que j’ai passé ici ! » lui dis-je. Sans aucun chichi, on s’installe dans le salon comme deux amis qui se retrouvent bien des années plus tard. L’intérieur n’a pas changé et c’est toujours cet adorable capharnaüm que j’avais tant aimé voilà 11 ans. J’y avais décelé le goût des voyages, des périples, des aspirations d’ailleurs très lointains mais parfois très proches aussi, des choses simples avec un penchant certain pour les couleurs chatoyantes et plus globalement pour tout ce qui peut être considéré comme de l’Art. Oui, j’avais beaucoup aimé et j’aime encore ! Nous restons plus d’une heure à discuter d’innombrables sujets : du passé et de Mon Tour du Coronat si mémorable, de son épouse que je ne vois pas et qui bosse pour mon infortune, de son chien Bonnie si facétieux qui m’avait accompagné jusqu’à la montagne de Belloc mais dont j’apprends avec une grande tristesse qu’il est mort depuis,  de ma rando d’aujourd’hui et de ma motivation à revenir ici où j’avais passé de si belles heures en leur compagnie, de ma petite maison secondaire à Urbanya depuis 2010, de nos potagers respectifs, des pluies actuelles si soutenues et du beau temps, beaucoup moins beau cette année,  de la raréfaction des oiseaux qu’il trouve effroyable lui aussi, rajoutant qu’il ne voit plus de petits passereaux et seulement des oiseaux de taille supérieure comme des merles, geais et autres pigeons ramiers. Lui non plus ne comprend pas cette disparition très inquiétante car si soudaine. Notre conservation se termine par la photo de Nina que j’ai amenée et que je lui montre en lui racontant son histoire. Nina ? Il me dit la voir quelquefois mais il a la certitude qu’elle n’est pas là en ce moment. Il accepte que je lui donne la photo et m’assure qu’il la lui remettra à la première occasion. J’en suis ravi car j’ai toute confiance en lui. A l’instant même où je m’apprête à partir, Dany m’appelle en m’indiquant qu’il tombe des trombes d’eau à Urbanya. Je la rassure en lui disant que je suis à Llugols et qu’ici il ne pleut pas. Enfin pour l’instant ! Je salue Mr. Naulin, le remercie pour son accueil si bienveillant et si gentil, sa bière et cet échange amical si spontané. Je quitte le hameau, direction Conat. La direction de Conat étant la même que celle de la chapelle Saint-Christophe, comment ne pas m’y rendre alors que j’y ai tant de bons souvenirs ? Chapelle, rocher qui la domine avec sa croix néolithique,  la pluie se met à tomber à l’instant même où j’effectue un retour vers ce passé si merveilleux. N’est-ce pas ainsi que j’avais intitulé Mon Tour du Coronat en 6 jours, « Des merveilles au Pays d’Alysse » ? Par bonheur, un petit casot est là à point nommé pour m’accueillir et m’abriter. Je m’y réfugie quelques minutes car la pluie cesse presque aussitôt. Un petit tour par la Font del Castanyer et je pars finir mon casse-croûte sur le parvis de la chapelle. La pluie tombe de nouveau et je m'abrite sous le porche. Elle s'arrête. Sous un ciel de plus en plus menaçant, je file au pas de course sur ce sentier de Conat tout en descente. Nouvelle pluie et nouvelle planque dans un orri très opportun. Alors que je suis entrain de me dire que je n’arriverais jamais à Conat, la pluie cesse au bout de 10 minutes. Je repars toujours au pas de course, pas de course pas vraiment effréné car les difficultés du terrain ne le permettent pas, mais je ne flâne plus. Seule la végétation bien embroussaillée au fond du Correc de Sainte Marguerite me freine quelque peu. La pluie ne revient plus et Conat est là bien plus vite que jamais auparavant. Je retrouve la rivière et l’enjambe sur un petit pont. Ici ce n’est plus la rivière d’Orbanya mais celle de Callau car la confluence des deux rivières est toute proche à l’intérieur du village. Mais qu’importe le nom car quel bonheur d’y trouver un couple de bergeronnettes qui en occupent son lit. A Urbanya, je n'en ai pas vu au bord de la rivière depuis l'an dernier ! Ma balade se termine avec cette jolie vision. J’ai réalisé la plupart de mes objectifs : les hameaux d’Arletes, de la Falguerosa et de Catllorenç (Catllaurens) que je ne connaissais pas, mes souvenirs du Tour du Coronat, Llugols, Monsieur Naulin, la photo de Nina dont je sais qu’elle arrivera un jour à sa destinataire (**). Si je suis très satisfait de mes quelques photos d’oiseaux, les quantités et les variétés habituellement observées manquent à l’appel. Je me suis rattrapé avec une variété incroyable de papillons et encore, j’en ai loupé pas mal. Une fois encore, je n’ai pas eu la chance de revoir Nina, j’ai perdu avec tristesse ce chien si attachant qui s’appelait Bonnie mais alors chose très surprenante, j’ai revu ce jeune chat gris qui en 2007 venait systématiquement se frotter dans ma jambes dès lors que je me reposais sur la terrasse du gîte Naulin. Il a onze de plus et a pris un petit coup de vieux, tout comme moi d’ailleurs, mais cette fois il n’a pas accepté mes caresses. Oui, j’ai beaucoup aimé ce « Sentier d’Arletes » même si un bon débroussaillage mériterait d’être accompli sur la partie la plus élevée du parcours. Cette randonnée telle qu’expliquée ici a été longue de 13,3 km. Selon mon G.P.S, les montées cumulées ont été de 1.278 m. Le dénivelé entre le point le plus bas (513 m rivière Orbanya à Conat) et le plus haut (1.096 m  au Roc de les Creus) est de 583 m. Carte I.G.N 2348 ET Prades - Saint-Paul de FenouilletTop 25.

    (*) Le hameau d’Arletes (en français Arlettes) : Que sait-on exactement du hameau d’Arletes ? Concernant sa toponymie, on peut supposer qu’elle est identique à celle d’Arles, c'est-à-dire qu’elle aurait pour origine le mot gaulois « Arelate » dont le radical  « are » signifie « près de » et du terme « late » ; du mot celtique « latis » ; désignant un lieu humide (marais, marécage, fleuve, ruisseau). En tous cas, le lieu avec son petit ruisseau correspond bien à cette description et la terminaison « ete » ou « ette » à cet aspect « petit » si évident. Concernant son Histoire, assez peu de choses sont arrivées jusqu’à nous. Toutefois, la version catalane de Wikipédia nous informe que la première mention documentée d’Arletes date de 1312. Ce document nous apprend qu’à cette époque, le hameau dépendait de la commune de Bettlans (Vallans), elle-même sous la dépendance du royaume de Majorque gouverné par Sanche 1er dit le Pacifique, comte du Roussillon et de Cerdagne. Pour le compte du roi, un certain chevalier Guillaume d’En est chargé de récupérer les dîmes, les cens d’Arletes et des autres fermes d’Urbanya. La dîme étant un impôt sur les récoltes et le cens un droit seigneurial foncier, on peut imaginer à juste titre qu’Arletes était déjà habité par des paysans qui vivaient là du fruit de leurs travaux agricoles et de l’élevage de leurs troupeaux. Au 14eme siècle, le hameau appartient à la juridiction royale apprend-on également. Sachant que la guerre fait rage entre le royaume de Majorque et celui d’Aragon, on est en droit de se demander laquelle ? Il faut donc s’intéresser plus largement à l’Histoire de Conat (La Baronnie De La Vall De Conat (Les Seigneurs) d'Eugene Schmidt -Revue Le Conflent), à celle du Conflent et des deux royaumes pour trouver quelques réponses à cette question. On note qu’en 1424, il y a 4 feux à Arletes, c'est-à-dire quatre familles et peut-être entre une quinzaine et une trentaine d’habitants. Un feu représentait une moyenne de 4 à 5 personnes. A cette époque, le hameau est subordonné à la baronnie de Conat. Ensuite, dans l’Histoire du prieuré de Marcevol, on apprend par des chartes de 1265 et 1267 qu’Arletes, au même titre que 21 paroisses du Conflent, est la propriété des chanoines du prieuré de Marcevol. Dans un cartulaire des fiefs des rois Jacques 1er et Jacques II de Majorque (1263-1294), on peut lire qu’un certain Bertran Gil commissaire des fiefs confirme la possession féodale de 4 feux (comprendre foyers au sens de logements, ici des fermes) par un certain Pere Lauret. On peut donc supposer que ce Pere Lauret est un chanoine appartenant à la congrégation de Marcevol. Le hameau disparaît des « radars » historiques pour réapparaître dans le cadastre napoléonien en 1811. Ensuite, c’est le flou le plus complet car les légendes et les histoires semblent vouloir prendre le pas sur la réalité historique absente. On peut toutefois imaginer assez aisément que les pandémies de peste qui se sont succédé en Europe, mais plus particulièrement dans la Catalogne et le Roussillon (1347, 1381, 1397, 1410, 1429, 1631, 1649, 1720 et notamment celle qui a décimé tous les habitants de Llugols en 1652 ont eu une influence sur la vie du hameau d’Arletes. Ajoutons à cela les guerres, les terribles périodes de sécheresse qui n’ont pas manqué, les difficultés dans les moyens de communication et de transports, tous les autres fléaux et calamités qui ont sévi au fil des siècles et enfin l’inévitable exode rural du 19eme siècle pour comprendre pourquoi Arletes a finalement disparu et est devenu un hameau oublié de tous. Il suffit d’aller là-bas, dans ce décor sauvage de profondes ravines, pour comprendre que la vie n’a jamais été facile, même au temps où la vie autarcique et le travail des champs étaient « choses courantes ». Dans ce secteur du Pla de Vallenso, on trouve néanmoins une grande quantité de chapelles très isolées, ce qui prouve bien qu’une vie communautaire fédérée par la religion catholique a longtemps existé. Notons enfin, qu’en 1911, l’écrivain Juli Cornovol a évoqué le hameau d’Arletes dans un conte légendaire intitulé « El refilayre de Carençà  », récit dans lequel il attribue la disparition du hameau à l’épidémie de peste noire du 14eme siècle.  Légende ou réalité historique ? Ce chapitre de Wikipédia se termine en expliquant que ce lieu devenu maléfique est peuplé uniquement de bêtes sauvages et ce, jusqu’au jour où une ferme y a été construite. Alors, je le confirme, oui, j’ai bien vu des animaux et une ferme en ruines à Arletes. Les animaux, je ne sais pas s’ils étaient sauvages car ils broutaient paisiblement mais c’est un fait, Arletes est désormais la propriété d’une faune que des hommes s’évertuent à vouloir chasser car j’y ai vu aussi et malheureusement un poste de chasse. Et si un jour et après des siècles d'occupations humaines, la Nature reprenait pleinement ses droits à Arletes ?

    (**) Nina de Llugols ou l’histoire d’une photo : Lors de l’été 2007, j’effectue en 6 jours le Tour du Coronat. Le Coronat est un massif montagneux des Pyrénées-Orientales situé dans le Conflent, dont le point culminant s’élève à 2.172 mètres d’altitude. Le 17 août, et alors que je viens de terminer la 5eme étape entre le refuge de Callau et Llugols, je photographie 3 enfants dans ce dernier hameau. Juchés sur de petites motos, ils descendent à tout berzingue, et dans de grands éclats de rires, la piste terreuse menant au village. Ces 3 enfants, une fille et deux garçons, je ne les connais pas mais ils me rappellent étrangement mon enfance et un temps désormais si lointain où avec mon « pauvre » frère ; « pauvre » car trop tôt disparu ; et des amis nous descendions sur des planches montées sur des roulements à billes les rues de notre quartier à Marseille. A cet instant, je suis très nostalgique. Nostalgique d’un temps révolu et qui est passé bien trop vite, nostalgique de mon frère et nostalgique car dès le lendemain mon Tour du Coronat se termine. A Llugols, je loge dans le gîte de Monsieur et Madame Naulin. Mon tour du Coronat terminé, quelques semaines plus tard, cette photo, je l’insère dans le récit de ce périple sur mon site Internet. Le temps passe. En 2013, soit 6 ans plus tard, je reçois le message suivant :

    « Bonjour Jullien, j’ai trouvée votre adresse sur votre site de vos histoires de randonnée. J'habite en ce moment en Russie. Et par un moment de nostalgie je vais sur Google, et tape "Llugols", regarde des photos et au bout d'un moment tombe sur votre site. Je lis l'histoire de votre randonnée du 17 août 2007, regarde les photos.... et BAM je tombe sur une photo de moi et de mes frères, ou nous sommes sur des petites motos. Je n’ai pas pu agrandir la photo, si jamais vous avez des photos de ce jour-là, peut-être pourriez vous me les envoyer ? En espérant une réponse, Nina Neveroff. »

    Ma première réflexion est de me dire que ce message très surprenant car si inattendu est incroyable aussi car bourré de grands écarts. Ecart dans les années et écart dans la distance séparant LLugols de la Russie ! Je suis bien sûr agréablement étonné de ce message provenant de Russie et bien évidemment je réponds à Nina immédiatement. Je n’ai pas d’autres photos mais je lui fais parvenir en pièce jointe la photo en question la plus grande possible. Nous échangeons par courriels, nous devenons amis sur Facebook et nous nous faisons la promesse d’essayer de nous rencontrer pour concrétiser cette amitié naissante et échanger à propos de cette photo, dont je sens bien qu’elle est autant chargée de nostalgie et d’émotions pour elle que pour moi. Une fois encore, le temps passe mais je ne désespère pas d’une éventuelle rencontre. Depuis pas mal de temps déjà, de cette photo numérique, j’en ai tiré une photo papier. Je l’ai dédicacée, j’ai rajouté un message sympa à l’attention de Nina et l’ai mise dans un cadre. Le cadre dort sur une étagère de ma maison d’Urbanya. Cette photo, je la regarde souvent, trop souvent à mon goût car elle me rappelle ce périple si merveilleux et je me dis qu’il serait bien qu’elle rejoigne un jour sa vraie destinataire. Ce jour-là arrive avec ce « Sentier d’Arletes » à partir de Conat. « Pourquoi ne pas pousser jusqu’à Llugols » me dis-je à l’instant où je planifie cette randonnée. Je me dis aussi que Llugols c’est tout petit et qu’une fois là-bas, j’improviserais une éventuelle rencontre, soit avec Nina, si elle est là, soit avec les Naulin, mes sympathiques hôteliers de 2007. 11 ans se sont écoulés, vais-je les retrouver les uns ou les autres ? Le 9 juillet, la randonnée s’effectue comme prévue. J’arrive à Llugols et au gîte Naulin vers 16h. Monsieur Naulin m’ouvre son gîte, me reconnaît et m’invite à boire une bière. Nous discutons de tout et bien sûr de Mon tour du Coronat de 2007. Bien évidemment, je lui parle de Nina et lui raconte l’histoire incroyable de cette photo. Il me dit que Nina est venue à Llugols très récemment mais qu’elle n’est pas là en ce moment. Je lui remets le cadre contenant la photo et il me promet de le lui remettre à la première occasion. Le 30 juillet 2018, Nina m’envoie un message sur Facebook me remerciant pour la photo et cette attention à son égard. Je sens un peu de retenue dans son message. Normal, Nina a grandi et s’est mariée. Ce n’est plus l’enfant que j’avais pris en photo avec ses frères en 2007…….Je crois que c’est surtout moi qui suis resté enfant !

     

     

     

     


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